SOUS
joniface IX. poutificat de Bouifacc IX (1389-1404). Blondus ne parle pas des cinq premières années de son règne, parce que, dit-il, « elles fu-
(1) Pastor, I, p. 149.
(2) Platina, I, p. 373.
(3) Blondus, Décade, II, lib. X.
L*ANARCHIE PENDANT LE GRAND SCHISME. 1 1
rent tristes et misérables (1). » Les Romains en profitaient pour poursuivre leurs usurpations; ils occupaient le château Saint- Ange qui commandait la ville et défendait la région du Vatican, le pont Saint-Pierre qui permettait d'aller de la ville dans le faubourg pontifical, enfin le ponte Molle où aboutissaient les voies Flaminia et Cassia, c'est-à-dire les routes de la Toscane et de l'Ombrie. L'audace des bannerets ne connut plus de bornes, et ils infligèrent au pape toutes sortes d'afïronts. Ils voulaient profiter de la faiblesse du pouvoir pour dépouiller le chapitre de Saint- Pierre de ses biens, et ils lui réclamaient de fortes aliénations de domaines. Un jour (2), les chanoines, épouvantés, se réfugient auprès du pape; les bannerets les y poursuivent, pénètrent de force dans le Vatican, brisent les portes de la chambre pontificale, en enlèvent Boniface IX lui-même. Ainsi, le pape était livré sans défense à leur violence, et il n'était que trop fondé à répondre, en 1397, aux Romains, qui venaient le supplier de rentrer dans sa capitale, que c'était par leur faute qu'il n'avait pas pu y demeurer (3).
Le pape dut quitter Rome et se réfugier à Pérouse; mais là encore, il devait trouver la révolte, et à la suite de troubles sanglants, il dut chercher un asile plus sûr à Assise. Une ambassade romaine vint l'y trouver. C'était en 1397 : trois ans plus tard devait s'ouvrir l'année jubilaire de 1400; l'on se rappelait les merveilles du jubilé de 1300; celui de 1350, malgré l'absence du pape Clément VI, avait été brillant. Le monde entier allait se porter aux tombeaux des apôtres et des martyrs pour y obtenir les grandes indulgences. Quant aux Romains, ce n'étaient pas seulement des avantages spirituels qu'ils espéraient de cette année bénie : accoutumés à vivre de l'autel, il en attendaient des profits plus palpables et plus grossiers que des indulgences ; plus les cérémonies du jubilé seraient éclatantes, et plus ils auraient d'étrangers à loger, à nourrir, et peut-être aussi à exploiter. Blondus nous les représente fascinés par les revenus que le jubilé allait leur apporter : solis Romani quœstibus inhiantes. Mais, pour donner à ces cérémonies extraordinaires toute leur majesté et tout leur éclat, il fallait appeler le pape à Rome; c'était lui qui devait ouvrir la Porte sainte de Saint-Pierre, c'était lui qui
(1) Ihid. : « Primi cujus quinquennii gesta ideo referre negleximus quia parva infeliciaque fuerunt. »
(2) Ibid.
{"X) Ihid. : « Propter quae, morandnm sibi extra urbem Romanorum culpa et viiio constiluerat. »
12 l'état pontifical après le GRAiND SCHISME.
devait faire tomber sur la foule des pèlerins les paroles de bénédiction et de pardon. Aussi les envoyés de Rome vinrent-ils à Assise demander à Boniface IX de revenir dans son palais du Vatican. Le pape connaissait les motifs de cette démarche ; il savait que l'on avait besoin de lui et qu'il pouvait faire acheter cher son retour; alléguant que la tyrannie de la commune lui avait rendu le séjour de Rome impossible, il réclama et obtint le droit de nommer lui-même le sénateur, et il le désigna aussitôt : c'était Malatesta de Pesaro, dont Blondus nous fait l'éloge, et qui avait donné à plusieurs reprises des marques de son dévouement au Saint-Siège (1). Il se réserva également la nomination des autres magistrats (2) ; enfin l'on décida d'enlever tout pouvoir aux bannerets (3). Comme les finances pontificales étaient toujours très pauvres, les Romains durent payer le voyage d'Assise à Rome au pape et à sa cour, quin eliam pecunia acljutus est pontifex, dit Blondus (4). Il était impossible de montrer à Boniface IX plus de soumission et de dévouement, et cependant notre historien ajoute malignement que pour avoir lo pape dans do telles circonstances, les Romains lui auraient fait encore beaucoup plus de concessions (5). A peine de retour, Boniface IX établit le mieux qu'il put son autorité dans la ville; il fortifia de nouveau le château Saint-Ange qui tombait presque en ruines, le surmonta d'une tour et en fit une puissante forteresse (6). Dès lors, comme le fait remarquer Platina (7), le gouvernement de Rome passait du peuple au pape. Le jubilé, avec l'éclat de ses j^ fêtes qui attirèrent dans la ville sainte d'immenses multitudes (8),
% et les profits qu'en retirèrent les Romains, semblèrent consolider
l'autorité de Boniface IX : en 1404, il put mourir tranquille à \ Rome, dans son palais du Vatican.
