CHAPITRE VI
LES COMMUNES EN TUSCIE
Vie municipale intense.
Viterbe.
Il n'en est pas de même des communes. Si, en Campanie, nous avons constaté leur rôle effacé, en Tuscie, au contraire, nous devons reconnaître la puissance de villes telles que Viterbe ou Orvieto. La vie communale s'est développée de bonne heure dans la Toscane; avec sa vie municipale intense, Sienne nous en fournit un exemple CI). Sans avoir d'aussi brillantes destinées que leur leur voisine, les villes du Patrimoine avaient grandement développé, dès le douzième siècle, leurs institutions municipales et le triomphe du parti guelfe, auquel elles s'étaient associées, avait accru leur puissance. Viterbe put tenir tête, au milieu du treizième siècle, à Frédéric II lui-même ; au quatorzième siècle, les communes toscanes restèrent à la tête du parti pontifical et guelfe, contre le parti aristocratique et gibelin ; appuyées par les papes,, elles luttèrent contre les pi'éfets de Vico, qui se réclamaient de l'empereur; la chronique de Viterbe nous raconte les épisodes de ces luttes séculaires. Ainsi, s'était maintenue en Tuscie une vie municipale assez active, et, malgré l'anarchie du schisme, des villes comme Viterbe, jouissaient, vers 1431, d'une sérieuse influence; elles se trouvaient à la tête de domaines assez importants pour exciter les convoitises des grands seigneurs et les tenir en respect.
Viterbe était, par excellence, la ciié guelfe de la province du Patrimoine. Dès le treizième siècle, elle avait manifesté ces sentiments, en soutenant contre Frédéric II, sous la conduite de l'héroïque cardinal Gapocci, le siège de 1243 (2), et sous Eugène IV,
(1) Sur la vie municipale de Sienne, voir deux excellentes monographies : Giuseppe Rondoni, Sena vêtus o il comiine de Siena dalle origini, alla battaglia di Montaperti; Cesare Paoli, / monti nella Republica di Siena.
(2) Voir le récit qu'en fait M. Cesare Pinzi dans sa Sloria di Vilerbo, liv. IV,
LES COMMUiNES KN TUSGIE. 147
elle allait marcher, avec l'Eglise, contre la famillegibeline de Vico. Cette ville était la i)liis importante de la Tuscie. Son comté était limité, au nord, par les territoires de Marta, de Monteflascone, de Bagnorea et de Bomarzo; c'est dire qu'il atteignait presque le lac de Bolsène et le cours du Tibre. A l'est, il touchait aux communes de Soriano, de Vignanello et de Vico, c'est-à-dire au lac de Vico. Au sud, il était limité par les possessions des préfets à Yetralla et Bieda. Enfin, à l'ouest, il s'étendait jusqu'aux terres de Hocca Rispampani et de Toscanella (1). Ainsi développé entre les lacs de Bolsène et de Vico, le Tibre et la Marta, le comté comprenait plusieurs caslelli qui relevaient directement de Viterbe. Nous en trouvons l'énumération dans un document inédit du î3 février 1 434, qui se trouve dans les Ri for me, et dont nous devons la copie à l'obligeance de M. Gesare Pinzi. C'est un accord entre la cité et le comté de Viterbe, d'une part, et, de l'autre, Nicolas Fortebraccio, François Sforza et le préfet de Vico (2); or, dans le comté, cet acte comprend les pays de Canapina, de Cellano, de Bagnaia et de Roccalvecce (3j. De ces quatre châteaux, deux
ch. iii-v; grâce aux nombreux clocumeats qu'il a puisés dans les archives communales, il donne beaucoup de vie à sa narration.
(1) Cette dcliuiitation nous est donnée par un manuscrit sur papier qui se trouve aux Archives communales de Viterbe et qui a pour titre : Processus in causa, confiniurn contra Monleflasconenses, 1430, p. 81.
(2) Arch. de Viterbe. Riforme, 1434, p. 46 \".
(3) En nous envoyant la copie de ce précieux document, M. Cesare Pinzi, l'archiviste et Ihistorien de Viterbe, nous donne ces renseignements sur le comté et les châteaux qu'il comprenait :
« Les châteaux dépendant de la commune qui, deux siècles auparavant, étaient au nombre de 18 (et non de 150 comme le dit Bussi dans son Histoire de Viterbe), étaient réduits, en 1434, au nombre de 4 : c'étaient Canapina. Cellcno, Roccalvecce et Bagnaia.
» Le castrum Cdnupiney conquis par les citoyens de Viterbe, dans la première moitié du douzième siècle, fut compris dans le comté jusqu'au jour oîi, en 1524, Clément VU, profitant des guerres intestines qui travaillaient la cité, l'enleva d'un trait à la juridiction de Viterbe et lui donna pour gouverneur, au nom de l'Eglise, le cardinal Salviati (a).
» Le castrum Celleni fut aussi acquis par Viterbe, vers 1148 (6). Il resta sous la domination et la protection de la cité jusqu'en 1496, lorsque Alexandre yi l'enleva à Jean Gatti , le dernier descendant de cette ancienne famille, pour le donner en usufruit au cardinal de Sainte-Anastasie. A la mort de ce dernier, Celleno resta sous la dépendance immédiate de l'Eglise (c).
(a) Arch. de Viteibe, Riforme, vol. XXXi, p. 49.
(6) Arch. de Viterbe. Parchemia 1 du 16 octobre 1148, provenant des archives de la collégiale de Saint-Sixte.
(c) Bref d'Alexandre VI, datum Rome die III niaii , pontificatus nostri anno IL Arch. de Viterbe, Riforme, XXV, p. 9i.
