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LA MARCHE D ANC ONE

Sur la Marche d'Ancône et les Romagnes, nous sommes moins bien renseigné que sur les autres provinces de l'Etat pontifical. Il ne nous a pas été donné d'en parcourir toutes les villes pour y fouiller les archives et les bibliothèques; c'est à peine si nous avons pu nous arrêter à Macerata, Osimo, Ancône, Recanati, Fano, Sinigaglia, Pesaro, Urbin et Rimini ; et encore, plusieurs de ces visites nous réservaient-elles des déceptions! Beaucoup d'archives capitulaires ont disparu dans des incendies, comme celles de Macerata et de Recanati ; et dans les communes, beaucoup de fonds ont été dispersés ou détruits, à la suite d'un long abandon. C'est ainsi que la mairie de Recanati ne renferme que très peu de documents sur le quatorzième siècle et la première moitié du quinzième, et que, malgré sa qualité de capitale des Marches, la ville d'Ancône n'a presque pas de documents antérieurs au milieu du quinzième siècle. Peu de villes ont eu la bonne fortune d'avoir un érudit tel que Mgr Zonghi, qui, avant d'être évêque de San Severino, s'était consacré au classement des archives communales de lesi, Osimo et Fano. Enfin, à Rome, les archives du Saint-Siège nous donnent, pour ces pays, moins de renseignements que pour les autres régions des Etats pontificaux, soit parce qu'ils étaient plus éloignés, soit parce que leurs gouverneurs avaient plus d'initiative et une compétence plus étendue que les autres. Quelle qu'en soit la raison, les re-

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gistres du Vatican ne font que de rares allusions aux Marches et aux Romagnes. Pour reconstituer la carte politique de ces provinces en 1431, nous n'avons que des documents épars : la tâche est difficile, mais non pas impossible.

Délimitations. La Marchc d'Aucôue correspondait à l'ancien Picenum. «Voici, » nous dit Blondus, « quelles en sont les limites : à l'ouest, l'Apenniii, qui la sépare du duché de Spolète ; au nord, le Foglia, que l'antiquité appelait Isaurus ; à l'est, la mer Adriatique, et au sud, le Tronto, qui passe à Ascoli (1). » La géographie de ces contrées est bien simple : une suite de chaînes parallèles se dirigent de l'Apennin à l'Adriatique, formant entre elles une série de vallées perpendiculaires à la mer et à la chaîne centrale. Traversées par des torrents impétueux, elles sont formées d'alluvions et couvertes, pour la plupart, de riches cultures. Séparées les unes des autres par les montagnes qui les enferment, et, encore plus, des autres provinces et de Rome, par la haute muraille des Apennins, elles ont joui d'une sorte d'autonomie ; c'étaient des cadres tout tracés poui- des principautés féodales. En effet, sur les hauts sommets des Apennins, se dressaient des châteaux forts qui finirent par soumettre les pays bas. Pour le comprendre, il suffit d'avoir visité la résidence des Montefeltre, le château d'LTrbin, se dressant à près de mille mètres, sur un roc escarpé, au milieu de montagnes abruptes, et surveillant au loin les vallées du Métaure et du Foglia, les pays de Pesaro et de Fano, placés, en quelque sorte, dans son rayon visuel. Aussi, de puissantes familles s'étaient établies dans les Marches et s'y étaient partagé les dépouilles de l'Eglise. Sans doute, au milieu du quatorzième siècle, le cardinal d^ Saint-Clément, Gilles Albornoz, leur avait fait rendre gorge; il avait, pied à pied, reconquis cette province au Saint-Siège , et c'est à bon droit que, dans une miniature célèbre, conservée aujourd'hui aux archives du Vatican , il s'était fait représenter offrant au pape Innocent VI, les clefs des villes qu'il lui rendait. Mais l'anarchie du schisme avait détruit l'œuvre du grand cardinal; les familles s'étaient relevées plus altières que jamais, et avaient obtenu de la papauté, sous forme de vicariats temporels, l'investiture de leurs usurpations : la féodalité était maîtresse du pays. Sans doute, quelques villes défendaient contre elles l'autonomie qu'à la longue le Saint-Siège leur avait reconnue : lesi, Ancône formaient de petites républiques municipales, mais

(1) Blondus, Italia illust., p. 122. Ce sont, encore de nos jours, les frontières des Marches.