Mais sa mort déchaîna de nouveau l'anarchie; les Romains
evoItesdeRorae
sous^^ étaient las d'une paix qui durait depuis cinq ans; le besoin de changements, l'esprit de désordre qui régnait dans toute l'Jtalie, le
(1) « Virum doctrina et multa virtutc conspicuum. » (Blondus, ibid.)
(2) Platina, I, 376.
(3) Blondus, ibid. : « Bandcrcsiisque abrogandam auctoritatcm spoponderunt oratores. »
(4) Ibid.
(5) Ibid. : « Majora quoque pontifici fucrint promissuri. »
(6) Ibid. : « Molcm namque Adriani, castcllum Cresccntii sive S. Angeli appellatam,... additis circa mœnibus et turri in medio cxcitata, restituit in eam qua nunc exstat, arcem munitissimam. »
(7) Platina, I. 376.
(8) Blondus, ibid. : « Frequentata est uibs Roma populis. »
InQocent VU.
L*ANARCH1E PENDANT LE GRAND SCHISME. 13
désir de reprendre cette autonomie qu'ils avaient sacrifiée au jubilé, tout cela les travaillait et les excitait au désordre. A peine les cardinaux étaienl-ils entrés en conclave, que le peuple se soulevait, réclamant la liberté ; à sa tête s'étaient mis les barons romains, les chefs de ces familles féodales qui, depuis les années les plus reculées du moyen âge, avaient essayé d'établir leur indépendance à la faveur des troubles; les Golonna, les Savelli, les Conti fournissaient un bon contingent à l'émeute. Toujours ennemis des Golonna, les Orsini se firent les défenseurs du Sacré-Collège ; ils finirent par sauvegarder l'indépendance de ses décisions; mais pendant plusieurs jours, selon l'énergique expression du chroniqueur, Rome fut en bataille (1). Innocent VII fut élu , les révoltés posèrent les armes et l'on resta quelques jours tranquille, stettero senza rumore alquanti giorni. Le roi de Naples , Ladislas, qui commençait à se mêler des affaires de Rome, s'entremit entre le pape et ses sujets, et il ménagea entre eux un accord : à l'avenir, le peuple aurait la garde des ponts et des portes, à l'exception du Ponte Molle et des portes du Transtevère. Pour la nomination des magistrats, le pape aurait celle du sénateur, à condition de le choisir parmi trois candidats du peuple ; celle des sept gouverneurs de la Chambre dépendrait du peuple, mais le pape pourrait, de sa propre autorité , leur adjoindre trois gouvei'neurs de son choix ; enfin, le quartier de Saint-Pierre restait sous la juridiction immédiate du souverain pontife (2).
Cette transaction (dont Theiner a publié le texte) est fort intéressante et mérite d'arrêter un instant notre attention. Le pape et le peuple romain y négocient comme deux puissances égales et indépendantes l'une de l'autre ; ce ne sont pas des privilèges qu'un prince accorde à des sujets pour reconnaître leur dévouement ou leurs services; c'est une convention, c'est un traité longtemps discuté et enfin signé entre deux puissances sous la médiation d'un tiers.
L'autorité du Saint-Siège sur Rome était donc bien diminuée; elle ne s'exerçait guère que sur le quartier de Saint-Pierre, et cependant le peuple n'était pas satisfait. La ville était remplie de tumulte, le peuple était sous les armes, et les cardinaux, effrayés, s'étaient réfugiés dans la basilique de Saint-Pierre; des fenêtres du Vatican , Innocent VII pouvait voir les menées de ses ennemis et l'inquiétude de la foule , prélude des révolutions (3). Le
(1) Ciampi, p. 47.
(2) Minerbetti, an. 1404.
(3) Muratori, Script, rer. italic. Vila Innoc. VII, III, p. ii, p. 284.
14 l'état POiNTIFICAL APRÈS LE GRAND SCHISME.
