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CHAPITRE III

De toutes les familles de l'Etat pontifical, celle des Orsini était l'une des plus puissantes ; quoiqu'elle possédât des fiefs et des vicariats dans toutes les provinces, elle dominait surtout en Tuscie, comme les Golonna en Gampanie.

Il est difficile d'en démêler la généalogie. Dans son traité de familiis , Suarès l'a essayé en dépouillant les archives du Vatican, de Saint- Pierre, de Sainte-Marie-la-Neuve, de l'abbaye de Farfa et du château de Bracciano ; mais le résultat auquel il est parvenu, est tout à fait insufîisant. Des nombreuses branches qui composaient, au quinzième siècle, cette famille, il ne connaît dans sa généalogie, que celle deMonterotondo(l), et ne mentionne, sous Eugène IV, qu'Orso et ses fils, Jacques et Laurent; et cependant, vers l'an 1431, les Orsini étaient fort nombreux. Pour en relever les noms, nous avons dépouillé les registres d'Eugène IV, les index des vicariats de Lonigo et du comte de Fiesque, les archives des Gaetani, qui ont contracté, au quinzième siècle, plusieurs mariages avec les Orsini; nous avons parcouru les chroniques de Viterbe, les archives du Vatican et de Sienne ; et nous avons pu constater l'existence de plus de trente Orsini, vivant sous le pontificat d'Eugène IV. Mais comment se groupaient-ils entre eux, en combien de branches se subdivisait la famille, quel était le patrimoine de chacune d'elles, c'est ce qu'il n'est pas toujours facile d'éclaircir (2). Les Orsini Uu premier groupe était formé par les Orsini de Tagliacozzo ;

cette branche était représentée par les deux frères Janantonio et Raynaldo, fils de Jacques, auxquels écrit le pape, le 13 juillet 1431 (3). Elle avait possédé Nepi, mais, si nous en croyons

(1) Suarès, de familiis. Bibl. Barberini, XXXVIII, n' 98.

(2) Ces obscurités disparaîtront, sans doute, quand la famille Orsini ouvrira ses archives aux travailleurs, et se montrera aussi libérale que le duc Caetani de Serraoneta; pour nous, il ne nous a pas été permis d'y pônétrer,

^3) Arch. du Vatic, Reg. 371, fol. 99 v° : « Janantonio, comiti Taliacotii, et

de Tagliacozzo,

LES ORSINl. 111

le savant évêque de Vaison, Raynaldo, qui tenait cette ville de son père Jacques, avait dû la vendre, en 1427, au neveu de Martin V, Antoine Colonna, prince de Salerne (1). Il possédait en commun avec son frère la forteresse et le territoire de Gotanello, en Sabine, que Martin V avait confisqué à Ulysse Orsini pour la donner à leur père Jacques. Mais, le 13 juillet 1431 , à la suite d'un accord de famille, Janantonio et Raynaldo restituaient ce vicariat à leur parent, alléguant que leur père ne l'avait accepté que pour l'empêcher de tomber entre des mains étrangères, et pouvoir le rendre en temps opportun (2). Une bulle du 9 octobre 1432 nous apprend que Janantonio, comte de Tagliacozzo, possédait des terres dans le district de Rome, près du territoire appelé Aquafredda (3). Or, d'après Nibby, ces terres d'Aquafredda se trouvent hors de la porte Saint-Pancrace, à droite de la via Aurélia, à environ six kilomètres de Rome; de ce côté, Janantonio Orsini était établi aux portes de la Tuscie et à l'entrée de Rome (4).

Mais, c'est surtout dans le diocèse de Tivoli et en Sabine, sur les confins du district de Rome et du Patrimoine , que le comte de Tagliacozzo et son frère cherchaient à s'établir solidement. Ils étaient maîtres de Monte Gentile, car un acte du pape Nicolas V confirme la vente qu'ils en font à Napoléon et à Robert Orsini (5). D'ailleurs, nous avons l'acte par lequel Eugène IV accordait aux deux frères, leur vie durant, le vicariat de Monte, d'Archione, et de Vicovaro (6). Là, ils se trouvaient en présence des Colonna. Ils les rencontraient, au nord, dans la vallée de Rioffredo , à l'est, à Palestrina ; pour défendre et développer leurs

Raynaldo de Ursinis, fratribus... — Jacobo de Ursinis, comiti Tagliacozii, genitori vestro. «

(1) Bib. Barberini, XXXVIII, 98.

(2) Nous supposons que Janantonio était l'aîné puisqu'il porte seul le titre de comte de Tagliacozzo qu'avait son père Jacques Orsini; d'ailleurs, dans les documents pontificaux qui le nomment avec son frère, il est toujours cité le premier.

(3) Arch. Vatic. Reg. 378, fol. 108. Le pape écrit à un seigneur de Rome dont le Registre ne porte pas le nom, mais qui semble être un Savelli {ibid., Reg. 370, fol. 129 V), pour se plaindre « quod per homines quosdam subditos tuos, infra territorium Aime Urbis, juxta locum qui Aquafredda vulgariter nuncupatur, vacce quedam seu boves pertinentes ad dilectum filium, nobilem virum, Janantonium, comitem Talliacocii, contra omne juris debitum, sint subtractc. »

(4) Nibby, I, p. 7.

(5) Arch. du Vatic, Reg. de Curia n" 26, fol. 212. Pour Vicovaro, Arch. du Vatic, Reg. 366, fol. 119.

(G) Arch. du Vatic, i" Officiorum d'Eug. IV, fol. 270.

possessions, ils daront soutenir, sous Eugène IV, et de concert avec le patriarche Vitelleschi, une guerre acharnée contre des ennemis hérédit.'iiros. En septembre 1432, ils sont déjà en guerre avec les Golonna, et le pape est obligé de leur imposer la paix (1). En 1433, nous les trouvons en conflit avec les Golonna de Palestrina, et les capitula qui furent signés, le 14 mai 1433 (2), entre les Golonna, d'une part, et le cardinal de Venise, camérier du pape, de l'autre, nous en donnent les raisons. L'article 7 du traité spécifia que le Pape examinerait les prétentions des Golonna sur le château de Monte Gentile, que possédaient les deux Orsini. « Item... quod Sanctitas Domini nostri super restitutione castri Montis Gentilis, quam dicti domini de Columna petunt eis fieriy ministrare fuciet bonam justitiam. «

