‹ L'état pontifical après le grand schisme;Chapitre 7 sur 50 · PROGRÈS DE I.A FÉODALIIK PENDANT I,K SCHISME · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE I.A FÉODALIIK PENDANT I,K SCHISME

et Rome devaient se partager les dépouilles des vaincus; malheureusement la désunion se mit entre eux , et au lieu de marcher contre Yiterbe, les Romains chassèrent une nouvelle fois le pape, en octobre 1392 (l). C'est encore pour agrandir son domaine propre, que Rome signe avec les gens de Velletri le traité de 1389 ; nous avons vu que cet acte lui donnait le droit de nommer le podestat de cette ville; comme signe de vassalité, Yelletri devait payer aux magistrats du Capitole un cens annuel ; la commune de Rome établissait donc une vraie suzeraineté sur sa voisine. Il est inutile de rappeler ici toute l'histoire de la République romaine et de ses démêlés avec les papes; ce serait traiter en partie l'histoire du schisme et revenir sur ce qui a été dit plus haut. Il nous suffît de constater qu en face de l'autorité pontificale s'est constitué à Rome un vrai pouvoir municipal, et que cette commune autonome essaie d'étendie ses domaines et de faire sentir aux villes voisines son hégémonie.

Ce mouvement communal se retrouve dans les autres grandes villes. Pérouse et Viterbe ont leurs magistratures particulières et traitent de puissance à puissance avec le pape (2). Après leur révolte en faveur de Clément VII, les gens de Viterbe font la paix avec Urbain VI, et avec l'absolution etTamnistie, ils obtiennent d'importantes concessions. Ces privilèges sont énumérés et précisés dans le traité de paix qui fut signé par le pape, le 6 janvier 1389; entre autres droits, la ville obtient de battre des monnaies d'argent, d'équiper quarante cavaliers chargés de sa garde. Le pape Urbain VI pousse môme la sollicitude jusqu'à abandonner certains impôts dont le produit servira à payer cette troupe municipale (3).

Pendant le schisme, les papes eux-mêmes travaillèrent à la création de ces communes, vraies républiques féodales ; la pénurie de leur trésor les y obligeait : ils vendaient une sorte d'autonomie aux villes assez riches pour Tacheter. Ainsi, Boniface IX ^^ érige la ville de Città di Castello en vicariat temporel, c'est-à-dire en principauté vassale, payant en signe de soumission un cens annuel au SaiiU-Siège, et en même temps, il confère le gouvernement de ce vicariat aux citoyens de Città di Castello; c'est dire qu'il leur permet de se gouverner eux-mêmes, mais c'est au prix

(1) Voir Villari, Il comune di Roma nel medio euo, dans les Saggi storici e crilici, p. 242 et suiv.

(2) Voir plus haut (chapitre du pouvoir papal).

(3) Theiner, II, 649, 650, 651.

Décadence de la propriété ecclésiastique.

d'un cens annuel de 1,000 florins d'or. Cette concession n*est valable que pour dix ans, sans doute parce que, après ce délai, le pape espère sortir de ses embarras pécuniaires et reprendre sur cette ville le gouvernement direct qui lui a été arraché par la misère, preuve évidente que la création de ce vicariat est un expédient financier (1). Le 8 janvier 1390, Boniface IX accorda la même faveur pour cinq ans aux habitants de Fermo auxquels il imposa un cens annuel de 2,000 florins d'or (2); il en était de même, le 3 juin 1390, pour lavilled'Ascoli (3). La ville de Bologne était également constituée en vicariat, par une bulle du 29 octobre 1392; son privilège dura vingt-cinq ans pendant lesquels elle devait un cens annuel de 5,000 florins d'or (4). Ces concessions sont temporaires à l'origine; mais, à l'expiration du délai fixé, le Saint-Siège est tonjours besogneux, et toujours les villes se font proroger leur autonomie. Ainsi, trente ans plus tard, nous voyons Eugène IV confirmer le vicariat de Gittà di Gastello, érigé par Boniface IX (5). Aussi, l'on peut regarder tous ces actes comme des aliénations du domaine pontificaJ.

Cependant les progrès des communes sont faibles, si on les compare à ceux qui furent accomplis pendant cette période d'anarchie par la noblesse féodale et militaire. Plusieurs raisons les ont favorisées, mais toutes proviennent d'une cause unique, TafFaiblissement de l'autorité centrale.

D'abord, la propriété ecclésiastique tend de plus en plus à disparaître, émictlée par une série d'aliénations partielles ou absorbée par les usurpations successives de puissants seigneurs laïques. Aussitôt que le schisme eût détruit l'autorité pontificale, l'on se précipita avec avidité sur les biens d'Eglise que ne sauvegardait plus le pouvoir des papes. A Rome, l'audace de ces envahisseurs du bien d'aulrui alla si loin qu'ils se jetèrent sur les titres cardinalices et sur les palais des cardinaux; clercs et laïques s'y établirent comme dans des propriétés abandonnées ou bien les mirent au pillage, venant y faire des provisions de bois, de colonnes, de pierres et de fer; on enleva même les tuiles des toitures. L'on n'ajouterait pas foi à ces faits si nous ne les tenions d'une lettre

(1) « Civitas Castclli conccditur in vicariatum commiini, populo et universitate cjusniet civitatis ad deccnnium sub aniiuo ccnsu 1,000 florenoruni auri de caméra. » (Bibl. de Naples, IX, D. 5, p. 14fl)

Ci) Theiner, III, 3.

(3) /6id., III, 4.

(4) 76id., III, 2-2. Arch. du Vat., arm. 35, vol. 5, p. 358. {b) Bibl. de Naples, IX, D. 5, p. 146.

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