prieur des frères de Saint-Jean de Pise essaya de s'entremettre pour calmer cette agitation; mais, toujours aveugle, la foule le Lua (1). Ce meurtre jeta Tépouvante au Vatican, et Innocent VII quitta Rome. Mais bientôt il y revenait avec une armée que commandaient son neveu Meliorato et le condottiere Mostarda, et après un combat acharné qui se livra, le 5 avril 1405 , au Ponte Molle, entre l'armée de l'Eglise et celle du peuple, les Romains rappelaient Innocent VIL Ce nouvel accord ne devait être qu'une trêve de courte durée. Bientôt, le peuple recommença à s'agiter; travaillé par les mêmes meneurs , il réclamait la liberté ; la transaction ménagée par Ladislas ne lui suffisait plus, et les quatorze bannerets, chefs des quatorze rioni de la ville, allèrent porter au pape ses hautaines réclamations : le Gapitole devait appartenir sans partage à la commune , les Romains nommer tous leurs magistrats et avoir la garde du château Saint-Ange, des ponts et des portes; en un mot, le pape devait renoncera tout pouvoir sur la ville. Bien plus, on lui demandait presque l'abdication de son pouvoir spirituel ; on le priait de travailler à l'extinction du schisme; or, le seul moyen d'y parvenir avait été trouvé et réclamé avec instances par l'Université de Paris : c'était la démission simultanée des deux papes. Ces revendications politiques, ce zèle intempestif pour l'unité de l'Eglise excitèrent la colèi'e d'Innocent VII; il renvoya les bannerets du palais du Vatican à son neveu Meliorato , qui occupait dans le Borgo , sur la rive du Tibre, le palais du Saint-Esprit; ils devaient y trouver une terrible réponse. Meliorato les attendait, et, tour à tour, il trancha lui-même la tête à chaque délégué du peuple romain ; d'une fenêtre du palais leurs corps furent jetés dans le Tibre. Cet attentat souleva le peuple , et, incapable de résister à l'émeute. Innocent VII dut prendre de nouveau la fuite. Pendant qu'il était sur la route de Viterbe avec son neveu Louis Meliorato , le peuple s'acharnait sur le Vatican , saccageant le palais apostolique et les demeures des cardinaux, et tuant sans pitié les gens de la cour pontificale qui n'avaient pu ni fuir ni se cacher; le gonfalon municipal flottait sur le Capitole et le Ponte Molle, tandis qu'une poignée de soldats fidèles au pape, sous le commandement de Paul Orsini et de Mostarda, battaient, aux Prati di Castello, l'armée populaire conduite par les Colonna et les capitaines de Ladislas, et conservaient au Saint-Siège la possession du fort Saint-Ange. Grande fut la confusion qui suivit
(1) Ibid., Infessura III, p. ii, p. 1U6.
l'anarchie PiiiNDA.NT LE GRAND SCHISME. 15
ces troubles : tous les jours, c'étaient des escarmouches entre les soldats de l'Eglise et ceux du peuple ; les campagnes étaient dévastées, les ti'oupeaux pillés , et la famine , l'inévitable famine , menaçait Rome. D'ailleurs, la première effervescence s'était calmée ; l'on s'apercevait qu'en chassant le pape on n'avait pas gagné la liberté : l'on n'avait fait que changer de maître, en se plaçant sous la tyrannie du roi de Naples ou de la féodalité romaine. Aussi, le peuple ne tarda-t-il pas à se révolter contre ce môme Ladislas qu'il venait d'appeler à son secours et d'acclamer comme un libérateur, et des ambassadeurs partaient pour Viterbe pour y porter au pape les clefs de la ville et Fentière soumission des habitants; une nouvelle fois le pape rentrait dans Rome, mais pour y mourir bientôt après, le 6 novembre 1406 (1). Tour à tour acclamé ou chassé, maître de Rome ou sur le chemin de l'exil, faible ou cruel. Innocent VII avait été le jouet des Romains; son court pontificat avait été le règne de l'anarchie (2).
L'on peut en dire autant de ceux qui le suivirent : Rome passe de Ladislas au pape et du pape à Ladislas. Pendant le conclave de 1406, le roi de Naples entre dans Rome ; mais bientôt, en 1407, il en est chassé par Paul Orsini, à la suite du combat de Saint- Jacques; il y revenait à la paix, pendant le concile de Pise et, profitant de l'absence de Grégoire XII, il occupait solidement, en 1409, un grand nombre de positions des Etats pontificaux. Mais bientôt, commandée par les puissants condottieri Sforza et Braccio di Montone, l'armée de l'Eglise prenait Rome , en janvier 1410, et la plaçait sous l'autorité de l'élu de Pise, Alexandre V (3). Les mêmes péripéties devaient se renouveler jusqu'en 1419. Cette année, lorsque l'élu du concile de Constance, Martin V, retourna en Italie, il ne put pas entrer dans le domaine de l'Eglise; il dut rester deux ans à Florence, attendant le moment favorable pour prendre possession de ses Etats. Rome était toujours occupée par les troupes napolitaines de la reine Jeanne II; ce n'est que le 22 septembre 1422 (4), qu'il pouvait faire son entrée dans sa capitale.
Il y trouva la plus grande désolation qu'on puisse imaginer; le demi-siècle d'anarchie et de guerres perpétuelles que l'on venait de ^^ ^^ !^Ti!f^"^ traverser, avait accumulé les ruines dans la cité sainte (5). La cam-
(1) Ciampi, p. 47. Platina, I, 384.
(2) Platina, I, 385 et suiv.
(3) Nerio Malvezzi, Alessandro V papa a Bologna.
(4) Platina, I, 399.
(5) Ibid.