Ge passage nous fait comprendre pourquoi Eugène IV avait précédemment établi le comte de Tagliacozzo en Sabine ; en lui donnant une terre sur laquelle les Golonna élevaient des prétentions, le pape faisait naître un nouveau motif de haine entre les deux familles ; et nous saisissons sur le vif la politique que suivait le Saint-Siège à l'égard de la féodalité : il divisait pour régner. De plus , en établissant Janantonio et Raynaldo à Monte Gentile, c'était un coin que le pape introduisait dans le tronc des Golonna ; les Orsini allaient s'établir solidement entre les Golonna de RiofFredo, et ceux de Palestrina. L'objet de leurs convoitises était la ville de Tivoli, et déjà, avant 1433, ils avaient dû chercher à y dominer, puisque le troisième article de la convention du 14 mai 1433 spécifie que Janantonio et Raynaldo Orsini ne devront plus se mêler des affaires de Tivoli. Ils étaient donc obligés de reculer ; mais ils n'abandonnèrent pas leurs entreprises, et, toujours alliés du pape et de son légat, Vitelleschi, ils s'établirent solidement sur les hauteurs qui dominent l'Anio. En 1436 (3), ils achetaient, du monastère de Saint-Paul-hors-les-murs, au prix de 10,000 florins. Monte Albano et la forte position de Monticelli, qu'un historien cité par Nibby, appelle « castrum fortissimum prope Tibur » (4). Du haut de ces montagnes, aux pentes recouvertes d'oliviers et aux sommets couronnés de forteresses, les deux Orsini commandaient la vallée de l'Anio et la via Valeria, possédaient l'entrée de la

(1) Arch. du Vatic, Rg. Cameralia 17, p. 35.

(2) Arch. du Vatic, Rg. Cameralia 22, fol. 68 y\

(3) Arch. du Vatic, Reg. 367, fol. 117 v».

(4) Nibby, Analisi, II, p. 370.

Sabine et dominaient la campagne do Rome qui s'étendait sous leurs yeux jusqu'à l'horizon ; ils surveillaient surtout leurs redoutables ennemis, les Golonna.

Enfin, Janantonio possédait, hors des Etats pontificaux, dans les Abbruzzes de Naples, le comté de Tagliacozzo. C'était là sans doute la principale possession de cette branche dos Orsini, puisqu'elle en tirait son nom et sans doute ses principales ressources; car, d'après Blondus, cette contrée était riche et bien peuplée (1). Mais, là encore, les Orsini se trouvaient en présence des Golonna qui possédaient, non loin de Tagliacozzo, les comtés de Gelano et des Marses (2), et l'antagonisme séculaire des deux familles pouvait éclater jusque dans les montagnes les plus reculées des Apennins. Par la réunion de ces divers domaines du Patrimoine, du diocèse de Tivoli, et des pays des Abbruzzes, la branche des Orsini de Tagliacozzo était fort puissante; en 1446, lorsque le cardinal Scarampi, légat du pape, fit son expédition contre Sforza, le comte de Tagliacozzo put envoyer à l'armée pontificale un contingent de mille hommes (3). Lorsque, en 1456, Janantonio mourut, l'héritage qu'il laissait était si important qu'il excita les convoitises de nombreux parents; il comprenait le château de Monticelli, quatorze terres et un nombreux bétail (4).

La branche de Gravina n'était pas moins importante que celle Le« orsini de Tagliacozzo ; vers 1430, elle avait pour chef François Orsini, comte de Gravina et de Gonversano. Gomme Janantonio, il avait une partie de ses fiefs dans le royaume de Naples; les deux comtés dont il portait le nom, étaient à l'extrémité méridionale de l'Italie, dans la province actuelle de Bari. Dans les Etats pontificaux, ses fiefs se divisaient en deux groupes, les uns se trouvant en Sabine, les autres dans le Patrimoine de Tuscie.

En Sabine, il possédait Scandriglia, Nerola, ftonticelli, Montemaggiore et Montelibretti ; ces possessions sont énumérées dans un privilège accordé au comte de Gravina par Eugène IV, le 10 janvier 1436 (5). Bien situés sur des élévations, ces villages avaient une importance capitale; un simple coup d'œil jeté sur la carte nous les montre tous, depuis Montemaggiore jusqu'à Pouticelli et Scandriglia, échelonnés sur la route qui, suivant à peu près exactement l'ancienne via Salaria, va de la vallée du

(1) Blondus, Italia illust.^ p. 105.

(2) Voir plus haut, p. 55.

(3) Ciampi, p. 204.

(4) Ciampi, p. 251.

(5) Arch. Vatic, Reg. 366, fol. 119.

114 l'état po.ntifigal après le grand schisme.

Tibre, à Rieli, cà travers la Sabine; de leurs hauteurs, ces châteaux commandaient Tune des voies qui unissaient la Sabine à Rome et au Patrimoine de Tuscie; les relations politiques et économiques entre ces diverses contrées étaient donc surveillées par le comte de Gravina. Aussi, n'est-il pas étonnant que, dès le pontificat de Martin V, François Orsini ait voulu profiter de ces heureuses positions, pour établir un droit de transit sur les marchandises qui, par cette route, allaient en Sabine ou à Rome; il avait sollicité du gouverneur de Rome, le cardinal de S. Eustache, l'autorisation d'établir un droit de péage modéré, sur le bétail et les denrées qui passeraient devant ses possessions de Sabine (1). Cette faveur, qui lui avait été promise par le cardinal, lui fut accordée par Eugène IV, le 10 janvier 1436; mais il était stipulé qu'il ne pourrait établir ce péage que dans un seul de ces châteaux (2).

Ce domaine établissait François Orsini aussi solidement en Sabine que l'était, du côté de Tivoli et de Vicovaro, son cousin, le comte de Tagiiacozzo. Il est difficile de dire depuis quand ces fiefs appartenaient à la famille Orsini; peut-être lui furent-ils donnés par Jean XXIII ; car nous lisons dans l'index des vicariats de Michel Lonigo, que ce pape chargea l'archiprêtre de Sabine de donner en fief, à François Orsini, des biens meubles et immeubles confisqués par l'Eglise à des rebelles (3). Nous sommes mieux renseignés sur l'un d'eux, Scandriglia. François Orsini s'efforçait, comme ses parents, de s'agrandir aux dépens du monastère de Farfa ; si l'un de ses cousins avait réussi à s'en faire donner la commende, de son côté, il en avait détaché à son profit le village de Scandriglia qui lui fut donné par Jean XXIIi, et dont la possession lui fut confirmée dans la suite par Nicolas V, nonobstant l'interdiction d'aliéner les biens ecclésiastiques (4).

