‹ L'état pontifical après le grand schisme;Chapitre 35 sur 50 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Pérouse et son comté appartenaient à la région que l'on dési- Délimitations, gnait plus particulièrement sous le nom d'Ombrie. Nous con^ naissons bien l'histoire de cette ville au quinzième siècle, grâce à la richesse de ses Archives communales , et surtout, à l'abondance des détails que nous donnent ses Registres municipaux , ses Annali decemvirali. Ils nous fournissent un fort précieux document qui nous renseigne sur l'étendue du comté de Pérouse, en 1432. Le 17 mars 1432, l'évêque de Forli , lieutenant du cardinal-légat, fit une ordonnance pour régler le gouvernement du comté et ses relations avec la cité. Après avoir réglé les attributions des capitaines , de la Chambre apostolique de la ville, et les redevances que devait payer chaque village à Pérouse, il dressa la liste des castra et des villœ qui composaient le comté, en les divisant eh cinq groupes soumis à la juridiction des cinq capitaines de la ville. Ce document est précieux; car, grâce à lui, nous pouvons nous rendre un compte rigoureux de l'étendue qu'avait, en 1432, le territoire de Pérouse. A l'ouest et au sud-ouest, il touchait à la République de Sienne, et formait, de ce côté, la frontière des Etats de l'Eglise. En effet , le lac Trasimène , son pourtour et ses îles appartenaient à Pérouse, puisque, dans notre liste, nous relevons les noms de Passignano, Borghetto, Castiglione del lago {Castrum Castiiionis Clusini), qui bordent le lac, et des îles Polvese et Maggiore. Dans les Registres des délibérations de Sienne, le lac de Trasimène est appelé le lac de Pérouse (1). Quelle était, au juste, la limite entre le comté de Pérouse et le territoire de Sienne ? Elle passait entre

(1) Arch. de Sienne. Consigli 222, fol. 97 v°. Il y est question des emptores aque lacus Perusii.

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Gastiglione del lago, d'une part, et, de l'autre , Ghiusi et Torrita, puisque le premier de ces pays figurait dans la liste des terres de Pcrouse, et que les deux autres recevaient leurs podestats de l'Assemblée de Sienne (1). Les Pérugins eux-mêmes précisent davantage, dans un document de leurs Annali decemvirali. Le 3 juillet 1432, ils envoyaient Ser Mariotto, en ambassade, au pape et aux cardinaux, pour leur exposer le tort que ferait à leur ville une guerre entre l'Eglise et la puissante république voisine. Voici, en effet, le cinquième point des instructions qu'ils lui donnent : « Attendu qu'entre l'Btat de Sienne et nous, il n'y a que la Ghiana, que les Siennois en occupent le pont, et que, par conséquent, nous recevrions d'eux les plus grands dommages, dans la partie la plus utile de notre comté, la région du lac et de la Ghiuscia, et que nous perdrions ainsi le plus clair de nos revenus, sans pouvoir nous venger, qu'il plaise à Sa Sainteté de nous dispenser d'une guerre contre les Siennois, qui serait funeste, non à eux, mais à nous (2). » G'est donc la Ghiana qui servait de limite aux Etats de Pérouse et de Sienne, mais au grand profit des Siennois, qui en commandaient le passage. Les Pérugins, il est vrai, compensaient ce désavantage par la possession du lac de Pérouse; la pêche était une importante ressource pour les habitants des alentours, et en particulier pour ceux de Ghiusi. Elle leur était enlevée en temps de guerre, et ils s'en plaignirent vivement, dans une pétition qui fut présentée, le 10 septembre 1432, au Gonseil de Sienne; ils reçurent, en dédommagement, la liberté d'exercer leur métier dans l'étang de Grosseto (3). Au sud de Ghiusi, en suivant toujours le Val di Ghiana, le comté de Pérouse était séparé de l'Etat de Sienne par Gittà délia Pieve. Gette place forte n'était pas encore le siège d'un évôché; aussi elle n'avait pas rang de cité; c'était un simple castrum. Son territoire était très restreint : la Ghiana, et, par conséquent, la frontière siennoise, longeait le versant sud des montagnes sur lesquelles elle se dressait, et, vers le nord, l'on trouvait, au bout de quelques milles, le comté de Pérouse. Piegaro , Pacciano , sont à 4 ou 5 kilomètres de Gittà

{[) Arch. de Sienne. Consigli 222, fol, 25. Dans la liste des podestats nommés, le 22 septembre 1432, par l'Assemblée da peuple, je relève : « Potestas Chiusii, — Torrite potestas et capitaneus Vallis Glane. »

(2) Arch. de Pérouse, Annali decemvirali, 1432, fol. 90. Le 28 juillet suivant, Matteo Ney Albergutii était envoyé en ambassade à Florence, pour lui exposer les mêmes raisons. {Ibid.f p. 104.)