Misère i campa romaine.
pagne était dévastée; les cultures abandonnées, les arbres brûlés, le bétail enlevé par de nombreuses razzias; les paysans eux-mêmes avaient disparu : les uns avaient été tués parles armées ennemies qui ravageaient tour à tour le pays, la plupart avaient été emmenés prisonniers, quelques-uns s'étaient réfugiés dans la ville pour y retrouver, d'ailleurs, la misère et les maux qu'ils fuyaient (1). Dans l'intérieur même de Rome, ce n'étaient que ruines et désolation; « la cité, « dit Platina, « avait l'aspect d'un désert plutôt que d'une ville. » Les églises tombaient en ruines. Désertées par les prêtres et les fidèles, elles étaient livrées au pillage du premier venu ; dans une bulle du 30 mars 1435, Eugène IV signale un abus énorme qui n'a pu s'introduire qu'à la suite d'un long abandon ; « l'on surprend tous les jonrs, » dit-il, « des hommes assez coupables pour aller dans les basiliques et les titres cardinalices faire provision de marbres précieux; et, dernièrement encore, des monstres d'audace et d'impiété ont enlevé des plaques de marbre et de porphyre de notre siège, placé près de l'autel sacré de saint Pierre (2). » A quel abandon devait avoir été livrée la basilique du Vatican pour que sous le pontificat d'Eugène IV on ait osé s'y livrer à de tels brigandages? Dans une autre de ses bulles, datée du 25 janvier 1436, le même pape décrit le misérable état de S. Marie in Gosmedin : « Depuis de nombreuses années , » dit-il , « les bâtiments qui lui sont contigus sont défectueux et, le plus souvent, l'église même a été privée du culte divin (3). » Pour y remédier, le pape l'unit au monastère de Saint-Paul-hors-les- Murs. La basilique de saint Pierre elle-même était tombée dans le plus grand dénuement; « la pauvreté était si grande qu'en 1414, le jour de la fête de saint Pierre et saint Paul, on n'avait même pas pu faire brûler une seule lampe devant la confession du Prince des apôtres (4) ; la toiture était si endommagée que Martin V dut la faire refaire. Il en fut de même à Saint-Jean de Latran, où Martin V restaura la toiture et fit faire le joli carrelage en morceaux entrelacés de marbre et de porphyre que l'on y voit encore (5). Abandonné par Boniface IX, qui transporta sa résidence au Vatican, le patriarcfiium, » dit Rasponi (6), « ne fut défendu par personne des injures du temps et de la solitude; sous
(1) Platina, I, 387.
(2) Arch. du Vat., Reg. 366, fol. 146,
(3) Arch. du Vat., Reg. 374, fol. 31 W.
(4) Pastor, I, 225.
(5) Rasponi, p. 31.
(6) Ibid., p. 294.
l'anarchie pendant le grand schisme. 17
Sixte IV, il était en ruine. Avant de s'installer au Vatican, Martin V, dut y faire remettre des fenêtres qui avaient disparu. La désolation était pire encore dans la ville ; des quartiers entiers avaient été abandonnés, les rues étaient des bourbiers impraticables formés de décombres et d'immondices qui empestaient l'air. » Jusqu'aux réparations qui furent ordonnées par Boniface IX, le château Saint-Ange, à moitié ruiné, se dressait au milieu des broussailles, où l'on menait paître les chèvres (1). « Les monuments antiques étaient devenus des carrières inépuisables où chacun venait prendre des pierres pour bâtir et des marbres pour faire de la chaux... le plus grand nombre des maisons s'était effondré... Il semblait que l'esprit de dévastation se fût particulièrement acharné sur la cité léonine; les rues donnant accès à Saint-Pierre, le parvis de l'église n'étaient plus qu'un monceau de ruines ; les murs même de la cité s'étaient écroulés, de sorte que, pendant la nuit, les loups de la campagne romaine pénétraient librement jusque dans les jardins du Vatican et jusque dans le Gampo Santo, à côté de Saint-Pierre, dont ils fouillaient les tombes pour se repaître de la chair des cadavres (2). » Ajoutons à cela la misère qui régnait dans la ville : l'hôpital du Saint-Esprit ne pouvait pas payer un impôt établi par le pape pour subvenir à la guerre contre Ladislas; et pour l'acquitter, il devait, le 9 février 1408, aliéner une de ses propriétés (3). » En 1402, les servîtes de Saint-Marcel avaient été obligés, pour vivre, de vendre la bibliothèque de leur monastère (4)... Un chroniqueur raconte que plus d'un membre du clergé manquait du strict nécessaire pour sa nourriture et son vêtement. » On peut juger par là de ce que devaient souffrir les autres classes de la population. Le brigandage avait été la conséquence naturelle de la misère et de l'anarchie. Désespérés par l'étendue de leurs maux , dans l'incapacité de gagner leur vie , beaucoup de Romains et surtout beaucoup de ces paysans que la guerre avait chassés de la campagne, dévastaient la ville et les environs; d'après Infessura, Rome était remplie de voleurs (5). Il est donc impossible d'imaginer une décadence plus profonde que celle de Rome pendant le grand schisme; pour trouver dans son histoire une période aussi triste, il faut remonter jusqu'aux sombres années du sixième siècle.
(1) Blondus, Décades, II, X.
(2) Pastor, 1 , 226.
(3) Arch. du S. Esprit, IV, 18.
(4) Pastor, I, 225.
(5) (( Roma stava raolto scoretta e piena di ladri. » (Muratori, XXIV, 1122.)