(1) Arch. Vatic, Reg. 366, fol. 119 : « Passagium cum débita moderatione colligi et exigi facere ac recipere posses a personis que salmas, animalia et mercimonia, per ipsa loca transeundo, portarent. »

(î) Cette clause suffit à nous prouver ce que nous avons avancé quelques lignes plus haut, que ces cinq châteaux du comte de Gravina étaient échelonnés sur la même route, puisque François Orsini peut choisir indifféremment l'un d'eux pour établir son péage sur cette grande voie de communications.

(3) Bibl. de Naples, IX, D. 6, p. 253.

(4) Bibl. de Naples, IX, D. 6, p. 177, sous Nicolas V : a Francisco de Ursinis Urbis prefecto, confirmatur castrum Scandrigiie, Sabinensis diocesis, pertinens ad monasterium Farfense, concessum eidem per Johannem XXIII, »

Les fiefs que le comte de Gravina possédait, sous Eugène IV, en Tuscie, provenaient, sans doute, des dépouilles du préfet de Vico. Dans une étude ultérieure nous montrerons que dans le long duel qu'il engagea au nom du Saint-Siège, contre la féodalité turbulente et rebelle, le patriai'che Vitelleschi s'appuya sur la famille Orsini ; le comte de Gravina combattit pour le pape, et sa fidélité fut amplement récompensée. Nous avons vu précédemment (1) que Tolfa nova appartenait à Jacques de Vico ; or, l'index des vicariats nous dit que, sous Eugène IV, François, comte de Gravina et de Gonversano, reçut, en vicariat perpétuel et héréditaire, les villages fortifiés de Montecastagna, Tolfa nova, Ferraria et Vallemarina, moyennant un cens de 100 livres de cire à payer chaque année, le jour de Saint-Pierre (2). Ces terres avaient appartenu aux préfets de Vico : nous en sommes certains pour Tolfa nova ; c'est probable pour les autres.

Enfin, le comte de Gravina obtint des dépouilles des Vico, la dignité de préfet de Rome. Le 28 septembre 1435, Jacques de Vico avait été décapité sur la place de Soriano, par ordre du terrible patriarche Vitelleschi et, le lendemain, son corps avait été enterré avec ses ancêtres, dans l'église de Sainte-Marie di Gradi, à Viterbe; la préfecture était vacante (3); vingt jours plus tard le pape la conférait à François de Gravina, qui en possédait déjà plusieurs domaines. Dans une bulle, datée de Florence, le 19 octobre 1435, le pape fait un grand éloge des Orsini, de leur dévouement à l'Eglise, et après ce préambule, il donne la dignité de préfet, vacante par la mort de Jacques de Vico, à François Orsini, comte de Gravina et de Gonversano (4).

Seigneur de riches fiefs napolitains, maître d'excellentes positions en Sabine, possesseur de domaines en Tuscie, préfet de Rome, François Orsini était, vers 1435, un personnage important de l'Etat pontifical ; aussi n'est-il pas étonnant que la main de sa fille ait été recherchée.

Dès 1432, avant les acquisitions que devait faire dans la suite François Orsini, Jacques Gaetani, seigneur de Sermoneta, la lui avait demandée pour son propre fils Honorât, encore enfant, et, le 2 mars 1432/1433, dans le château de Sermoneta, en présence des

et plus bas a non obstante prohibitione de non alienandis boni dicti monasterii. »

(1) Voir p. 103.

(2) Bibl. de Naples, IX, D. 6, p. 51 ; IX, D. 5, p. 223.

(3) Calisse, I prefetli di Vico. Archivio délia Soc. romana, 1887, p. 424.

(4) Arch. du Vatic, Reg. 370, fol. 183 v».

cardinaux de Sabine et de Chypre, avaient été signés les contrats de mariage de Catherine, fllle de François, comte de Gravina et de Conversano, avec Honorât, fils de Jacques Gaetani, etde Jacobello, fils illégitime de François Orsini, avec Sveva, ûlle illégitime de Roger Caetani. Catherine Orsini recevait de son père une dot de 600 florins d'or, et Sveva en apportait à Jacobello 2,000 (1). Quand le comte de Gravina eut ajouté de nouvelles terres à ses domaines héréditaires, et acquis la dignité de préfet de Rome, la famille Caetani tint encore plus à ce mariage, et, le 27 janvier 1437/38, Honorât, devenu jeune homme, réclamait, par acte notarié, de François Orsini, l'exécution du contrat de fiançailles de 1433 ; en même temps, il constituait Jacques di Cola de Toletto, son procureur, pour aller porter à Catherine l'anneau de mariage et l'épouser en son nom (2). Cette alliance de famille dut alors se conclure ; car un acte du 14 août 1442 désigne Catherine Orsini comme la femme d'Honorat; à cette date, le pape confère le privilège de Valtare porLatile^ nobili viro Honorato deGaietanis, laico Terracinensij et nO' bili muiieri^ Caterine de Ursinis, ejus uxori (3).

Il semble que François Orsini ait eu un autre fils, Marine Orsini. Ce qui nous le fait supposer, c'est que, dans un bref du 22 mai 1444, Eugène IV rappelle à Honorât Caetani une promesse qui a été faite per manus dilecti filii Mariai de Ursinis notarii nostri, cognati lui (4); or, cognaùus, en latin, et de nos jours encore, cognato, en italien, désignent le beau-frère. Marine devait donc être le frère de Catherine Orsini et le fils du préfet de Rome (5). C'est, d'ailleurs, tout ce que nous savons de ce personnage.

Les Orsini Une troisième branche de la famille des Orsini était bien puis-

sante en Sabine, c'était celle de Monterotondo. Si nous en croyons la généalogie qu'en a dressé Suarès, elle descendait directement de Rinalduccio Orsini, frère aîné du pape Nicolas III (6). Sous Martin V, elle était représentée par Orso qui, de son mariage avec Lorenza Conti, avait eu deux fils, Jacques et Riualdo. Il est

(1) Arch. Caetani, XXVII, n» 47.

(2) Arch. Caetani, XXVII, n" 4.

(3) Arch. Caetani, XXVI, n» 64.

(4) Arch. Caetani, XIX, n» 71.

(5) A moins toutefois qu'il ait été le mari de Béatrice , sœur d'Honorat. C'est possible; mais peu probable, car les Archives Caetani, qui nous ont conservé les contrats de Honorât et de Sveva, ne disent rien du mariage de Béatrice.

