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QUELS SONT CEUX QUI PEUVENT ENTRER EN RELIGION

D'abord tous ceux qui y sont obligés, s'ils n'ont pas d'empêchements graves : par conséquent , tous ceux qui ont fait le vœu d'entrer en religion ; tous ceux qui en conscience sont convaincus qu'ils se perdront s'ils ne se font pas religieux ; tous ceux qui ont des marques claires d'une vraie vocation, et même ceux qui, sans avoir ces marques claires.'éprouventune estimepour l'état religieux, et quelque désir de l'embrasser, pourvu qu'ils le fassent avec une bonne intention. C'est ce qui résulte clairement de ce que nous avons exposé plus haut.

Allons plus loin, il est des jeunes gens qui n'ont aucun attrait particulier pour un état quelconque, qui sont aptes à tout genre de vie, qui n'ont aucun empêchement sérieux pour aucun état et qui ne sont pas dans les cas qui rendraient obligatoires pour eux un état déterminé.

C'est un fait d'expérience. Et il est tout naturel qu'il en soit ainsi. Il n'est pas dans les desseins de Dieu de fixer un état déterminé à tous les hommes avec obligation de l'embrasser. Sans doute. Dieu gouverne tout par sa Providence et par le concours des parents, des maîtres, des confesseurs et des circonstances; mais le plus souvent cette direction laisse l'homme libre de choisir ce qui lui convient sans péché. C'est ce qu'enseigne le savant Corneille de Lapierre.

« Dieu, dit-il, laisse tout à fait à la liberté d'un grand nombre le choix d'un état. » Il n'est pas le seul à soutenir cette doctrine que l'expérience de tous les jours démontre. Le Souverain Pontife Léon Xlil la confirme dans son encyclique du 15 mai 1891. « Nul doute, dit-il, qu'il ne soit loisible à chacun ou de suivre le conseil de Notre- Seigneur sur la virginité ou de contracter un lien conjugal. »

Cela posé revenons à la solution du cas en question. Ces jeunes gens, qui n'ont aucune vocation particulière, ne sont pas tenus à se marier, puisque nous supposons qu'ils ne sont pas dans les circonstances qui peuvent rendre le mariage obligatoire. D'après l'hypothèse, ils ne sont pas tenus non plus de rester dans le célibat, dans le monde, ni de se faire religieux , ils peuvent donc choisir librement l'état qu'ils voudront. Pourvu qu'ils le fassent par des motifs de foi , ils peuvent entrer dans un couvent, et faire l'essai de la vie religieuse ; et ceux qu'ils consultent sur leur avenir peuvent leur dire hardiment, que s'ils se marient ils feront bien ; que s'ils gardent dans le monde une chasteté parfaite, ils feront mieux ; que s'ils se font religieux, ce sera plus parfait encore. On sait qu'on a droit d'embrasser l'état religieux même après les fiançailles ; mais gardons-nous , en donnant ces conseils, de dénigrer la virginité pratiquée dans le monde ; ce serait dénigrer le sacerdoce lui-même ; car les prêtres ne sont pas religieux, ils vivent dans le monde et y sont tenus à la chasteté parfaite. Jeter le ridicule sur ce que le monde appelle avec dédain les vieilles filles et parler comme si ce n'était pas là un état saint, qui a toujours été en honneur dans l'Eglise depuis Notre-Seigneur et sa divine Mère , c'est faire l'œuvre du démon.

Il y en a assez pour la faire, il n'est pas nécessaire que les religieux s'y mettent.

Si nous voulons que ceux que nous conseillons sur leur vocation, ne se trompent pas dans leur choix , recommandons-leur de se tenir en état de grâce de peur que le péché ne les aveugle, de faire de bonnes lectures sur le point qui les intéresse, de prier beaucoup en se recommandant à la sainte Vierge, de réfléchir sérieusement, de consulter au besoin, non certes ceux qui peuvent les détourner du plus parfait, comme les parents, ou d'autres, mais ceux qui peuvent les aider. Saint Thomas dit qu'il faut éviter avec soin de consulter beaucoup de monde; ce serait mettre un grand obstacle à la vocation.

Que ceux qui ont à choisir un état se demandent ce qu'ils voudraient avoir fait, quand il faudra mourir ou comparaître au tribunal de Dieu. Ce qu'ils voudraient avoir fait alors, qu'ils le fassent aussitôt. Ils peuvent se demander aussi ce qu'ils conseilleraient eux-mêmes à un ami, qu'ils désireraient fort voir heureux et saint. Ce qu'ils conseilleraient à un ami , qu'ils l'exécutent euxmêmes ; c'est le moyen de ne pas se faire illusion. Enfin, que lorsqu'ils auront pris , dans des vues de foi, le parti de se consacrer à Dieu, ils l'exécutent au plus tôt.

« Saint Thomas dit que les divines invitations à une vie plus parfaite doivent être suivies sans retard, quanto citius.