^"enTusdl"^^ Il en était de même dans tout l'Etat ecclésiastique ; les liens qui unissaient les principautés vassales et les communes au pape, s'étaient détachés à la suite du schisme, et aussi incapables que les Romains de jouir de la liberté, les peuples étaient tombés dans l'anarchie ou la tyrannie. En 1378, Viterbe n'avait pas voulu reconnaître Urbain VI ; elle fit même instruire les procès des ambassadeurs qui venaient lui notifier son élection ; ils furent jetés en prison, quelques-uns même condamnés à mort (1). Le préfet de Vico, le plus puissant seigneur de la Tuscie, se déclara également contre Urbain VI, et dès lors tout le pays fut en révolte. Il est difficile de trouver des couleurs assez sombres pour décrire toutes les misères qui frappèrent alors le pays de Viterbe; d'abord la guerre : pendant plusieurs années, les soldats bretons de Clément VII parcouraient toute la Tuscie, pillant indistinctement amis et ennemis; « ils volaient toutes les personnes , même les femmes, et ils s'appropriaient tous les "biens d'autrui, % dit le chroniqueur (2). Le 25 juin 1379, une nouvelle armée arrivait à Viterbe : c'était celle d'Urbain VI, et elle aussi pilla tous les environs ; elle établit son camp en trois endroits différents, dévastant les vignes et tout le reste alentour et elle demeura environ soixante-deux jours. Pris entre le pape et le préfet comme entre l'enclume et le marteau, les gens de Viterbe furent mis à contribution par l'un et par l'autre : Urbain VI leur prit leurs calices, leurs croix et autres objets d'argent pour battre monnaie, afin de payer ses hommes; le préfet imposa 4,000 florins d'or au clergé (3). Bientôt, la guerre se porta ■^^ sous les murs de Viterbe; dans la nuit du 1^'' avril 1380, la porte
de Sainte-Lucie brûlait, et, le 14, l'incendie recommençait à la porte de Salsiccia. Tous les jours, c'étaient de nouveaux engagements dans la campagne entre les troupes ennemies qui la parcouraient, et les dégâts s'étendaient dans toute la Tuscie. En 1378, les Bretons attaquent la position élevée de Montefiascone ; d'autre part, le préfet va porter la guerre à Toscanella, et la lutte est si acharnée que les prisonniers faits par les habitants de la ville sur l'armée du préfet, ont tous la tête coupée; en janvier 1379, les Bretons font de nouvelles chevauchées dans tout le pays compris entre Viterbe et Rome : ils en emmènent un butin de treize
(1) Calisse, 7 prefetti di Vico {Archivio délia soc. Romana di st. patria, X, p. 377, 588, doc. 188).
(2) « Robavano tutte le persone et donne... le possession! et omnia bona aliéna sibi appropriabant. » (Ciampi, 39.)
(3) Ibid.
l'anarchie pendant le grand schisme. 19
mille têtes de bétail. Le 18 septembre 1379, ajoute un autre chroniqueur, le préfet nlla à Gorneto et y fit de grands dégâts dans les vignes et les jardins; puis il alla vers Toscanella et la traita de même (l); l'avant-veille, c'était Ronciglione qui avait été pillé. Bientôt, de nouvelles guerres, de nouvelles troupes ennemies vinrent s'abattre sur la Tuscie déjà épuisée; c'étaient les Siennois fidèles au pape Urbain Vf, qui venaient attaquer le préfet toutpuissant dans le Patrimoine; le 17 avril 1384, ils prenaient Gorneto (2); le 4 mai, ils entraient sur le territoire de Viterbe qu'ils ravageaient, faisant de nombreux prisonniers et emmenant un riche butin de bestiaux. Gette nouvelle guerre dura toute l'année, jusqu'au jour où le préfet de Vico fit la paix avec les Siennois, en les retournant contre le pape. En 1392, la chronique mentionne toujours la guerre; l'armée de Boniface IX vient prendre Bolsène saccager Vetralla et Givita-Vecchia, tandis que les Bretons du préfet prenaient la Tolfa Vecchia; le 22 avril, Viterbe môme était assiégée par les troupes pontificales (3); le 12 mai 1393, nouvelle expédition des Romains contre Viterbe.
Par ces temps de troubles, la campagne était si peu sûre qu'on sentit le besoin de la munir de tours de défenses et de fermes fortifiées, où l'on pût rassembler, en cas d'attaque, les animaux et les paysans épars sur tout le territoire. Le 26 décembre 1430, au conseil du peuple, les prieurs de Viterbe exposent que ser Angelo a réparé Tune des tours qu'il avait élevée sur ses terres, et ils ajoutent qu'elle peut être de la plus gi-ande utilité en temps de guerre. « Gum ser Angélus ser Nicole, civis Viterbiensis, reparaverit quoddam palatium seu foriililium suum in tenimento dicte civitatis, videlicel in via ^^
qua itur Romam , in vocabulo quod dicitur iu Casale de ser Gilio, contrate Rianensis, quod foriililium salis esse polcsl proficuum civibus el communi dicte civitatis lempore guerrarum (4)... » Get état de guerre dura jusqu'au moment où, par l'élection de Martin V, l'Eglise retrouva un pasteur unique et les Etats pontificaux un chef incontesté ; il n'était interrompu que par de rares accalmies pendant lesquelles la fatigue faisait tomber les armes des mains des combattants, et les forçait à des trêves momentanées.