(3) Arch. de Sienne, Consigli 222, fol. 19 V.

PÉnOUSK ET FOLIGNO. 177

délia PievG ; oi';, ces villages appartenaient à Péroase : on les trouve sur la liste de l'évêque de Forlî ; ils formaient, sans doute, de ce côté, l'extrême limite de la république pérugine. Avec son territoire restreint, Gittà délia Pieve avait une certaine importance. Soumise directement au Saint-Siège, cette place forte surveillait la frontière siennoise. Aussi, l'ambassadeur que Pérouse envoyait, le 3 juillet 1432, au pape, devait attirer sur ce point, son attention : « Que Sa Sainteté tienne la forteresse de » Castello délia Pieve bien munie et bien gardée, que l'on en ait » grand soin, parce que les Siennois feront tout leur possible » pour la prendre (1). »

Si les Pérugins montraient une telle sollicitude pour Gittà délia Pieve, c'est que le voisinage du pape leur était agréable ; ils redoutaient de voir s'établir à côté d'eux, soit un Etat étranger et rival comme celui de Sienne, soit un seigneur hardi, dont les entreprises pourraient leur nuire. Nous en trouvons une nouvelle preuve dans les instructions données, le 14 mai 1431, aux ambassadeurs qu'ils envoyaient au pape nouvellement élu, pour lui prêter obédience. Dans" une circonstance aussi solennelle, Jacques Ranerii et Baglione Baglioni devaient faire à Eugène IV les demandes qui tenaient le plus à cœur à leurs concitoyens ; or, voici l'un des points de leurs instructions : « Que jamais, et à aucun titre, la cité d'Assise et la terre de Città délia Pieve ne soient données à personne en vicariats; mais qu'elles restent sous le gouvernement immédiat de la sainte Eglise romaine (2). » Evidemment, la sainte Eglise causait moins de peur aux bourgeois de Pérouse que des condottieri tels que Fortebraccio , seigneur de Montone, ou François Sforza, le vicaire temporel de Todi.

Après Gittà délia Pieve, c'était le comté d'Orvieto qui touchait pérouse à celui de Pérouse. Passant entre Piegaro et Montegabbione, Gampignano et Pian Salto, Gerqueto et Rotecastello , la frontière commune allait retrouver, à travers les montagnes, la vallée du Tibre et le territoire de Todi. Limitrophe d'Orvieto , Pérouse exerçait une sorte de protectorat sur cette ville et sur son comté. Les Aimali decemvirali de 1434-1435 nous en donnent plusieurs preuves. Graignant de voir leur patrie envahie par François Sforza, qui campait à Montefiascone, les conservateurs et l'évêque d'Orvieto demandaient des secours à Pérouse, et, dans le conseil du 14 juin 1434, par 37 voix contre 2, les Pérugins leur envoyaient

(1) Arch. de Pérouse, Annali decemvirali, 1432, fol. 90.

(2) Ibid., Ann. dec, 1432, fol. 225.

et Orvieto.

cinquante fantassins (1), le 8 juillet suivant ; bientôt, c'étaient des vivres qu'ils envoyaient dans le même comté , à Fichino (2). Pourquoi lui témoignaient-ils tant de sollicitude? Ils le disent eux-mêmes, quand ils envoient des secours à Fichino : « Etant donnée la situation de ce pays, sa conservation importe beaucoup au salut de notre comté (3) ; et Dieu nous garde que, par le défaut de vivres, dont il souffre, il tombe jamais entre les mains de personnes qui détestent la constitution de notre Etat. » C'est pour la même raison que nous les avons vus veiller sur Gittà délia Pieve : la liberté de leurs voisins était la garantie de leur propre indépendance. D'ailleurs, il y avait alliance entre les Baglioni, qui dirigeaient, en 1 435 , Pérou se, et les Monaldeschi , alors tout-puissan ts à Orvieto. Le 3 mars , Pérouse envoyait, en effet, une ambassade au pape, pour lui recommander la ville et le comté d'Orvieto, a l'Etat actuel et monseigneur l'évêque , » c'est-à-dire la faction régnante des Monaldeschi (4); lorsque le 14 juin 1434, les Pérugins avaient décidé de fournir des fantassins à leurs voisins, ils l'avaient fait sur les vives instances des conservateurs d'Orvieto et de l'évêque François Monaldeschi (5).