La commune de
Rome
en Tiiscie.
n'étaient pas sous la juridiction immédiate des magistrats de Viterbe; celui de Bagnaia avait été concédé, en 1202, à rôvêque, et sur lui, la commune n'avait qu'un droit éminent de suzeraineté. Quant à celui deCelleno, il appartenait plus particulièrement à la famille des Gatti : lorsque les Gatti gouvernaient Viterbe, Celleno était dans une très étroite dépendance de la cité; lorsque, au contraire, les vicissitudes des luttes municipales jetaient cette famille dans une opposition , le plus souvent armée, ce castrinn se retournait contre le chef-lieu du comté, et les chroniques de Viterbe nous racontent plusieurs expéditions que fit cette ville, pour arracher Celleno aux Gatti. En somme, elle ne possédait, en toute propriété, que Ganapina et Roccalvecce. C'est peu, surtout si Ton compare ce petit comté de Viterbe à ceux d'Orvieto ou de Pérouse qui comprenaient de trente à soixante villages, ou même si l'on se rappelle, qu'au treizième siècle, Viterbe avait eu sous sa dépendance dix-huit caslelli. Evidemment, au quinzième siècle, son territoire avait été réduit à sa plus simple expression par les empiétements des Vico, et par le dépeuplement progressif de la Tuscie, au quatorzième siècle.
La grande rivale de Viterbe, dans la province du Patrimoine, c'était Rome. Nicolas délia Tuccia nous raconte, dans ses chroni-
» Le caslrum Rocce di Veccia se donna à la commune de Viterbe par un acte de recommandation du 10 février 1254 (a) ; il fut tenu en fief, au nom de la cité, par divers barons du pays, et, en 1456, il passa aux Gatti, comtes palatins, déjà seigneurs de Celleno (b). A la mort du dernier rejeton de ■cette famille, le château de Roccalvecce fut pris et gardé par l'Eglise, qui en donna l'investiture à divers barons romains et, en dernier lieu, au marquis Costaguti.
» Le castrum Bengarie ou Balnearie (Bagnaia), né probablement, vers la fin du dixième siècle, de l'abandon d'un village voisin lombard, appelé SaiJit- Pierre in Palentiana, était compris dans le périmètre du territoire primitif du caslrum Vilevbi. Quand Célestin III, en 1193, créa l'évêché de Viterbe, la commune dota son second évêque, Raniero, du château de Bagnaia, avec une bande de territoire à l'entour, qui comprenait presque toute cette Massa Palentiana que possédait Théodat, roi des Goths, et dont parle Cassiodore {Variarum, VI, 12) (c). Sauf pour quelques actes de juridiction civile, ce château fut gouverné, au nom des évoques de Viterbe, jusqu'en 1587; à cette date, Sixte-Quint le leur prit et l'incorpora à l'Etat pontifical (cl). »
(a) Arch. de Viterbe, Margherita, I, 64.
(èj Bulle de confirmation, donnée par Pie H, le 19 janvier 1459 ; dans la Margherita, I, 172.
(c) L'acte de donation est du 13 octobre 1202; l'original est conservé dans les archives communales de Bagnaia.
(rf) Arch. notariales de Viterbe, acte du 6 mai 1587, dans le protocole UI du notaire Carli Conti, p. 147.
LES COMMUNES EN TUSCIR
qiies, les luttes incessantes de ces deux villes, les incursions répétées des troupes de l'une dans le territoire de l'autre, les razzias de bestiaux qu'elles se faisaient Tune à l'autre. Quoique moins connue, à cause dos lacunes immenses des archives du Gapitole, la vie municipale n'a pas été moins intense à Rome que dans les autres grandes cités des P^tats de rp]glise; elle avait môme pris un déveloi)pement tout nouveau, pendant la période du schisme, grâce à l'affaiblissement de la papauté, et aux usurpations incessantes des conservateurs et des bannerets. Nous n'avons pas à retracer ici l'histoire de ces empiétements successifs : cette question, aussi intéressante que difficile, mériterait une étude toute particulière. Nous devons tout simplement rechercher quelle était sa puissance, en Tuscie, dans la première moitié du quinzième siècle. Nous n'avons presque rien trouvé, sur ce sujet, dans les archives du Vatican, et encore moins dans celles du Gapitole, qui ne présentent une série complète, qu'à partir du seizième siècle. Heureusement, l'illustre et regretté commandeur J.-B. de Rossi a trouvé, à la bii^liothèque communale de Sienne, un manuscrit qui nous donne les plus pi-écieux renseignements. C'est la liste de tous les pays qui payaient au municipe de Rome les impôts delà gabelle et du fouage, en 1459 ; et il a bien voulu nous envoyer une copie de ce passage concernant la Toscane :
Provingia Tuscie.
Montaltus (Montalto).
Cornetum (Corneto).
Tuscanetia {Toscanella).
Canimim [Canino).
Civitas Yetula {Civita Vecchia).
Velralla {Yetralla).
Bleda {Bieda).
Tolpha Nova {Tolfa Nova).
Tolpha Vêtu? {Tolfa Vecchia).
Cerbeteris (Cervetri).
Monterani (Monterano).
Barbaranum {Barharano).
Cere (Ceri).
Crapaiiica {Capranica).
Vaxanum juxta Sutrium {Bassano di Sulri).
Cesanum {Cesano).
Sutrium {Sutri),
Yiani (Fiano).
Trevigiani (Trevignano) .
Bracciani {Bracciano).
Anguillarie [Anguillara).
Galerie {Galera).
Insula Pontis Veneni.
Cerbeterie.
Ferraie {Ferraio).
Saxi {Sasso).
Stigliani {Stigliano).
Montis Castanee.
Rotarum (Rota).
Poli {Palo).
Statue (Statua).
Campanile {Campanile).
Castiglionis.
S. Georgii {Yilla S. Giorgio).
Prugne.
Guidonis {Castel di Guido).
Testa Leporis {Testa di Lèpre).
Lotheiii.