L'Ombrie était aussi inquiète que la Tuscie ; en guerre avec Guerres civiles Urbain VI en 1378, elle avait été ravagée par les troupes pontifi- «'^O'^brie.
(1) Ciampi, p. 39, note 6.
(2) Calisse, Arch. soc. Romana, X, p. 384.
(3) Ciampi, 43.
(4) Piazi, Gli ospizi medioevali e VOspedal grande di Viterbo, p. G7.
cales. « Au mois de mai de cette année, dit la chronique de Graziani, le pape Urbain envoya contre nous des gens d'armes qui pillèrent Ghiusi et nous firent de grands dommages (1). » La paix du 4 janvier 1379 rétablit dans le pays l'autorité du pape; mais son pouvoir n'était respecté qu'à la condition de ne point s'exercer. D'ailleurs, Pérouse était déchirée par les luîtes des partis, et il suffisait que l'une de ces factions acceptât la suprématie pontificale pour que l'autre lui fût hostile. L'aristocratie des Raspaiiti était fidèle à Urbain VI; aussi, en 1383, les démocrates, les Michelotli, conspirent-ils pour Clément VII (2). Jusqu'en 1392, la ville ne se révolte pas; pourquoi le ferait-elle? Urbain VI et Boniface IX ont trop de difficultés à résoudre pour se mêler de ses affaires; elle se gouverne comme elle l'entend; le 19 octobre 1389 (3), elle signe un traité d'alliance avec Florence, le seigneur de Milan et les communes de Toscane, comme si elle formait une république indépendante. Mais sa fidélité cesse dès que le pape veut se mêler de ses affaires. « En 1397, dit Blondus (4) , Boniface IX se rendit à Pérouse et tenta d'y rétablir la concorde entre la noblesse et le peuple; mais, faisant preuve de la plus grande mauvaise foi, ce dernier se révolta et, en présence du pape, tua plus de quatre-vingts membres du parti opposé... Indigné, le souverain pontife se rendit à Assise. » Dans son laconisme, ce passage fait éclater aux yeux l'impuissance du pape; une cité se révolte, rompt d'une manière si tragique et sous ses yeux l'accord qu'il est venu conclure; lui-même ne peut rien empêcher, rien réprimer; le seul moyen qui lui reste de montrer son mécontentement, c'est de partir. Dès lors, l'Ombrie est de nouveau agitée par la guerre. Depuis longtemps déjà, une profonde jalousie régnait entre Foligno et Pérouse : impuissant par lui-même, le pape confia à Trinci, seigneur de Foligno, le soin de le venger, et pendant toute l'année 1398, les bandes armées des condottieri parcoururent l'Ombrie, promenant la dévastation dans ses beaux paysages. Nulle ville ne fut plus inconstante que Pérouse dans les premières années du quinzième siècle. Nous la voyons tantôt se placer sous rautorité du duc de Milan, tantôt se révolter contre lui, pour revenir à la juridiction pontificale, tantôt défendre contre lui son autonomie, pour finir sous la tyrannie
(1) Arch. st. ital., XVI, p. 227.
(2) Ibid., XVI, 228, note 3.
(3) Ibid., 237.
(4) Blondus, Décades, II, X.
l'anarchie pendant le grand schisme. 21
militaire de Braccio di Montone, et chacun de ces changements amène de nouvelles troupes en Ombrie, de nouvelles guerres, de nouvelles dévastations.
