‹ L'état pontifical après le grand schisme;Chapitre 2 sur 50 · GG · texte numérisé non relu

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cle, depuis la Captivité de Babi/lone^ la noblesse turbulente, les hardis condottieri, les riches communes ont fait la curée de l'Etat pontifical; chacun s'est taillé un domaine dans le patrimoine de saint Pierre, et lorsque Martin V sort élu du concile de Constance, il doit accepter pour plusieurs années l'hospitalité de Florence , car ses Etats lui sont fermés ; l'on regarde comme un importun ce pape qui veut entrer dans ses domaines : in propria venit et sui eum non receperunt.

Mais, à moins de renoncer au pouvoir temporel et d'enlever de sa tiare l'une des trois couronnes, la papauté ne pouvait pas se résigner à cet état de choses. Aussi sortelle de son efi'acement : peu à peu, elle fait reconnaître son autorité, l'impose à ses vassaux jusqu'au jour où, se débarrassant des plus turbulents et domestiquant les autres, elle devient maîtresse absolue dans ses Etats. Cette œuvre a été longue et difficile , soit que la papauté n'ait disposé que de faibles ressources pour l'accomplir, soit que la notion de l'autorité ait été effacée dans les Etats pontificaux i)lus que partout ailleurs ; mais elle a été poursuivie avec la plus grande ténacité par les papes du quinzième siècle. Eugène IV malgré la faiblesse de son caractère, Nicolas V malgré ses goûts plutôt littéraires, Calliste III et Pie II malgré leurs projets de croisade. Sixte IV, Innocent VIII et Alexandre VI , malgré leur népotisme effréné , ne l'ont pas perdue de vue, et c'est peut-être là le seul trait de ressemblance qui puisse réunir des pontificats aussi disparates. Dans cette conquête de l'autorité perdue, les papes ont été puissamment secondés par d'énergiques cardinaux qui, au miheu des camps, comme Vitelleschi, Scarampi et Fortiguerra, ou dans des fonctions administratives comme Bessarion, ont travaillé efficacement à l'œuvre commune; et c'est ainsi qu'impuissante dans ses propres Etats au commencement du quinzième siècle, la papauté devint absolue avec Alexandre VI ; et, maîtresse chez elle, elle put,

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avec Jules II, se consacrer à la libération de l'Italie. Mais ces préoccupations purement politiques lui firent parfois oublier son caractère éminemment spirituel ; les papes du quinzième siècle sont plutôt rois que papes et la conscience chrétienne a parfois de la peine à démêler dans Alexandre VI, le successeur de saint Pierre et le vicaire de Dieu.

C'est cette histoire que nous voudrions retracer. Les historiens de Rome et du Saint-Siège n'ont fait que l'effleurer : Grégorovius et Reumont insistent trop peu sur les campagnes de Vitelleschi, de Scarampi, de Fortiguerra et de Julien de la Rovère , sur les légations de Bessarion et de d'Estouteville; c'est qu'ils écrivent l'histoire de la ville de Rome plutôt que celle de TEtat pontifical. Dans son Histoire des papes , Pastor est trop occupé des grandes entreprises européennes de la papauté pour donner à cette question toute l'attention qu'elle mérite. Et, cependant, le moment est venu de la traiter. Grâce à l'esprit éclairé de Léon XIII, les archives du Saint-Siège sont libéralement ouvertes à tous les travailleurs, et le jour où elles seront pourvues d'inventaires accessibles au public, elles n'auront plus de secrets pour personne. Les archives du Capitole ont été classées et dans toutes les provinces des anciens Etats de TEglise on peut de plus en plus consulter les précieuses collections des délibérations municipales. Déjà, plusieurs archives communales ont été soigneusement ordonnées , grâce au zèle éclairé d'archivistes tels que MM. Fumi à Orviéto, Pinzi à Viterbe, Sconocchia à Terni, Ciavarini à Ancône, Zonghi à lési, Fano et Osimo. Enfin, les publications et les revues périodiques telles que VArchivio storico italiano et YArchivio dalla Societa Romana di storia patria apportent régulièrement aux érudits de nouveaux contingents de textes et de documents.