Castrum Novum filiorum Alberti.
Portus {Porto).
Buccegie (Boccea) (1). Martignani {Martignano).
Cornazani (Cornazano). Carcari.
"Vicarelli {Yicarello). Scorpiipe.
Yschia. Stricciacappe (Stracciacapà).
Civitelle {Civitella), Civitella S. Pétri.
Orchie {Orchia). Sancto Livere.
Montis Romani {Monte Romand) . Centelle.
Montis Rosuli [Monterosi).
Un premier coup d'oeil jeté sur cette liste, pourrait nous faire croire que Rome possédait d'immenses territoires en Tuscie : les domaines des Orsini, des préfets de Vico, des Anguillara, ne forment pas une aussi longue nomenclature; de plus, parmi ces noms, nous .trouvons ceux de villes fort importantes, telles que Cornclo, Civita Vecchia, Toscanella. Cependant, en serrant de plus près cette liste, on s'aperçoit qu'elle se réduit singulièrement. D'abord, il ne faut pas se tromper sur sa signification ; c'est l'énumcration , non pas des pays qui appartenaient à la ville do Rome, mais de ceux qui lui payaient deux impôts bien déterminés : le fouage et la gabelle du sel; ce sont des tributaires de Rome, ce ne sont pas forcément des sujets. On le voit mieux encore quand on examine chacun de ces noms.
Nous relevons, d'abord, dans cette liste, quatre cités, chef-lieux de diocèses : Corneto, Toscanella, Civita Vecchia et Sutri; elles étaient, sans doute, tributaires de Rome, mais elles ne lui étaient pas soumises. Dans la Margheriîa de Corneto, je n'ai trouvé, de 1430 à 1440, aucun acte émanant des magistrats du Capitole; la ville s'administre elle-même, elle a ses prieurs, ses consuls, ses assemblées, et ses actes sont approuvés, non par le sénateur de Rome, mais bien par le pape lui-même. Il en est de même de Toscanella, autant que nous pouvons en juger par le peu de documents, que nous avons sur cette cité, au quinzième siècle. Cependant l'acte unique du pontificat d'Eugène IV, que conservent ses archives municipales, est une lettre de ce pape lui écrivant direcLemenl pour l'exhorter à rester fidèle au Saint-Siège (2). Nous
(1) Cette mention rectifie une inexactitude de Nibby. Il dit {Analisi , I, 344) en parlant de Boccea : « Nel 1341, era un castcUo abitato, allorche Giacomo Savello l'assalï, ne discaccio ii abitanti, lo sacchegiô et lo incendié, onde Bcncdetto XII scrisse al rettore del Patrimonio di S. Pietro di costringc! c quel prcpotcnte a risarsirc il danno, como si trae dol Dollario V&llcano^ t. I. Dopo quella epoca, io credo clie rimanesse desrrlo. » 11 ne devait pas être désert, on 1450, puisqu'il payait des impôts à la ville de Rome.
(2) Archives de Toscanella, Pergamene.
LES COMMUNES EN TUSCIE
avons cité, pins haut, deux actes émanés de la Chambre apostolique, nommant directement et sans avis préalable des Romains, deux magistrats de Sutri, le podestat et le chancelier, preuve évidente que cette cité, aussi, était sous la juridiction immédiate du pape. Enfin, Civita Vecchia appartenait au préfet de Vico; lorsque Eugène IV s'en empara, il en devint le seigneur immédiat, et de sa propre autorité, il lui accorda des privilèges municipaux qui lui donnèrent, moyennant un cens, une vie autonome, sous la suzeraineté de l'Eglise (1).
La plupart des autres tributaires appartenaient aux grands seigneurs de laTuscie : Vetralla, Monte Romano, Bieda, Tolfa nova, Ferraria, payaient la gabelle et le fouage à Rome, mais elles étaient, en même temps, sous la dépendance du préfet. D'après Contelori, ces pays formaient la dotation de la préfecture de Rome. « Galixte III, nous dit-il, remit au pouvoir du préfet, lés villes de Civita Vecchia, Caprarola, Vetralla, Carbognano, Tolfa nova, la forteresse de Monte Romano et plusieurs autres pays, dont la possession était unie à la préfecture urbaine (2). » Gallctii dans son Vestarario (3) complète cette énumération en ajoutant Montagnola, Rispamj^ani, Orchia, Vignanello et Vallerano. L'explication en est simple : ces pays devaient faire partie, autrefois, du territoire romain et ils en avaient été détachés pour servir de dotation à la préfecture urbaine; mais en souvenir de son ancienne possession, Rome conservait le droit de prélever certaines redevances; ce n'est là, sans doute, qu'une hypothèse, mais elle nous semble assez plausible.
Les Anguillara, les Orsini et d'autres grandes familles possédaient aussi plusieurs autres pays tributaires de Rome. Voici le tableau que Ton peut en dresser :
Anguillara. Ohslm.
Farnèse.
Mazzatosti. Venturim. Stefaneschi.
Anguillara
Calera.
Ischia.
Cesano.
Bracciano.
Moùtalto
Capranica.
Monterosi.
Bassano.
Palo.
Vicarello.
Viano.
Orchia.
Cervetri.
Sasso.
Porto.
Cette liste est établie d'après les détails, que nous avons donnés
(1) Thciner, III, p. 51.
(2) Contelori, De praefectis Urbis, IV, 45.
(3) Galletti, Del Vestarario, p. 37.
nous- même plus haut, sur les possessions des familles féodales en Tuscie. I] faut la compléter avec les renseignements que nous fournit Nibby, dans ses Analisi, sur trois autres familles : les Normanni, les Amadei et les Gurtabracca.
CURTABRACCA (2).
Stracciacappa.
Amadei (3).
Trevignano.
Normanni (1).
Castel di Guido.
Martignano.
Castel Campanile.
