CHAPITRE VII
EST-IL PERMIS d'EXHORTER LES AUTRES A SE FAIRE RELIGIEUX?
Si celui que l'on y exhorte est obligé, à cause de certaines circonstances de se faire religieux, il est clair qu'on fait une bonne action en l'y exhortant; on ne fait pour lors que l'aider à remplir un rigoureux devoir. En effet, bien que l'état religieux fondé sur les conseils de Notre-Seigneur qui n'obligent 'pas par eux-mêmes, ne soit pas de précepte, et qu'aucune loi n'ordonne de se faire religieux , il est cependant des cas où , comme nous le dirons plus loin, telle personne en particulier est tenue en conscience , d'embrasser cet état , à cause de certaines raisons spéciales , comme par exemple, si elle a fait vœu d'entrer en religion.
Mais, en dehors de ces cas , est-il permis d'exhorter à se faire religieux, ceux qui sont libres de le faire? Est-il permis, nous le demandons à notre tour, d'exhorter à ce qui est excellent, avantageux, possible, facile même avec la grâce? Qui oserait le nier? On ne se gêne guère en ce monde
(1) Les religieuses de Savoie et du comté de Nice, font encore aujourd'hui des vœux solennels, comme le prouvent des décisions récentes de la cour de Rome. Gurj, casus conscient, t. 2. n. 98.
pour exhorter à embrasser des états de vie où les -intérêts du temps absorbent l'homme et le détournent du soin de son salut ; faudrait-il encore que les âmes qui ont la foi hésitassent à contrebalancer par des exhortations saintes, les influences du monde ? C'est pourtant là que nous en sommes. Tandis que les impies de tout genre et les demi-chrétiens détournent les âmes de la vie religieuse, les vrais chrétiens ont peur de les y exhorter. Otons-leur ce scrupule qui ne fait bien que les affaires du démon.
Ecoutons saint Thomas : « Ceux qui engagent les autres à embrasser l'état religieux non-seulement ne pèchent pas , mais même méritent une grande récompense. Il est écrit en effet : Celui qui rsLmènera le pécheur de l'erreur de sa, voie, sauvera son âme, et couvrira la, multitude de ses péchés. (Jac. 5. 20). Et nous lisons dans Daniel : Ceux qui apprennent la justice àj)lusieurs brilleront comme des étoiles dans les perpétuelles éternités ( Dan. 12. 3). «
« Celui, dit Suarez, que l'Esprit- Saint commence à pousser vers la vie religieuse , doit être aidé, afin qu'il reste ferme dans son projet, ou afin qu'il ne résiste pas à la grâce, et que plutôt il obtienne par la prière et les bonnes œuvres une grâce plus abondante. » Ce savant Théologien enseigne qu'il est très bon d'exciter toute âme à la pureté de la conscience, à la crainte des occasions de pécher, et de lui proposer en même temps les avantages et l'excellence de l'état religieux. N'estce pas là ce qu'a fait Notre-Seigneur lui-même. Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez et venez, suivez-moi, et vous aurez un trésor dans le ciel. Quiconque aura laissé sa maison ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou samere, ou sa femme , ou ses enfants, ou ses terres j)our
l'amour de moi^ recewR le centuple et possédera la vie éternelle.
Notre-Seigneur, à propos du conseil de la chasteté parfaite, a dit : Qui peut comprendre comprenne ; un des chefs du protestantisme, Calvin , en concluait que, par ces mots, les hommes sont détournés de la pratique du célibat, plutôt qu'invités à l'embrasser; mais comme saint Thomas le remarque après saint Jérôme : « Ces paroles sont la voix du Seigneur exhortant ses soldats et les excitant à mériter la récompense de la chasteté. C'est comme s'il disait : « Que celui qui peut combattre entre dans l'arène, qu'il remporte la victoire, qu'il triomphe. »
Prenons garde de suivre l'interprétation de Calvin, plutôt que celle de saint Thomas.
Les saints Docteurs n'ont pas craint d'exhorter les âmes à embrasser l'état religieux.
