‹ L'état pontifical après le grand schisme;Chapitre 26 sur 50 · LES AUTRES FAMILLES FEODALES DE TUSCIE · texte numérisé non relu

LES AUTRES FAMILLES FEODALES DE TUSCIE

Sans être aussi puissants en Tuscie que dans la Campanie, les Les coionna Colonna y possédaient cependant quelques domaines, et là encore, comme en Sabine, il se trouvaient, par la force des choses, en conflit avec les Orsini. Ces deux familles s'étaient entendues, au quatorzième siècle, pour dépouiller le clergé de ses biens féodaux, mais l'accord avait cessé, quand il avait fallu en partager les dépouilles, et, au commencement du quinzième siècle, ils s'étaient ravi tour à tour leurs terres de Tuscie. Là, comme ailleurs, le pontificat de Martin V avait donné l'avantage aux Colonna ; aussi, l'acte de partage de 1427 peut-il être considéré comme marquant l'apogée de leur puissance dans le Patrimoine.

C'est entre la via Flaminia et le Tibre qu'étaient échelonnées leurs possessions. Ils y étaient établis depuis des siècles; dès 1252, nous trouvons un Colonna seigneur de Castelnuovo, sur la Flaminia. Malgré les hasards des guerres, ce château appartenait toujours à la même famille, vers 1400, et l'inventaire des biens des Colonna mentionne encore, en 1433, la moitié de ce domaine (1). Mais, de là, ils avaient gagné vers le Nord, étendant à la fois leurs possessions vers la voie Flaminienne et vers la vallée du Tibre, aux dépens de l'Eglise et des Orsini. Fiano avait été enlevé par Paul Orsini au monastère de Saint-Paul-hors-les-murs vers 1405, mais, dans la divisio de 1427 (2), il figure avec Castelnuovo dans la part d'Edouard Colonna, qui le détenait encore en 1431. Au pied du Soracte, Edouard Colonna occupait en 1427 le château de Civitella , mais il ne devait pas le garder longtemps; en 1434, Eugène IV le donnait aux condottieri Giorgio et Battista de

(1) Tomasetti, La. campagna romana nel medio evo. Archivio délia società Romana di storia patria, VII, p. 244.

(2) Ibid., p. 364.

en Tuscie.

Narni (1). Au sud de Castclnuovo, les Colonna arrivaient jusqu'à la campagne romaine : ils étaient solidement établis à environ quinze kilomètres de Rome , sur la Flaminia, dans la forte position de Borghctto ; dans le courant du quinzième siècle, ils devaient y lutter avec acharnement contre les Orsini (2). Le prince de Salerne n'avait pas été inactif pendant le pontificat de son oncle, Martin Y : il aurait singulièrement étendu, en Tuscie, les domaines de sa famille, s'il n'avait été arrêté par Eugène IV. Nous en avons la preuve dans le traité de paix qu'il dut signer, en 1432, avec le Saint-Siège : il devait rendre la puissante forteresse de Narni, Soriano, Ganale, Mugnano, Nepi et plusieurs autres villages, qu'il possédait, en 1431 ; par lettres du 23 septembre 1431, le camérier avait chargé Barthélémy Déliante (3), clerc de la Chambre, d'aller en prendre possession au nom de l'Eglise. Il suffît de jeter un coup d'oeil sur la carte de Tuscie pour voir que, maître de ces villes, Antoine Colonna avait profondément pénétré dans cette province, et qu'il avait été urgent d'arrêter ses progrès inquiétants.

Lessaveiii Lcs SavclH , cux aussi , s'étaient établis dans la province du

Patrimoine, autour du Soracte et de Civita Castellana. Depuis les premières années du quatorzième siècle, ils s'y succédaient comme vicaires du Saint-Siège (4). On pourrait croire que, sous Eugène IV, cette commune leur avait échappé : M. Tomasetti cite, en effet, des privilèges qui lui furent accordés par le Saint- Siège. Mais il n'en est rien; les Savelli continuaient à la gouverner : le jour de Saint-Pierre 1431, Baptiste Savelli, vicaire temporel de Civita Castellana, payait pour elle, à la Chambre apostolique, ie cens annuel de 20 florins d'or (5). Autour de cette ville, l'une des plus importantes de Tuscie, se groupaient les autres possessions de la famille. En 1421, Battista Savelli était maître de Nazzano : nous le voyons dans une bulle, par laquelle Martin V lui accordait un droit de péage sur les barques qui passaient, à cet endroit, le Tibre, pour porter en Sabine, les marchandises de Tuscie. C'était donc une importante position stratégique et économique. En 1445, Battista la possédait toujours, puisque dans son testament, daté de cette année, il léguait

(1) Ibid., p. 356.

(2) Ibid., p. 209. Nibby, Analisi, I, 297.

(3) Arch. du Vatic, Cameralia n» 16, fol. 96.

(4) Tomasetti, La campagna romana nel medio evo. Archivio délia Soc. Rom. di storia patria, VII, p. 435.

(5) Arch. du Vatic, Introitus et exitus,, n» 390, fol. 19.

LES AUTRES^PAMTLLES FÉODALES DE TUSCIE.

