‹ L'état pontifical après le grand schisme;Chapitre 20 sur 50 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le comté de Sabine nous est décrit par Blondus dans son Iialia La Sabine illustrata\ à l'ouest, il était limité par le Tibre, depuis Otricoli jusqu'au confluent de l'Allia, et il s'étendait, vers l'est, jusqu'au lac Fucin, entre le Velino et la frontière des Etats pontificaux, au nord, le cours de l'Anio, jusqu'à Tivoli, au sud. Le chef-lieu en était la ville de Rieti , sur le Velino ; c'est là que résidait le vicaire ou recteur de la Sabine. Une lettre du 31 juillet 1431 est adressée par Eugène IV à François deMantoue, recteur de Rieti {{).

Pas plus que la Gampanie et la Maritime, la Sabine n'était pas toute entière sous l'autorité immédiate du Saint-Siège; la plus grande partie du territoire lui avait échappé pour former des domaines féodaux. Déjà, avant le schisme, le registre caméral du cardinal Albornoz cite parmi les grands seigneurs de la Sabine, les Tebaldi de Saint-Eustache, les Savelli et les Orsini (2).

Nous avons peu de renseignements sur la famille romaine de , .^^"S'^^f ,

*• '-> de saint Eustache

Saint-Eustache, sous Eugène IV. Nous savons toutefois qu'elle existait toujours en Sabine. Par une bulle du 23 juin 1435, le pape accorde amnistie pleine et entière à Baptiste Savelli et à ses complices; parmi ces derniers, il cite Jean de Saint-Eustache, domicellus RomanuSf auquel il rend ses vicariats, ses terres et ses dignités (3). Le même personnage est aussi mentionné dans un acte du 23 août 1433. Le camérier ordonne, au nom du pape, des levées de troupes, et il charge Jean de Gregoriis, de Terni, de les concentrer à Otricoli ; dans cette lettre, se trouve le tableau des

(1) Arch. Vatic, reg. 370, fol. 29. Cette lettre ne porte que la date ultima Juin ; mais elle est de l'an 1431, parce que le pape y fait allusion à la révolte d'Antoine Colonna.

(2) Paul Fabre, op. cit., p. 42 et 43.

(3) Arch. Vatic, reg. 374, fol. 41 v°.

contiDgcnls que devront fournir les villes et les seigneurs de la Sabine (1); or, cette liste porte le nom de Jean de Saint-Eustache. Malheureusement, nous ne savons pas quel contingent de fantassins il devait fournir ; le nombre qui l'indiquait, est effacé dans le registre; c'est regrettable, car il aurait pu nous renseigner sur le degré de puissance de cette famille. Dans l'état actuel des documents, nous pouvons seulement affirmer qu'elle existait et qu'elle avait des terres en Sabine. Sous Albornoz, elle y possédait Forano, Gatino, Poggio Catino et Collenera (2), villages en quelque sorte aériens, dont on aperçoit les blancheurs sur les sommets, lorsque des hauteurs de Fara Sabina, on jette un regard sur les montagnes de la Sabine. Les registres d'Eugène IV ne les mentionnent pas ; ils ne figurent pas dans les listes des villes et des pays qui étaient directement soumis au Saint-Siège; ils ne font pas, non plus, partie des terres des Savelli ou des Orsini ; il est donc probable qu'ils avaient gardé les mêmes maîtres, et qu'ils formaient toujours ce domaine de Sabine, qu'Eugène IV rendait aux Tebaldi par ses lettres de rémission du 23 juin 1435. Les Savelli. Nous sommcs uu j^.eu mieux renseignés sur les Savelli. Nous

avons décrit plus haut les domaines de Nicolas Savelli dans les Castelli Romani ; deux autres membres de la même famille n'étaient pas moins solidement établis en Sabine, et y jouissaient d'une grande influence; c'étaient Baptiste et François.