Sur le cours du Tibre, la république municipale de Pérouse touchait au comté de Todi , et comme ce comté était possédé par le grand condottiere du temps, François Sforza, les Pérugins se tenaient à son égard sur une prudente réserve. Il n'en était pas de môme dans le val Toppino, avec la commune entreprenante de Foligno. La ville de Pérouse avait étendu son comté dans cette importante vallée qui sert de trait d'union au Tibre et ta la Nera, à rOmbrie et au duché de Spolète. Ses progrès avaient été pénibles, car elle avait dû lutter contre sa rivale, Assise; les chroniqueurs de Graziani nous font assister aux différentes péripéties

(1) Ibid., Ann. dec, 1434, fol. 61.

(2) Ibid., Ann. dec, 1434, fol. 87.

(3) Ibid. : « Cum castrum Fichini de comitatu Urbisveteris, quod nunc tenetur pro magnifico domino et capitaneo, Nicolao de Fortebracciis, si diligcnter conservetur, considerato loco ubi situm est, cedit ad salutem et tutelam comitatus Perusii ; et absit ne defectu victualium, quibus nunc nialefulcitus dicitur, perderetur etveniret ad manus eorum quibus odio est presens status communis Perusii. »

(4) Ibid.^ Ann. dec, 1435, fol. 29 :« Cioe qucllo stato o messer lovescovo. »

(5) Ibid., Ann. dec, 1434, p. Gl : « Cum pro parte magnifîcorum dominorum conservatorum pacis Urbevetano populo presidentium, et Reverendi in Christo patris et domini, domini F. de Monaldeschis, episcopi Urbevetani, rcscriptum fuerit pluries et instantissime... «

PÉROUSK ET FOLIfiNO. 17')

de ce duel pendant le grand schisme. Vers 1431, Pérouse l'avait emporté.

Nous avons peu do documents sur l'histoire d'Assise au quin- Assise. zième siècle. Les archives de cette ville présentent de graves lacunes; elles nous fournissent cependant un acte de la plus grande importance; ce sont les statuts municipaux qui ont été promulgués, en 1469, sous le pontificat de Paul II. Sans doute, ils sont postérieurs de plus de trente ans, aux premières années d'Eugène IV; cependant, nous avons le droit de nous en servir pour la question et l'époque qui nous occupent. En effet, ils n'ont pas été créés de toute pièce; ils ne sont qu'une revision de statuts antérieurs (1). D'ailleurs, de 1431 à 1469, l'état d'Assise a été tranquille et la ville n'a dû subir que de faibles modifications. Nous pouvons donc admettre que, sauf pour quelques détails, le comté d'Assise devait être, on 1431, tel que nous le décrivent les statuts de 1469. Or, à l'article 201, ils nous donnent l'énumération des villages qui le composent. Il y est question du fameux pardon d'Assise, ce grand concours de pèlerins du monde entier, qui se portaient, chaque ann^e, au sanctuaire de la Portioncule, pour y gagner, du 31 juillet au 2 août, les grandes indulgences. Ces fêtes religieuses coïncidaient avec des foires franches, qui se tenaient du 29 juillet au 17 août, dans la plaine de Sainte-Marie des Anges. Pour maintenir l'ordre dans ces masses, la commune prenait à sa solde soixante fantassins, et l'article 201 des statuts fixait de quelle manière la ville devait contribuer à cette dépense, et quelle part devait y prendre chaque village du comté. Nous avons ainsi la liste des villages qui dépendaient d'Assise ; la voici :

Armenzanum lib. den. 9 Castrum More lib. den. 15

Portianum — lo Valfabrica ~ 25

Paradisum — 9 Podium Buchaconi . . |

Plebs j Plebs S. Tecchie. . ~ ^

Paganzanum . . . . ) Rocchecciola — I7sol.l0

CollipoQum — 3 Monsviridis lo

Turris Becli.. .... — 12 Turris Berardi 2

Bivilium — 6 Castrum novum. . . . ^g

Podium Morici — 8 Petregnanum 18

Castrum Costani.. . . — lOsol.lO Castrum S. Gregorii. . — 21

(1) Arch. d'Assise. Statut d'Assise : « Infrascripta sunt statuta et ordinamenta facta, décréta, et ordinata, composita, et reoisa et correcta, et in hoc volumine redacta et compilata. »

180 l'état pontifical après le grand schismr.