(6) Bibl. Barberini, XXXVIII, 98. Suarès, De familiis.

de Monterotondo.

impossible de dire quand mourut Orso; ce fut avant 1425; car, par une bulle du 17 juillet 1425, Martin V rend aux fils d'Orso des biens qui avaient été confisqués à feu leur père, pour ses révoltes (1). Comme les comtes de Tagliacozzo, Jacques et Laurent semblent avoir conservé leur patrimoine dans l'indivision ; car, au dire de Suarès, ils étaient appelés l'un et l'autre seigneurs de Monterotondo. Cependant, lorsque, le 17 août 1433, le pape ordonne à ses vassaux de lui envoyer des troupes pour marcher contre Nicolas délia Stella, il ne s'adresse qu'à Jacques Orsini, qui doit fournir cent fantassins (2). Monterotondo était leur principal fief; mais ils avaient un autre groupe de terres plus en amont, dans la vallée du Tibre, parmi les montagnes de la Sabine, qui font face au Soracte : c'étaient S. Polo, Colle Yecchio et Stimigliano. Ces villages avaient déjà appartenu à Orso; ce sont ceux que Martin V lui avait confisqués, et qu'il rendait à ses fils, le 17 juillet 1425 (3), en leur imposant le cens annuel d'un épervier. Ce sont des pays peu importants aujourd'hui ; ils ne devaient pas l'être davantage au quinzième siècle, puisque pour ces possessions, les deux frères ne devaient à l'armée pontificale qu'un contingent de sept fantassins (4) ; et cependant, ils n'étaient pas à dédaigner ; car, dominant le Tibre, Stimigliano en commandait le cours, du haut de l'élévation qui le portait. Là encore, les Orsini se trouvaient en présence des Colonna ; comme les branches de Gravina et de Tagliacozzo, celle de Monterotondo ne pouvait pas se soustraire à ce terrible antagonisme. En effet, le prince de Salerne était établi à Calvi , et, par une bulle du 8 août 1431, le pape chargeait Jacques Orsini de s'emparer de ce village avec ses forts et ses hommes, et de l'enlever de force, s'il le fallait, à Antoine ou à quiconque le détiendrait en son nom (5).

Les Orsini de Monterotondo et de Gravina avaient donc une série de possessions échelonnées le long du Tibre. D'autres branches de la famille y étaient également établies, et leurs châteaux formaient le long du Tibre, une ligne presque ininterrompue, coupant les communications entre la Sabine et la Tuscie proprement

(1) Bibl. Naples, IX, D. 6, 253.

(2) Arch. Vatic, Cameralia, 17, fol. 210.

(3) Bibl. Naples, IX, D. 6, 104.

(4) Bibl. Naples, IX, D. 6, 104.

(5) Arch. Vatic, Cameralia, 16, fol. 81 : Jacques Orsini est envoyé « ad recipiendum, nomine et pro parte ejusdcm domini nostri, castrum, homines, universitatem et fortellitium Calvi..,, nec non ad tollendum et levandum illud de manu Antonii de Columna vel cujuscunque alterius id detinentis. »

Les Orsini de Gavignano.

Les Orsini de Gallese.

dite, commandant les deux routes qui longeaient les deux rives du fleuve, le Salaria et la Flaminia, et, par elles, les relations politiques et commerciales de Rome avec l'Ombrie, et tout le nord de l'Italie.

Les possessions des Monterotondo et des Gravina étaient reliées entre elles par celles des Orsini de Gavignano. Sous Martin V, le chef de cette famille était Bertoldo : une bulle de ce pape accorde aux habitants de Gavignano, en Sabine, une réduction de la gabelle du sel et du fouage, sur les instances de leur seigneur Bertoldo, fils de feu Troilo (1). Un acte du 26 avril 1423 (2) nous apprend que Bertoldo possédait aussi les communes de Foglia sous Magliano et de Pompegio en Sabine, toutes deux non loin de la rive gauche du Tibre. Enfin, à cette date, les Orsini de Gavignano étaient, depuis plus de vingt ans, en litige avec François d'Anguillara pour la possession du château de Gastiglione et de ses dépendances, domaine qui provenait des familles éteintes des Normanni et des Alberteschi. Un arbitrage prononcé, en 1423, par le cardinal d'Albano et Poncello Orsini, termine le différend en partageant les biens en question entre le comte d'Anguillara et le comte de Foglia (3).

Bertoldo Orsini n'était pas le seul fils de Troilo; il avait deux frères, Jean et Cola, qui étaient en procès, comme lui, avec François d'Anguillara. Quelle fut la part de ces cadets? La question doit peu nous préoccuper pour Jean, car l'acte du 23 avril 1423 nous dit qu'à cette date, il était mort et qu'il avait eu son frère Bertoldo pour héritier; mais Cola vivait encore. Les rares documents qui nous sont parvenus nous donnent sur lui très peu de renseignements; il nous est difficile d'affirmer ou qu'il ait pris sa part du patrimoine paternel, car aucun texte ne nous mentionne ses biens personnels, ou qu'il ait vécu dans l'indivision avec son frère. Ce qui nous inclinerait plutôt vers cette hypothèse, c'est que, dans le différend avec les Anguillara, Bertoldo agit au nom de Cola comme au sien (4).

De l'autre côté du Tibre, sur la rive de Tuscie, les Orsini possédaient une excellente position à Gallese, entre la vallée du fleuve et la via il^milia, qui, de Rome, conduisait directement à Orto et en Ombrie. Une bulle de Jean XXIII érige en comté le

(1) Bibl. Naples, IX, D. 6, 253, art. Orsini.

(2) Coletti, n" 35.

(3) Pour cette affaire, voir Coletti, n»» 33, 34, 35.

(4) Ibid,

castrum de Gallese pour le donner à François Orsini et à ses héritiers, moyennant le cens d'un chien de chasse (1). Le comte de Gallese ne conserva pas à l'Eglise la fidélité qui lui avait valu cette faveur; car, en 1434, nous le voyons, en opposition avec sa famille, combattre le pape, sous le commandement de François Sforza (2). Nous ne connaissons que ce domaine à François Orsini ; les chroniques, les index des vicariats et les registres du Vatican n'en indiquent point d'autres; d'ailleurs, il semble avoir eu moins de ressources que les autres Orsini : dans la liste des contingents que les villes et les vassaux du Saint-Siège doivent envoyer, en 1433, à l'armée pontificale, tandis que le seigneur de Monterotondo est taxé à cent hommes, le pape n'en demande que soixante-dix au comte de Gallese (3). François Orsini eut un fils, Jacques, qui alla porter secours, en 1454, à son parent Aldobrandino de Soana , attaqué par les Siennois (4).

