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CHAPITRE II

BONHEUR DE l'AME QUI SE CONSACRE A DIEU PAR LES SAINTS VŒUX

Quel jour pour l'âme religieuse, que celui où, admise à la profession , elle va prononcer le vœu de pratiquer les trois conseils de l'Evangile, et se lier par là à Notre-Seigneur par d'heureuses et glorieuses chaînes ! Oui , heureuses chaînes • car ce ne sont pas celles de l'esclave, mais celles qui unissent l'épouse à l'époux de son choix; chaînes par conséquent que pour rien au monde elle ne voudrait voir se rompre ; chaînes qui, loin de peser à son cœur, font sa plus grande consolation. Depuis longtemps, elle ambitionnait de se donner ainsi à Jésus. Ses vœux sont accomplis; elle va dire adieu à tout, pour suivre celui qu'elle a choisi entre mille. Qu'a-t-elle besoin de richesses, pour s'unir à celui qui s'est fait pauvre pour l'amour d'elle ? Oserait-elle aimer les plaisirs de la terre, quand pour la racheter et gagner son cœur, il n'a pas eu de la plante des pieds jusqu'à la tête une place saine ? Le bon plaisir de cet époux divin ne doit-il pas faire sa loi ? C'est donc de bon cœur que, victime volontaire, elle va à l'autel pour s'immoler à celui qui n'a pas craint de se sacrifier sur la croix.

Sans hésiter, elle prononce ses vœux, selon la formule usitée dans sa congrégation en fête. Et les épousailles sont contractées entre l'âme religieuse et Notre-Seigneur, qui devient vraiment son unique époux. Iviais quel époux! — Quand

une jeune personne donne sa main à un homme mortel, on parle de lui, on se demande : Est-il noble? Est-il riche ? Est-il beau, sera-t-il bon ? Qualis est dilectus tuus; mais à vous, âme religieuse, quel est votre bien-aimé ? Qui dira sa génération ? Son Père Ta engendré dans son sein avant la création de la lumière ; il était avant que fussent jetés les fondements de la terre, c'est par lui que le Père a tout créé. Tout a été fait par lui, et rien n'a été fait sans lui. Sa puissance est celle de Dieu même; toutes les perfections divines sont à lui. Il est la splendeur de la gloire et le portrait fidèle de la substance du Père. Sa beauté, sa sagesse, sa sainteté, sa science, sa justice, sa bonté sont infinies.

Comprenant, par les Saintes Ecritures, que l'Eternelle Sagesse n'est autre que Notre-Seigneur, le B. Henri Suso, dans sa jeunesse, se disait à lui-même : « Mon cœur est ardent, je ne puis vivre sans aimer : les créatures ne sauraient me plaire, et ne peuvent me donner la paix. Je m'en vais tenter fortune et chercher à conquérir les bonnes grâces de cette divine et sainte amie ; et il savourait avec ivresse ces paroles : La Sagesse est jolus éclatante que le soleil, plus belle que Vharmonie des étoiles, et comparée à la lumière, elle l'emporte ; aussije Vai aimée, je Vai recherchée dès ma jeunesse; et je Vai demandée pour épouse, et j'ai été ravi de ses charmes... Je me reposerai avec elle, car sa conversation n'a point d'amertume, et les rapports que l'on a avec elle n'engendrent point de dégoût. » Sap. VII,28; VIII,2, 16."^Etla Sagesse se montrait à lui tantôt sous la forme d'un jeune homme d'une grande beauté, tantôt sous celle d'une vierge majestueuse et pure, s'offrant à lui, ou comme une maitresse savante en toute chose, ou comme une céleste amie, qui lui souriait en lui

disant : Mon fils, donne-moi ton cœur. Et Henri, tout embrasé d'amour, saisit un canif et il grava sur sa poitrine le nom de Jésus, en lui disant : Je vous ai imprimé sur ma chair, mais je voudrais aller jusqu'à mon cœur. Suppléez à ce qui me manque, et écrivez dans mon cœur votre nom avec des lettres éternelles que rien ne puisse effacer.