Podium prioris. . . . lib. den. 14 Castnira Sterpeti.. . . lib. den. 10

Palatium filiorum Cam- Turris Andrée — 20

bii — 35 -Castrum — ?

Ainsi composé, le comté d'Assise s'étendait surtout au nord de la ville, dans le massif montagneux du Subasio, qui la sépare des Marches et du versant de l'Adriatique, pérouse et Assise. Dq côté d'Assiso, Pérouso dépassait la vallée du Tibre, dont elle possédait un passage important, le Ponte Valle Geppi. Un petit affluent du Toppino, le Chiascio , servait de limite aux deux comtés : à l'ouest de cette rivière, Givitella d'Arno appartenait à Pérouse; à l'est, S. Gregorio et Sterpeto étaient sur le territoire d'Assise. Toutefois, la commune de Pérouse ou plutôt l'illustre famille pérugine des Baglioni, empiétait de plus en plus, sur le diocèse d'Assise', et étendait son territoire au delà du Ghiascio. Le 14 mai 1431, Jacques Ranerii, Polidoro et Baglione Baglioni étaient envoyés en ambassade au nouveau pape, Eugène IV; or, voici le seizième point de leurs instructions : « Attendu que Bastia, situé entre Pérouse et Assise, a été le plus souvent au pouvoir des Pérugins, et appartenu soit à la commune, soit à quelques-uns de ses citoyens, et qu'il a été construit par la cité, nous supplions Sa Sainteté de l'accorder avec son moulin, ses maisons, ses dépendances, etc., à notre magnifique concitoyen Malatesta Baglioni ; car, pendant la vacance du Siège apostolique, après la mort du pape Martin, les habitants de ce village, unanimement et d'un commun accord, se sont placés sous la protection dudit Malatesta, et, dans l'intérêt de leur sécurité, l'ont choisi pour gouverneur au nom de la sainte Eglise romaine (1). » Le pape accéda à cette demande; car le livre des Introitus et exitus, de la Ghambre apostolique, désigne Malatesta comme le vicaire général de Bastia, et indique le cens d'un lévrier, qu'il acquitta pour ce pays, le jour de la fête des SS. Apôtres 1432 (2). Or, Bastia, avant-poste des Pérugins vers Assise, ne se trouve qu'à trois kilomètres d'Assise. Dans le même livre des Introitus et exitus et à la même date, Malatesta est mentionné comme vicaire général de Gannara, sur le Topino (3). Enfin, le

(1) Arch de Péronse, Ann. clec, 1431, fol. 92 v°.

(2) Arch. du Vatic, lyitroitus et exilus, n» 390, p. 19 : « Malatesta de Balionibus, domicellus Perusinus ac in casiro Bestie, Assisinatis diocesis, vicarius, pro censu dicti castri, solvi fecit per manus Laurencii Merci de Perusio, unum leporarium. »

(3) Ibid.

pÉROL'si: i:t folk; no. 181

4 décembre 1435, le pape lui conférait encore le gouvernement de Collemancio (1), et ainsi, grâce aux Baglioni, le comté de Poreuse enserrait, au sud, par le Valtopino, le territoire d'Assise, comme il le faisait, à l'est, par le castrum de Bastia.

Un document des archives municipales d'Assise peut nous donner une idée assez exacte de l'importance que pouvait avoir ce comté, au quinzième siècle; c'est le livre des comptes de l'année 1 467. En additionnant les différentes ressources financières qui s'y trouvent énumérées, Ton voit que les revenus annuels de la ville et du comté ne dépassaient pas 1,680 florins; c'étaient, alors, les rentes d'un évcché de France de moyenne importance. Voici un nouveau détail, qui peut encore nous fixer sur ce point : au mois d'août 1433, pour combattre Nicolas délia Stella, le cardinal camérier fit des levées d'hommes sur certaines villes et sur certains seigneurs de l'Etat pontifical. Le contingent d'Assise fut fixé au chiffre de 150 fantassins; or, à elle seule, la ville de Rieti en Sabine devait en fournir 300. Il était donc passé le temps où Assise pouvait tenir tête à Pérouse; pour se garder de sa puissante voisine, elle n'avait qu'à se montrer fidèle à l'Eglise et au vicelégat d'Ombrie, qui résidait dans ses murs.