Ceri.
Civitella.
Villa San Giorgio.
Après avoir retranché de cette liste les noms de ces vingt-huit pays qui, sûrement, n'étaient pas sujets de Rome, que reste t-il ? seize petits villages peu importants, qu'il est aujourd'hui difficile d'identifier, parce que la plupart ont disparu ou se sont transformés en ces fermes {tenuta, casale) qui parsèment, de nos jours, les solitudes du plateau toscan; ainsi, Testa di Lèpre et Boccea sont aujourd'hui des casali situés dans la banlieue de Rome; d'ailleurs, si aucun texte ne nous mentionne les seigneurs de ces petits pays, rien ne nous dit non plus qu'ils aient appartenu à la ville de Rome. Nous ne pouvons affirmer qu'une seule chose, c'est que, comme les autres, ils lui payaient la gabelle du sel et le fouage en 1459.
Dans l'état actuel de la question, nous ne saurions dire d'une manière précise d'où venaient ces droits que prélevait Rome sur ses tributaires. Quelques indices, toutefois, nous permettent de supposer que la plupart de ces villages avaient appartenu soit à des familles romaines, soit au clergé séculier ou régulier de Rome. Les Amadei, les Anguillara, les Venturini, les Stefaneschi, les Orsini étaient des citoyens romains, des domicelli romani. Les moines do Saint-Grégoire in clivo Scauri avaient revendiqué des droits, le 16 juin 1367, sur Vicarello, que détenaient les Anguillara (4); Monterosi appartenait, au treizième siècle, au monastère de Saint-Paul-hors-les-murs (5). La ville de Rome devait, à l'origine, exercer un droit de haut domaine et de pro-
(1) Nibby, Analisi, II, 273, 281 et 322.
(2) Ibid., III, p. 118.
(3) Ibid., III, p. 288.
(4) Ibid., III, p. 476.
(5) Ibid.y II, p. 359.
LES COMMUNES EN TUSCIE
tection sur ces propriétés de sa noblos?e et de ?on clergé , et le*^ redevances qu'elle y percevait, en étaient en quelque sorte le signe. Mais dans la suite, pendant le séjour des papes à Avignon et le schisme, les nobles revendiquèrent, de plus en plus, ces pays, en dépouillèrent le clergé et ne laissèrent à Rome que quelques droits financiers. Comme Viterbe, Rome aurait reculé devant la féodalité. Mais ce qui est certain , c'est qu'elle exerçait un très faible pouvoir en Tuscie, dans la première moitié du quinzième siècle.
Situé sur le confluent de la Paglia et de la Ghiana, séparé par des montagnes, de la vallée ombrienne du Tibre, comme du lac toscan de Bolsène, le comté d'Orvieto était rattaché tour à tour soit à la province du Patrimoine, soit à celle de l'Ombrie (I). Cette antique cité était l'une des plus importantes de l'Etat pontifical ; du haut de son rocher, défendue par la forte citadelle, qu'avait fait construire Albornoz, elle commandait les vallées de la Paglia et de la Chiaua, qui venaient se réunir à ses pieds, et elle avait soumis à sa juridiction, les riches plaines qui s'étendaient sous ses regards. Nous connaissons bien l'histoire de cette commune, car elle conserve avec un soin jaloux, dans ses archives, la longue série de ses Riformanze^ source inépuisable de renseignements sur sa vie municipale. C'est précisément l'un des actes de ces registres municipaux qui donne les limites exactes du comté d'Orvieto, en 1432. Le 5 octobre 1432, était arrivé dans cette cité, un familier du cardinal camérier, Philippe de Burgo, envoyé par son maître pour demander à la commune un subside de 2,000 ducats (2); les gens d'Orvieto protestèrent de leur pauvreté, et, paj' une lettre datée de Viterbe, le 15 octobre 1432, le cardinal se contenta de 1,000 florins (3). Pour payer cette somme, les conservateui'S établirent une taxe extraordinaire sur la ville et le comté ; les citoyens d'Orvieto durent payer 25' sous (4) par feu et chaque village une somme fixe, proportionnée sans doute à son im[)Ortance. Les Riformanzc nous donnent le tableau des castra du comté, avec la subvention demandée à chacun d'eux. Le voici :
La commune d'Orvieto.
(1) Voir ce que nous en avons dit plus haut, p. 88. Bien qu'intéressant, l'article qu'a consacré M. Villari à la vie municipale, dans ses Saggi, ne précise pas tous les points obscurs, et no nous fait pas assez pénétrer dans la vie intime de la commune de Rome, au moyen âge.
(2) Arch. d'Orvieto, Riform., 1432, fol. 80.
(3) Ibid., fol. 87 V.
(4) Ibid., fol. 93.
Nomina castrorxnn et qxianliiatcs sunt infrascripte, videlicet in primis{{).