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on ne saurait les comparer, sans exagération, aux communes de la Toscane et de TOmbrie; leur importance politique ne rappelait que, de loin, celle de Viterbe, d'Orvieto et surtout de Pérouse.

§ 1. — Les Monlefeltre d'Urbin.

La famille des Montefeltre avait fini par se créer une vraie principauté, au nord de la province, sur les confins dos Marches, de rOmbrie et des Romagnes ; établie surtout dans les Marches, elle avait empiété, de plus en plus, sur les autres provinces. G'c^t sans doute la misère de l'Eglise, pendant le grand schisme, qui força le pape Boniface IX à céder au condottiere, Guidantonio de Montefeltre, une partie de la Marche et de l'Ombrie. Peut-être était-ce pour s'acquitter envers lui; car, à plusieurs reprises, et en particulier dans sa lutte contre la ville rebelle de Pérouse (1388), il avait fait appel à ses services. Quelle qu'en soit la raison, il est certain qu'il lui conférait pour dix ans, Iti cité de Gubbio, en Ombrie, moyennant un cens annuel de 500 florins, à payer le jour de la fête des saints Apôtres; il était spécifié que, si le comte Guidantonio mourait, pendant le temps de son vicariat, son frère Galeotto ou, à défaut de son frère, l'un de ses fils lui succéderait. En môme temps, il lui faisait une donation encore plus importante : pour un cens de 800 florins, il lui abandonnait, pour douze ans, les cités d'Urbin et de Gagli, avec le territoire qui en dépendait. Dans son inventaire des bulles de vicariats, Michel Lonigo analyse ainsi cet acte : Urbinatina et S. Angeli papalis, alias CaiUensls, civitatcs, una cum castris Pillii^ Montisgriinani, Vallis S. Anaslasii, Sianis, }Ionlismadii, Montisfatogni, Montis Ceragnonis, MonUscopioU, Monllsbovaginis, Montislassorum, Ripalle, MnnlisUciani , Castrinovi , MontisgeUi, Romagnanl, Sarigani, Petragiitule, Pelre Mauri, BeLforlis, Vigliani, Fami, Fornaciani, Meiule, Bauci, Particule, Genis Scorpiani , Castri Fabonim , Montisalarum, Castellaris Peanule, Moniisroli, Montisbelli, Urbinatiney Feretrane, Castetlane et Fanensis diocesiam, in vicariatum Antonio de Monteferetro conceduntur (1). Après avoir obtenu tous ces domaines, Guidantonio de Montefeltre se préoccupa de faire prolonger la période pour laquelle ils lui avaient été accordés; bientôt après, en effet, le vicariat lui était prorogé, à lui et à sa famille, jusqu'à la troisième génération (2). Enfin, les comtes de

(1) Bibl. de Naples, IX, D. 5, p. 243. Cf. aussi Arch. du Vatic, arm. XXXV, n" 5, fol. 355.

(2) Bibl. de Naplos, IX, D. 5, p. 243.

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Montefeltre s'efforcèrent de se rendre de plus en plus indépendants, dans leurs terres. A la suite d'un accord avec le camérier du Saint-Siège, Guidantonio prit en quelque sorte la ferme des impôts de son vicariat (1) : moyennant le payement de 12,000 florins, et la promesse d'une rente annuelle de 3,000 florins , la Chambre apostolique lui abandonna, dans ses terres, la libre perception des tailles. Sous Eugène IV, il obtenait encore plus du pape, qui lui permettait de placer ses domaines sous la protection d'un gouvernement étranger, la république de Venise (2).

Le pontificat d'Eugène IV fit faire de nouveaux progrès à la puissance des Montefeltre : Oddo, fils et successeur de Guidantonio, ajoutait aux comtés d'Urbin, de Gagli et de Gubbio, la Massa Trabaria, Cette province, qui ne comprenait, à l'origine, que les trois paroisses (pievi) de Sestino, Belforte et Mercatello, avait été singulièrement agrandie, à la fin du treizième siècle (3). Possédée au quatorzième siècle par les Armanni et les Brancaleoni, elle était donnée en vicariat, aux Montefeltre, par Eugène IV. L.e pape abandonnait, en effet, à Oddo, les terres et les pays de S. Angelo in Vado, Mercatello, Camole, Torre Fornaciano, Metula, Bagna, Porticolo, Massa Vigiliano, Belforte et Torricella in provincia Masse Traharie (4). C'était sans doute le payement de services financiers rendus par la famille au Saint-Siège; car, dans une bulle du 7 mars 1436, le pape se reconnaissait débiteur de 4,00U florins d'or au comte de Montefeltre , gouverneur d'Urbin, et, comme il ne pouvait pas acquitter cette somme, il lui permettait de se payer sur le cens qu'il devait au Saint-Siège (5). Les Montefeltre avaient donc fait, dans les Marches, comme les Farnèse en Tuscie; prêtant à l'Eglise le concours de leurs armes et de leurs finances, ils s'étaient fait largement payer, et, vers 1435, au détriment des Brancaleoni, ils possédaient dans les Apennins, autour d'Urbin , leur résidence, une forte principauté aux villa -