Resserré entre Assise et Foligno, le territoire de Spello avait gpeno. une très petite étendue. Cette ville n'avait pas rang de cité : comme Borgo San Sepolcro, elle était le chef-lieu d'une terre. Placée sous la dépendance immédiate du Saint-Siège, elle n'exerçait pas de juridiction sur les pays environnants (2).

Pour trouver, en Ombrie, une ville qui pût rivaliser d'impor- Foiigno. tance avec Pérouse, il fallait arriver jusqu'à Foligno. Située au milieu d'une plaine que Blondus citait comme la plus vaste et la plus riche de l'Ombrie (3), cette ville était très prospère. Un seul chiffre sufîit à le prouver : en moins de quatre mois, du 20 mai au 14 septembre 14'^0, les recettes municipales avaient atteint 5,082 florins (4); ce qui suppose un revenu annuel d'environ 18,000 florins. Quelle figure pouvait donc faire, à côté de Foligno, la ville d'Assise, avec son petit budget de 1,680 florins?

(1) Arch. du Vatic, Reg. 374, fol. 4 v°.

(2) Une bulle pontificale du 2 octobre 1438 appelle cette commune terra noslra Spelli. (Arch. du Vatic, Reg. 367, fol. 120.)

(3) Blondus, 7/ah'a illust., p. 115 : « Prcsso Fuligno v'ha una campagna, la piu ampia e la piu amena di lutta l'Umbria. »

(4) Arch. de Foligno : « Surama summarura omnium istarum intratarum, ad manus Nicolai de S. Heurochio casserio, etc., a die 20 maii proxime clapsi 1440, usque in présentera diem 14 septembris 1440... 5082 flor. »

Nous pouvons nous rendre un compte exact de l'étendue qu'avait le comté de Foligno; car les archives de cette ville nous donnent la liste de tous les châtelains, qu'envoyait le conseil de la cité dans les villages, placés sous sa dépendance. Pendant longtemps, ce comté avait formé une sorte de république municipale, très florissante, au quatorzième siècle, comme nous le témoignent les statuts de cette époque. Au quinzième siècle, elle s'était transformée en vicariat, grâce à la prépondérance, de plus en plus grande, de l'une de ses familles, les Trinci, qui avaient confisqué à leur profit l'autorité, transformé en tyrannie l'ancien gouvernement républicain et fait sanctionner par le Saint-Siège leur usurpation, en obtenant à plusieurs reprises, des papes, le titre de vicaires temporels (I). En 1431, c'était Conrad Trinci qui détenait le pouvoir et, avec lui, Foligno allait tellement étendre son territoire qu'elle allait exciter les craintes des petites cités voisines, et qu'une grande rivalité allait éclater entre elle et Pérouse. Conrad Tiinci, Cc fut Noccra, au nord du comté, sur le cours supérieur du

Nocera •' ' '

et Pérouse. Topiuo, qui fut l'objet des premières entreprises de ce terrible capitaine. Cette ville avait appartenu, autrefois, à sa famille et même, elle avait été le théâtre, en 1421, d'une sanglante tragédie : scr Pietro da Rasiglia, châtelain de Nocera, au nom des Trinci, avait tué par trahison Nicolas et Barthélémy Trinci, qu'il avait invités à une partie de chasse (2). Dans les premiers mois de 1432, Conrad se rendit à Rome pour obtenir, du nouveau pape, la confirmation des droits de sa famille sur Nocera et, de retour à Foligno, il réunissait, le 25 mars 1432, dans la salle des empereurs de son palais, le conseil de la commune, pour lui faire cette importante communication (3) :

« Sa Sainteté EugènelV, sachant que le magnifique sire Conrad avait été dépouillé, contre toute justice, d'une partie de ses états, . reconnaissant la fidélité de ses prédécesseurs et de la commune, et les droits qu'a ledit magnifique seigneur sur la cité et le district de Nocera, lui en a de nouveau concédé le gouvernement, par bulles authentiques présentées audit conseil (4). »

Les habitants de Nocera ne reçurent pas cette nouvelle sans un profond déplaisir, et ils confièrent leur cause à Pérouse, la puissante rivale de Foligno. Bientôt, Trevi, Montefalco et les autres

(1) Arcli. de Pérouse, Aiin. dec, 1432, p. 53.