En effet, le Verbe éternel s'est fait homme et il s'est appelé Jésus. Son nom a été apporté du ciel à la terre, qui l'attendait depuis 40 siècles. N'estil pas le libérateur promis à Adam coupable? N'est-ce pas lui qu'appelaient les vœux des patriarches, les soupirs des prophètes de l'ancienne loi ? N'est-il pas le désiré des nations ? En s'unissant notre nature, il n'a rien perdu, ni rien pu perdre de ses perfections divines qui sont inaltérables ; mais comme homme il est le plus riche, le plus beau, le plus aimant des enfants des hommes. Son père lui a dit : Demandez-moi et je vous donnerai les nations en héritage,^ et en possession les limites de la terre. Comme Dieu, il était déjà maitre de tout. C'est donc le Roi des rois, le dominateur des dominateurs. Sa beauté égale sa puissance. Quand il naquit dans une étable, les anges se penchèrent sur son berceau, pour contempler ce doux, ce ravissant visage d'enfant, l'orgueil des cieux ; et ils entonnèrent le cantique d'allégresse : Gloire à Dieu et paix sur la terre ; et l'enfant grandit, mais en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes. Il tiendra ses attraits cachés pendant 30 ans ; mais vous le verrez vous, ô vierge Marie, et, avec votre tendresse de Mère, vous lui direz : Voici que vous êtes beau et éclatant, mon bien-aimé, vous êtes la fleur des champs, le lis des vallées. Mo7i bien-aimé est blanc et vermeil ; sa tête est plus rayonnante

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que Vor le plus pur; ses ij eux ont la douceur des colombes, qui se mirent sur le bord des eaux. Sa voix est douce; tout en lui me ravit. » Quand il se montra ù Israël, il attira les foules à sa suite. Une fois que Madeleine eut contemplé ses traits divins, elle renonça à toutes les affections de la terre, qui avaient profané sa jeunesse. Elle n'aima plus que le roi de la pureté, qu'elle suivit jusqu'au calvaire. Ah ! au calvaire, ce soleil de beauté a subi une éclipse. Nous V avons vu et il était méconnaissable; et cependant saint Augustin recommande aux âmes fidèles de considérer ses plaies et les ruisseaux de sang qui en découlent. C'est que ce sang nous a lavé de nos souillures. C'est l'amour qui l'a répandu. C'est par l'amour quïl portait aux hommes, et surtout à ceux qui devaient se consacrer à lui, et qui sont le plus beau fruit de ses souffrances, que Jésus a subi les crachats, les meurtrissures, les plaies de sa Passion. Comment ne pas lire sa tendresse, sa générosité à travers ses plaies ! Quelles lettres admirablement belles que celles qui nous révèlent les trésors du Cœur de Jésus ! Aussi la prophétie du Sauveur se réalise. Quand f aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi, a-t-il dit. Il a réussi. Et vous, âme sainte, qui vous donnez à lui en ce jour solennel, n'est-ce pas la vue de ce qu'il a souffert pour vous qui a ravi votre jeunesse ?

Mais le nuage de deuil qui a voilé les beautés de l'Homme-Ûieu sera vite dissipé par les gloires de la résurrection ; et quelle langue pourrait dire l'éclat de Jésus sorti du tombeau, subtil, agile, lumineux ? Le divin Maitre daigna montrer à sainte Thérèse, d'abord ses mains, puis son visage et enfin son corps ressuscité ; et la sainte a écrit : « Quand même je me serais efforcée, durant des années entières, de me figurer une si

extrême beauté, cela m'eut été impossible, tant sa seule blancheur surpassait tout ce qu'on peut s'imaginer ici-bas. C'est un éclat qui n'éblouit point; c'est une blancheur inconcevable, une splendeur qui réjouit la vue sans la lasser, une clarté, qui rend l'âme capable de contempler cette beauté toute divine ; enfin c'est une lumière, en comparaison de laquelle celle du soleil parait si obscure, que l'on ne daignerait pas ouvrir les yeux pour la regarder.

