PROGRÈS DE LA FÉODALITÉ PENDANT LE SCHISMR
du pape Urbain VI, datée du 30 décembre 1382(1). Si l'on témoignait si peu de respect pour les biens des cardinaux, quels ménagements devait-on garder pour les propriétés des chapitres, des monastères ou des églises qui n'avaient pas à leur tôle d'aussi influents personnages! Dans une bulle du (3 juin 1388, Urbain VI s'indigne contre les usurpations de biens ecclésiastiques commises par François de Vico : le préfet do la ville a pillé les possessions de plusieurs églises ou monastères dans les diocèses de Viterbe, Toscanella, Amelia, Terni et CivitaCastellana; il en a fait vendre une grande partie (2). Le pape ordonne à l'évoque de Narni, trésorier du Patrimoine, de rei)rendre ces biens usurpés, d'eu conserver la garde afin de les rendre à leurs possesseurs en temps opportun. La commune de Spolète profitait de l'anarchie pour s'emparer d'une partie dos biens que l'église Saint- Jean de Latran possédait à Ferentillo, et le pape Innocent VII devait, par un bref de 1405, forcer l'entreprenante municipalité à lâcher prise et à rendre au cha])itre de Saint-Jean les biens qu'elle détenait injustement (3). Les tenanciers et les vassaux de gens d'Eglise se dispensaient de payer leurs redevances. Sous Martin V, l'abbé et les moines de Saint- Paul-hors-les-Murs sont en instance pour pouvoir reprendre le castrum Civilecule situé dans
(1) Theiner, II, 639 : « Quia, cxperientia docente, didicimus quoJ nonnulli tam clerici quam laici, cflfrcni ambicione, alieno abstinere nescientes, domos et palacia ad litulos S. R. E. perUnencia et in Uibe consistencia, invadere, seque in illis intrudere, ac ea occupare et detinere indcbite occupata, temeritatc propria presumpserunt hactenus et presnmunt et, quod detestabilius est, ubi ad conservationem et reparationem illorum deberent intendere, non solum ea collabi et ruere daninose permittunt, verum etiam columnas et lapides ac trabes, lignamina, ferramenta et tegulas de ipsis domibus et palaciis surripientes et in proprios usus ausu teinerario convertentes , eorum domorum et palatiorum destructionem accélérant et ruinam , in gravem divine majestatis offensani , animarum suaruin periculum et ipsorum titulorum deformationem et non modicum detrimentum ac scandalum plurimorum... Dat, Rome apud S. Petrum , III kalendas januarii , pontificatus nostri anno quinto. »
(2) Theiner, II, 644 : « Ad audientiam nostram nonnullorum fidedignorum relatio deduxit quod danmate memorie Franciscus de Vico, olim aime Urbis prefectus, nonnullas possessiones ad ecclesias, monasteria et alia pia loca Viterbiensis, Tuscanensis, Ameliensis, Interamnensis et Civitatis Castellane civitaUim et dioccsium justo titulo pertinentes, dum in eisdem civitatibus et diocesibus tyrannidem exerceret, de facto distrahi et vendi fecit, et nonnulla alia enormia etiam contra bonos mores in eisdem civitatibus et diocesibus committere non expavit... Datum Luce, VII idus junii, pontificatus noslri anno decimo. »
(3j Arch. capit. de Saint- Jean-de-Latran, V, II, 30.
le territoire de Rome, hors de la porte du château Saint-Ange, ainsi que la moitié de la forteresse et des terres de ce castrum^ parce qu'ils n'ont rien touché de celui qui le détient en leur nom (1).
Ainsi, dévastés par les troupes ennemies qui parcouraient alors l'Etat pontifical, pillés par les seigneurs, les biens ecclésiastiques traversaient une terrible crise à la fin du quatorzième siècle, et certaines communautés religieuses tombèrent dans la plus noire misère. Pour pouvoir payer la subvention de 650 florins, qu'Innocent VII lui avait demandée pour défendre Rome contre Ladislas, l'hôpital du Saint-Esprit devait vendre deux maisons et un jardin qu'il possédait près du portique de Saint-Pierre, dans la paroisse de Saint-Jacques Scossacaballo (2). Aussi, le clergé devait-il aliéner une grande partie de ses biens. Nombreux sont les actes de vente que l'on trouve, entre 1378 et 1430, dans les archives du Saint-Esprit; c'est surtout en 1412- 1413 (3) que l'hôpital aliéna la plus grande quantité de biens; or, c'est Tannée où la condition de Rome est peut-être le plus misérable. Sous Boniface IX, fut brûlé le casirum de Geuzano ; le monastère de Saint-Anastase ad Aquas Salvias ^ qui en était le seigneur, no put le relever de ses ruines qu'en aliénant lui-même une partie de ses biens; le pape lui accorda l'autorisation de vendre le casirum Statut dans le diocèse de Porto (4). Il semble que cela n'ait pas suffi pour remettre Gcnzano en bon état ou le monastère de Saint-Anastase dans l'équilibre financier ; car, sous Martin V, les cardinaux Branda et Gabriel Gondulmerio sont chargés d'autoriser le couvent à aliéner précisément Gcnzano, ainsi que Nemi et Casale Montagnano, situé près du territoire de Castel Gandolfo (5). Sous le même pontificat, Annocia, veuve d'Etienne Golonna, donne aux olivétains de Sainte-Marie la Neuve le village de Morolo, dans le diocèse d'Anagni; le monastère demande aussitôt la permission de le vendre (6). Innocent VII avait donné au monastère de Saint- André et de Saint-Sabas de
(1) Bibl. Naples, IX, D. 5, 151.
(2) Arch. du Saint-Esprit, IV, 8.
(3) Ihid., IV, 18 à 26.
(4) Bibl. Naples, IX, D. 6, 198 : « Abbati monasterii S. Anastasii ad aquas Salvias extra inuros Urbis, conceditur facultas vendendi aut quocumque alio modo alienandi castrum Statuae ad dictum monasterium spectans, pro restauratione castri Genzani, Albanensis diocesis, igné cremati. »
(5) Bibl. Naples, IX, D. 6, p. 28.
(6) Ibid., IX, D. 5, p. 50,