La ville de Todi montra la même insoumission à l'égard du Saint-Siège. Dès 1384, elle se révolta contre Urbain YI, malgré les serments de fidélité qu'elle lui avait prêtés; elle refusa de recevoir Marino, archevêque de Tarente et camérier de l'Eglise, que le pape lui avait donné pour gouverneur, lui ferma ses portes et se déclara indépendante (1). Le 1®"" août 1384, Urbain VI lui écrivait pour se plaindre et la menacer de la perte de ses privilèges, si elle persistait dans sa rébellion. Il lui promettait, au contraire, le rappel du camérier et l'envoi d'un meilleur gouverneur, si elle voulait bien se soumettre. « Ceterum, si prefati camerarii regimen abhorretis, de tali vobis redore provider e curabimus^ quod merito poteritis contentari: » Le pape se montra bien doux, bien humble envers sa ville révoltée; cette humilité dut coûter beaucoup à son caractère hautain et emporté; mais elle était commandée par la décadence de l'autorité pontificale. En 1392, Boniface IX prenait Todi à Malatesta qui s'en était emparé; de même deux ans après, une nouvelle expédition était nécessaire. En 1408, cette ville se soustrait encore à l'autorité du pape; elle se donne à Ladislas , roi de Naples, et bientôt, son exemple est suivi par la plupart des cités de l'Ombrie, Pérouse, Amélia, Assise, Orte et Rieti. Mais le maître qu'elle s'était donné, faisait rudement sentir son pouvoir; sa main, gantée de fer, était plus lourde que celle du pape ; aussi, les Tudertins ne tardèrent pas à se remettre sous le gouvernement plus doux et plus faible du Saint-Siège. Cette fois encore, leur soumission fut de courte durée; on le vit bien pendant les longues négociations qu'ils entamèrent, en 1411, avec Jean XXIII. Gomme le pape voulait leur imposer le payement de 4,000 florins pour la promesse qu'il leur avait faite de ne pas engager leur cité à Ladislas, ils répondirent fièrement que Todi était exemptée de tout impôt, qu'elle n'était pas placée sous la juridiction du recteur du
(1) Theiner, II, n" 627 : a Qua enim fronte contra jurisjurandi religionem, contra fidciii , contra fas, scelus ausi estis pcrpetrare ut scilicet prefatum camerarium a nostra clemencia redeuntem, qui vos vestrosque liberos, conjuges ac fortunas cum raaximis nostrarum et ecclesie predicte expensarum profluviis de hostium faucibus liberaverat, in civitatem predictam, non permiseritis introire, ei aures non minus quam ejusdem civitatis portas dampnabiliter obserantes, ab ejusdem ecclesie obediencia vos detestabiliter subtrah«ntes ? »
Patrimoine, mais que de tout temps elle avait été libre et indépendante (1).
Guerres civiles La proviuce do Campanio était aussi agitée que celles de enCampame. rp^^g^jg gj, d'Ombi'ie ; CBr à Fondi, à Anagni, dominait Je protecteur de Clément VII, le comte Honorât Gaetani, qui agitait tout le pays contre le pape de Rome. Il y appela les Bretons, et dès lors, la Gampanie eut à souffrir de guerres et de dévastations perpétuelles. Pendant plusieurs années, la cité de Velletri fut en quelque sorte bloquée par les Bretons, qui avaient construit un châleaufort dans son voisinage, engageaient sans cesse des escarmouches contre ses habitants, dévastaient ses campagnes et enlevaient ses bestiaux : « Les femmes et les enfants s'enfermaient en pleurant dans les églises, « dit le chroniqueur (2). A peine délivrée des Bretons, Velletri eut à subir les attaques de Fabricio Golonna, partisan, commele comte de Fondi, du pape Glément VII (1383). A la fin du pontificat d'Urbain VI, la Gampanie semblait se reposer dans la paix; le pape envoyait Orsini pour rétablir l'ordre h Velletri. Mais ces moments de tranquillité devaient être de courte durée; dès 1389, la guerre éclatait entre la puissante famille de Gonti et le pape qui voulait lui reprendre Alatri, Sogni^ la rocca de Lariano et Palîano ; le 11 juin 1389, Urbain VI accordait le pardon aux villes d'Alatri, Guarcino et Gollepardo, qui s'étaient soumises à son autorité (3). Sous Boniface IX, la paix était de nouveau troublée par la révolte de L Nicolas Golonna, en 1400. La Gampanie était trop rapprochée du
|L royaume de Naples pour ne pas tomber au pouvoir de l'ambitieux
^k Ladislas; les archives de Terracine nous prouvent que cette ville
lui appartint dans les premières années du quinzième siècle; les actes y sont dressés en son nom. Il en était de même de Velletri. Après avoir pris le port d'Ostie, qui assurait ses communications avec Naples, Ladislas s'emparait de Velletri, en 1408, et en faisait Tune de ses résidences : « Il venait souvent y habiter, » dit l'historien Ascanio Landi, « dans un antique palais situé au cou-
(1) « Esistono doi capitoli sottoscritti dal papa a favore del comiine, nei quali c dichiarato che Todi debbe essere una città esente dal pagare qualunque sussidio venisse imposto aile altrc città dello stato ecclesiaslico.
» Chc il comune di Todi non e posto nella giurisdizione del patrimonio del beato Petro in Tuscia o di altra provincia soggetta alla Chiesa Romana. ma c libero ed indipendente da tempo imraemorabile. )) {Giovanni XXIII ed il Commune di Todi. Lorenzo Leonii, Arc/j. st. ilal, sér. IV, t. IV, p. 189.)
(2) Borgia, Isloria délia Chiesa e città di Velletri, p. 324.
(3) Theiner, II, 652.
l'anarchie pendant le grand schisme. 23
chant, où se voient encore des fenêtres et des portes de marbres marquées à ses armes (1). » Dès lors, la Campanie suivit le sort de Rome; tantôt usurpée par Ladislas, tantôt reprise par le pape, elle changea très souvent de régime de 1408 à 1418, jusqu'au jour où elle redevint terre d'Eglise, sous le pontificat de Martin V.