En aval de Gallese et de Gavignano , les Orsini possédaient une autre position dominant la vallée du Tibre : c'était le château de Fiano. Placé le long de la voie Tiberina, sur les montagnes qui dominent le fleuve, il avait été convoité par plus d'un baron romain; en 1405, il fut acquis par Paul Orsini (5). Ce fief de Fiano vint se confondre avec celui de Campagnano, car, en 1454, Orso, fils de Gentile de Campagnano, est appelé seigneur de Fiano par la Chronique de Viterbe (6). Le fief de Campagnano avait été donné par le pape Jean XXIII, en 1411, à Gentile, qui devait envoyer au pape, comme cens annuel, un chien lévrier à la fête de la Toussaint (7). Ce castrum était fort bien situé, au cœur de la Tuscie, sur des hauteurs volcaniques, longées par la via Cassia.

Dans la Tuscie proprement dite, c'est-à-dire dans le~pays situé entre le Tibre, la mer et la république de Sienne, la famille des Orsini se divisait en Orsini de Bracciano, Orsini de Canino et Orsini de Soana ; elle couvrait de ces trois rameaux tout le pays.

De tous les Orsini, ceux de Bracciano ont été peut-être les plus en vue, sous Eugène IV, par l'importance de leurs domaines

Les Orsini

de Fiano

et Campagnano.

Les Orsini

de Bracciano.

(1) Bibl. Naples, IX, D. 6, 253, art. Orsini.

(2) Ciampi, p. 132.

(3) Arch. Vatic, Camer., 17, fol. 210.

(4) Ciampi, p. 235 : « Jacovo Antonio figlio del conte di Gallise »

(5) Nibby, II, p. 40.

(6) Ciampi, p. 250.

(7) Nibby, I, p. 359. — Bibl. Naples, IX, D. 6, 253, art. Orsini.

i20 l'état pontifical après le grand schisme.

et des fonctions dont plusieurs d'entre eux ont été investis. Voici la généalogie sommaire que l'on peut en dresser :

Jourdain, Orsino Orsmi. Charles Orsini, François, cardinal de Sabine. j

Latino, Jean, Napoléon. Le Chevalier

archevêque de Trani, abbé de Farfa. Orsini. de Rhodes, cardinal de Sabine.

Une bulle du pape Martin V permet à Charles Orsini d'exporter cent mesures de grains de ses terres de Galera et de Bracciano : c'est le seul document qui nous prouve l'existence de ce personnage et son établissement en Tuscie; aussi est-il difficile de constater s'il vivait encore, à l'avènement d'Eugène IV; il était mort en 1435, car c'est avec ses fils, et non avec lui-même, que le pape fait un accord, le 9 novembre de cette année-là (1). Latino Orsini était le fils de Charles, car, le l®"" avril 1444, le Saint-Siège engage, pour une somme de 3,333 florins 1/3, le tiers de Nepi et de Monterosi aux Orsini et, parmi eux, à Latino et à ses frères, fils et héritiers de feu Charles {tibi frater Latine... et certis fralribus tuis^ qvondam Caroli de Ursinis natis ac heredibus et successoiHbus) (2). Quels sont donc ces frères aux noms desquels agit Latino, et que le pape ne mentionne pas ? A la mort du comte de Tagliacozzo , nous dit la Chronique de Vilerbe^ sa fille n'obtint de rhéritage paternel que le château de Monticelli et le bétail ; le reste passa au cardinal Orsini et à ses frères, l'abbé de Farfa, Napoléon et le chevalier de Rhodes , tous quatre parents du défunt (3). Ce cardinal Orsini ne peut pas être le cardinal Jourdain de Sabine : il était mort dix-huit ans auparavant, le 29 mai 1438 (4) ; ce ne peut donc être que Latino qui, en 1449, avait reçu la pourpre de Nicolas V (5); l'abbé de Farfa, Napoléon et le chevalier de Rhodes étaient donc les autres fils de Charles Orsini.

Nous avons peu de renseignements sur Jean Orsini, abbé de Farfa ; la notice que lui consacre Ughelli dans sa série des archevêques de Trani est fort laconique ; il nous est impossible de dire

(1) Arch. Vatic, reg. 373, fol. 302 V.

(2) Arch. Vatic, reg. 362, fol. 120.

(3) Ciampi, p. 251.

(4) 75id., p. 162.

(5) Ughelli, ItàlisL sacra, VII, 1234,

quelle part il eut du patrimoine paternel et de la succession de Tagliacozzo. Nous connaissons encore moins le chevalier de Rhodes; les documents ne font que le mentionner.

Napoléon Orsini eut la seigneurie de Bracciano ; c'est avec ce titre qu'il figure dans les textes; il est à croire que ses domaines étaient vastes et riches, car, en 1446, dans la guerre du cardinal Scarampi contre Sforza, il envoya à l'armée pontificale un contingent de 200 hommes (1).

En 1431, Latino n'était pas le grand personnage des pontificats Latino orsini. de Nicolas V et de Callixte III ; jeune encore, il travaillait à son avenir, sans doute sous la protection de son oncle, le cardinal Jourdain. Dans une bulle du 5 novembre 1435, il n'est désigné que comme sous-diacre du pape (2). Mais il ne tarda pas à monter dans la hiérarchie ecclésiastique; il devint, avant 1439, archevêque de Compsa; le 21 novembre 1439, il était mis à la tête du diocèse de Trani, et, en 1450, transféré à Urbin. Cardinal-prêtre dès 1449, il devait mourir évêque de Sabine (3), après avoir joué un rôle prépondérant, pendant plusieurs pontificats, et manqué d'échanger son chapeau contre la tiare (4). Malheureusement, nous sommes moins renseignés sur les débuts de sa carrière et sur la part qui lui revint de l'héritage paternel; d'ailleurs, cette lacune importe assez peu à notre sujet; car, en 1431, Latino était au début de son rôle politique et ne devait jouer qu'un rôle effacé, les années suivantes.

Tout autre était le cardinal Jourdain Orsini, son oncle; au Le cardinal début du pontificat d'Eugène IV, il était à l'apogée de sa puissance; Innocent YII l'avait créé archevêque de Naples et cardinalprêtre de Saint-Martin des Monts ; au concile de Pise, il avait poussé à la dignité pontificale le pape Alexandre V; sous Jean XXIII, il avait été envoyé comme légat en Espagne, avec mission de préparer la renonciation de Benoît XIII et l'unification de l'Eglise; enfin, il était cardinal-évêque d'Albano quand il prit part au conclave, d'où sortit Eugène IV (5). Ces quelques détails rétrospectifs nous montrent qu'en 1431, le cardinal Jourdain était l'un des membres les plus marquants de sa famille; évidemment, au Sacré-Collège, il allait être le chef de la faction des

(1) Ciarapi, p. 204.

(2) Arch. Vatic, reg. 373, fol. 302 v" : « Latino, subdiacono nostro. »

(3) Ughelli, Italia sacra, VII, 1234.