Lorsque Eugène IV ordonne aux communes et aux seigneurs du Patrimoine d'envoyer des troupes à Otricoli contre Nicolas délia Stella, c'est Baptiste Savelli qui est le plus imposé. Tandis que de grandes villes, dont la domination s'étendait sur un riche comté, comme Viterbe, Orvieto, Montefiascone ou Orte, ne fournissaient que cent cinquante ou deux cents fantassins (3), Baptiste Savelli devait envoyer un contingent de deux cent cinquante hommes ; ce nombre élevé dénote un grand seigneur. En effet, il possédait en vicariat une vraie principauté féodale, entre le cours du Tibre et le comté de Rieti, vers le Velino; elle comprenait plusieurs villages et plusieurs châteaux, qui lui avaient été donnés ou vendus, sous les pontificats de Boniface IX, de Grégoire XII et de Jean XXIII; c'étaient Bertaldo, Certaldo, Tarano, Monte-

(1) Arch. Vatic, Cameralia, n° 17, fol. 70.

(2) Paul Fabre, op. cit. ; « Castrum Forani , castrum Catini, castrum Podii Catini (castrum Collisnigre est inhabitatum), sunt dominorum Oddonis et Mathei Tebaldi de S. Eustachio de Urbe. »

(3) Arch. Vatic, Cameralia, n» 17, fol. 210.

bono, Rochefte, Cicignano et Aspre(l). Aussi, exerçait-il une grande influence en Sabine; de ses positions escarpées, il dominait la vallée du Velino et le riche territoire de Rieti, et, à plusieurs reprises, il allait profiter du pontificat troublé d'Eugène IV, pour s'élancer de ses repaires seigneuriaux, au pillage des vallées de la Sabine; un document de 1435 nous le montre saccageant le comté de Rieti (2).

Du côté opposé, Baptiste Savelli arrivait jusqu'au delà du Tibre; car, sur l'autre rive, il possédait, en face de ses possessions de Sabine, le château de Nazzano, position de premier ordre, car c'était l'un des rares points où l'on pouvait franchir le fleuve : il y avait un bac qui mettait en relations les deux rives du Tibre, et, par suite, la Tuscie proprement dite et la Sabine. Baptiste Savelli avait même obtenu du pape Martin Y un droit de péage (3) sur les marchandises qui passaient d'une province à l'autre, par Nazzano. Il était donc aussi puissant sur les bords du Tibre que sur le Yelino; il était maître du commerce, et, en cas de troubles, il possédait un poste stratégique de première importance , puisqu'il interceptait l'une des routes mettant en communication le recteur du Patrimoine avec son vicaire de Sabine.

D'après Blondus, les Savelli possédaient aussi le village de Palombara (4), qui, du sommet isolé sur lequel il s'élève, au pied du Monte Gennaro, semble dominer la Campagne romaine et garder l'entrée de la Sabine. Encore aujourd'hui, le château de ce pays rappelle, par les nombreux écussons qui le décorent, la famille des Savelli qui l'a fait construire aux XIIP-XY® siècles. Depuis le quatorzième siècle, c'était une branche distincte des Savelli qui l'occupait, et qui même en tirait son nom (5). Nos documents ne nous disent pas formellement quel en était le chef, en 1431. Sûrement, ce n'était pas Baptista Savelli; car Palombara n'est mentionné dans aucune liste de ces fiefs ; ce n'était pas non plus Nicolas, qui habitait plutôt les Monts Albains. Nous serions tenté de voir dans un certain François Savelli, qui prit part, en 1431, à la révolte des Colonna, le chef de celte famille ; mais ce

(1) Bibl. de Naples, IX, D. 6, p. 206.

(2) Arch. Vatic, reg. 370, fol. 247. La lettre porte cette, date bien incomplète : « Dat, Florencio 15 kal. (?), anno quarto. »

(3) Theiner, III, p. 289. Voir aussi Tomasetti, op. cit. {Arch. délia Soc. Romana di st. patria, 1884, p. 376.)

(4) Blondus, Italia illust. : « Palombaria, terra de Savelli, nobili Romani. »

(5) Nibby, II, p. 532.

n'est là qu'une hypothèse ; qu'il nous suffise de constater que les Savelli possédaient encore, entre la Campagne romaine et la Sahine, entre Rome et Rieti, cette forte position de Palombara. Ce serait ici le lieu de parler de la puissante famille des Orsini, qui avait de grands fiefs en Sabine ; mais comme ses différentes branches s'étendaient sur toute la province du Patrimoine, depuis les pentes des Apennins, jusqu'aux bords de la mer, depuis la frontière napolitaine du nord, jusqu'aux confins de la République de Sienne, nous n'énumérerons ses domaines qu'à la fin de notre étude sur la Tuscie, afin de les présenter en un faisceau serré qui en fasse ressortir l'importance.

