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LES PARNÈSE

Les Farnèse aussi lui rendront des services aussi fidèles qu'in- Les Famèse. téressés. Elle est fort curieuse l'histoire de cette famille qui, du treizième au seizième siècle, n'a cessé de grandir à l'ombre de l'Eglise, jusqu'au jour où elle Ta gouvernée, avec le pape Paul III. Seuls, les Médicis de Florence peuvent nous fournir un autre exem.ple de progrès aussi mesurés et aussi sûrs.

Au milieu du treizième siècle, personne n'aurait pu prédire les brillantes destinées des Farnèse; ils ne possédaient que le petit château d'où ils tiraient leur nom, dans le diocèse de Toscanella, et c'est pour cela que les documents du treizième et du quatorzième siècle les appellent domiceili Tuscanienses. A côté des seigneurs de Bizentio, des préfets de Vico, des comtes d'Anguillara et des autres barons de la Tuscie, ils faisaient un triste personnage. En 1263, lorsque la province du Patrimoine était troublée par les guerres des Guelfes et des Gibelins, ils apparaissent pour la première fois dans l'histoire marchant, sous les ordres de Pandolfo d'Anguillara, le chef du parti papal, contre les Impériaux, commandés par les préfets de Vico (1); dès lors, ils vont suivre toujours la même politique, se consacrant à la défense de l'Eglise sans jamais oublier de se faire payer leurs services, si bien que chaque victoire des papes se traduira, pour eux, par une extension de puissance. Un siècle plus tard, en 1354, ils ont grandi ; ils possèdent toujours Farnèse, leur pays d'origine, mais ils l'ont accru d'une partie de Tessenano, Ischia et Geglioli (2). Ils sont toujours fidèles au Saint-Siège : le 8 décembre 1340, ils lui avaient prêté

(1) Coletti, op. cit., p. 32.

(2) Fabre, op. cit., p. 31.

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serment de sincère fidélité, et promis d'obéir en tout aux ordres du recteur du Patrimoine (1).

Sous Martin V, nous trouvons toujours les Farnèse parmi les serviteurs dévoués du pape qui, en retour, les comble défaveurs. Pierre Farnèse et ses frères obtiennent du Saint-Siège la pleine confirmation de leurs privilèges , de leurs droits et des fiefs qui leur avaient été conférés ; ils reçoivent même un droit tout spécial, qui montre bien le crédit dont ils jouissaient à la cour pontificale; le pape ordonne qu'à l'avenir on leur rende leurs biens, quelles que soient les personnes qui pourraient les envahir ou les détenir; et ainsi , non content de leur confirmer leurs biens, il leur en garantit, pour l'avenir, la possession envers et contre tous (2). Martin V augmente leurs domaines : il accorde à Georges Farnèse la moitié de Tessenano. dans le diocèse de Toscanella (3).

Ranuce Farnèse. Mais, celui qui accrut le plus la puissance de la famille, celui qui, par de constants efforts couronnés de succès, la tira hors de pair, lui donna la prépondérance en Tuscie, et la fit entrer jusque dans les conseils de l'Eglise, ce fut sans contredit le fils de Pierre, Ranuce Farnèse. Il succéda à son père dans les bonnes grâces de Martin V, aussi bien que dans les vicariats : ce pape lui accorda, en eff'et, le lieu de Pianzano, moyennant le payement, le jour des SS. Apôtres, d'un cens annuel de dix livres de cire. Le patrimoine farnésien s'accroissait ainsi peu à peu dans le plateau toscan ; composé des châteaux de Farnèse, d'Ischia, de Pianzano et de Tessenano, il formait un ensemble compacte entre le Val di Lago et le littoral ; Ranuce allait le faire déborder à la fois vers le lac de Bolsène au nord, et vers la mer, au sud.

Eugène IV lui conserva la faveur dont il jouissait auprès de son prédécesseur. Gela étonne tout d'abord ; car le nouveau pape rompait avec la politique de l'ancien : pour abattre la puissance de Golonna, qu'avait élevée le pontificat précédent, il allait s'appuyer sur les proscrits de la veille, les Orsini, et, par un bizarre retour de la fortune, les personnages influents de la veille allaient devenir les suspects du lendemain, et cependant Ranuce conservait toujours son crédit! il allait môme Taccroître. Le pape avait été élu le 2 mars 1431, et, dès le 11 avril, il accordait une première faveur à Ranuce, en lui permettant d'exporter librement

(1) Paul Fabre, op. cit., p. 29.

(2) Arch. du Vatic, Reg. Martin V, Officiorum, I, f 172 et 173

(3) Ibid., Officiorum, II, i" 78.