(4) Voir ce qu'en dit Pastor, Hist. des papes, trad. française, t. II, p. 212, 296 et suiv., 314, 343, 430 et 442.

(5) Ughelli, Italia sacra, I, p. 207,

Jourdain Orsini,

i22 l'état pontifical après le grand schisme.

Orsini contre celle des Colonna, et, comme le nouveau pape allait réagir contre les Colonna, l'influence du cardinal Orsini ne pouvait que s'accroître encore. Il est donc intéressant de rechercher quelle part il eut des domaines de sa maison, et comment il les accrut dès le nouveau pontificat.

Tout d'abord, il possède la seigneurie de Galera; lorsqu'en 1434, les Romains se révoltèrent, chassant le pape et la curie pour proclamer la République, le cardinal Jourdain se retira à Galera, pour y réunir ses forces militaires (1); évidemment, c'était au milieu de ses vassaux, dans ses terres. Plus haut, il est vrai, nous avons vu que Galera appartenait à Charles Orsini; mais comme il est incontestable que Jourdain en était aussi le seigneur, il faut supposer, soit que le cardinal a hérité de Charles, soit qu'il a possédé ces terres en commun avec lui, soit encore qu'ils ont gardé chacun une part de ce domaine paternel. Un acte officiel nous donne la liste des terres du cardinal; dans les livres de comptes du camérier (iniroitus et exitus), il est dit que, le 26 mars 1434, le cardinal Orsini a payé 300 florins pour acquitter les impôts du sel et du fouage que devaient ses vassaux, et Ton énumère ses terres : ce sont Galera, Formello, Scrofano, Torrita, Sagiano, Montopoli, t^astelnuovo, Poggio San Lorenzo, Poggio Mirteto, Bocchignano et Rocca Teballescha (2).

L'on peut diviser ces villages en deux groupes : Galera Formello et Galera formaient un domaine au cœur de la Tuscie, entre Rome et le lac de Bracciano ; Sagiano, Montopoli, Castelnuovo, Poggio San Lorenzo, Poggio Mirteto, Bocchignano et Rocca Teballescha, formaient un autre groupe en Sabine; et ces deux parties des possessions du cardinal étaient rattachées l'une à l'autre par le village de Torrita, qui continuait, sur le Tibre, la ligne des positions des Orsini. On pourrait croire que le cardinal devait à sa qualité d'évêque de Sabine ses domaines sabins; mais nous ne le pensons pas ; car, encadrés entre d'autres terres des Orsini, ils semblent plutôt provenir d'un partage de famille. D'ailleurs, une raison péremptoire nous prouve qu'ils ne constituaient pas la temporalité de ce diocèse suburbicaire; s'ils avaient été biens d'Eglise, ils auraient joui de l'immunité,

(1) Ciampi, p. 136 : « Evi si rinforz5. »

(2) Arch. Vatic, Introitus et exitus, n" 394, p. 68 : « A card. de Ursinis, in deductione salis et focatici... suarum terrarum, vidclicet Galerie, Formelli, Scrofani, Torrite, Sagiani, Montopoli, Castri novi, Podii Lavrentii, Podii de Mortitis, Bocchignani, Rocche Teballesche, videlicet a menso septembris proxime preterito..., Florenos auri de Caméra, CGC. »

et, pas plus que les autres évêques , le cardinal n'aurait payé à la Chambre apostolique le fouage et la gabelle du sel. Ces terres appartenaient donc en propre à la famille des Orsini, et, depuis Galera, sur le plateau ondulé de la Toscane, jusqu'aux villages escarpés de la Sabine, en passant par le Tibre, elles formaient une ligne presque ininterrompue de riches possessions.

Les faveurs d'Eugène IV vinrent, dans la suite, accroître la richesse et la puissance du cardinal Jourdain. Le nouveau pape était élu le 2 mars, et, dès le 14 du même mois, il transférait Jourdain Orsini de l'évêché suburbicaire d'Albano à celui de Sabine, qui était bien plus riche (1); puis, il lui donnait plusieurs abbayes en commende, et, en particulier, le monastère de Saint- Pastor, l'un des plus importants de la Sabine (2). Enfin, il constituait, en sa faveur, une sorte de principauté en Ombrie en le nommant gouverneur de Pérouse. Ainsi, seigneur d'un important domaine, cardinal-évêque d'un des plus riches diocèses suburbicaires , titulaire de nombreuses abbayes , enfin légat presque autonome de Pérouse, Jourdain Orsini était l'un des membres les plus influents de sa famille, l'un des personnages les plus puissants de l'Etat pontifical.

Orsino Orsini était son frère, la Chronique de Viterbe nous dit orsino orsini. textuellement qu'il était fratello carnale del cardinale (3), et, comme le seul cardinal de la maison était Jourdain, il n'y a pas de doute à avoir. Les documents nous disent peu de chose de ses domaines; seule, une bulle de Martin Y (4) nous prouve qu'il possédait Bracciano en commun avec ses frères Charles et François ; le pape leur en confirme à tous trois la possession. C'était sans doute tout son domaine : pauvre, il fut réduit, semble-t-il, à demander au métier des armes un supplément de ressources. Ce qui nous le fait supposer, c'est que Orsino nous apparaît toujours com.me un condottiere à la tête de ses bandes armées ; en 1432, il marche contre les Colonna (5); à plusieurs reprises, il figure dans les registres de la Chambre apostolique parmi les condottieri qui ont reçu leur solde du camérier. Ainsi, le 10 septembre 1433, il est nommé, avec Ranuce Farnèse, Michel de Attcndolis et Mencuccio d'Aquila; il a reçu 500 florins; le 14, il en reçoit 100; le 23, 600 et toujours pour le même motif : in

(1) Ughelli, Italia sacra, I, p. 207.

(2) Arch. Vatic, reg. 374, fol. 19 v°.

(3) Ciampi, p. 146.

(4) Bibl. Naples, IX, D. 6, 253, art. Orsini.

(5) Ciampi, p. 146.

124 l'état pontifical apbès le grand schisme.

deductione siipendioriim suorum ; le 26 octobre, la Chambre lui compte 20 florins pour la mise en état du ponte Salaro : pro aptando pontem Salarhim; toujours pour sa solde, on lui compte 620 florins, le 28 novembre, et 832, le 28 février 1434 (1). Nous ne voulons pas faire le relevé minutieux de toutes les sommes qu'a touchées Orsino de la Chambre apostolique, pour ses services de condottiere ; aussi bien nos études ultérieures nous ramèneront à lui ; pour le moment, il nous suffit de constater ses goûts aventureux. Peut-être se lança-t-il dans la carrière des armes pour augmenter son maigre patrimoine; cela expliquerait le silence que gardent les textes sur ses terres, sans doute de peu d'importance.

