‹ L'état pontifical après le grand schisme;Chapitre 24 sur 50 · LES FARNÈSE · texte numérisé non relu

LES FARNÈSE

jouissance pour une nouvelle année (1). Mais, leur ténacité travailla à transformer cette jouissance précaire en possession définitive ; c'était fait en 1431 : le gouvernement temporaire était transformé en vicariat perpétuel. Malgré cette concession, le Saint-Siège était toujours le débiteur de Ranuce ; par cette même bulle du 4 septembre 1431, qui était une sorte dérèglement de comptes, le pape reconnaissait lui devoir 4,000 florins, dont deux mille avaient été prêtés à Martin V et deux mille à Eugène IV lui-même, dans les six premiers mois de son pontificat, et il lui engageait, pour cette somme, tous les revenus de la Chambre apostolique.

Très bien situé sur le lac de Bolsène, au commencement de Marta. l'émissaire qui en déverse le trop plein dans la mer, en ravinant le plateau toscan, Marta p) est l'un des points où se nouent les communications entre le littoral et l'intérieur de la Tuscie ; il n'est donc pas étonnant que les Farnèse aient essayé de s'y établir et que, pour obtenir la possession de ce château, ils aient suivi la tactique qui leur avait donné Latcra et Valentano. Dès le 7 septembre 1431 (3),. Eugène IV déclare' qu'il a donné à Ranuce, pour une période illimitée, le gouvernement de Marta et de sa forteresse, dans le diocèse de Montefiascone. Cette possession n'est encore que précaire : le nouveau gouverneur ne conservera sa charge que selon le bon plaisir du pape [usque ad heneplacilum) ; et cependant, que de privilèges lui sont déjà concédés! Pour la garde de cette forteresse, il pourra en lever et en administrer tons les revenus, comme s'il en était le seigneur. Pour expliquer cet acte, il ne faut pas oublier qu'il a été signé i

trois jours seulement après le règlement de comptes, qui donnait aux Farnèse une créance do 4,000 florins sur le Saint-Siège. D'ailleurs, Ranuce avait bien soin de ménager les susceptibilités du pape. Nous en avons un curieux exemple : sur le territoire de Marta, se trouvaient des vignes de l'évêché de Montefiascone, qui avaient été usurpées par les anciens tyrans du pays; dès les débuts de son vicariat, Ranuce déclare qu'il ne veut pas les garder, et, le 24 février 1432, le pape donne l'ordre à Jean de Rieti, gouverneur du Patrimoine, de veiller à cette restitution. Que

(1) Paul Fabre, op. cit., p 7.

(2) Les archives municipales de Marta que nous avons explorées, grâce à la complaisance du secrétaire de la mairie, ne remontent qu'au seizième siècle, et ne nous ont donné aucun renseignement sur les Farnèse au quinzième siècle.

(3) Arch. du Vatic, n" 16, fol. 90.

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ces scrupules de conscience aient été faux ou sincères, c'est ce qu'il est difficile de savoir; dans tous les cas, ils inspiraient à Eugène IV une sécurité et une confiance, qui permettait à la faveur et à la puissance de Farnèse, de faire de rapide progrès. Aussi, le pape n'hésita pas, le 11 juin 1432, à accorder, non plus la jouissance, mais la propriété provisoire de Marta pendant cinq ans ; si, au bout de ce laps de temps, la Chambre apostolique ne s'était pas entièrement libérée (et l'état lamentable de ses finances ne permettait pas de l'espérer), la propriété en deviendrait définitive. Il est vrai que Farnèse devait la gouverner, la garder et la défendre à ses frais; qu'il devait payer, une fois pour toutes, un cens de 400 ducats ; que toujours avec son argent, il devait restaurer la forteresse et le donjon (1). Qu'importait à Ranuce? Toujours alimentées par la guerre, ses finances étaient prospères et lui permettaient d'acquérir ainsi progressivement et à l'amiable les dépouilles de Paul Orsini et de Tartaglia; mais, plus heureux, ou plutôt, plus habile que ses devanciers, il sut les garder. Au seizième siècle , on retrouve Marta parmi les possessions de la famille.

En 1432 et 1433, le trésor pontifical fut grandement mis à l'épreuve par les révoltes, les guerres civiles et les nombreuses armées qui durent être levées; aussi , loin de s'acijuitter, le pape devint de plus en plus le débiteur de son fidèle condottiere. iMalgré toutes les sommes que la Chambre apostolique avait payées, et dont nous avons dressé, plus haut, le tableau, la dette avait pris de vastes proportions ; en 1431, elle était de 4,000 florins ; à la fin de 1433, elle était triplée, elle atteignait 11,900 florins! Le 26 octobre 1433 (2), eut lieu un règlement de comptes entreEugène IV et Ranuce Farnèse, et, d'après les actes publics dressés par les notaires de la Chnmbi-e apostolique, il fut constaté que l'arriéré des soldes dues par le Sainl-Siège à son condottiere, s'élevait à 1 1,900 florins. Comme un débiteur aux abois, le pape avait dû être harcelé par Iqf> réclamations de son créancier; car il prenait l'engagement de solder cette dette dans les six mois, iiifra sex menses a die presenlaiionis présent ium litterarum computandos ; et, ce qui prouve la sincérité de cette promesse, c'est que, le même

(1) Arch. du Vatic, Rcg. 372, fol. 18 v° : le pape confère « terram nostram Marte, Montisflasconcnsis diocesis, cum rocha, ejusquo territorium et districtum, cum cannaria molendino, passagio, pratis, pascuis, montibas, silvis, aquis, terris cultis et incultis... »

(2) Arch. du Vatic, Reg. 370, fol. 153 V.

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