Castrum Rotecaslelli (Ro- Castrum Salcis [Salcx). . flor. auri 15
tecaflello). . . flor. auri 30 — Ficullis (F/cui/e). — 60
— Civitelle manui.. — 25 — AUeronis (i^ero-
— Vêtus (Cas/eiVcc- na) — 50
chio) — 121/2 — Bagni lib. den. 20
— Collislonghi. . . — 20 — Fabri (Frtftro). .flor. auri 15
— Ripealbelle. . . — 23 — Camposeldule
— S. Veiiantii (S. . {Camposevoli) . — 17 V2
Venanzio ). . . — 22 — Turris Altine [Al-
— Massarie. ... — 10 fina) — 271/2
— Perdii. . . librasdenario 10 — Viscardi {Castel-
— Terre Cavis. . . flor. auri 13 viscardo). . . — 221/2
— Palatii Bulii.. . — n iMontescubialli. . — 11 Vi
— iMelcnle — 6 Vi — Venani — 20 —
— Caroayole (Carna- — Bardani lib.den.20 —
jola) — 20 — Sucani — 50 —
— Montisleouis — Turris S. Severini
(Monteleone), . — 40 (TorreS.Serero) flor. auri 61/4
— Montesionis. . . — 20 — Turris Polinczi.. lib. den. 17 sol. 10
— Monliscabionis — Lubriani. . . . flor. auri 10 (Montegabbione) — 25 — Serniognani. . . — 7 1/2
— Perii. . . • ,. • — 271/2 — Boti — —
— Mucaroni. ... — 15 — Casliglionis. . . — 271/2
— Fracteguide. . . — 83 j — Rochisberne. . . lib.den. 15 — Franchi de Pazano.. . . lib. den. 20 — Podii Guidecti. . — 10 — Castrum Fraclebalde. . . flor. auri 7 sol 10 — Fichini — —
Ce document est intéressant à plusieurs points de vue. Tout d'aboi'd, c'est la liste exacte des villages qui composaient le comté d'Orvieto; grâce à lui, nous pouvons dessiner, avec la plus grande précision, la carte de cette république municipale, en 1432. Les conservateurs de la commune exerçaient leur juridiction sur la Chiana, depuis la frontière siennoise (2) jusqu'à sa rencontre avec le Tibre. Là, se trouvaient Monteleone, Salci et Fabro, qui dominaient la vallée de leurs hauteurs; Carnaiola, qui s'étendait le long do la rivière; enfin Ficulle, le centre de cette région. Leur pouvoir s'étendait aussi sur tout le bassin de la Paglia ; autour d'Orvieto, se groupaient AUerona , Gastelvisiardo , Torre Alfina, Torre San Severo; de ce côté, son territoire était limité par celui d'Acquapendente et de Sienne, par les possessions de Farnèse, sur le lac de Bolsène, et par la commune de Bagnorea.
(1) Arch. d'Orvieto, Riformaïue, 1432, p. 92.
(2) Castel Vecchio, au pied du Monte Amiata, était, mcine, tout à fait dans l'Etat siennois.
LES COMMUNES EN TUSCIE. 155
Enfin, le massif montagneux qui s'enfonce comme un coin, entre les vallées du Tibre et de la Chiana, présentait un troisième groupe de possessions orviétanes : là, se dressaient, sur leurs positions escarpées, Rotecastello, Monte Giove, Montegabbione, prolongeant le comté d'Orvieto, au nord, jusqu'à celui de Pérouse, à l'est, jusqu'aux terres de Todi.
L'on serait tenté de rechercher d'après la quotité de la taxe, quelle pouvait être la population de chacun de ces pays et par suite de renscmble du comté. Cela serait facile, s'il était prouvé que ces taxes étaient réparties dans les castra^ comme dans la ville, à raison de 25 sous par feu ; mais, il est peu probable qu'il en ait été ainsi ; à plusieurs reprises, les habitants du comté, les contadini, se plaignent delà tyrannie que fait peser sur eux la cité, et l'on peut pi-ésumcr que, dnns les pays soumis à Orvieto, la taxe de chaque feu devait dépasser 25 sous. Quoi qu'il en soit, dans l'incertitude où nous sommes, toute évaluation serait arbitraire, et nous devons renoncer à dresser le tableau exa<?t de la population du comté. Mais comme il est probable que ces villages étaient taxés selon le chiffi'e de leur population, d'après la somme qui leur est demandée, nous pouvons nous faire une idée de l'importance relative qu'ils avaient les uns par rapport aux autres. Avec leur taxe de 40, 50 ou même 60 florins d'or, Monteleone, ^
Allerona et Ficulle devaient être, après Orvieto, les centres les ^H
plus considérables du comté. W '
Les mao^islrats d'Orvieto n'exerçaient pas la môme juridiction La noblesse
° o i .1 ^ ^ Orvieto.
sur tous les villages du comté; entre eux et leurs sujets, s était élevée une noblesse, qui avait usurpé une partie de l'autorité; les Rifoimanze nous en fournissent plus d'un exemple. Dans une su[»plique adressée, le 9 juillet 1431. au cardinal Vitelleschi, il est question de plusieurs brigands qui ont été saisis, à Rocca Sbernia et à Collelongo, par les gens du comté de Castroperio. Voilà donc une famille féodale, qui s'est établie à Castroperio, et qui a étendu sa juridiction sur d'autres villages du comté, avec l'assentiment plus ou moins spontané, de la commune. Le même document mentionne les terres que possède Cecco de Baschi sur le territoire d'Orvieto (1). Le village de Venano relevait à la fois de la cité et de Jacques Vitelleschi, comme nous le montre un bref pontifical du 21 mars 1431 ; ses habitants devaient une redevance annuelle de 30 florins d'or au chef-lieu du comté (2); mais, d'autre
(1) Arch. d'Orvieto, Rifovmanze, n" 139, fol. 130 v°.
(2) Ibid., an 1431 , fol. 65 : « Ad perferenda que ab eis (gens de Venano)
part, le même document déclare que Vitelleschi est leur légitime seigneur (caslrum Venant, districliis nostre civîlatis Urbisveteris, ad te légitime pertmens). Le caslrum Massarie^ qui se trouve dans la liste des villages taxés, avait aussi son seigneur; en effet, le 9 juillet 1439 (1), les gens d'Orvieto exposaient au cardinal légat que, ruiné pour sa fidélité au pape, privé et dépouillé par les ennemis de l'Eglise, de son domaine de Massaria, Ugolino méritait quelque compensation. En prenant ainsi en main la cause de ce seigneur, ils montraient bien que, loin de protester contre la juridiction, qu'il exerçait en commun avec eux, ils l'acceptaient et la reconnaissaient.