LesOrsini Lcs Orsiui dc Soaua ont joué, eux aussi, un rôle considérable

et Pitigîi^no. en Tuscie. Traversés par la frontière des Etats pontificaux, leurs domaines se trouvaient, à la fois, dans la Toscane romaine et dans la Toscane siennoise; aussi, eurent-ils souvent à se défendre contreles empiétements de la République, et les graves difficultés qui éclatèrent souvent entre les papes et Sienne, furent, parfois, causées par les Orsini de Soana. Ils étaient originaires de Pitigliano; c'est même par le nom d'Orsini de Pitigliano que la chronique de Viterbe les désigne : le chef de cette branche, qui assista au couronnement de Sigismond, est appelé Gentile de ^ Pitigliano (2), Cependant, de très bonne heure, ces Orsini

prétendirent au comté de Soana dans le territoire Siennois; déjà, sous Boniface IX, leur chef Bertoldo (3) en portait le titre, dans la bulle par laquelle ce pape lui confirmait le castrum Abbatie ad ponlem dans le diocèse de Castro (4). Toutefois la possession de ce comté était incertaine; car il était à chaque instant attaqué par les Aldobrandeschi qui Je pillèrent en 1410; laissée sans secours par Bertoldo, Soana se donna à la République de Sienne qui la garda (5), et ce fut la raison dos longues guerres qui éclatèrent dans le courant du quinzième siècle, entre les Orsini et Sienne. Bertoldo mourut avant 1433; car, à cette date, le pape prend à sa solde Gentile, olim magnifici viri domini Bertoldi de Ursinis^ comitis Suanensis (6). 11 n'existait déjà plus le

(1) Arch. Vatic, Introitus et exitus, n" 394, p. 83, 89.

(2) Ciampi, p. 27.

(3) La fille de ce Bertoldo Orsini épousa, en 1397, le fameux tyran de Pérouse et de l'Ombrie, Biordo de' Michelotti. Voir plus haut, p. 32.

(4) Bibl. Naples, IX, D. 6, art. Orsini.

(5) Gigli, Diario Sanese, II, p. 619.

(6) Arch. Vatic, Camer., 22, fol. 105,

24 mai 1431; car, dans un acte de ce jour, conservé dans les titres du consistoire de Sienne, ses fils, Gentile et Ildebrando, apparaissent comme les chefs de ce rameau des Orsini (1).

Dès 1 43 1 , les difficultés recommencent entre eux et la République. En 1430, Gentile de PiLigliano voulut occuper l'ancien comté de son père et, par surprise, il s'empara de Soana (2). Les Siennois ne se résignèrent pas à cette perte et ils se préparèrent activement à la guerre. Nous en avons la preuve dans les livres du consistoire ; dès le 14 mai 1431, on décida de nommer trois citoyens qui auraient pleins pouvoirs pour abattre Gentile et Ildobrandino et leur enlever les terres qu'ils occupaient; et comme les Golonna étaient les ennemis héréditaires des Orsini, on se proposait de faire alliance avec eux et de les associer à la guerre contre Soana : le 12 juillet, il était entendu que la commune négocierait auprès du prince de Salerne un emprunt de 25,000 florins (3). Cependant elle hésitait à s'engager définitivement dans la guerre ; le 17 juillet, elle fit une dernière tentative auprès des Orsini en chargeant Guglielmo di Checco di Petruccio d'aller négocier la paix avec eux (4). Mais ces avances furent repoussées, et au mépris du droit des gens, Ildebrandino fit arrêter et jeter en prison l'envoyé siennois, déclarant ainsi, lui-même, une guerre sans merci à la République. Elle répondit à cet acte de violence; le 21 août, elle prenait ses dispositions pour faire la guerre aux Orsini (5); le 31 août (6), elle engageait à sa solde l'illustre Piccinino qui devait mettre à son service une troupe de 400 cavaliers et de 100 fantassins ; enfin, le 26 septembre (7), elle prenait une décision qui montrait son état d'exaspération ; elle mettait à prix la tête d'Ildobrandino : le condottiere Antonello délie Serre reçut l'ordre de se saisir du comte, mort ou vif; en cas de réussite, on lui promettait une récompense de 1,000 florins et le commandement de 50 lances. L'état d'hostilité persistait encore le 9 mai 1432 (8), car, ce jour-là, le consistoire ordonnait au podestat de condamner, pour crime de rébellion, Gentile de PitigUano , fils de feu Bertoldo , coupable d'avoir enlevé

(1) Arch. de Sienne, Concistoro, 380, p. 15.

(2) Gigli, Diario Sanese, II, p. 618.

(3) Arch. de Sienne, Ibid., n» 380, p. 15.

(4) Arch. de Sienne, Ibid., n« 380, p. 38 et 53.

(5) Arch. de Sienne, Ibid., u» 381, p. 74.

(6) Arch. de Sienne, Ibid., n» 381, p. 85.

(7) Arch. de Sienne, Ibid., n" 382, p. 46 et 55.

(8) Arch. de Sienne, Ibid., n" 385, p. 13.

aux Siennois et placé soas sa domination, la ville de Soana.

Nous n'avons pas à raconter les péripéties de la lutte entre Sienne et les Orsini, mais il est intéressant de rechercher comment se termina le conflit. Dans son laconisme, le Diario Sanese se contente de dire qu'en 1432, la commune reprit la ville et le comté de Soana (1); les titres du consistoire sont beaucoup plus explicites et nous racontent quelles circonstances tragiques ramenèrent ce pays sous la domination de Sienne. La ville de Soana était divisée en deux partis qui se faisaient une guerre acharnée et appelaient à leur aide l'un, les Orsini, l'autre, les Siennois. En juillet 1434, ce dernier l'emporta; dans la lutte, Gentile fut blessé et plusieurs de ses partisans tués ; les vainqueurs s'empressèrent, aussitôt, de se replacer sous lé gouvernement de la République. Au commencement du mois d'août, les Siennois envoyèrent à Soana des commissaires, qui rappelèrent dans la ville les bannis, et des troupes, qui ne tardèrent pas à s'emparer du château; le 11 août, on décidait de donner à Soana un gouverneur et de placer la citadelle sous le commandement de deux châtelains. Cependant, Gentile était mort de ses blessures et, au nom des Orsini, le cardinal de Sabine concluait un accord avec Sienne, le 31 août 1434; il reconnaissait à Sienne la possession dé Soana, prenait sous sa protection la veuve et le fils de Gentile et, en leur nom, le gouvernement de Pitigliano (2). Ainsi se terminait par une catastrophe, la lutte des Orsini contre Sienne; la République l'emportait, elle repoussait victorieusement les prétentions de ses vassaux. Mais Ildobrandino survivait à la défaite, son existence était un danger permanent; il pouvait, à chaque instant, présenter ses revendications et les appuyer par les armes ; c'est ainsi qu'en 1454, les Orsini, coalisés, devaient faire un dernier effort pour enlever Soana aux Siennois (3). Il faut se rappeler, sans cesse, ces événements quand on étudie les relations de la République avec le pape et avec les seigneurs des Etats pontificaux. Si elle s'allia intimement avec les Colonna , si elle eut de graves difficultés avec Eugène IV, qui penchait vers les Orsini, c'est à n'en pas douter, pour la question de Soana, et, ainsi, les comtes de Pitigliano ont exercé une influence appréciable sur la politique pontificale.