Saint Chrysostôme rapporte que déjà de son temps ceux qui enseignaient la vie religieuse étaient l'objet d'odieuses persécutions. Le saint Docteur les défend avec toute son éloquence, et après avoir fait du monde d'alors la description la plus effrayante, il s'écrie : « Si nous connaissions un lieu qui fut malsain et sujet à la peste , n'en retirerions-nous pas nos enfants, sans nous laisser arrêter ni par la considération des richesses à acquérir, ni par la raison que leur santé n'a pas encore souffert et se conservera peut-être ? Et maintenant qu'une contagion si dangereuse a tout envahi, non-seulement nous sommes les premiers à les pousser dans le gouffre, mais encore nous chassons comme des imposteurs ceux qui les en veulent retirer ; » plus loin le Saint ajoute : « Pour... les séculiers les naufrages sont plus fréquents et plus prompts, parce que les difficultés de la navigation sont plus grandes... chez
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les anachorètes au cxfîHcâÏj^^Xarouve des orages moins forts, un calYn^ pp^^^ie continuel. Voilà pourquoi nous attirons au désert tous ceux que nous pouvons. Nous les attirons non pas seulement pour qu'ils revêtent le cilice..,, mais afm qu'ils évitent le mal et pratiquent la vertu. »
Quoi de plus fort et de plus touchant que la lettre que saint Jérôme écrit à Iléliodore pour lui persuader de quitter le monde ! Ce sont tour à tour des prières, des larmes, des reproches, des exhortations pressantes , de poétiques éloges de la solitude :
«Je vous invite... hâtez-vous... Vous avez méprisé mes prières, peut-être entendrez-vous mes reproches. Soldat efïéminé, que faites-vous sous le toit paternel ? Où sont la palissade et le retranchement ? Où est l'hiver passé sous la tente ?... Quand même votre petit neveu se suspendrait à votre cou, quand même votre mère, les cheveux épars, vous montrerait à travers ses vêtements déchires le sein (jui vous a nourri, quand même votre père serait couché sur le seuil de la porte, franchissez cet obstacle, et les yeux secs, volez vous ranger sous létendard de la croix... Nous n'avons pas, nous, un cœur de fer, ni de dures entrailles ; les tigresses nées .des rochers de lllircanie ne nous ont pas allaités ; et cependant nous avons triomphé de toutes ces entraves. Voici que votre sœur, veuve de son mari, vous serre dans ses bras, vos gens qui vous ont vu grandir, vous disent : Qui servironsnous désormais? Votre nourrice, votre grand'mère, votre gouverneur, qui après votre père avait droit à votre piété fdiale, vous crient : Attendez un peu que nous soyons morts, et donnez-nous la sépulture avant de partir... L'amour de Dieu et la crainte de l'enfer rompent facilement ces chaînes... 0 désert tout émaillé des fleurs de Jésus-Christ ! 0 solitude où se façonnent les pierres dont on construit- la cité du grand Koi ! 0 retraite où l'on jouit plus familièrement de Dieu !
« Mon frère, que faites-vous dans le siècle, qui est
moins grand que vous ? Combien de temps encore les toits de vos maisons couvriront-ils votre tête ? Resterez-vous longtemps encore enfermé dans la prison enfumée des villes? Redoutez-vous la peine? mais quel athlète fut jamais couronné sans combat?... C'est mon atïection pour vous, ô mon frère, qui m'a forcé de vous dire ces choses, afin qu'au jour du jugement vous partagiez la gloire de ceux qui vivent présentement dans les saintes fatigues de la pénitence. »
Saint Augustin écrivait lui aussi : « J'ai aimé avec ardeur la perfection (des conseils évangéliques)... avec la grâce de Dieu je l'ai embrassée... j'exhorte de toutes mes forces les autres à en faire autant, et j'ai des compagnons auxquels j'ai réussi à le persuader. »
Mais rien n'est plus remarquable que l'exemple de saint Bernard : nous en empruntons les détails aux historiens les plus fidèles de son admirable vie. Ce saint, dans la fleur de son adolescence, à 20 ans, commença à sentir le mouvement de la grâce qui le poussait au désert, non-seulement il triompha des oppositions de sa famille , mais il entrama dans son projet son oncle et ses frères, et emmena avec lui à Citeaux trente gentilshommes des plus illustres. Pour augmenter le petit troupeau qu'il avait réuni, cet incomparable jeune homme avait une grâce merveilleuse et toute céleste. En sorte que lorsqu'il parlait en public ou en particulier, les mères cachaient leurs enfants, les femmes retenaient leurs maris, les amis écartaient leurs amis. Et ce n'est pas seulement dans les premiers temps du christianisme que les Pères et les Docteurs ont proposé aux âmes généreuses l'excellence et les avantages de la vie religieuse. Pour nous en convaincre , il suffira de citer une lettre de saint Liguori, ce Docteur de l'Eglise, ce Missionnaire d'une expérience consommée, cet
Evêque au cœur vraiment apostolique, qui a vécu en plein dix-huitième siècle. Voici ce qu'il écrivait à la fin de sa longue et laborieuse carrière à l'une de ses parentes. Sa lettre est datée du 23 avril 1781.