L'entente n'était pas toujours aussi complète entre la commune et les nobles, établis dans le comté; elle fut souvent troublée, dans la période qui va de 1431 à 1440. Déjà maître de Poggio, dans le comté de Pérouso, Uguccione partageait avec Orvieto, la seigneurie deRotecastello ; or, dans le courant de 1435, il conduisit de nombreuses chevauchées et ordonna de nombi'cuses razzias sur le territoire d'Orvieto; le patriarche Vitelleschi le lui pardonna, le 23 avril 1436 (2). Ugolino de Corbaria était l'un des seigneurs les plus turbulents du comté; les lettres de rémission qu'il sollicita, lui aussi, du légat (3), rappellent les révoltes, les rapines, les pillages, les brigandages, les sacrilèges et les crimes de toutes sortes, dont il s'était rendu coupable, avant le 9 mars 1435 ; il avait enlevé à Orvieto, Monteleone, Montegabbione, Fabri, Salci, c'est-à-dire une grande partie du Val di Chiana.
Les Mais la famille la plus puissante du comté était celle des Mo-
Monaldeschi.
naldeschi. Outre leurs domaines de Tuscie, ils avaient des seigneuries sur le territoire d'Orvieto ; le caslrum de Ripalbella, qui figure sur la liste, que nous avons publiée, leur appartenait. En 1434, les troupes de François Sforza l'avaient envahi*et livré au pillage ; le 30 janvier, le pape ordonnait au condottiere de réparer ce dégât, fait sur le territoire d'Orvieto, dans un pays qui appartenait à François Monaldeschi, évêque d'Orvieto (4). Etabli à
dicte communitati (Orvieto) pro tempore debentur honera, et que 30 florenorum auri do caméra summam, singulis annis, non exccdunt. » (Voir aussi Arch. Vatic, Reg. 365, fol. 109 v°.)
(1) Ibid., n" 139, fol. 130.
(2) Arch. d'Orvieto, Rif., 138, fol. 19.
(3) Ibid., 138, fol. 12.
(4) Arch. du Vatic, Reg. 366, fol. 42 v". Le pape écrit à François Sforza: « Relatum est nobis gentes societatis tue, proximis diebus, territorium civi-
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Ficulle, Antoine da Gotignola, lieutenant de Sforza, avait encore attaqué Terracave et les pays avoisinants, placés eux aussi, sous le gouvernement de 1 evecjue {tilia Inde circumstanùa et cxislentia sub gubeniatione /?'«' domini episcopi Urbeveiani) (1). Butio Monaldeschi possédait en li36, la Rocca Sbernia et les pays environnants. Dans une longue lettre du 10 novembre 1436, les gens d'Orvieto se plaignent de ceux de Rocca Sbernia, qui ont dirigé conli-e eux, une série d'expéditions, pillé leurs terres et emmené comme butin, plus de deux cent têtes de bétail (2). Le 3 décembre 1436, les mêmes doléances sont adressées au légat Vitelleschi; on lui demande de faire rendre à la commune, par les gens d'Isbernia, le fruit de leurs razzias, et le 17 décembre, il annonce qu'il en a donné ordre à Butio Monaldeschi (3j, qui devait être le seigneur de ces pays. Enfin, Paul-Pierre Monaldeschi possédait les villes les plus considérables du comté après Orvieto ; d'abord Fichino. Par une lettre du 28 juin 1433, les conservateurs apprennent au cardinal camérier, que Nicolas Fortebraccioapris dans leur comté un castriim nommé Fichino, qui était placé sous le gouvernement de Paul-Pierre Monaldeschi (4). Mais la plus importante de ses possessions c'était Allerona, la ville du comté la plus taxée, après Ficulle. En février 1439, il signalait à son protecteur, François Sforza, les ennuis que lui créait Orvieto dans ses terres, et en particulier à Allerona, et le 13 février, Sforza s'en plaignait aux conservateurs : « j'en suis fâché en même temps qu'étonné, leur écrivait-il, parce que vous savez fort bien que Paul-Pierre, ses biens et ses hommes, et spécialemenl Allerona, sont déjà depuis longtemps sous notre protection (5). »
Aussi solidement établi dans le comté, possédant d'excellentes positions et des villes importantes, les Monaldeschi devaient exercer une grande influence dans la cité d'Orvieto ; en
tatis nostre Urbevetane hostiliter invasisse, et castellum Ripabelle venerabilis fralris noslri episcopi Urbeveiani, violentes occupasse ac etiam prede exposuisse ; quo impetu, mulieres pariter cum viris maie tractatas fuisse dicitur ; de qua re, si laliter se habuit, plurimum dolere et mirari compellemur. » — Cette lettre est barrée dans le registre; elle n'a pas été sans doute envoyée; mais cela importe peu à l'usage que nous en faisons.
(1) Arch. d'Orvieto, Riform., 1433-1435, f. 165 v\
(2) Arch, d'Orvieto, documents séparés.
(3) Ibid., Riform., n° 138, fol. 41.
(4) Ibid.f Riform., vol. 1433-1435, fol. 214 : « Quoddam castrum nostri comitatus, quod erat sub gubernatione Pauli Pétri de Monaldensibus, quod vocatur Fichino. »
(5) Arch. d'Orvieto, Riform., n» 139, fol. 96 v°.
L ÉTAT POiNTIFICAL APRÈS LE GRAND SCHISME.