(1) Ibid. : Instrumentum compositionis et concordie inite inter camerarium S. R. E. et procuratores Guidantonii , comitis Montisferetri , in quo dictus cornes solvere tenetur florenos XII" auri de caméra, et insuper, annis singulis, vivente Bonifacio papa IX, florenos similes 111°, et vice versa, camerarius eidem coiniti remisit talleas in vicariatu dicti comitis exigi solitas.»

(2) Ibid. : « Guidantonio conceditur ut possit submittere se et statum suum tutele et patrocinio Venetorum. »

(3) Voir Paul Fabre, Massa d'Arno, Massa di Bagno , Massa Trabaria, dans VArchivio délia Soc. romaiia di sloria patria, XVII, p. 10 et suiv.

(4) Bibl. de Naples, IX, D. 5, p. 243. Montefeltre possédait déjà plusieurs de ces pays, par exemple, Metula, Belforte, Porticolo.

(5) Arch. du Vatic, Reg. 36G, fol. 137.

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ges escarpés et inexpugnables qui dominaient à la fois, par Urbin, les vallées du Foglia et du Métaure, vers l'Adriatique, et par Gubbio, Cagli et la Massa Trabaria, la haute vallée du Tibre.

Ils ne s'en tinrent; pas là : ils essayèrent encore d'empiéter sur ciuà di casteiio. rOmbrie et les Romagnes. Dans les premiers mois de son pontificat, Eugène IV se plaint souvent des efforts que l'on fait, pour enlever Citttà di Casteiio à la juridiction immédiate de l'Eglise; le 15 juillet 1431, il écrit aux prieurs de cette cité pour les exhorter au courage et à la fidélité; il se félicite du zèle qu'ont montré les Florentins pour conserver au Saint-Siège la ville de Gittà di Casteiio (1). Quel était donc cet usurpateur dont les menées inquiétaient à ce point le pape? Une autre bulle du 17 mai 1432 nous apprend que c'était le comte de Montefeltre. A cette date, en effet, Eugène IV confirmait un accord qui avait été conclu, le 29 janvier précédent, entre le cardinal de Saint-Clémonl, camérier de l'Eglise, et Ser Luca de Serra, chancelier et procureur régulier du comte de Montefeltre, seigneur d'Urbin , et il en insérait le texte dans sa bulle. Il était stipulé (2) :

1° Le comte de Montefeltre rendrait au pape la ville et le comté de Città di Casteiio, sauf le casirum Cellis, auquel le pape renonçait formellement;

2° Le pape nommerait, dans ce comté, un commissaire provisoire pour en recevoir livraison et y prendre les premières mesures nécessaires; puis, un gouverneur, qui devrait être persona grala auprès de Guidantonio [comiti gratus) :

3** Douze jours après que le texte de la convention serait parvenu à Urbin, le comte devrait remettre au commissaire apostolique la ville de Città di Casteiio et toutes les terres qu'il occuperait dans le comté ;

4° Le pape accorderait au comte et à tous ses partisans, entière rémission des peines qu'ils pourraient avoir encourues, et les rétablirait dans tous les honneurs, dont ils avaient joui, sous Martin V;

5° Pour une nouvelle période de dix ans, le comte de Montefeltre serait confirmé dans la jouissance des terres et châteaux forts qu'il possédait, en dehors de son vicariat d'Urbin, sous Martin V, sans préjudice, toutefois, des sommes dues pour ces territoires à la Chambre apostolique;

(1) Arch. du Vatic, Reg. 370, fol. 18 V

(2) Ibid., reg. 37Î, fol. 59.

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G° Enfin, le pape prendrait sous sa protection, et sons celle de l'Eglise, le comte et ses terres, et défendrait ses partisans comme de loyaux serviteurs de l'Eglise,

(Suivent d'autres clauses beaucoup moins importantes).