Le clergé. Daus cotte revuo des vassaux du Saint-Siège, il ne faut pas

omettre la féodalité ecclésiastique. Elle s'était singulièrement affaiblie depuis le douzième et le treizième siècle, son âge d'or. L'évêché de Rieti, était jadis bien puissant; l'on pourrait composer un cartulaire bien volumineux et fort intéressant, si l'on réunissait en volumes les chartes si nombreuses que renferment, de nos jours, ses archives capitulaires. Nous les avons parcourues et elles nous ont montré la richesse de la mense épiscopale , au douzième siècle. D'après le privilège que conféra le pape Anastase IV à l'évêque Dodo, nous savons que l'évêque de Rieti ne percevait ^as seulement des droits sur certaines paroisses de son diocèse, mais qu'encore, il exerçait sur plusieurs villages et plusieurs châteaux, une vraie juridiction seigneuriale (1). Bientôt, cette seigneurie féodale se démembre; sous Urbain IV, la mense capitulaire se sépare définitivement de la mense épiscopale (2); enfin, au quinzième siècle, aucune charte ne nous prouve que Tévêque ou le chapitre aient exercé une juridiction féodale de quelque importance; la puissance temporelle semble être complètement passée entre les mains des magistrats municipaux, les seuls que mentionnent nos textes.

L'abbaye Une autro église possédait jadis une grande partie de la Sa-

bine : c'était l'antique abbaye lombarde de Sainte-Marie de Farfa, dont la puissance temporelle, protégée par les empereurs, avait tenu en échec les papes du neuvième siècle; encore à la fin

(1) Arch. capit. de Rieti, A2, F*. n° 1. J'ai dû à l'extrême complaisance du chanoine don Giovanni Ceccarelli, archiviste du Chapitre, de pouvoir examiner en toute liberté les richesses de ces archives capitulaires; c'est avec la plus vive reconnaissance que je le remercie de son bienveillant accueil. La même faveur nous a été refusée aux archives municipales qui, paraît-il, étaient en voie de réorganisation.

(2) Arch. capit. de Rieti, A*, Fd, 6.

de Farfa.

du treizième siècle, ses domaines étaient fort étendus, puisqu'ils étaient distribués en plusieurs circonscriptions administrées par des procureurs (1). En 1431, elle a beaucoup perdu de son ancienne splendeur; nous en avons deux indices. Dans la levée de troupes ordonnée contre Nicolas délia Stella par le camérier de l'Eglise, le 23 août 1433, elle ne doit fournir que 100 fantassins; c'est beaucoup si Ton compare cette troupe aux petits contingents de certains villages sabins : Foglia n'envoyait que 7 hommes, Cotanello, 16 ; mais c'est peu, si l'on se rappelle que Baptiste Savelli, à lui seul, en envoyait 250. Dans la liste des contingents, Farfa était mise sur le môme pied que la cité de Magliano qui devait également 100 fantassins (2) ; or, Magliano n'était pas une commune de première importance ; pour lui être assimilée, la vieille abbaye gibeline avait dû singulièrement décliner depuis la fin du treizième siècle. Dans le Liber taxarurriy que conserve la bibliothèque Victor-Emmanuel , Farfa est taxée en cour de Rome , mille florins (3) ; la même redevance était due par le monastère de Saint-Paul-hors-les-murs, qui, tout en restant l'un des couvents les plus vénérables de Rome, avait été à peu près dépouillé de" toute juridiction féodale.