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par mer 200 mesures de blé de la terre de Gorneto (1). Le 10 avril, il l'avait ta sa solde ; car, à cette date, il lui ordouuait de se reudre à Sutri avec ses troupes, eu môme temps que Domeuicuccio d'Aquila ("2), et, daus cette lettre, il l'appellait sou coudottiere, gentium cirmorum capitancus. Eufiu , le 7 septembre de la même anuée, il le nommait, pour uu temps indéfini, gouverneur du château et de la ville de Marta, sur le lac de Bolsène, et lui permettait d'appliquer à la bonne garde de cette forteresse les impôts, qui devaient s'y lever (3). Voilà plusieurs faveurs dont la succession rapide nous prouve l'influence qu'avait gardée, avec le pape des Orsini, l'ancien favori du pape des Golonna. C'est que Ranuce avait eu l'art de se rendre aussi nécessaire à Fun qu'à l'autre. Condottiere de valeur, sachant garder une entière neutralité au milieu des factions, il était d'un grand secours au Saint- Siège. Aussi, dès le 28 septembre (4), nous trouvons dans les registres où sont consignées les conventions entre le camérier et les chefs de bandes, l'acte d'engagement de Ranuce. La troupe qu'il devait mettre au service d'Eugène IV, devait être de 100 fantassins et 200 lances, et notre document a bien soin de préciser que la lance comprend 3 cavaliers, de tribus hominibus et tribus equis lancea qualibet computala, si bien que notre condottiere commandait à 700 hommes (100 fantassins et 600 cavaliers). Il s'engageait avec ses hommes, au service de l'Eglise, pour un an et devait recevoir, chaque mois, 9 florins par lance, et 3 florins par fantassin. Nous avons voulu nous faire une idée des sommes que Ranuce et ses hommes d'armes perçurent ainsi de l'Eglise, et nous en avons fait le relevé dans les livres de comptes de la Chambre apostolique, d'octobre 1431 à janvier 1434.

Octobre 1431. A Ranuce Farnèse pour sa solde, 6,000 florins.

20 février 1432 — — 102 —

6 avril — 1,000 —

6 décembre — — 102

20 avril 1433 — 300 —

16 juillet 1433 — — 1,500 —

A reporter 11,329 florins.

(1) Arch. du Vatic, Cameralia 16, fol. 9 w".

(2) Arch. du Vatic, Reg. 370, fol. 10 v°.

(3) Arch. du Vatic, Cam. 16, fol. 90.

(4) Arch. du Vatic, Cam. 15, fol. 157-162 v%

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Report 11,239 florins.

19 juillet 1433. A Raimce Farnèse pour sa solde, 1 ,000 —

10 septembre — ~ — 500 —

26 octobre — — 950

21 janvier 1434 — — 125 —

Total 13,886 florins (1).

Pendant cette période troublée de 1431-1434, Ranuce Farnèse était donc le condottiere attitré du Saint-Siège; et ainsi, grâce à la solde qu'il percevait, et, sans doute, au pillage et au butin, qui étaient le gain le plus sûr du métier des armes; grâce surtout aux habitudes d'économie qui étaient héréditaires dans sa famille, Ranuce commença à amasser ces capitaux, qui firent des Farnèse les plus riches seigneurs de la Rome du seizième siècle.

Dans ces temps de détresse financière, que traversait la Chambre apostolique, il ne se pressait pas d'exiger le payement des soldes qui lui étaient dues ; il voyait môme avec un certain plaisir, l'arriéré s'accumuler de plus en plus. Créancier d'un nouveau genre, il ne tenait pas cà percevoir l'argent qui lui revenait, car lorsque l'arriéré était si fort qu'il ne pouvait plus se solder, le Pape payait son condottiere en nature, et lui abandonnait quelque lambeau depuis longtemps convoité de la Tuscie. Et ainsi , le petit patrimoine des Farnèse du treizième siècle S'étendait de plus en plus, marchant progressivement vers le lac de Bolsène et vers la mer. Ranuce Farnèse ne s'est expliqué nulle part sur la tactique que nous lui protons ; mais elle éclate au jour dans les textes. Grâce, sans doute, à ses services militaires et financiers, il a déjà acquis, sous Martin V ou dès les premiers jours du pontificat d'Eugène IV, les terres de Valentano et de Latera, dans le diocèse de Montofiascone ; il en est appelé le vicaire temporel, dans une bulle du 4 septembre 1431 (2). Depuis longtemps déjcà, les Farnèse avaient convoité ces terres limitrophes de leur patrimoine; en 1354, ils s'étaient fait concéder, par le cardinal Albornoz, pour une période de dix ans, le château de Valentano, et, en 1364, le même légat leur en avait prorogé la

(1) Arch. du Vatic, Introitus et exitus, n» 390, p. 44, 54, 59 v% 78, 85 ; n» 394, p. 80, 83, 84, 86 et 91 v°.

(2) Arch. du Vatic, Reg. 371, fol. 99 V.

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