(2) Ibid., 1433, p. 272.

(3) Ibid., 1433, p. 281, 284, 290, 301; 1434, p. 33, 61, 62, 63, 131, etc.

(4) Ibid., 1433, p. 29.

PÉROUSE ET FOLir,NO. 183

villes de l'Ombrie qui se sentaient menacées par l'ambition de Trinci, imitèrent cet exemple; aussi, dès le 12 avril 1432, les Pérugins décidaient-ils l'envoi, au Saint-Père, d'une ambassade, sous la conduite de Ives de Goppolis, pour défendre, contre les envahissements deFoligno, les intérêts des petites cités ombriennes. « Attendu, disent-ils, dans l'article premier de leurs instructions (I), que Nocera nous a adressé des ambassadeurs pour se plaindre et se lamenter que Sa Sainteté ait accordé leur ville à Conrad Trinci, attendu que des envoyés de la terre de Trevi et de Montefalco sont venus à Pérouse, nous dire qu'ils craignaient le même sort, il nous semble nécessaire que Sa Sainteté permette aux prieurs de donner aux hommes de ces terres l'assurance que, tant qu'ils resteront dévoués à l'Eglise, pareille concession n'aura pas lieu. »

Les craintes qu'exposaient aux Pérugins les ambassadeurs de Conrad Trinci,

Montefalco, n'étaient pas chimériques; on le vit bien l'année et°Pé?ou3e.

suivante. « Ces jours-ci, disent, à la date du 25 octobre 1433, les

Annali rf^cemuzra/f, de Pérouse (2), Montefalco a été attaqué par les

gens de Conrad Trinci, avec l'appui des troupes de Nicolas Forte-

braccio. Il est urgent que Sa Sainteté prenne toutes les mesures

nécessaires pour que, dans cette ville, il y ait assez de soldats

pour résister à quiconque voudrait l'occuper; car, si l'on s'en

emparait, malgré le pape, ce serait pour tout le pays un grand.

dommage et un grand scandale. » Profitant de la jalousie que

nourrissait Pérouse contre Foligno, les gens de Montefalco se

mettaient sous la protection des Pérugins. Le 10 novembre, ils

leur envoyaient une ambassade pour protester de leur dévouement

h l'Eglise et leur demander aide et protection. Pérouse entendit

l'appel ; car elle ne pouvait pas se désintéresser des tentatives de

Trinci ; et le 19 novembre, elle envoyait, d'urgence, 30 fantassins

à la défense de Montefalco; le 13 décembre, elle prenait, à sa

solde, l'illustre condottiere Nicolas Piccinino et 500 cavaliers.

L'entretien de ces troupes l'obligeaient à de grands sacrifices

d'argent, puisque nous relevons, dans les actes municipaux, un

versement de 500 florins à Piccinino, le 5 juin 1434; un autre

de 4000 florins, le 14 juin ; enfin, le surlendemain, un troisième

de 2000; et, cependant, elle avait tellement à cœur d'arrêter les

entreprises de Foligno, que, tout en conservant à sa solde les

troupes de Piccinino, par un acte solennel du 15 avril 1434, elle

(1) Arch. de Pérouse. Annali Decemvirali, 12 avril 1432.

(2) Ibid., 25 octobre 1433.

en prenait d'autres à son service. Le 14 juin, le conseil autorisait les prieurs à engager 30 nouveaux fantassins; le 18, il votait 405 florins pour payer les 4 condottieri qui défendaient Montefalco, à la tête de 90 hommes. En même temps, Pcrouse négociait. Le 28 septembre, elle envoyait Oddo Gon-i à Conrad Trinci, pour lui porter les doléances des gens de Montefalco et prendre auprès de lui, leur défense. Elle les protégeait, aussi, auprès du pape : l'ambassade qu'elle envoyait à Rome, le 3 mars 1434 (I), devait recommander à Eugène IV la ville de Montefalco. La ténacité dont elle fit preuve contre Foligno, lui donna le succès; elle réussit à arrêter les empiétements do Trinci, à sauvegarder, contre ses entreprises, l'indépendance des petites communes, et à établir, ainsi, sa prépondérance en Ombrie.