Grâce à Blondus, nous pouvons passer des raisonnements par analogie à la certitude; car, dans son Italia illustrata (4), il fait le dénombrement des dépendances de l'abbaye. « Farfa, dit-il, exerce une juridiction seigneuriale sur dix villages; le premier est Fara, sur le sommet d'une colline dominant l'abbaye; à main droite de Fara, est Poggio di Gorrese, ainsi appelée du fleuve Gorrese, sur lequel il se trouve ; à droite de l'abbaye, sont les terres fertiles de Nerola et plus haut, dans la montagne, Scandriglia Tosia, Monte Santa-Maria, Frasso, Poggio, Donadeo, Salessano, Poggio di Mariano. » Tel était le domaine féodal du couvent de Farfa ; il est facile de se le représenter, quand une fois on a contemplé les paysages de la Sabine. Au sortir du village de Fara, un panorama des plus pittoresques s'offre aux regards : vers le nord, c'est une série de montagnes qui semblent rangées comme les tentes d'un camp ; au-dessus des pentes couvertes de forêts d'oliviers, se dressent des villages dont les tons blanchâtres tranchent

(1) Jean Guiraud, La Badia di Farfa nel secclo XIII. (Arch. délia Soc. Romana di st. patria, 1891.)

{1) Arch. Vatic, Cameralia, 17, fol. 211.

(3; Bibl. Victor-Emmanuel, fonds sessorien, n' 37.

(4) Blondus, Italia illust., p. 121 : « Gran monasterio, chiamato l'abbatia di Farfara, che signoreggia da diece castella... »

94 l'état POiNTIFICAL APRÈS LE GRAND SCHISME.

brusquement avec la coloration foncée des arbres ; aux pieds de Fara, serpente la vallée du Farfarus, qui conduit au bas-fond où s'est recueillie la vieille abbaye, aujourd'hui déserte et dévastée. Ces domaines formaient une circonscription particulière de la Sabine que l'on appelait le presidaùus Farfensis. Le 10 octobre 1431, le pape nomme pour six mois, à partir du l^"" janvier suivant, Raynaldus de San Paolo di Santa Victoria presidatus ahba Lie Farfensis cancellarius (1); à la même date, il nomme pour six mois, à partir du 15 février suivant, Nicola di Bertoldo di Santa Victorixi presidatus abbatie Farfensis notarius (2); enfin, le 16 novembre 1431, il nomme, toujours pour une même période (le six mois, à dater du 15 février suivant, Charles de Brusato, docteur en droit, de Novare, civilium et criminalium et appellationum presidatus abbatie Farfensis judex (3). Que signifient ces titres? Dans le laconisme de leurs formules, les actes de nomination ne nous le disent pas ; mais nous pouvons le soupçonner. Le chancelier d'un grand dignitaire, d'un seigneur, d'un condottiere, d'une ville, avait pour mission de signer les actes officiels et de leur donner, ainsi, un caractère indéniable d'authenticité ; c'était une sorte de secrétaire général ; pour s'en convaincre, on n'a qu'à parcourir les Riformanze des communes italiennes, ou à lire les lettres des grands personnages du quinzième siècle; le notarius était un fonctionnaire d'ordre judiciaire; Qwûn^le judex appellationum était évidemment institué pour juger en dernier ressort les affaires civiles et criminelles. Ces trois fonctionnaires sont nommés directement par le pape sans l'intervention de l'abbé de Farfa. L'abbaye n'était donc pas maîtresse absolue dans le presidatus ] la juridiction était partagée entre elle et le pape; bien plus, le pape avait la prépondérance, puisqu'il nommait le juge en appel. L'abbé ne devait donc avoir que basse et moyenne justice ; la haute justice et les jugements définitifs, la légalisation des actes publics et privés étant réservés aux représentants directs de l'autorité pontificale.

En même temps que Farfa, s'était développé, pendant le haut moyen âge, le puissant monastère de Saint-Pasteur, dont les abbés hautains avaient parfois tenu en échec les évêques et le chapitre de Rieti. Au quinzième siècle, ce vieux couvent bénédictin était en décadence ; tombé en commende, il avait abdiqué

(1) Arch. Vatic, Officiorum, 384, fol. i.

(2) Arch. Vatic, Offîciorum, 384, fol. 1.

(3) Arch. Vatic, Officiorum, 384, fol. 13.

entre les mains des papes ses prétentions, ses richesses et sa vie : il n'est mentionné ni dans le libei^ taxarum, ni dans la liste des vassaux dn Saint-Siège qui devaient envoyer des troupes, en 1433, au camp d'Otricoli. Nous pourrions énumérer encore d'autres monastères ; mais nous ne prétendons pas écrire une Sabina sacra] nous recherchons seulement les dignitaires ou les communautés ecclésiastiques qui pouvaient exercer une certaine puissance temporelle ; or il semble que seule, l'abbaye de Farfa ait été dans ce cas, et l'examen que nous en avons fait, nous a démontré que son autorité était affaiblie et qu'en Sabine, comme en Gampanie, la féodalité ecclésiastique était en complète décadence, au commencement du quinzième siècle.