« Je n'ai pas oublié qu'il y a peu d'années.... vous
Îaraissiez désirer de faire alliance avec Jésus-Christ... e prie le Seigneur qu'il affermisse en vous cette sainte disposition. Il vous serait diilicile dans le monde de vous conserver dans la grâce de Dieu. Ce que je vous dis, je le dis à toutes les demoiselles qui viennent prendre mes avis. Je ne cesse de leur rappeler que vu la corruption du siècle, ellesy rencontreront mille obstacles, qui s'opposeront à leur salut éternel.... Craignez donc d'abandonner Jésus-Christ pour le monde.... J'ai eu la consolation de voir que jusqu'ici tous les parents que j'ai perdus ont fait une bonne mort. J'espère être un jour en paradis dans leur compagnie et que je vous verrai aussi avec eux. Priez Dieu qu'il me donne une bonne mort. Je sens bien qu'elle n'est pas éloignée. »
C'en est assez pour révéler la doctrine et la pratique de ces grands Docteurs de l'Eglise sur le sujet qui nous occupe. Leurs enseignements ont porté leurs fruits de tout temps.
Le nombre des religieux, qui vivaient au quatrième siècle dans les solitudes de l'Egypte, serait incroyable, si des témoignages irrécusables ne l'attestaient. Et aujourd'hui encore, malgré les préjugés mondains, au milieu desquels sont jetées les âmes chrétiennes, malgré la haine vomie par mille bouches infernales contre l'état religieux, non-seulement le tronc des anciennes familles religieuses reverdit avec une vigueur nouvelle, mais on voit encore autour de lui pousser de toutes parts de nouvelles tiges, qui ombragent et ornent le champ fertile de l'Eglise.
A ceux qui s'alarmeraient en voyant les con-
grégations religieuses se multiplier, et le nombre de ceux qui s'y enrôlent augmenter, saint Chrysostôme répond par des paroles qu'on dirait écrites pour les temps que nous traversons :
« Ce n'est pas robservation des préceptes et des conseils de Jésus-Christ qui met la société en péril. Quels sontceux qui troublent le monde et renversent l'ordre? Sont-celes hommes qui vivent sagement et régulièrement, ou bien ceux qui imaginent des moyens nouveaux et inouïs de flatter leurs passions? Sont-ce les hommes quiont àcœur de protéger les intérétsde tous, ou bien ceux qui se contentent de faire leurs propres affaires?.... Ceux qui aiment à obéir ou bien ceux qui désirent des places et des charges, et qui pour cela ne reculent; devant aucun travail et aucune peine ?.... Ceux qui se bâtissent de somptueuses demeures, se font servir des tables splendides, ou ceux qui ne désirent rien au delà de la nourriture et du logement nécessaires ?... Ceux qui... prennent pour arriver à la richesse les voies les plus injustes ; ou bien ceux qui prennent sur leur bien pour soulager Tindigence ?.... De ces deux classes d'hommes, les uns sont les fléaux de la société, je les compare aux tumeurs qui gâtent la beauté du corps, aux vents furieux qui agitent la mer et causent des naufrages... N'est-ce pas (par eux) qu'arrivent les révolutions, les guerres et les combats, le sac des villes, les chaînes, l'esclavage, les captivités, les meurtres et les mille maux de cette vie? Ne sont-ils pas les auteurs, non-seulement des maux que les hommes causent aux hommes, mais de tous ceux qui fondent du ciel sur l'humanité : les sécheresses, les inondations, les tremblements de terre, la ruine et l'engloutissement des villes, les famines, les pestes, tout ce que le ciel déchaîne enfin contre nous de fléaux? Voilà ceux qui bouleversent l'Etat, et qui perdent les Républiques.... C'est pour eux qu'il y a des tribunaux, des lois, des châtiments et divers genres de supplices... Les autres au contraire, comme les phares qui brillent dans la nuit, appellent de tous côtés dans des abris sûrs et tranquilles les malheu-
reux navigateurs ballotés par les vagues et à deux doigls de leur perte. Allumant sur les hauteurs les flambeaux de la sagesse, ils amènent comme par la main les hommes de bonne volonté dans le port du salut et de la paix. »
Saint Thomas recommande avec raison à ceux qui exhortent les autres à entrer en religion d'éviter trois défauts. D'abord la contrainte. Le concile de Trente frappe d'anathème ceux qui par force ou par crainte obligent une femme d'entrer dans un ordre religieux proprement dit. Il faut éviter aussi d'acheter l'entrée en religion d'un sujet, car l'état religieux ne se vend pas. Enfin qu'on s'abstienne du mensonge qui n est jamais permis, et d'une trop grande importunité à persuader à quelqu'un de se faire religieux, importunité qui produirait un effet tout contraire à celui que l'on veut atteindre.
