‹ L'état pontifical après le grand schisme;Chapitre 3 sur 50 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L ANARCHIE PENDANT LE GRAND SCHISME

Ce ne fut pas seulement le pouvoir spirituel do l'Eglise qui fui Anarchie^pendant^ atteint par le grand schisme d'Occident, sa puissance temporelle grand schisme. |p fut aussi ébranlée; celte funeste scission du monde chrétien en .'

deux obédiences amena la dissolution des Etals pontificaux. Le patrimoine temporel de l'Eglise se divisa : Avignon devint le partage de Clément VII, Rome et les possessions italiennes, celui d'Urbain VI. Mais la division fut encore plus profonde : en Italie ^

même, les communes et les principautés vassales de l'Eglise se donnèrent tour à tour à chacun des deux prétendants à la tiare, et leur fidélité n'était assurée qu'à celui qui ne la mettait pas h l'épreuve. Aussi, l'autorité temporelle du pape dans ses Etatr fut-elle brisée par le schisme, et cela pendant un demi-siècle, do 1378 à 1435 environ. Dans les premiers mois de son pontificat, Urbain VI vit son pouvoir contesté à Rome même; les soldats bretons et français, que Grégoire XI avait appelés à son service , occupaient le château Saint-Ange au nom de Clément VII. L'année suivante, ils ravagèrent toute la Tuscie, imposant aux diverses villes qu'ils prenaient, Tobédience au pape ultramontain (1).

(1) Ciampi, Cronache di Viterbo, p. 39.

Avide d'indépendance , le préfet de Vico reconnaissait Clément VII, le pape lointain dont il pouvait mépriser les ordres, et, se joignant aux Bretons, il activait la révolte et pillait sans merci les fidèles partisans d'Urbain VI. Sur son ordre, Viterbe se révolta pour ne rentrer dans l'obéissance que onze ans plus tard ; il dévasta les territoires de Vetralla, de Toscanella et de Corneto, pour punir ces villes de leur soumission au pape de Rome. La guerre civile ravagea ainsi toute la Tuscie; la chronique de INiccola délia Tuccia mentionne à chaque page des pillages, des incendies et, ce qui en était la conséquence naturelle, la famine! « Il y eut si grande disette à Viterbe que la charge de grain valait 74 livres (1). »

Il en était de même en Campanie. Là, le chef de la révolte était Honoré Caetani, le fameux comte de Fondi, qui avait donné asile aux cardinaux français, favorisé l'élection de Robert de Genève (Clément VII) et protégé ainsi les débuts du schisme (2). A la tête d'une armée composée de cinq cents cavaliers, il parcourait les montagnes d'Anagni et d'Alatri, soulevait le pays contre le pape de Rome et pillait impitoyablement les partisans d'Urbain VI, livrés sans défense à ses rigueurs. D'ailleurs, ses forces allaient s'accroître d'un renfort napolitain. La reine Jeanne de Naples, qui s'était mise sous l'obédience de Clément VII, protégeait le schisme et se préparait à l'attaque des Etats pontificaux.

Cependant , les Pérugins persistaient dans la révolte qu'ils avaient inaugurée sous Grégoire XI; dans une lettre du V^ novembre 1378 (3), Urbain VI se plaignait de leur obstination, et il ne devait en avoir raison qu'au début de l'année suivante. Il devait envoyer des troupes pour réduire Todi à l'obéissance. Bologne se déclarait indépendante. Travaillée par l'esprit de désordre et par l'ambition des grands, la Marche d'Ancône s'agitait. En un mot, ce n'étaient partout que séditions, guerres civiles, calamités publiques, luttes à main armée, dévastations organisées par les troupes ennemies dans les campagnes; le schisme avait détruit l'autorité, déchaîné le désordre et l'anarchie. impnis<=ancc Ui'baiu VI ct SCS succcsseurs ne purent pas rétablir leur

pouvoir, et les troubles qui avaient éclaté en 1378, se perpétuèrent presque sans interruption jusqu'aux pontificats de Martin V et d'Eugène IV. En effet, pour résister aux révoltes de l'in-

(1) Ciampi, p. 39.

(2) Thciner, II, 652. Bulle du'pape.Urbain VI du 11 juin 1387.

(3) Archivio^storico italiaiio, XVI, p. 227.