Les terres qui ne relevaient ni des barons, ni des évêques, ni des abbés étaient sous la juridiction immédiate du Saint-Siège ; mais là encore, il y avait plusieurs degrés de soumission. Sans doute, la plupart des villages et des bourgs étaient gouvernés directement par les agents directs du camérier qui les administraient eux-mêmes, y levaient les impôts et y faisaient la police. Mais les deux principales villes de la Sabine, Magliano dans les montagnes, et Hieti sur le Velino, avaient obtenu du Saint-Siège une certaine juridiction sur les pays environnants et des privilèges municipaux, qui leur assuraient une certaine autonomie communale.

Dans son Italiaillustrata, Blondus vante d'un mot un peu énigmatique la vie municipale de Magliano ; il l'appelle une « terra mollo civile (1). » Cette ville devait avoir une organisation communale bien marquée puisqu'elle était assimilée aux seigneurs et que, comme eux, elle devait fournir au Saint-Siège des troupes contre Nicolas délia Stella; son contingent était de 100 fantassins, comme celui de Farfa (2). Ce qui lève toute incertitude, c'est que nous avons la charte communale de Magliano. Le pape Boniface IX lui avait donné le droit de s'administrer elle-même, à deux conditions : 1° en signe de sujétion elle devait payer au camérier un cens annuel de vingt-deux livres lucquoises (c'est le taux qu'indique pour cette ville, dès le douzième siècle, le Liber Censuam) (3) ; 2° son podestat devait être choisi par le pape ; et en effet, les Ubri o//îciorum d'Eugène IV contiennent plusieurs de ces nominations : à la date du 7 février 1432, par exemple, le pape désigne

Les communes en Sabine.

Magliano,

(1) Il l'appelle a molto civile terra. » [Italia, illust., p. 120.)

(2) Arch. Vatic. Cam. , 17, fol. 211 r» : « Malleani C pedites. » — Ibid., fol. 210 : « Castro Malleani, Sabinensis diocesis, pedites C. »

(3) Paul Fabre, op. cit., p. 44, note 2.

comme podestat de Magliano, pour une période de six mois à partir du 1" mai, Mariano Masii, habitant, à Rome, le quartier de Parione (1).

Rieti. La ciié épiscopale de Rieti était plus importante que le

caslrum de Magliano : au lieu de 100 hommes, elle en envoie 300 à l'armée pontificale; Blondus en célèbre la prodigieuse richesse (2). Dans sa bulle d'excommunication contre Baptiste Savelli, Eugène IV dit qu'elle dépend directement du Saint- Siège : civitatem Reatinam nobis et dicte ecclesie immédiate subjectam (3). Et en effet, dans les libri Officiorum , l'on voit que la curie nommait de sa propre autorité beaucoup de fonctionnaires de Rieti : le 20 octobre 1431, c'est le préposé de l'octroi, le gabellarius\ le 18 décembre 1431 , c'est le notaire de la Chambre, c'est-à-dire des finances municipales ; le chancelier ou secrétaire général; le camérier, c'est-à-dire le trésorier municipal ; le 8 février 1432, c'est le podestat, qui sont désignés directement par le pape (4). Le pouvoir central exerce donc une juridiction bien précise sur Rieti , puisqu'il nomme les chefs de différentes branches de l'administration locale ; et c'était naturel , puisque cette ville était le chef-lieu de la Sabine , le lieu de résidence du vicaire qui représentait le recteur du Patrimoine. Mais cela n'exclut pas une certaine vie municipale : en Tuscie, les communes si importantes de Yiterbe, de Terni, d'Orvieto, reçoivent aussi du Saint-Siège la plupart de leurs fonctionnaires, et cependant, il suffît de lire une page de leurs Riformanze , pour voir les partis s'agiter, les assemblées délibérer, voter ou rejeter des lois et des impôts, envoyer des ambassadeurs; elles jouissaient d'une certaine autonomie, sous la tutelle, souvent faible, du Saint-Siège. Il devait en être de même à Rieti. Nous ne pouvons pas l'affirmer absolument, puisqu'il ne nous a pas été donné de pénétrer dans les Archives communales, qui seules auraient pu nous renseigner; mais certains indices nous le font soupçonner. En 1435,

