‹ L'état pontifical après le grand schisme;Chapitre 37 sur 50 · LE DUCHÉ DE SPOLÈTE · texte numérisé non relu

LE DUCHÉ DE SPOLÈTE

le 19 juillet 1439, Vitelleschi nomme un commissaire apostolique dans certaines cités et certaines terres specialis commissionis de rOmbrie, et parmi ces derniers est mentionné le Val d'Arrone (1). Le même document nous mentionne l'acquisition et la perte de Coccorono : « En 1180, » dit-il, « Coccoronum se donna à Spolète; c'est maintenant une place forte de Montefalco (2). »

La célèbre abbaye de Ferentillo lui avait aussi échappé. Le ^® ^°°Qf\f ® '^^ domaine de ce monastère occupait une grande partie du massif montagneux, qui sépare la vallée de la Maroggia de celle de la Nera ; il tirait une certaine importance de la route qui, partant de Spolète, le traversait, pour aller rejoindre Monteleone, Gascia et les Abruzzes (3) ; d'après Blondus, il comprenait huit villages. En 1190, celte abbaye avait été donnée avec tous ses domaines, cum omnibus castris, au duché de Spolète par Transericus , abbé de Saint-Pierre (4); mais, en 1303, Boniface VIII, l'unissait au chapitre de Saint-Jean de Latran , au temporel comme au spirituel, puisque, en même temps qu'il attribuait aux chanoines de Saint-Jean les paroisses et les églises de l'abbaye, il leur en donnait aussi les propriétés (ecclesias et capellas seculares^ castra, villas, terras, vassallos... omne merum et mistum irri' perium... conferimus et donamus) (5). La commune de Spolète essaya de profiter des troubles du schisme pour reprendre les biens de l'abbaye à Saint-Jean de Latran; mais, en 1405, intervint une bulle d'Innocent VII, confirmant celle de Boniface VIII, et ordonnant aux gens de Spolète de rendre au chapitre du Latran, les domaines qu'ils avaient usurpés sur Ferentillo (6). Il est certain qu'en 1439, le territoire de Ferentillo était complètement indépendant de Spolète : réuni à Saint-Jean de Latran, il était sous la protection directe de Saint-Pierre et formait une circonscription à part, comme le presidatus Farfensis. C'était une ievre specialis commissionis ; le 19 juillet, Vitelleschi nomme un

(1) Arch. de Terni, Riforme à la date du 19 juillet 1439. (■2) Saiisi, op. cit., p. 49: « Anno Domini MCLXXX, Coccoronum, quod hodie est oppidum Montisfalchi, ultro sese Spoletanis dédit. »

(3) Blondus, Italia illusl., p. 117 : « Schizzino, terra sei miglia da Spoleti lontana, dove e un ponte subliceo sul fiume Nare, per lo quale si passa da Spoleti a Monteleone, Cassia e Leonessa, terre che qui sono, et a circa otto castella del monasterio Ferentile. »

(4) Sansi, op. cit., p. 49 : « Anno Domini MCXC, tempore Conradi, ducis Spoletani, Transericus, abbas S. Pétri, Spoletinis abbatiam Ferentili cum omnibus castris concessit. »

(5) Sansi, op. cit., p. 374, Archives de Saint-Jean-de-Latran, A. II, 115.

(6) Arch. de Saint-Jean-de-Latran, V, II, 30.

Le

comté de Spolèle.

polèteetNorcia.

commissaire apostolique dans certaines cités de l'Ombrie et locis specialis commission i s Vallis Narci, Vallis Arronis et abbatie Ferentilli ac Sabini (1).

Malgré ces pertes, le comté de Spolète occupait un territoire assez important entre les cités de Todi, Terni, Foligno et les frontières de l'Etat pontifical vers les Abruzzes. Le cours du Glitumne appartenait à Spolète, ainsi que le massif montagneux qui la séparait de la Nera. C'est au milieu de ces collines que se dressaient Orsano et Camuro, les pays que Conrad Trinci avait dû rendre à Spolète. Nous n'avons pas l'énumération complète des pays qui occupaient la vallée ; nos documents ne nous en signalent que quelques-uns. Les communes de Campello et de Pisignano appartenaient à Spolète; un acte caméral du 12 février 1435 nous le prouve. Alléguant les dommages qu'ils avaient subis dans la dernière guerre, à cause de leur fidélité au Saint- Siège, ces deux pays avaient obtenu du pape une exemption d'impôts pour quatre ans; aussi, le camérier fait-il défense aux prieurs de Spolète de lever, pendant cette période, n'importe quelle redevance sur ces pays ; le cens de leur cité était diminué d'autant. Cet acte ne nous permet pas de nier que ces deux communes n'aient fait partie du district de Spolète ; d'ailleurs, notre document nous le dit textuellement (communitatis castrorum Campetli et Pisignaniy Spoletani disirictus) (2) ; les seigneurs de Campello étaient citoyens de Spolète, et, dès le treizième siècle, ils y possédaient une résidence fortifiée sur la place Saint-Simon, là où se dresse encore aujourd'hui le palais de leurs descendants (3).

D'un autre côté, la commune avait étendu son territoire sur le cours supérieur de la Nera. Dans ses Commentaires ^ Martano nous dit que Vallo en faisait partie ; il l'appelle Vallum nostriim (4). Par là, l'on arrivait, au nord, jusqu'à Cerreto ; mais cette position importante lui était disputée par les gens de Norcia. Une de leurs tentatives les plus hardies eut lieu en 1436. a Ces fils d'iniquité, » dit une bulle pontificale du 13 août 1436 (5), « ont envahi, les armes à la main, notre terre de Cerreto, en ont emporté une grande quantité de butin, et y ont fait

(1) Arch. de Terni, Riforme à la date du 19 juillet 1439.