Un acte solennel (2) du 8 septembre 1435, détermine les limites du vicariat des Trinci et, par là, tranche par un compromis, le différend entre Pérouse et Foligno. C'est l'accord qui fut signé dans le couvent de Sainte-Marie-Nouvelle de Florence, en présence de Cosme de Médicis, entre le cardinal camérier, au nom du pape et, d'autre part, l'abbé de Sassovivo et François Bancuccio de Elmis, au nom de Conrad. Le Saint-Siège donnait en vicariat, cà Conrad, la ville de Foligno et ses dépendances, ainsi que Castagnola, Linusano et Castrobuono, que possédaient les Trinci à la mort de Martin V. Il lui confirmait la possession de Nocera avec son district et son comté, et Vallopino qui était nécessaire pour les relier. Mais, si Conrad étendait ainsi ses domaines vers le nord, du côté des Apennins, il reculait partout ailleurs : il devait rendre à Spolète Orsano et Camuro, villages qui ne sont cependant qu'à quelques milles de Foligno. Le recul était encore plus sensible à l'ouest, du côté de Pérouse : Trinci devait rendre tous les territoires qui n'étaient pas compris dans la concession pontificale, et, par conséquent, tout ce qu'il occupait dans les districts de Bevagna et de Montefalco. D'ailleurs, la convention est encore plus précise : dans l'article 6, elle spécifie qu'il devra remettre entre les mains d'Alberti, gouverneur de Pérouse, les villages de Giano, Montecchio, Tor Sinigno et Aquafranca. Ainsi, grâce à l'énergie des Pérugins, Conrad Trinci devait renoncer au massif montagneux qui se dresse entre les vallées du Tibre et

(1) Voir, sur toutes ces questions, les Annali decemvirali de Pérouse, à ces diverses dates.

(2) Cet acte est h la fois transcrit dans les Registres du Vatican (Reg, 366, fol. 89 v°) et dans les Caraeralia (Cam., 24, fol. 10 v°).

du Topino, et se contenter des comtés de Foligno et de Nocera; l'indépendance des petites villes de Bevagna et de Montefalco était sauvegardée, et Pérouse, un instant menacée par les Trinci, demeurait la métropole de l'Ombrie.

Les Trinci, il est vrai, avaient étendu d'un autre côté leur Les Trinci

et 1 abbaye de

influence : à l'exemple des Orsini, qui cherchaient de plus en sassovivo. plus à faire un fief de famille de l'abbaye de Farfa, en Sabine, ils avaient essayé de mettre^ la main sur le monastère do Sainte- Croix de Sassovivo. Situé dans le massif montagneux qui limite, au nord-est, la plaine de Foligno, ce couvent avait été l'un des plus puissants de l'Ombrie; il avait de nombreuses possessions, à Orte,et le titre cardinalice des Saints-Quatre-Gouronnés, à Rome, lui appartenait. Pour se faire une idée do l'importance de ses domaines et du rôle qu'il a joué dès le onzième siècle, on n'a qu'cà parcourir ses riches archives, conservées aujourd'hui à l'archevêché de Spolète (1). Or, sous Eugène IV, c'était un Trinci qui était abbé de Sassovivo : « abbas Saxivivi, qui abbas erat de domo Trincia ^ » dit en 1439, dans sa chronique, Thomas Martano (2). Evidemment, les biens de l'abbaye servaient à rehausser l'influence des Trinci. Ainsi, ils s'étaient progressivement élevés, au commencement du quinzième siècle. Autour de leur ville, Foligno, ils s'étaient créé une vraie principauté féodale. Cet excès de puissance devait causer leur ruine : elle porta ombrage à la papauté, et le cardinal Vitelleschi, le terrible vainqueur des préfets de Vico et des Colon na, réussit à l'abattre, en 1439, et à replacer Foligno et son comté sous la juridiction immédiate du Saint-Siège.

(1) Nous avons dû à l'extrême bienveillance de S. G. Mfl' Pagliari, archevêque de Spolèto et abbé commendataire de Sassovivo, de pouvoir les consulter en toute liberté. Qu'il veuille bien agréer l'expression de notre respectueuse reconnaissance.

(2) Sansi, Documenti storici inediti^ parte I et II, p. 291.

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