Mais si on évite les trois désordres que nous venons de signaler, et qui de nos jours sont fort rares pour ne pas dire inouïs, la règle générale reste telle que le Docteur angélique la formule : « Ceux qui engagent les autres à entrer en religion, non seulement ne pèchent pas ^ mais encore ils méritent une grande récompense. » Ainsi donc ils méritent une grande récompense les parents qui élèvent leurs enfants pour Dieu, et dont le plus grand désir est de les voir se consacrer à Lui. C'était là la noble ambition d'Aleth, mère de saint Bernard. Comme le rapporte un ancien historien, elle eut sept enfants qui naquirent plutôt pour le monastère de Citeaux que pour leur famille. Tant qu'elle leur fut conservée, elle les éleva moins pour la cour que pour le cloitre, ne leur servant jamais de mets délicats, mais des aliments vulgaires.
Ils méritent une grande récompense les reli-
gieiix de tout institut qui font comprendre à leurs parents, à leurs amis, aux enfants dont ils ont la charge, aux jeunes gens de l'un et l'autre sexe avec lesquels ils sont en rapport, que le monde ne vaut pas Dieu, que l'état religieux offre un port contre les naufrages du siècle. Ah ! si tous usaient des occasions que la Providence leur fournit de faire arriver aux âmes cette doctrine, les noviciats se rempliraient vite (1).
Enfin la grande récompense dont parle te Docteur angélique, sera aussi pour les prêtres et les pasteurs des âmes qui, dans les limites de la prudence, qui doit toujours les diriger, useront des moyens que le ministère de la chaire et du saint tribunal leur offre, pour faire admirer, ambitionner, aimer l'état religieux. Ceux-là seuls les condamneront et les poursuivront d'amères critiques qui approuvent les préjugés du monde, et qui n'ont rien compris à la perfection évangélique.
Ce que nous disons ici a toujours été vrai; mais l'est plus encore de notre temps, et cela pour trois raisons. D'abord la foi diminue, et si nous voulons entraver ce mouvement de décadence dans les familles, faisons en sorte que toutes donnent à Dieu un de leurs membres. ïlien ne facilite le retour à la religion, du moins à l'heure dernière, pour des parents indifférents, comme d'avoir un enfant consacré au Seigneur. Cet enfant est un lien qui les rattache au christianisme et à ses pratiques.
(1) Un bon moyen d'éclairer une âme sur les avantages de l'état religieux, c'est de lui faire lire le livre que nous publions, ou mieux encore noire traité des Etats de vie, ou bien l'opuscule qui a pour titre Quelle est ma vocation ? Nous avons eu la consolation d'apprendre que la lecture de ces publications a persuadé à plusieurs de se consacrer à Dieu.
De plus, la foi diminuant, lespérils pour le salut se multiplient pour la jeunesse. Hélas ! pour elle les séductions débordent de nos jours. Comment la mettre etricacement à l'abri de tant d'écueils sinon en l'attirant dans la vie religieuse. La corruption païenne et les persécutions n'ont-elles pas peuplé les déserts dans les premiers siècles? Enfin il faut bien remarquer que malgré la fécondité qu'ont aujourd'hui encore les familles religieuses, nous sommes loin de nos pères. Au quatrième siècle de l'Eglise, la seule ville d'Oxyrinque, dansla Basse Thébaïde, comptait dix mille moines et vingt mille vierges. Le père Ventura assure qu'au moyen âge la seule ville de Vienne en Dauphiné avait six mille religieuses cloîtrées ; et les seuls Franciscains avant la révolution étaient aussi nombreux en France que l'est aujourd'hui tout le clergé séculier et régulier réunL Pourtant le bras de Dieu n'est pas raccourci ; et sa grâce fait germer comme autrefois des vocations, que probablement nous ne cultivons pas avec assez de zèle. De là la pénurie que nous sommes obligés de constater.