« Saint Jean Chrysostôme, cité par le Docteur angélique, dit que Dieu quand il nous favorise de semblaDles inspirations veut que nous n'hésitions pas un instant à les suivre... Quand le démon ne peut détourner quelqu'un de la résolution de se consacrer à Dieu, il cherche au moins à lui persuader d'en différer l'exécution ; et il croit avoir

gagné beaucoup, quand il a obtenu un délai d'un jour, d'une heure même ; car si pendant ce jour, ou cette heure, une nouvelle occasion se présente, il lui sera moins difficile d'obtenir un plus long terme. L'esprit malin procède ainsi jusqu'à ce que le sujet appelé de Dieu, se trouvant plus faible et moins assisté de la grâce, finit par céder tout-à-fait et par abandonner sa vocation. Oh ! combien de fois, par de tels retards, l'ennemi est parvenu à faire perdre la grâce de la vocation à ceux qui l'avaient reçue. C'est pourqui saint Jérôme s'adressant à quiconque est appelé à sortir du monde l'invite à s'en échapper au plus vite. » Ainsi parle saint Liguori.

Le théologien Cajetan remarque avec raison que celui qui veut se faire religieux doit compter avec une ferme espérance sur la grâce divine. Chacun peut avoir cette confiance, car... si Dieu appelle ceux-mêmes c^ui ne le cherchent pas, à plus forte raison protégera-t-il et soutiendra-t-il ceux qui n'ont d'autre but que de lui plaire. Et c'est là ce qui prouve combien grande est l'illusion de ceux qui ne se décident jamais à répondre à l'appel divin par crainte de ne pas persévérer. a Celui qui accorde la grâce de vouloir, leur dit Lessius, accordera celle d'achever. L'abondance de la grâce, à l'aide de laquelle vous pourrez le faire facilement, et joyeusement ne vous fera pas défaut ; pour vous ne vous faites pas défaut à vousmême. » Suarez fait remarquer ensuite avec plusieurs théologiens que chacun doit penser que l'état religieux lui convient, tant qu'il n'a pas acquis la certitude du contraire, ou par des raisons sûres ou par une expérience déjà faite ; car la vigilance des supérieurs, l'éloignement des occasions de péché, les saints exemples, la parole de Dieu fréquemment entendue, les consolations

« un ennui non surmonté, cela suffît pour détruire « toutes les résolutions. . . de se donner entière- 1 « ment à Dieu.. . Quiconque se dissipera dans les « amusements mondains, doit être persuadé qu'il « perdra indubitablement sa vocation. . . »

Quant à celui qui a mal choisi un état de vie, qu'il s'en repente et il obtiendra certainement miséricorde; qu'il reprenne, s'il le peut, son premier genre de vie; autrement, qu'il se rende appelé, en accomplissant tous les devoirs de son état, et il méritera le ciel.

S'adressant à une religieuse entrée au couvent par contrainte et contre son gré, saint Liguori lui dit : « Maintenant que je vous vois placée dans la maison de Dieu, et devenue, bon ^ré malgré, l'épouse de Jésus-Christ, j'avoue, quant a moi, que je ne saurais vous plaindre, de même que je ne saurais plaindre une personne qui serait transportée, fut-ce contre sa volonté, d'un lieu empesté et entouré d'ennemis dans un endroit salubre et sûr.

« Il faut donc, dans le cas présent, faire de nécessité vertu ; si le démon s'est elTorcé de vous amener à cet état pour vous perdre, nrofitez-en à son grand déplaisir pour vous sanctifier et vous sauver. Donnezvous de bon cœur à Dieu, et je vous assure qu'alors vous serez plus contente que toutes les princesses et reines'du monde.

« Tous répliquez : Gomment puis-je être heureuse dans cet état, si je n'y ai pas été appelée? Mais, quïniporte que vous n'ayez pas été appelée d'atord! Quoique vous ne soyez pas entrée au couvent par vocation, il est néanmoins certain que Dieu a permis cela pour votre bien; et si alors il ne vous appelait pas, à présent il vous appelle certainement à être toute à lui.

« Lorsque sainte Thérèse entra au couvent, ce ne fut pas non plus de bonne volonté : elle assure qu'en sortant de la maison de son père, elle éprouva une telle douleur, qu'elle croyait n'en devoir sentir de plus grande au moment de la mort; et on lit dans sa

vie qu'elle prit l'habit comme par force. Malgré cela, elle devint cette grande Sainte et cette illustre Réformatrice de son Ordre, que Ton connaît. »

Sur ces questions que nous avons traitées ici brièvement et qui, dans la pratique, sont de la plus grande importance, les religieux et les religieuses qui ont l'occasion de donner des conseils à la jeunesse, liront avec fruit le livre que nous avons fait imprimer à Rome, après examen de la censure pontificale, et qui est intitulé : Des états de vie chrétienne et de la vocation d'après les docteurs de l'Eglise et les théologiens.

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