PROGRÈS DE LA FÉODALITÉ PENDANT LE SCHISME
Rome l'autorisation de vendre, pour 3,050 florins, le domaine de Vicarello aux comtes Jean, Pandolfe et Jean d'Anguillara; Martin Via confirma et le couvent se dépouilla de cette importante propriété (1). C'est donc une loi générale; pendant le schisme, la misère pousse les communautés religieuses à aliéner leurs propriétés. Le Saint-Siège lui-même leur imposait parfois ces aliénations. N'était-ce pas pour lui payer de forts subsides que l'hôpital du Saint-Esprit vendait, en 1407, une partie de ses biens? Une bulle de Boniface IX, datée du 9 décembre 1 390, est beaucoup plus explicite (2). Le pape y déclare qu'à son avènement, il a trouvé les caisses de l'Eglise absolument vides et la Chambre apostolique écrasée de dettes ; il ne peut pas , avec ses propres ressources, faire face aux nombreuses dépenses que nécessite la situation précaire de l'Etat pontifical; aussi, il charge les cardinaux de Sainte-Pudentienne et do Sainte-Marie la Neuve de mettre en gage, pour la somme de 6,000 florins d'or, le caslrum de Cività Nova, situé dans le diocèse de Ycllotri, et appartenant au monastère de Saint-Laurent-hors-les-Murs. 11 prévoit l'opposition éventuelle de l'abbé et des religieux à cette mainmise sur une des plus belles dépendances de leur couvent; mais les cardinaux ont la faculté de passer outre : eiiam sine consensu abbatis et conventus dicli monasterii. Or, la plupart de ces aliénations profitaient à la noblesse féodale. Pendant cette période de misère, elle seule était prospère ; elle seule pouvait acheter les biens de mainmorte; ainsi, nous voyons la puissante famille desColonna se substituer, peu à peu, au chapitre de Saint-Jean-de-Latran pour la possession des monts Albains. Le 30 décembre 1423, les chanoines de Saint- Jean vendent à Jourdain Colonna, prince de Salerne, frère du pape Martin V, Frascati, ainsi que le château aujoud'hui détruit de Pietra Porzia (3).
(1) Bibl. Naples, IX, D. 6, p. 28.
{T) Theiner, III, 12 : « Cum itaque pro dcfensione dicte ecclesie et terrarum suarum, ad presens nos oportet magna subire onera expensarum, ad que Caméra apostolica, quam,nostri apostolatiTs primordiis,pecuniis omnino exhaustam et magnis debitis gravatam rcperimus, nuUatenus sufficere potest , de vestra circumspeclione specialcm in Domino fiduciam obtinentes, circumspectioni vestre impignorandi usque ad tempus , et sub modis, condicionibus, et formis de quibus vobis videbitur, castrum Civitatis Nove, Velletrensis diocosis, ad monasterium S. Laurcntii extra rauros Urbis pertinens, cum omnibus juribus et pertinentiis pro summa VI'^ florenorum auri..., eciam sine consensu abbatis et conventus dicli monasterii,... concedimus facultatem. »
(3) Tomasctti , La Campagna romana vel medio evo {Archivio délia soc.
Les papes eux-mêmes dépouillèrent les couvents et les églises au profit des nobles et travaillèrent ainsi à transformer en domaines féodaux les propriétés de mainmorte. Ils abandonnaient les biens d'Eglise à des condottieri ou à des seigneurs dont les services leur étaient nécessaires. Le château de Monte Porzio, dans les monts Albains, était l'une des principales possessions du monastère de 8aint-Paul-hors-les-Murs; le pape Boniface IX le donne en fief perpétuel à la puissante famille romaine des Annibaldeschi qu'il voulait se concilier (1). Le chapitre du Latran possédait, dans le diocèse de Narni, l'église de Sainte-Marie de Gollescipione ; le pape Jean XXIII en distrait toutes les dépendances pour les donner à un noble de Terni, Barthélémy Vanucci (2). Boniface IX avait déjà enlevé au monastère de Saint-Laurent-hors-les-Murs Givita Nova, dans le diocèse de Velletri; Jean XXIII prend, dans le diocèse d'Albano, Gitta Lavinia, qui est donnée en vicariat à Jean et Nicolas Golonna pour prix de leur soumission (3). Eugène IV lui-même devait imiter, sur ce point, ses prédécesseurs, lorsque, pendant les premières années de son pontificat, il fut aussi pauvre qu'eux et dut, comme eux, avoir recours, contre des rébellions perpétuelles, au secours des condottieri. Il avait engagé à son service les fameux condottieri George et Baptiste de Narni ; et, n'ayant pas pu les payer, il était arrivé à ^eur devoir la somme assez forte de 5,000 florins d'or; pour s'acquitter, il leur abandonna tout simplement, dans le diocèse de Nepi, le château de Givitella et le pays de Givita- Vecchia, qui appartenaient au monastère de Saint-Paul-hors-les- Murs (4). Les hommes d'armes les moins importants ont reçu leur part des biens d'Eglise; la charge de surveillant de l'Aqua Marana, sur la voie Appienne, relevait du chapitre du Latran; elle rapportait, par an, 12 florins d'or; Martin V la donne à perpétuité à Valentino Foliante, l'un de ses sergents (5) : aux grands
Romana di storia patria, 188G, p. 114). Arch. capitulaires de Saint-Jean-de- Latran, FF, 1,47.
(1) Bibl. Naples, IX, D, 6, C7. Sous Nicolas V : « Confirmât summus pontifex restitutionem factam per Nardum de Annibaldensibus, domicellum Ronianum, de Castro Montis Porcii monasterio S. Pauli extra muros Urbis; quod castrum alias ipsi domini de Annibaldensibus obtinuerant perpetuum feudum a Bonifacio IX, summo pontifice. »
(2) Ibid., IX. D. 6, 138.