1431, nous trouvons l'un des leurs, François, à la tête du diocèse. Ils disposent d'un parti nombreux; aussi, selon les révolutions communales, ils sont, tour cà tour, maîtres de la conmiune ou exilés; ils la gouvernent ou la combattent. En
1432, l'intimité semble régner entre eux et les bourgeois : le 25 juillet, les conservateurs envoient une ambassade au pape, Eugène IV, pour le supplier de rendre ses bonnes grâces à leur évoque, François Monaldeschi, et de le renvoyer à Orvieto, parce que, disent-ils, sa présence y est utile et môme nécessaire (1). Cette amitié persiste encore le 28 juin 1433; car, se solidarisant avec Paul-Pierre Monaldeschi, les gens d'Orvieto demandent, pour le pays de Fichino, dont il est le gouverneur, des secours au cardinal camérier (2). Un document de l'an 1434, nous montre la part prépondérante qu'avait cette puissante famille dans le gouvernement de la cité. De plus en plus opprimés par François Sforza et les troupes du concile de Bâle, les conservateurs convoquent une réunion, où l'on prendra d'importantes mesures pour assurer l'indépendance de la ville et sa fidélité au Saint-Siège ; or, ils font appel à douze prud'hommes et à quatre Monaldeschi , l'évêque François, Paul-Pierre, Tramo et Louis (3).
Mais en 1430, tout a changé; les Monaldeschi ont été, sans doute, évincés par le parti opposé; ce qui est certain, c'est qu'ils sont en guerre avec leur ville et que, le 11 novembre, les gens d'Orvieto se plaignent d'eux amèrement au pape. Depuis plusieurs mois, disent-ils, les vassaux de François et de Butio ne veulent payer aucun subside, concourir à aucune dépense ; tous les gentilshommes du comté ont acquitté leur dette à la commune, sauf ces deux réfractaires ; leurs gens de Rocha Sbernia pillent le territoire d'Orvieto, y font des razzias de bétail ; il est impossible de supporter pareille tyrannie. « Sans notre gouver- » neur, ajoutent les conservateurs, nous aurions été dévorés, » détruits, consumés par ces seigneurs. Au nom de Dieu, que » Votre Sainteté prenne sous sa protection notre malheureuse » cité et son gouverneur; car, sans lui, nous aurions été man-
(1) Arch. d'Orvieto, Riform., vol. de 1432, fol. 52 : « Qaod dignaretur Sua Sanctitas ipsum dominutn episcopum habere recommissum, quod posset ad civitatem Urbevetanam reddire, et stare, et morari ia eadem, cum presentia révérende paternitatis dicti domiai episcopi satis erat dicte communitati utilis et necessaria. »
(2) Arch. d'Orvieto, Riform., f° 214.
(3) Arch. d'Orvieto, Riform., vol. 1433-1435, fol. 38.
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» gés par ces Monaldeschi, cause unique de tous nos maux (1). » Il est impossible d'imaginer des plaintes plus vives, des termes plus pressants. Cet exemple nous montre l'opposition redoutable que pouvaient faire à la ville d'Orvieto les seigneurs du comté. Souvent, il y avait conflit d'intérêts entre les bourgeois et les nobles; et ainsi, la juridiction de la cité sur le comté était bien précaire.
Outre ces droits de souveraineté, médiate ou immédiate, Tributaires
,1 . , , . . , . . d'Orvieto.
qu exerçaient les magistrats municipaux sur les pays voisins, Orvieto percevait certaines redevances sur plusieurs villes do la Tuscie, de l'Ombrie et même de l'Etat de Sienne. Le 14 août 1431 , Barthélémy Mancini de Gualdo de Nocera, podestat d'Orvieto, les réclamait aux villes tributaires, et c'est ainsi que les riformanze^ auxquelles nous avons déjà emprunté la liste dos villages vassaux, vont nous donner, maintenant, le tableau des villes tributaires, avec les cens qu'elles devaient :
Nomina vero tributariorum et censualium dicti communis , cum tributls <U censibus debendis^ infra describuntur , videlicet (2) :
Commune civitalis Cliisine unum cereum ponderis XX lib. cere.
Commune castri Abbatie S. Salvatoris cereum ponderis XX lib. cere.
ilem unum bravium valoris et extimationis florenorum 6.
Castrum Lugnani unum cereum ponderis XV lib.
{Suit l'acte de présentation de ce cierge.)
Castrum Castiglionchi Vallislacus unum cereum ponderis XVlib.
Castrum Abbatis unum cereum ponderis X lib.
Domini de Callegiano unum cereum ponderis X lib.
Heredes Busse de Bictonio j
unum bravium extimationis 3 florenorum 1/2
Heredes Franusci Rofredi
item 2 cereos extiûiationis 10 lib. den., pro quolibet.
Heredes Fatii de Rocbettis prope Sanprognanum unnm bravium extimationis X libr.
Heredes Ugolini olim domini Ufredi de Alviano unuûi bravium extimationis 3 florenorum auri.
Heredes Ufreductii.
Domini de Monteraarano unum bravium extimationis 3 florenorum auri. item unum cereum ponderis 10 libr.
Comités de Sartiano et Chianciano 3 marchas argenti.
Heredes Nerii de Montemerano pro Castrofranco Gapitis montis 3 marchas argenti.
Heredes Cataluctii de Bisentio , pro dimidia castri Bisentii et pro Castro Capitis montis, unum cereum ponderis 20 lib.; item unum bravium valoris 3 flor.
Heredes Vanni Galassi, pro dimidia castri Bisentii et pro Moiitecoro, unum bravium extimationis 3 florenorum auri.
(1) Arch. d'Orvieto, doc. séparés, 1436.
C?) Arch. d'Orvieto, rUforni., an 1431, fol. 40 bis.
Commune castri Plani Castagnarii unum cereum poiideris 50 librarum.
Casti'um Bulzeni
Castrum S. Laurenlii
Castrum Griptarum ; 1 cereum ponderis 25 lib. pro quolibet.
Castrum Gradularum \
Castrum Laterum 1
Castrum Valentani lib. 10 denariorum pro censibus.
Domini de Rochettis l cereum ponderis 10 lib.
Heredes Tancredi Cataldini , domini de Ausidonia et eorum suce. 1 cereum ponderis
10 libr.