Môme esprit d'insubordination dans les Romagnes. Bologne fut Révolte fort troublée pendant la période du schisme et le premier quart «^«^ ^o^^gnes. du quinzième siècle; elle retira de ses révolutions perpétuelles et de ses révoltes sans cesse renaissantes une réputation de cité agitée et, quelques années plus tard, Eneas Silvius Piccolomini portait sur elle ce jugement bien mérité : « Bologne n'est pas tant la mère des études que la nourrice des séditions (2). » Dans la seconde moitié du quatorzième siècle, elle avait profité du séjour des papes à Avignon, pour vivre en république indépendante. Réduite à l'obéissance pai* l'énergie d'AJbornoz, elle s'était soustraite de nouveau à l'autorité de l'Eglise pour tomber sous la domination de ses plus puissantes familles (3). Bientôt, lesPepoli la vendaient aux Visconti de Milan ; mais la tyrannie de Barnabô Visconti amenait une révolte de la ville qui se remettait sous la suprématie pontificale. En 1401 , elle tombait sous la tyrannie de Jean Bentivoglio qui prenait le titre de « magnifique et puissant seigneur de Bologne, conservateur de la paix et de la justice. » Au bout de seize mois, le pouvoir de Bentivoglio était détruit et Bologne retournait sous la domination milanaise des Visconti (1404). Quelque temps après, par une nouvelle révolution, elle était replacée sous l'autorité du pape par le fameux car- à dinal légat Balthasar Cossa, celui-là même qui devait devenir, en 1410, le pape Jean XXIII. Jusqu'à son avènement au trône pontifical, le cardinal Cossa exerça sur Bologne un pouvoir absolu ; mais lorsque le concile de Constance l'eut déposé, son autorité fut contestée dans Boulogne comme dans tous les Etats pontificaux et dans l'Eglise universelle; les familles qu'il avait réduites à l'obéissance, lui disputèrent le pouvoir et la ville resta indépendante, sous le pontificat de Martin V ; c'est le règne d'Eugène IV qui devait la replacer comme le reste des Romagnes, sous l'autorité du pape.
(1) Borgia, Isi. di Velletri, p. 343.
(2) Mn. Silv. Picc. Opéra (éd. Bâle), p. 452. Cité par Nerio Malvezzi, Aiessandro V pap.i a Bologna., p. 4.
^3) Nerio Malvezzi, Alessandro V papa a Bologna, p. 13. Platina, p. 379.
Révolte Les Marches furent aussi agitées pendant le grand schisme ; là
aussi, les papes laissèrent le pouvoir tomber de leurs mains et, pendant un demi-siècle, le pays fut travaillé par des révoltes, ravagé par des guerres sans cesse renaissantes. Déjà en 1375, Ascoli, Fermo, Forli et Ravenne étaient en pleine révolte (1). Avec le schisme qui éclata en 1378, le mal ne fit sans doute qu'empirer ; dans une lettre adressée, le 16 juillet 13S9, au cardinal des saints Pierre et Marcellin, son légat dans les Marches, Urbain VI nous décrit avec des couleurs sombres la situation de ces pays; Gentile et Rodolfo de Varano s'étaient soulevés contre l'Eglise, lui avaient enlevé la cité de Gamerino, les pays de Sainte-Anatolie, de Sernano, de Tolentino, d'Urbisaglia, de Belforte, de Monte San Martino et de Gualdo ; les diocèses de Fermo et de Gamerino étaient bouleversés et la rébellion s'étendait jusqu'à Gerreto et Monte Santo, dans le duché de Spolète (2).
Il est inutile de multiplier les exemples; ceux que nous avons cités, suffisent pour montrer l'anarchie profonde de l'Etat pontifical pendant le grand schisme. Déchaînée en 1378, quand on se trouva en présence de deux papes, elle dura jusqu'au pontificat de Martin V et même jusqu'aux premières années de celui d'Eugène IV. Sans doute, des papes énergiques tels que Boniface IX, des légats entreprenants comme le cardinal Balthasar Gossa, des condottieri dévoués à l'Eglise comme Paul Orsini ou Malatesta réussirent à la réprimer sur tel ou tel point, à Rome, à Pérouse, à Bologne, à Viterbe ; nul ne réussit à l'étouffer tout à fait ; vaincu sur un point, l'esprit de révolte l'emportait sur un autre ; au lieu de disparaître, l'anarchie ne faisait que changer de théâtre ; en réalité, le schisme avait porté un coup sensible au pouvoir temporel des papes aussi bien qu'à leur autorité spirituelle.
(1) Pastor, I, 115.
{1) Theiner, II, 655 : « ...nobiles viri Gentilis de Varano et Rodulphus, cjus natus, domicclli Canierinenses, sue salutis imrnemores, temcritate propria et dampnabili presumptione adversus eamdem ecclesiam rcbellionis calcancum erigentes , civitatcm Camerinensem ac S. Anatolie et Scrnani ac Tolentini et Urbisalie, necnon Culimurani et Belfortis ac Penne S. Johannis et Montis S. ]\Iartini et Gualdi, Camerinensis et Firmine diocesium, in Marchie Anconitane, necnon Cerreti et Montis sancti in ducatus Spoletani provinciis, consistencia castra, terras et loca, ad nos et ecclesiam predictain pleno jure pertinencia, notorie invadere et tyrannice occupare... presumpserunt. »