Rien n'est plus clair que cet acte, surtout si on le rapproche de la lettre qu'adressait le pape aux habitants de Gittà di Castello, le 15 juillet 1431. Evidemment, au mois de mars 1431 , le seigneur d'Urbin avait voulu profiter de la vacance du siège apostolique, après la mort de Martin V, pour s'emparer de Gitttà di Castello, et, par suite, de la haute vallée du Tibre. Mais il avait été arrêté par la résistance des habitants, qui aimaient mieux le gouvernement pontifical, avec ses faiblesses, que la rude domination de l'entreprenant condottiere, leur voisin ; l'intervention des Florentins était venue compléter son échec. Cependant, le comté tirait quelques profits de son entreprise, puisqu'il devait agréer le gouverneur de cette ville, et que, d'autre part, il obtenait, pour une nouvelle période de dix ans, la confirmation de ses vicariats. Tout en perdant ce pays, il n'en restait pas moins tout-puissant dans la haute Ombrie et la vallée supérieure du Tibre, grâce à ses possessions de Cagli et de Gubbio , et à son droit d'agréer le gouverneur de Città di Castello.

Par d'autres usurpations, Guidantonio essayait, en même temps, d'étendre ses domaines du côté des Marches ; nous avons deux preuves de se^ hardies tentatives. C'est d'abord une lettre d'Eugène IV, datée du 28 novembre 1431 , adressée à Guidantonio de Montefeltre, comle d'Urbin (1). Le pape s'y plaint de l'immixtion abusive du comte dans les affaires de la terre de Sassoferrato, qui relève directement du Saint-Siège, et il lui fait défense absolue de s'en occuper encore. Une autre lettre pontificale dénonce do nouvelles usurpations du seigneur d'Urbin : Guidantonio voulait agrandir les domaines, déjà assez importants, qu'il possédait dans le diocèse de Fano ; son parent, l'abbé de Saint- Laurent in Gampo, était en procès , à la curie, avec les héritiers du comte de Montovecchio, pour la possession de Montesporto, dans le diocèse de Sinigaglia. A la demande de l'abbé, il ordonna à ses officiers de mettre sous séquestre certains biens que possédait l'autre partie dans les pays do Monte Vito et de Monterosi, au diocèse de Fano. Le pape lui donna l'ordre de les évacuer,

(1) Arch. du Vatic, Reg. 370, fol. 43 v° : « Intelleximus te factis terre nostre Saxiferrati indebito et irrationabiliter immisccre. »

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parce que, la cause n'étant pas encore jugée, restait toujours pendante en Cour de Rome (1).

Cependant, malgré ses échecs, Guidantonio comptait parmi les plus puissants seigneurs de l'Etat pontifical. Son successeur, Frédéric, a eu toute la gloire; il a pu symboliser la puissance et les goûts artistiques de sa famille en faisant construire ce fameux château d'Urbin, qui reste, de nos jours, l'une des merveilles de la Renaissance ; il a peuplé sa cour brillante d'artistes, de poètes et d'humanistes, qui ont célébré sa gloire et celle de sa maison. Mais s'il n'a pas été à l'honneur, Guidantonio a été à la peine : c'est vraiment lui, qui a créé la puissante et riche principauté des comtes de Montefeltre, seigneurs d'Urbin.

§ 2. — Les autres seigneurs de la Marche d'Ancone.

Tout autour des terres d'Urbin, la Marche était morcelée en un Les Brancaieoni. grand nombre de petits vicariats : chaque bourg quelque peu important avait son seigneur. Les Brancaleoni gouvernaient Castel Durante. Sans doute, aucun document contemporain ne nous le dit, mais plusieurs indices nous permettent de le supposer. Un acte du Liber Officioriim mentionne l'existence des Brancaleoni à Castel Durante, en 1432. Le 9 janvier 1432, le pape nomme podestat de Fermo Albert de Branchaleonibus de Castro Durante (2); d'autre part, quoique enclavée dans la seigneurie d'Urbin , cette ville n'est jamais mentionnée parmi les terres des Montefeltre, ce qui permet de supposer qu'elle appartenait toujours, comme au treizième et au quatorzième siècle , à la famille des Brancaleoni.