à ses fils Pandolfe et Jacques le château appelé Nazzano, posto in la diocesa cli Nepi (1). Il est donc probable qu'il en avait la paisible possession, en 1431. Il possédait aussi Rignano, qui lui avait été laissé par son pore, l'illustre condottiere Paul Savelli, et que luimême devait transmettre à ses fils, par son testament de 1445 (2). Par ces trois positions de Givita Gaslellana, Rignano et Nazzano, les Savelli entouraient de pins en plus le Soracte ; il n'est donc pas étonnant que le monastère de Saint-Silvestre du Soracte ait fini par devenir une sorte de fief de leur famille, comme Farfa pour les Orsini. « Les bénédictins, » dit Nibby, « l'occupèrent depuis Carloman (74G) jusqu'en 1493 ; il fut donné en commende à l'abbé Pierre Savelli, qui le conserva jusqu'en 1450 (3). »

Sans avoir l'importance des Orsini, des Vico, des Colonna, des Savelli, d'autres familles n'étaient pas moins solidement établies en Tuscie et y jouaient un certain rôle. Sorties le plus souvent d'une des villes du Patrimoine, elles avaient, comme les Farnèse, grandi insensiblement, et en 1431, le pape allait avoir à compter avec elles. Telle était, par exemple, la famille des Vitelleschi. Dès la fin du treizième siècle, elle comptait parmi les plus illustres de Cornelo : Boniface Vitelleschi figure dans un acte du l^'" avril 1287 comme consul de sa patrie (4); dans un autre document du 29 mai 1344, Manfred Vitelleschi est qualifié de « noble et puissant seigneur » nohilis et potens vir, Manfredus qiiondam Bocce de Vitellensibus, de Corneto (5); » il était prieur de Gorneto, en 1347, et il joua un rôle important dans les luttes entre le préfet de Vico et le tribun romain Rienzi. Gomme les Farnèse, les Vitelleschi prirent le parti du Saint-Siège et, comme eux, ils grandirent sous la protection de Saint-Pierre (6). Bientôt, ils sortaient de leur ville natale et se répandaient en Tuscie, où ils se constituaient de petites seigneuries. Boniface IX donnait k Guiduccio Vitelleschi et à ses descendants, jusqu'à la troisième génération, le vicariat de Montebello et de Pianfasiano, moyennant un cens annuel de lu florins d'or (7) : en 1431, la famille possédait toujours ces pays, puisque le jour des Saints-Apôtres de cette année, Jacques Vitel-

Les Vitelleschi.

(1) Tomasetti, op. cit. Avch. délia Soc. Rom. di storia patria, VII, p. 376.

(2) Ibid., p. 402.

(3) Nibby, Analisi, III, p. 110.

(4) Archives de Corneto, Margherita^M. 16 v°.

(5) Ibid., Margherila, fol. 137.

(6) Arch. délia Soc. Rom. di storia palria (Calisse, I prefetli di Vico), t. X, p. 82.

(7) Bibl deNaples, IX, D. 6, p. 49.

Les Venturini,

leschi en payait le cens à la Chambre apostolique. A cette date, en effet, le livre des comptes porte cette recette : « A Jacobo de Vitellensibus...^ in castris et tenimenlis MontisbeUi et Pianifasianif Tuscaniensis dioces'is, censuario, pro censibus dictorum castrorum anni presentis. per manus ser Pétri de Florentia, X florenos auri de caméra (1). » Situés sur la route de Marta, Toscanella, Corneto, sur les collines d'où l'on découvre, d'une part, le littoral méditerranéen, de l'autre, le plateau toscan, ces possessions avaient leur importance. Lorsque Eugène IV tira de cette famille son fameux premier ministre, le cardinal-patriarche d'Alexandrie, lesVitelleschi devinrent d'autant plus puissants que leurs progrès coïncidait avec la ruine des anciennes grandes familles.

Les Venturini possédaient la seigneurie de Cervetri, puisque, le 19 octobre 1446, Nicolas Venturini la cédait à Everso et Félix, comtes d'Ajiguillara ; ils en étaient les maîtres dès 1290 (2). Il est même probable qu'en 1431, leurs domaines rayonnaient autour de cette ville et s'étendaient sur toutes les montagnes qui se dressent, entre le lac de Bracciano et la mer. Ce qui nous le fait supposer, c'est qu'il en était ainsi sûrement soixante ans auparavant, vers 1370. Un acte de 1369, cité par Nibby, indique comme appartenant à cette famille, outre Cervetri, Sasso et Castel Giuliano (3). Les Mazzaiosti. Au Commencement du pontificat d'Eugène IV, de nouvelles familles allaient s'établir en Tuscie à la faveur de services militaires ou pécuniaires rendus au Saint-Siège. Les Mazzatosti, de Viterbe, par exemple, ont servi de banquiers au pape pendant les débuts difficiles de son règne; c'est l'un deux qui a signé les mandats de la Chambre apostolique, déposés aujourd'hui à CArchivio di Stato do Rome; il avait, en effet, le titre de trésorier de la ville de Rome. Il profita de la détresse financière du Saint-Siège pour lui acheter le château d'Orchia, au prix de 1000 florins. A la date du 27 mars 1432, le livre des introitus et exitus porte cette mention : « reçu de Barthélémy de Mazzatosti, trésorier de Rome, la somme de 1000 florins pour le castrum d'Orchia, acheté à la Chambre apostolique (4). » Le riche bourgeois de Viterbe se transformait en seigneur! Son influence

(1) Arch. du Vatic, Inlroitus et exitus, n» 390, fol. 19 v".

(2) Arch. delta Soc. Rom. di storia patria {Communicazioni delV archivio storico communale di Roma), t. X, p. 259.

(3) Nibby, Analisi, I, 347.

(4) Arch. du Vatic, Introitus et exitus, n° 390, p. 12 : « Pro solutione pecuniarum, quas débet pro emptione castri Orchie, Viterbiensis dioçesis, quod habuit a Caméra apostolica. »

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