(2) Arch. du Vatic, Camer., n" 19, fol. 60 V.

(3) Voir le très intéressant ouvrage II Cdstello di Campello (Rome Lœscher, 1889), que le comte Paul Campello délia Spina a consacré à l'histoire de ses ancêtres.

(4) Sansi, op. cit., p. 179.

(5) Arch. du Vatic, Reg. 366, fol. 249.

LE DUCHÉ DK SPOLÈTK. 189

beaucoup de prisonniers; ils gardent encore en captivité un certain nombre de fidèles sujets de rp]glise. » Apres avoir ainsi exposé ses griefs, le pape prend contre eux une série de mesures répressives : Jean Gocchia, son familier, devra parcourir les territoires de Pérouse , Foligno , Assise , Spolète , Ancone , Ascoli , Cascia, Monte Santo, et, en général, tous les pays voisins, pour mettre en prison tous les Nursins que l'on pourra saisir, et confisquer leurs biens et marchandises. D'ailleurs , mal en prit aux gens de Norcia. Martano nous raconte, avec une joie féroce, l'horrible défaite que leur infligea l'armée de Spolète : « Cette année-là, » dit-il (1), « au mois de mai, les paysans de Norcia vinrent mettre le siège devant notre castrum de Gerreto ; ce qui leur inspira cette audace , ce fut l'état de désolation où se trouvait Spolète. François Sforza nous permit d'aller, avec Perbrunorio , au secours de Gerreto; aussi, des soldats de Norcia, les uns furent passés au fil de l'épée, les autres noyés dans la Nera ; les morts dépassèrent le nombre de douze cents; nos Spolétins leur prirent leur drapeau et le déchirèrent outrageusement, en le traînant par terre jusqu'à notre castrum de Vallo Vallisnarci. C'est ainsi que , par ce grand massacre, Gerreto fut délivré. Tous les Nursins, qui furent noyés dans la Nera, ne trouvèrent de sépulture que dans les entrailles des chiens, des loups et des autres fauves. Vous pouvez en croire un témoin oculaire : les cadavres restèrent dans la rivière plus de six mois. » Après ce récit, où s'exhale le sombre patriotisme des villes italiennes du moyen âge, l'on comprend cette parole de Blondus : « Les gens de Spolète et ceux de Norcia se tuaient comme des chiens (2). » Pillé tour à tour par Norcia et par Spolète , le pays de Gerreto était complètement ruiné. Ses habitants étaient tous des mendiants, et ils allaient dans toute l'Italie, et même en Europe, exercer cette profession , l'une des plus sûres dans ces temps troublés. Si nous en croyons Blondus (3), le pape dut mettre un terme à ces expéditions de mendicité, en défendant aux Gerretains de passer plus d'un mois hors de leur pays. Il était plus facile d'interdire cet abus que de faire cesser les raisons qui l'avaient causé !

La commune de Norcia occupait le versant méridional des

(1) Sansi, op. cit., p. 178 et 179.

(2) Blondus, Italia illust., p. 117 : « Quelli di Norcia e quelli di Spoleto si sono nei giorni a dietro, occisi corne cani. »

(.3) Ibid., p. 116.

Norcia.

monts de la Sibille, le cours supérieur de la Nera et de ses vallées tributaires jusqu'à Gerreto (1). Quoique simple terra du diocèse de Spolète, elle pouvait rivaliser avec la cité voisine et elle s'enorgueillissait non pas tant d'être la patrie de saint Benoît que de commander d'importants passages et de posséder de grandes richesses; ses vallées bien arrosées et fertiles en faisaient un riche pays. Aussi exerçait-elle une certaine suprématie sur les terres voisines de Gascia, de Monte-Sauto et de Yisso. Ses habitants accentuaient de plus en plus leurs tendances démocratiques : Blondus nous dit qu'ils se distinguaient par leur liberté, entre tous les peuples de l'Italie (2). Nous le voyons encore mieux dans une bulle adressée, le 8 novembre 1436, par Eugène IV, aux prieurs de Norcia. « La commune, » dit-il, « a joui depuis longtemps d'un régime démocratique (publico et populari regimine)^ mais maintenant, elle est la proie d'une poignée de gens de basse condition qui se succèdent les uns aux autres dans le priorat. » Pour combattre cette oligarchie démagogique, le pape ordonne que dans la boîte d'où Ton tirera au sort, selon l'usage, les noms des magistrats, pour une période de huit ans, on mette ceux des docteurs, des notaires et des citoyens les plus imposés, que la basse classe avait exclus du gouvernement (3). Ge qui augmentait encore l'importance de Norcia, c'est que par son territoire on passait, à travers l'Apennin, du bassin de la Méditerranée dans celui de l'Adriatique, de l'Ombrie dans les Marches.

(1) Blondus, Italia illusl , p. 117 : « Sette miglia longe di Cassia, tra i monti ardui , perô di belle valli et ample et amené distinti, e Nursia c'hoggi chiamamo Norcia. »

(2) Ibid. : « Norcia e famosa e notissima per la sua liberlâ. »

(3) Arch. du Vatic, Reg. 366, fol. 184 v" : « Cum fidedigna et veridica relatione intelleximus terram nostram Nursie non publico et populari regimine, ut dudum fuerat consueta, ad nostram et Romane Ecclesie obedientiam devotionemque, régi et gubernari, sed a quibusdam paucis et parve condicionis hominibus tirannice teneri, et per variatas fréquenter inter ipsos vices, quasi continuato prioratus magistratu occupari... (mandamus quatenus) imbussulationem priorum, pro octo annis futuris, faciatis, in qua positi sint omnes Nursini doctores, notarii. raercatores, cives et comitativi gravaminibus, impositionibus et expensis terre communicantes. »

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