Les Ubaldini avaient possédé jadis, près de la Massa Trabaria, Les ubaidini. de beaux domaines, et encore au quinzième siècle, ils conservaient quelques restes de leur ancienne splendeur. « Dans les monts qui s'élèvent entre le Foglia, le Métaai'e et l'Apennin, et qui dominent la Massa Trabaria, il y a une terre appelée Carola, et quelques petits villages fortifiés, Raspalgata, Miraldella, SorbeduUo, San Martino, Brasticaria, Belforte, Campo, Torre di Fossato, Paganino, Perlo, restes de l'ancienne seigneurie qu'y possédaient jadis les Ubaldini , et qui sont gouvernés aujourd'hui par Ottaviano Ubaldino, fils de Bernardino (3). «

(1) Ibid., Reg. 359, f» 270. La lettre est datée du 8 novembre; mais il n'y a pas d'indication d'année.

(1) Ibid., Liber Officiorum, 384, fol. 2G v°. (3) Blondus, Italia illust., p. 124.

Fabriano, Fabriano formait aussi un vicariat : dans les livres de comptes

de l'Eglise romaine, nous relevons, en août 1434, la somme de 300 florins d'or payés au camérier, par un certain Thomas, pour le cens de ce vicariat (1). Ce renseignement est d'ailleurs confirmé et complété par un précieux document, contemporain d'Eugène IV, que renferme l'armoire 33 des Archives du Vatican (2). C'est le tableau des impôls que devaient au Saint-Siège les différentes villes de la Marche, avec l'indication des seigneurs auxquels elles appartenaient. Or, voici ce qu'on y lit :

D. de Chiavellis, domini Colispergule 37 flor.

— Fabriani 2000 —

— Serre S. Quirici 300 —

Ainsi , les Ghiavelli possédaient une petite seigneurie, composée de la ville importante de Fabriano et des terres de CoUepergola et de Serra S. Quirico. D'ailleurs, Blondus désigne leur famille comme l'une des plus riches et des plus puissantes du pays de Fabriano (3).

Dans le même tableau, un certain Nicolas de Boschareto est mentionné comme seigneur de Montenuovo :

Nicolai de Boschareto, Monsnovus 160

Sassoferrato et une partie de la terre de Metula appartenaient à la famille des Atti (4).

Mais c'étaient là de petits seigneurs, des signorotîi^ qui devaient jouer un rôle tout à fait effacé, et ne pouvaient pas porter ombrage au gouvernement pontifical. Pour trouver une famille vraiment puissante, il faut pénétrer plus au sud, dans les montagnes de Gamerino, et étudier le vicariat des Varano.

§ 3. — Les Varano,

Situé dans les collines qui bordent, au sud d'Ancône, le littoral de l'Adriatique, le village de Varano a été le lieu d'origine de cette illustre famille. Elle avait profité du schisme pour agrandir brusquement ses domaines : en 1389, Gentile et son fils Rodolfe, avaient pris à la fois, au pape Urbain VI, la cité de Ca-

(1) Arch. du Vatic, Introitus et exilus^ 394, a a Thomaso de Fabriano, census vicariatus Fabriani CCC flor. anri. »

(2) Ibid., Arra. XXXIII, n» 11.

(3) Blondus, op. cit., p. 125.

(4) Arch. du Vatic, Reg. 370, fol. 44.

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merino et les pays de S. Anatolia, Sarnano, Tolentino, Urbisaglia, Calimuraiio, Belforte, Penna S. Giovanni, Monte San Martino et Gnaldo dans les diocèses de Gamerino et de Fermo, dans la Marche d'Ancône, et ceux de Cerreto et de Monte Santo dans le duché de Spolcte (1). Les papes eurent beau protester tout d'abord contre ces usurpations : ils finirent par s'y résigner et par concéder, sous forme de vicariats temporels , ce qu'ils ne pouvaient pas regagner. Le 17 octobre 1396, Boniface IX accordait à Gcntile et à ses frères, moyennant un cens de 1,000 florins d'or, Tolentino, S. Genesio et plusieurs autres pays; le l^"" mars 1399, c'est Penna San Giovanni qui est abandonné à Rodolphe et à ses frères (2). Enfin , Martin V avait déterminé d'une manière définitive la part dos enfants de Rodolphe, Gentileet Cateno. Il les avait établis vicaril in terris et casiris Ainandule, Cerreti pontis^ Vissi^ Montis Sancti , Montenili, Montismilonis , Appignanif Montifortini^ Monlis Sancti Martini, Sarnani , Penne S. Johannis, Gualdi et Belfor tis , Camerinensis , Firmane et Spoletane diocesium , sub annuo censu :

pro Araandula 100 pro Monte Milone 40

pro Cerrelo 70 pro S. Joanne unum seu unam

pro Visso 100 raulam bonam.

pro Monte Sancto 80 pro Gualdo 30

pro Monte S. Martini 50 pro Belforte 10

pro Motiticiilo 150 pro Appignano et Montefortino. 25

pro Sarnano 50

florenos auri de caméra in festo SS. Apostolorum (3).