(le la pîipaulc

L*ANARCHIE PENDANT LE GRAND SCHISME

térieur, comme aux attaques de l'extérieur, ils auraient dû disposer de foices redoutables, d'abondantes richesses. Or, le schisme leur avait enlevé une grande partie de leurs ressources; ils ne recevaient plus rien des pays qui s'étaient placés sous l'obédience de Clément VII; c'est à Avignon qu'affluaient maintenant les redevances des Eglises de France, de Castille , d'Aragon, de Naples, d'Ecosse; Urbain VI n'avait gardé sous sa juridiction que l'Angleterre, l'Empire, la Hongrie, la Pologne, les Etats du Nord, le Portugal et une partie de l'Italie. De plus , craignant à chaque instant do perdre l'obédience de ses partisans, il devait les ménager et, par conséquent, s'abstenir de faire de trop nombreux appels ta leurs finances; ainsi, les ressources que le siège de Rome tirait jadis de l'Eglise universelle, avaient été singulièrement amoindries. Quant à ses revenus temporels, ils étaient pi-esquc nuls; comme les Etats pontificaux étaient presque tous en révolte, la peiception des impôts était ari'êtée ; très souvent, les villes fidèles elles-mêmes ne les payaient plus; accablées par la guerre, pillées parles ennemis du pape, réduites à la plus grande misère, comment pouvaient-elles envoyer à Rome des subsides qunnd elles-mêmes en auraient eu besoin? Aussi ne sont-elles pas rares dans les registres de cette triste époque les .bulles qui exemptent telle ou telle ville d'impôts, en considération de sa détresse. Et cependant, plus que jamais, le Saint-Siège avait besoin d'argent; ne fallait-il pas h chaque instant lever des troupes pour réduire les révoltés ou même protéger Rome contre leurs incursions? Ne fallait-il pas payer de fortes soldes aux condottieri qui louaient leurs services à l'Eglise? A plusieurs repri- ^ ses, la situation financière du pape fut fort critique. A la mort d'Ui'bain VI (1389), le trésor était vide; Boniface IX déclai'e lui- T môme dans une de ses bulles qu'à son avènement il n'a rien trouvé dans les coffres de la Chambre apostolique (1); il dut emprunter 3,000 florins à François Scr Ghini, de Sienne, représentant du banquier lucquois Michel de Guinisiis; son humiliation fui encore plus grande : comme le crédit de l'Eglise était nul, le cardinal Marino , camérier du Saint-Siège, dut engager au banquier les bijoux et les objets d'ai't du pape défunt; le schisme avait conduit l'Eglise au Mont-de-Piété !

Tombé dans une si profonde misère, comment le pape aurait-il Révoltes pu rétablir son autorité ébranlée de toutes parts? Aussi, les sous urbain vi. révoltes et les conjurations se succédaient nombreuses. En 1383,

(l) Theiner, III, 1.

Urbain VI était assiégé dans la ville de Nocera par Charles de Duras, roi de Naples. « Dans cette extrémité, oubliant ce qu'il devait à sa propre dignité, il trouva moyen de se rendre grotesque : quatre fois par jour, au son des cloches et cierges allumés, il paraissait à sa fenêtre, et, de là, il lançait solennellement l'excommunication sur l'armée assiégeante. En même temps, comme si le malheur n'eût pas été assez grand et l'humiliation de la papauté assez profonde, il entrait en lutte ouverte avec ses propres cardinaux. Quelques-uns d'entre eux, fatigués de vivre à l'étroit dans la petite ville de Nocera, dont les murs ne leur garantissaient pas même la sécurité matérielle, aigris par l'entêtement et par la dureté du pape qui continuait à aller de l'avant, sans tenir compte de leurs avis, et ne cessait de jeter l'Eglise avec lui-même dans de nouvelles complications , s'adressèrent à un savant jurisconsulte, Bartolino de Plaisance, et lui firent rédiger une consultation d'où il résultait que dans le cas où, soit par incapacité, soit par obstination aveugle, le pape viendrait à compromettre l'Eglise, il était permis de lui imposer la tutelle de quelques cardinaux et l'obligation de prendre leur consentement pour tous les actes importants de son gouvernement. En conséquence, ils résolurent de s'emparer de sa personne (l). » La conspiration fut découverte et sévèrement réprimée; Urbain VI fit mettre en prison sept cardinaux ; bientôt après, il put s'enfuir de Nocera à Gênes, emmenant avec lui ses prisonniers; pendant le trajet, il en fit enfermer cinq dans des sacs que l'on jeta à la mer (2). A Rome, le peuple était devenu le maître ■ de la ville, et Urbain VI ne pouvait y habiter qu'en laissant toute

liberté à la commune; les magistrats municipaux, et en particu- ^\ lier les sénateurs et les conservateurs de la Chambre, étaient élus sans le consentement du pape; ils donnaient pleins pouvoii'S aux bannerets, chefs des quatorze rioni de Rome, et ainsi la ville était tyrannisée par l'oligarchie municipale, qui la gouvernait comme une principauté indépendante (3). C'est à peine si le pape exerçait ses droits sur la cité léonine et sa juridiction sur les gens de sa cour.

i^oitesdeRome La situation du Saint-Siège devint encore plus critique sous le

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