LES FARNÈSE
jour, il ordonnait au trésorier du Patrimoine d'acquitter le plus tôt possible, cette somme, avec le produit des tailles et des autres impôts perçus dans sa province (1). Mais il présumait trop de ses forces financières ; il ne tarda pas à se convaincre que 11,900 florins ne pouvaient pas se trouver, en six mois, dans un pays épuisé par la guerre, et, pour être fidèle à ses engagements, il dut laisser partir un nouveau lambeau de l'Etat pontifical.
Le 10 janvier suivant(10 janvier 1434), Eugène IV se reconnaît Montaito. incapable de payer à Farnèse ce qu'il lui doit, et, pourje nouveau délai qu'il lui demande, il lui accorde, pour trois ans, la jouissance de Montaito, de sa forteresse et de son territoire. Mais, an bout de deux ans, le pape ne pouvait pas encore se libérer, et, par une nouvelle bulle du l^'" décembre 1436, il prolongeait à Ranuce, pour une période indéterminée, l'usufruit de Montaito (2); il lui imposait l'obligation de défendre et d'entretenir la forteresse à ses frais, de payer un cens de 10 livres de cire, le jour de l'Assomption ; d'autre part, il lui abandonnait la libre disposition des impôts, ne se réservant que la gabelle da sel. Yoilà donc une autre ville que la famille de Farnèse s'appropriait sans brusquerie, en ménageant les transitions, par la seule force de ses services et de son argent. La nouvelle acquisition complétait à merveille les précédentes; car, si, par Latera, Valentano et Marta, les Farnèse arrivaient au lac de Bolsène, et s'établissaient solidement dans le Val de Lago; par Montaito, ils touchaient au littoral, et ils disposaient ainsi des voies de terre et des voies de mer.
Enfin, le 7 mai 1436, Ranuce obtenait du pape une nouvelle cassano. aliénation. Depuis la mort de Georges Farnèse, il gouvernait, au nom du Saint-Siège, le château de Cassano, dans le diocèse de Toscanella; il raconta à Eugène IV que ce pays était d'une fort médiocre importance, qu'il était presque désert, que ses revenus ne dépassaient pas 10 florins d'or par an; et, lorsqu'il l'eut suffisamment déprécié, il se le fit donner. Ce dernier trait complète le portrait que l'on peut se faire de Ranuce Farnèse ; grâce à la ténacité avec laquelle il a toujours poursuivi, lentement mais sûrement, la grandeur de sa famille, grâce à cet esprit d'ordre et d'économie qui lui a fait entasser des richesses et lui a permis de devenir le grand créancier du Saint- Siège ; grâce à ce courage et à cette fidélité, qui rendaient ses
(1) Arch. du Vafic, Cameralia 17, fol. 233 V
(2) Arch. du Vatic, Reg. 373, fol. 306.
services chers au pape ; grâce surtout à cette fausse humilité par laquelle 11 se faisait d'autant plus petit qu'il grandissait en réalité Il créait définitivement la fortune des Farnèse. Dès 1436 ils possédaient sur les confins de la République de Sienne, entr^ le lac de Bolsene et la mer, une seigneurie compacte et riche en céréales qui leur assurait une grande influence en Tuscie, jusqu'au jour ou avec le pape Paul III, ils allaient prendre, un siècle plus tard, le gouvernement de l'Eglise universelle.