Dans les premières années du pontificat d'Eugène IV, nous trouvons les Varano solidement établis, avec le consentement du pape, dans la Marche d'Ancône. Ils y possèdent en commun la ville et le territoire de Gamerino; mais ils se sont divisés les autres domaines de leur famille, et ils en ont fait trois principautés bien distinctes. C'est du moins ainsi, qu'ils figurent dans les livres de comptes de l'Eglise romaine.

Un [)remier groupe de possessions appartient, en indivis, à Tolentino. Berard et cà Jean de Varano, fils de Rodolphe : le jour des SS. Apôtres 1432, ils payent le cens à la Chambre apostolique; le camérier déclare avoir reçu 5G5 florinsd'or, u a dominis Berardo et Johanne, fratribus germants, filiis quondam niagnifici domini Rodulphi de Varano, domicelli Camerinensis, ac in terris Tolenlini^

(1) Thcincr, II, C55.

[T) Arch. du Vatic, Index vicarialuum, Arm. XXXV, n° 5.

(3) Ibid., Liber Officiorum Martini V, t. IV, fol. 53.

500 l'état pontifical apri^s le grand schisme.

Monleculi, Montismilonis , Montùforlini , Amanditlè, Àppignanî^ Sernani , Bel for Us, Camerinensis et Firmane diocesium, pro Sanctissimo domino nostro et Sancte Romane Ecclesie, vicariis generalibus (1). )) La plupart de ces pays étaient situés dans de fortes positions, sur des collines à l'abord difficile, qui commandaient les vallées de l'Adriatique et les cols de l'Apennin. Plusieurs étaient aussi renommés pour leur fertilité : « Située sur les premières pentes des Apennins, Amandula est une des plus importantes terres do la Marche; à gauche de Tenna, sur l'Apennin, » continue Blondus, « est un excellent pays appelé Montefortino (2). » C'étaient dos possessions de Bérard et de Jean de Varano. Mais le joyau do leur vicariat, c'était Tolentino, « ville bien peuplée (3), » placée dans un joli site, sur le Chienti, place forte qui commandait la route de Foligno, et par là les communications entre la Marche et Rome. « C'était, au quinzième siècle, l'une des villes les plus importantes de la Marche d'Ancône, non seulement à cause de sa situation, mais surtout h cause do ses fortifications, de ses murailles crénelées, de ses bastilles, de ses tours aux formes variées, carrées, rondes, polygonales, et disposées selon les règles de la stratégie d'alors... Elle avait six portes, chacune munie de tours (4), » et elle était dominée par l'antique citadelle qui fut agrandie par les Varano.

Une position de cette importance devait exciter beaucoup de convoitises; aussi, les Varano se la virent-ils disputer par d'autres condottieri, les Mauruzi et François Sforza. Quoique frères, Bérard et Jean de Varano ne présentaient aucune ressemblance morale : autant celui-ci était humain, libéral et populaii'O, autant celui-là était cruel, avare et détesté. Bérard était jaloux de l'affection que l'on portait à Jean, et, à la suite d'une discussion , il le tua, en septembre 1433. Dès lors, la famille des Varano fît peser sur ses sujets la plus lourde tyrannie, et les gens de Tolentino mirent tout leur espoir dans le fameux condottiere Nicolas Mauruzi, leur concitoyen, qui était, alors, au service de Florence. Ils n'attendaient qu'une occasion pour le placer à la tête de leur ville et secouer le joug de Bérard. L'arrivée des troupes de Sforza la leur fournit, en juillet 1434. Le 12 juillet, les citoyens de Tolentino firent, contre elles, une vigoureuse sortie; Bérard combattait

(1) Arch. du Vatic, Ij^lroitus et exilus, 390, fol. 18. '

(2) Blondus, Italia illust., p. 129.

(3) Ibid.

(4)îBcnadduci, Délia signoria di Francesco Sforza nella Marca, p. 1.

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