(3) /5id., IX, D. 5,. 160.
(4) Arch. Vat., Reg. Mart. V et Eug. IV, p. 191.
(5) Bibl. Naples, IX, D. 5, p. 50.
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seigneurs et aux chefs les dépouilles opimes; aux soldats les reliefs dans cette grande curée des biens ecclésiastiques!
Ce ne furent pas seulement les propriétés particulières des égli- Ero.ninns ses ou des monastères qui furent occupées insensiblement de gré ^Vip^oTêrs.^ ou de force par la noblesse ou les condottieri ; il en fut de môme de l'Etat pontifical. A la faveur de l'anarchie, la noblesse féodale s'y tailla de vraies principautés, dont les papes durent reconnaître l'existence en les transformant en vicariats temporels; la misère du Saint-Siège les força à aliéner une grande partie de leur domaine , soit pour se procurer l'argent qui leur manquait, soit pour payer leurs dettes, soit pour entretenir leurs armées; enûn , le népotisme vint achever de dilapider ce qui restait des Etats de l'Eglise (1).
Ils sont fort nombreux dans les registres du quatorzième et du index
quinzième siècles les actes par lesquels les papes ont aliéné, in- TrvluéaT féodé ou transformé en vicariats temporaires ou perpétuels certaines parties de leur patrimoine et il serait fort long d'en faire le relevé. Ce travail, heureusement, a été fait à plusieurs reprises par ordre des papes, qui avaient grand intérêt à connaître, d'après les documents de leurs archives, les conditions des inféodations ou des aliénations. Nous avons vu deux compilations de ce genre. L'une se trouve dans le volume 5 de l'armoire 35 des archives du Vatican. Cette armoire renferme des collections fort précieuses pour l'histoire de l'Etat pontifical et du pouvoir temporel des papes ; le n"' 70, par exemple, est un manuscrit du cardinal d'Aragon qui contient de curieux documents sur la Sicile, les Fouilles, ^ la Sardaigne; après une édition des Mirabilia , il nous donne des renseignements sur le denier de saint Pierre en Angleterre, et enfin une série de privilèges impériaux en faveur du Saint-Siège; le n° 19 est un index du Liber Ceasuum , le n° 20 est le Liber recognitionu m d'Albovnoz', les n"' 102 et 103 nous off'rent une transcription de documents prouvant les droits du Saint-Siège sur Bénévent. Mais, parmi les plus intéressants volumes contenus dans cette armoire, il faut mentionner les n°' de 3 à 6. Ce sont quatre manuscrits dans lesquels Urbain de Fiesque de Lavagna a fait transcrire des actes pontificaux ou impériaux , des formulaires , des documents de toutes sortes pouvant servir à l'histoire de la puissance temporelle des papes. Au début du volume I de la collection (le n° 3 de l'armoire), il nous apprend que cette com-
(1) On en trouvera le détail dans les livres suivants, consacrés à la géographie politique de l'Etat pontifical.
pilation a été faite par ordre du pape Sixte IV, de mandato Sixti IV. A la page 353 du troisième volume (ii° 5 de l'armoire), commence un index des inféodations dressé sous Innocent VIII par Urbain de Fiesque, alors évoque de Fréjus et référendaire de Sa Sainteté ; il relève toutes les inféodations qui ont été faites depuis les dernières années du pontificat de Grégoire XI jusqu'à l'avènement d'Eugène IV, en prenant soin de renvoyer exactement, pour chaque bulle, au folio du registre où il l'avait trouvée. Ce travail a été fait par ordre du pape ; son auteur a eu libre accès aux archives de la Chambre apostolique, où étaient alors déposés les registres; et comme sa compilation avait un caractère officiel, il lui a donné le plus grand soin. D'ailleurs , le titre qu'il a mis en tête de ce travail nous en définit d'une manière bien précise le caractère; le voici : In hoc quinterno designantur omnes bulle vicariatuum^ pheudorum, et aliarum concessionum et alienationum per infrascriplos summos ponliflces concessarum et factarum^ et que reperiuntur registrate in libris camere apostolice, quarum brevia summaria ego^ Urbanus de Flisco ^ episcopus Forojuliensis^ Sanctissimi domini nostri Innocenta pape VlIIservus et rcferendarius^ fada dlligenti inquisitione, extraxi per ordinem ., Rome ^ anno M CCCCLXXKV y pontificatas sut anno primo.
. ^"^^^ La bibliothèque municipale de Nanles possède une compilation
deNapie3. analoguc : ce sont les deux volumes cotés IX, D. 5 et IX, D. 6, Cet Index vicariaiuum est fait exactement comme celui d'Urbain de Fiesque ; il donne un résumé rapide de la bulle d'inféodation on renvoyant au registre qui en renferme le texte. La page 8 du '/v premier volume nous donne le nom de l'auteur; c'est Michel Lo-
^, nigo, familier du cardinal Cesi, qui a fait ce travail, par ordre du
pape Paul V, dans les premières années du dix-septième siècle. Il déclare qu'il a travaillé d'après les archives du château Saint- Ange; en effet, les registres y étaient alors déposés. L'index de Lonigo est plus étendu que celui de Fiesque; il commence, lui aussi, aux dernières années du pontificat de Grégoire XI, mais il s'étend beaucoup plus dans le quinzième et le seizième siècle; il mentionne des actes d'Alexandre VI , de Jules II et même de Léon X dans le premier quart du seizième siècle. Aussi complète-t-il à merveille celui de Fiesque, et, grâce à ces deux compilations, on peut suivre dans le plus menu détail les fluctuations de l'Etat pontifical, du milieu du quatorzième siècle aux premières années du seizième.