Avant de se lancer dans cette longue étude, il fallait se faire une idée précise de l'état d'humiliation où se trouvait la papauté au lendemain du schisme ; car, pour se rendre

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un compte exact du chemin qu'elle a parcouru au quinzième siècle, ne devait-on pas bien considérer le point d'où elle était partie? et c'est pour cela que j'ai consacré à la géographie de l'Etat pontifical vers 1431, le premier volume de ces recherches. C'est, en quelque sorte, le bilan du grand schisme au point de vue temporel qu'il s'agissait d'établir. Je ne me dissimule pas les dangers d'une pareille enquête : elle risque d'être ou trop vague ou trop minutieuse et peut être l'un et l'autre à la fois. Si l'on se contente de faire un recensement consciencieux des divers pays en les groupant autour de leurs chefs-lieux, ne risque-t-on pas d'écrire une œuvre sèche et fastidieuse, quelque chose comme un annuaire ou une de ces listes arides des départements avec sous-préfectures que nous avons apprises dans notre enfance? Mais, d'autre part, à quoi bon entreprendre une semblable étude, si Ton doit en rester à des assertions vagues et générales n'apportant rien de nouveau aux connaissances historiques ? J'ai essayé d'éviter ces deux écueils. Sans doute, autant que les documents me l'ont permis, j'ai énuméré les pays qui formaient tel ou tel comté, telle ou telle république municipale, telle ou telle seigneurie, mais, en même temps, je me suis efforcé de faire revivre sous les yeux du lecteur ces petits Etats et leurs tyrans et d'expliquer, par des raisons historiques et géographiques, la valeur des positions les plus disputées, la raison des plus ardentes convoitises. Et cependant, j'ai la conviction d'être resté incomplet et d'avoir laissé dans l'ombre d'importantes questions. Souvent, les documents m'ont fait défaut, soit que les archives aient disparu, comme celles des chapitres de Corneto, Macerata et Recanati, soit qu'elles n'aient pas été encore classées, comme celles de Rieti, soit qu'elles restent fermées aux travailleurs, comme celles des Orsini à Rome : à peine entrebâillées à la suite de longues négociations, les portes des archives capitulaires du Latran m'ont été refermées presque aussitôt

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par un bon religieux qui faisait passer l'amour de l'histoire après celui de la sieste. Enfin, le temps m'a manqué pour explorer toutes les archives communales et capitulaires des Etats pontificaux; mon séjour en Italie étant limité, mes recherches ont dû l'être aussi, et c'est ainsi que s'expliquent plusieurs lacunes évidentes de cet ouvrage. Cependant, si malgré ces défauts il fait suffisamment ressortir l'état d'abaissement et de profonde humiliation où se trouvait la papauté au lendemain du schisme, je ne croirai pas avoir perdu mon temps.

Avant de livrer ce travail « aux discussions des hommes, » ce m'est une douce obligation de payer ma dette de reconnaissance à ceux qui, par leur dévouement, leur bienveillance et leurs conseils, m'ont permis de l'entreprendre et de l'accomplir : et d'abord à mon frère, qui, après avoir été pour le soin de mon avenir, le dévoué collajDorateur d'un père vénéré, m'a donné, par son enseignement à l'Ecole normale supérieure et par ses exemples, les premières règles de la méthode historique ; à M. l'abbé Duchesne, membre de l'Institut, qui m'a initié aux études si délicates de l'histoire ecclésiastique et qui, par ses leçons à l'Institut catholique et à l'Ecole des hautes études, m'a prouvé qu'un chrétien pouvait se lancer dans ces recherches sans danger pour sa foi et pour sa liberté ; à M. Perrot, directeur de l'Ecole normale, et à mon maître M. Monod, qui, en me désignant pour TEcole française de Rome, m'ont permis de poursuivre ces études sous la direction aussi bienveillante qu'éclairée de M. Geffroy. Enfin, je serais un ingrat si je n'envoyais mes remerciements émus aux érudits italiens qui ne m'ont ménagé ni leurs conseils ni leurs services; à M«^ Pietro Wenzel, archiviste du Saint- Siège ; à M. Cesare Pinzi, bibliothécaire et archiviste de Viterbe ; à M. Fumi, archiviste d'Orviéto ; à M. Sconocchia, archiviste de Terni ; au chanoine don Giovanni Ceccarelli de Rieti ; au comte Augustin Antonelli qui m'a faci-

PRÉFACE

^ hives de Terracine ; au duc

lUé les recherches aux ar^l^^^^^^^^.^^^ Caetani de Sermoneta qm ma ^^^ ^.^ ^^ g.

tion d'un inconnu.

Marseille, le 18 décembre 1894

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