Mais, dira-t-on, n'y a-t-il pas lieu de craindre en proposant aux âmes la vie religieuse, de déterminer à l'embrasser ceux que Dieu n'y appelle pas ? — « Il faut savoir, dit saint Thomas, que si l'entrée en religion par laquelle une âme s'approche de Jésus-Christ, et veut le suivre, est suggérée par le démon ou par un homme, une telle suggestion n'a aucune efficacité, si celui auquel elle s'adresse n'est pas attiré par Dieu. . . Le dessein d'entrer en religion vient toujours de Dieu quel que soit celui qui l'inspire. » « Et ils font bien ceux qui y portent les autres par leurs exhortations; coopérant par là à l'action du Saint-Esprit et s'efforçant de conseiller par le
ministère extérieur, ce à quoi l'Esprit Saint pousse intérieurement. Et ne sommes-nous pas, comme dit saint Paul, les aides de Dieu ? Dei enim siimus adjutores (1 Cor. 3. 9.) » Faut-il, de peur qu'une conversion ne soit pas sincère, que les prédicateurs et les confesseurs cessent d'exhorter les pécheurs à se convertir ? Qui oserait le prétendre ? La conversion comme la vocation ne peut venir que de Dieu; mais nous pouvons, selon le mot de saint Paul, aider Dieu dans l'une et dans l'autre. <
Mais, dira-t-on encore, les temps sont mauvais, comment avec la persécution menaçante oser multiplier encore les membres des communautés ? — Notre -Seigneur a donné ses conseils au moment où il savait très bien que la {)ersécution allait disperser ses apôtres. A-t-il agi imprudemment? N'est-ce pas plutôt nous qui nous trompons quand nous n'agissons pas comme lui. Cette Providence qui veille sur les petits des corbeaux, fermerait-elle les yeux sur les âmes qui sont le troupeau choisi du Christ, et la gloire de son Eglise ? Cette crainte pusillanime ne viendraitelle pas d'une certaine étroitesse d'esprit? Le monde est grand. Les malfaiteurs poursuivis par la justice savent où fuir pour lui échapper. Ne serions-nous pas trop attachés à un coin déterre, à une œuvre déterminée en dehors de laquelle nous ne voyons rien ? Est-ce que les grands instituts de Religieux ou de Frères redoutent d'avoir trop de sujets, eux qu'on demande dans tout l'univers ? Ils en recherchent au contraire partout, et ils font bien, puisqu'ils n'en n'ont jamais assez. Est-ce que les missionnaires n'ont pas besoin de Frères instituteurs et de religieuses pour les aider dans leur apostolat qui embrasse d'immenses contrées? Est-ce que la
terre libre de l'Amérique n'accueille pas avec bonheur les religieux des deux sexes? Notre- Seigncur a prévu le cas où nous sommes, et il a dit : Lorsqu'on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre : et pour que nous n'eussions pas la tentation de trop nous plaindre, quand il faudrait nous déplacer, il a dit aussi : Vous serez heureux lorsqu'on vous persécutera, lorsqu'on vous séparera les uns des autres, lorsqu'on dira contre vous toute esjjèce de mal. Réjouissez-vous parce que votre récompense est abondante dans le ciel. Après tout, ceux qui nous persécutent sont plus à plaindre que nous. Qui de nous ne préfère le sort des martyrs à celui de leurs, bourreaux ?
On s'explique bien que la faiblesse de leur sexe inspire aux religieuses une sorte de timidité; mais il faut que la confiance en Dieu en triomphe. Si les hommes les dispersent, Dieu saura bien réunir leurs âmes un jour au ciel où leur récompense sera abondante. Que dis-je? il a même soin de garder tous les ossements de ses saints : custodit Dominus omnia ossaeorum. lUesrassembleraà la résurrection générale pour les glorifier. Donc toujours courage et zèle pour développer l'état religieux qui durera, tandis que ses ennemis passeront, comme ont passé tous les persécuteurs de l'Eglise.
Toutefois en parlant aux fidèles du centuple promis par Notre-Seigneur à ceux qui quittent tout pour le suivre, il est bon de faire remarquer cette parole du bon Maître : Si quelqu'un veut venir après moi qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix et qu il '7ne suive. L'état religieux ne donne lès consolations de la grâce qu'à ceux qui sacrifient les tendances de la nature.
c'est mal d'en détourner 51