(1) Bibl. Naples, IX, D. 6, p. 4. Sous Calixte III : « Commun! et hominibus castri Maliani, Sabinensis diocesis, confirmatur privilegium, eis alias concessum per Bonifacium IX et Eugenium IV, quod scilicet non teneatur solvere Romane Ecclesie, nomine census, nisi XXII libras lucenses. » — Sous Nicolas V : « Privilégia, exemptiones et immunitates alias concesse per Bonifacium IX, et confirmate per Eugenium IV, communi et hominibus castri Maliani, Sabinensis diocesis, confirmantur in omnibus et per omnia. »

(î) Arch. Vatic, Officiorum , 384, fol. 26 y".

(3) Blondus, Italia illust., p. 111 : « Riete, laquai citta e molto antichissima, abondante de richczze. »

(4) Arch. Vatic, Officioruyn, 384, fol. 4, 17 v% 18, 25 v°.

les gens de Rieti se soulèvent contre Eugène IV, qui leur accorde des lettres d'amnistie le 8 février 1436 (1) ; le même jour, le pape leur envoie son chapelain, Jean de Rieti, docteur en décret et clerc de la Chambre apostoliijue, en le chargeant de faire la paix, de conclure un accord avec les révoltés, et de leur demander des gages de soumission (2). Cet accord (concordia) que le commissaire apostolique va négocier, suppose que la ville de Rieti est constituée en commune ayant ses délégués, ses représentants, et jouissant même d'une certaine indépendance, puisque, au lieu de recevoir des ordres du pape, elle traite avec lui.

L'autorité de la cité s'étendait sur les pays environnants et los villages voisins qui formaient le comté ; les textes ne séparent jamais la cité du comté. Le 25 février 1435, Pierre de Ramponibus, notaire apostolique, est nommé gouverneur de Rieti et, de son territoire (3); précédemment, le 14 mai 1432, il avait été envoyé, avec le titre de recteur in temporalibus et de commissaire, dans la cité et le comté de Rieti (4). Par une lettre pontificale non datée, Valérianus de Mutis, de Rome, est nommé civilatis Reatine ejusque territorii et comitaïus rector et polestas ; or, le comté se développait dans la vallée du Velino, dont la richesse est vantée par Blondus, et ses ressources naturelles nous expliquent pourquoi cette cité pouvait envoyer, au camp d'Orte, un fort contingent de trois cents hommes.

Magliano et Rieti étaient les doux seules villes de quelque importance que présentât alors la Sabine. Gomme la Gampanie, cette province de l'Etat pontifical était plutôt féodale : dans ses m.ontagnes pressées les unes contre les autres, il y avait peu de place pour de grandes cités étendant leur juridiction sur de vastes territoires : l'air leur aurait manqué. Aussi les institutions municipales n'y paraissent-elles que comme de rares exceptions. Au contraire, avec son territoire hérissé de montagnes, ses pics couronnés de villages et dominant d'étroites vallées, ce pays ressemblait plutôt à une immense forteresse, défendue parles innombrables châteaux, et possédée par les seigneurs orgueilleux, qui y avaient établi leurs repaires. Savelli, Orsini,Tebaldi étaient maîtres de la Sabine, et, jusqu'au pontificat d'Eugène IV, les

(1) Arch. Vatic, reg. .366, fol. 125 v\

(2) Arch. Vatic, reg. 366, fol. 128 : « Ut pacem hujusmodi stabilire nitaris,.. concordiam tractandi, componendi et concludendi... concedimus facultatem. »

(3) Arch. Vatic, reg. 373, fol. 131 v°.

(4) Arch. Vatic, reg. 372, fol. 2 v".

98 l'état pontifical après lb grand schisme.

efforts de l'autorité centrale ou les faibles aspirations communales avaient été impuissants contre eux. Pour ^i-ouver une vie municipale intense et des communes importantes, il faut aller dans le Patrimoine de Saint-Pierre en Tuscie.

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