Commune castri Urbelelli 1 bravium extimationis 4 floreuorum ;
item 2 marchas argenli aut 24 libras denariorum pro earum extimatione. Commune castri Manciani ! bravium valoris 4 florenorum; item* 3 marchas argenti ve
libras 26 denariorum pro ipsarum extimatione. Heredes domini de Suana nomine census libras 10 denariorum.
item^pro civitate Suane 1 bravium extimationis 8 flor.
item pro infrascriptis castris, videlicet.
Castro Pitiliani \
Castro Sorani | unum cereum ponderis 20 lib. pro quolibet.
Castro Àltricosti ) Commune castri Montispolitiani 1 marcam argenti. Commune insuie Martane 1 marcam argenti. Commune Castri plebis 1 cereum pond. 12 libr. Commune Sartiani 1 bravium valoris 15 flor. auri.
Le Val di Lago. Celte Uste des tributaires d'Orvieto peut nous faire mesurer la décadence de cette ville au quinzième siècle ; c'est le dernier souvenir de l'empire qu'elle avait exercé, au moyen âge, dans une partie de la Tuscie et de l'Ombrie. Voici d'abord un groupe géographique bien distinct, le Val di Lago, composé de Bolsène, San Lorenzo, Grotta San Lorenzo , Gradoli et Latera. C'étaient les pays échelonnés sur les bords du lac de Bolsène et sur les pentes qui l'entourent. « Dans ce district, » dit M. Paul Fabre (1), « aucune ville n'a été de force à s'imposer aux autres, et le pays a été naturellement la proie des voisins plus puissants , en particulier d'Orvieto. Dès 1155, les évoques d'Orvieto et de Soana en revendiquaient, chacun pour son diocèse, la partie septentrionale. En 1268, au temps du conclave qui suivit la mort de Clément IV, le pays se détacha d'Orvieto et se donna au Saint-Siège. Après bien des vicissitudes, le Val di Lago était rentré définitivement sous la domination pontificale, en 1359. » Cependant, l'influence d'Orvieto n'en était pas tout à fait exclue, puisque, tous les deux ans, c'était un citoyen d'Orvieto que, sur la présenta-
(1) Paul Fabre, Registre caméral du c&rdinal Albornoz, op. cit., p. 11, note 1.
LES COMMUNES EN TUSGIE. 161
tion des magistrats de cette ville, le pnpe devait nommer comme podestat, dans chacune de ces cinq communes du Val di Lago. Celte règle avait été établi(3 par une bulle de Boniface VIII en date du 4 septembre 1294, et elle était toujours en vigueur en 1364 : « et sic observatur (l). »
Il n'en était plus ainsi sous Eugène IV; le Val di Lago avait échappé complètement à Orvieto. Bolscne était hors de son influence depuis qu'en 14-.^0, Martin V l'avait donnée en vicariat perpétuel à Luca Monaldeschi, et en avait fait le chef-lieu d'un comté qui comprenait avec elle, Sucano, Meana, Gervara, Fichino et Onano (2). Latera et Gradoli appartenaient aux Farnèse; enfin, Eugène IV donnait à François Sforza S. Laurent et Grotta San Lorenzo, avec le vicariat d'Aquapendente (3). Depuis qu'en 1411, Sienne avait obtenu du Saint-Siège, Radicofani, en vicariat perpétuel, l'influence d'Orvicto sur le pays limitrophe reculait devant celle de la puissante république voisine. Nous avons vu plus haut à la suite de quelles luttes violentes contre les Orsini, les Siennois s'emparèrent de Soana et de Pitigliano; ce n'était pas, apparemment, pour y accroître l'influence d'Orvieto. Enfin, la suprématie d'OrviCiO sur Chiusi , Montepulciano et Orbetello n'était plus qu'un souvenir, perpétué par le tribut que ces grandes villes de l'Etat siennois devaient, mais ne payaient pas toujours. Dans tous les cas, la réalité du pouvoir dans ces castra appartenait à la ville de Sienne; elle seule, en percevait les impôts, elle seule, avait le choix des podestats (4).
Ainsi, pour Orvieto, nous sommes amenés aux mêmes conclusions que pour les communes de Home et de Viterbe. Nous en constatons sa décadence, au quinzième siècle. Sans doute, ces
(1) Ibid. : « De ipsorum potestatibus sive rcctoribus , felicis recordationis dominus Boaifacius papa VIII statuit, ordinavit, mandavit, dccrevit et providit, de apostolice plenitudine potestatis el ex habundantia gratie specialis, quod, singulis annis, pcr Romanani ecclcsiain vel ejus auctoritatc, ponatur potestas in singulis dictorum V castrorum, uno vidolicet anno, libère, unde volet, altero de Urbeveteri, modo videlicet infrascripto quod commune Urbeveteris nominet IIII personas, duas de nobilibus, et duas de popularibus, per XV dics antc mutationcni potestatis, ecclesie ipsi dcvotas et merito non suspectas, quarum aliqua per ipsam ecclcsiam vel ejus auctoritate ad hujusmodi potcstarie regimcn assumatur. Et sic observatur. »
(2) Archivio slorico ilaliano, série III, tome II, partie ii, p. 21, note 1.
(3) Voir plus haut, p. 141.
(4) Archives de Sienne. Conslgli, 222, p. 25. Dans la liste des podestats, nommés par l'Assemblée du 29 septembre 1432, je relève ceux de Radicofani, Chiusi, Orbetello.
162 l'état pontifical apbès le grand schisme.
républiques municipales existent toujours : c'est par là que la
ZVn h T P "' ^ ' ''^'""" ^'"^ ''«ff»'=ement des communes. Les tioub es du quatorzième siècle, l'anarchie du grand schisme on singulièrement réduit leurs territoires; elles ont reculé devant les empiétements de la noblesse et, à moins que le pape ne vienne a leur secours, elles sont condamnées à disparaître