Les Orsini de Ganino avaient été fort influents dans la province

(1) Gigli, Diario Sanese, II, 618.

(2) Arch. de Sienne, Concistoro, n" 395, p. 33-36, 38, 42, 43, 53, 59, 64, 69, 70.

(3) Ciampi, p. 235.

du Patrimoine ; ils s'y étaient constitué un domaine assez étendu entre le lac de Bolsène et les frontières de la république de Sienne. Le 1*" janvier 1399, E^oniface IX avait donné le château de Ganino, dans le diocèse de Castro, à Paul Orsini, fils de François, moyennant le cens d'un chien lévrier à acquitter le jour de la fête des Apôtres (l). Grégoire XII avait accru l'importance de ce vicariat en y ajoutant la ville de Montalto ; enfin, Alexandre V confirmait à Paul Orsini ses possessions, et lui donnait encore Marta, Narni et GoUescipionc. Mais , sous Martin V, la famille des Orsini perdit ces domaines, soit que cette branche se fut éteinte, soit qu'elle eut été dépouillée par ce pape qui, pour mieux travailler à l'exaltation des Golonna, ses parents, minait la puissance des Orsini. Quoi qu'il en soit, Martin V (2) transféra à Ildebrandino Gonti et à ses descendants le domaine de Ganino, qu'il agrandit de Gradoli ; et c'étaient sans doute les Gonti qui possédaient, en 1431, ces anciennes terres des Orsini.

Gomme les Golonna et les Gaetani, les Orsini avaient débordé hors de leurs patrimoines, et même hors de l'Etat pontifical. Plusieurs d'entre eux s'étaient établis dans le royaume de Naples, et y occupaient, vers 1431, de hautes dignités et d'importantes seigneuries. Ainsi, les comtes de Manopello étaient devenus Napolitains ; ils ne possédaient plus rien dans les Etats de l'Eglise, et, lorsque, le 24 août 1436, le pape prenait sous sa protection Pierre, Gola, Pierre -Jean -Paul, et Orsino Orsini, comités Manopelli , et leurs terres, il n'était question que de fiefs situés dans le royaume de Sicile, en deçà du phare : ubicumque in regno Sicilie citra Farum consistentia (3). L'un de ces comtes, Pierre-Jean-Paul^ était condottiere ; un passe-port que lui délivra le pape, en 1436, le désigne comme un capitaine de gens d'armes, gentium armorum capitaneiis; composée de fantassins et de cavaliers, sa troupe était importante, puisque ce sauf-conduit était pour mille hommes, qui venaient de Lombardie (4). La même année, il se mettait, avec deux cents hommes, à la solde de l'Eglise, par un contrat signé, le 25 octobre 1436^ avec le cardinal camérier (5).

Les Orsini de CaaiQO.

Les Orsini napolitains.

(1) Bibl. Naples, IX, D. 6, 253, art. Orsini.

(2) Bibl. Naples, IX, D. 5, p. 104.

(3) Arch. du Vatic, Reg. 366, fol. 168.

(4) Ibid., Reg. 366, fol. 159 \° : a ... cum gentibus suis equestribus et pedestribus, usque ad numerum mille personarum et armis, pecuniis arne-

siis.

(5) Arch. du Vatic, Cameralia 24, fol. 33.

Les comtes de Noie, comtes palatins et grands justiciers du royaume de Sicile, sont aussi des Orsini (l). Bien que napolitains, ils conservent des attaches avec les Etats pontificaux. Ainsi, le 1^'' septembre 1418, était signé le contrat de mariage de Johannella Orsini, fille de Raymond, comte de Noie, avec Jacques Gaetani de Sermoneta. La ville de Tarente, l'une des plus importantes du royaume, appartenait aux Orsini de Baucio; eux aussi, restaient en relation avec les papes leurs anciens seigneurs. Raymond, prince de Tarente, prêtait à la Chambre apostolique, sous Linocent VII, 50,000 florins d'or; jusqu'à l'entier recouvrement de cette forte somme, il devait percevoir la dîme sur tous les revenus ecclésiastiques des Deux-Siciles et conserver en gage, la ville de Brindisi et la terre de Barolo (2).

Cependant, malgré cette dispersion , la famille Orsini avait la plupart de ses domaines dans la Sabine et la Tuscie : c'est sur cette province du Patrimoine qu'elle étendait ses nombreuses branches. Elle y possédait les montagnes abruptes de la Sabine avec leurs châteaux escarpés, et leurs pentes fertiles enfermant d'étroites vallées; elle avait d'excellentes positions échelonnées sur les deux rives du Tibre, depuis le confluent de la Nera jusqu'aux limites de la campagne romaine, à Monterotondo; sur le plateau toscan, elle était solidement établie sur les grandes routes qui le sillonnaient, la via Flaminia, la via Gassia, la via Aurélia; et ses châteaux se dressaient au milieu de terres fertiles qui approvisionnaient de blé l'Etat pontifical. Tout cela formait donc un ensemble puissant, et ainsi l'influence qu'exerçaient les Orsini, en Tuscie, balançait celle des Colonna en Campanie. Pris entre ces deux grandes familles, les papes oscillaient de l'une à l'autre, les opposant sans cesse l'une à l'autre. Poussé par un népotisme exagéré, Martin V avait tellement favorisé les Colonna, qu'en 1431, ils étaient devenus un danger pour l'Eglise ; pour arrêter leurs progrès menaçants, Eugène IV allait s'appuyer sur les Orsini.

(1) Voir Archives Gaetani, XXXVI, 28 et 29.

(2) Bibl. Naples, IX, D. 5, 84; IX, D. 6, 253, art. Orsini.

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