« Cette lumière est comme un jour sans nuit, toujours éclatant, sans que rien soit capable de l'obscurcir. L'ineffable beauté de Jésus-Christ, m'a fait une telle impression qu'elle m'est toujours présente. Depuis lors, tout ce qui est icibas me parait si méprisable, que nul autre objet ne me touche ; je me riais de la peur que quelques-uns de mes confesseurs avaient que je m'attachasse à eux. Ils ne connaissaient pas le détachement que j'avais de toute créature. »

Et ce Jésus si beau, si riche, si noble, si bon qui siège aujourd'hui à la droite de son Père dans les splendeurs des Saints, ô âme religieuse, c'est votre époux. Après l'avoir dit, s'écrie saint Chry-. sostôme, il n'y a plus qu'à garder le silence ; car il n'est rien qui puisse égaler cette dignité. Celle qui a épousé un roi de la terre, se croit la plus heureuse de toutes ; et vous, comment ne sacrifîeriez-vous pas tout, votre vie même, s'il le fallait, pour plaire à Celui que vous avez choisi. Ce n'est point un mortel, ni un esclave, c'est Celui qui règne dans les Cieux. Il est au-dessus de toute Principauté, de toute Puissance, de toute Vertu, de tout nom qui puisse être prononcé ! Il déploie le Ciel ; il ébranle la terre; les Chérubins devant lui se prosternent; il est inaccessible aux

Séraphins, et pour vous, il est Epoux et plus qu'Epoux ! »

« La femme qui a choisi un homme mortel pour le guide et le gardien de sa vie, reçoit, en retour de ses soins et de sa soumission, les conseils et l'assistance continuelle de son mari; à combien plus forte raison, en récompense de son zèle à se rendre agréable à Dieu, doit-elle compter en tout sur des attentions paternelles de la Providence divine, l'âme qui a remis entre les mains du Seigneur, avec une entière confiance, tout le soin de sa vie... Et n'a-t-elle pas dans le passé un gage de la bonté de Dieu pour l'avenir! Lorsqu'elle ne cherchait point encore à lui plaire, Jésus a montré à son égard un amour si grand, que, pour elle, il s'est offert volontairement et

généreusement, afin de la sanctifier par son sang, u moment donc où elle cherche à lui plaire, quel soin n'aura-t-il pas d'elle, et avec quelle sollicitude ne lui procurera-t-il pas tous les biens de cette vie et tout ce qui est de nature à lui assurer la vie seule véritable et éternelle!

« Oui en retour de l'amour que son épouse a pour lui, Jésus-Christ, en se communiquant à elle dans la patrie, la fera reine dans le Ciel, elle qui, peut-être sur la terre, était esclave, méprisée, pauvre, ignorée et le rebut du monde. Nonseulement il lui donnera la gloire de l'immortalité, mais il la revêtira lui-même, comme son Epouse, d'un vêtement splendide dont la variété admirable arrachait ce cri au chantre inspiré : « La reine s'est assise à votre droite, couverte d'un vêtement d'or aux couleurs variées. » En sorte que celle qui maintenant, peut-être, est méprisée, et recouverte des pauvres haillons de l'esclave, dans les royaumes célestes sera assise à côté du Roi,

reine pleine de noblesse et de majesté, et parée d'une robe éclatante »

Mais en attendant ce jour éternel, chantons ce jour qui le prépare sur la terre. Chantons ce jeune homme, cette jeune fille, qui se donnent à Jésus par les saints vœux. Mettez-leur une couronne sur la tête, et dites : Heureux ceux qui ont été appelés aux noces de l'Agneau !

Sainte Agnès, à 12 ans, disait à Procope, fils du gouverneur de Rome, qui voulait l'épouser : « Ne pense pas que je sois jamais infidèle à mon époux, ni que tu puisses mériter d'être son rival ; car il est noble, beau, sage, riche, bon et

f)uissant. Il a Dieu pour père, sa mère lui a donné e jour sans cesser d'être vierge. Sa splendeur surpasse la beauté des astres, et les cieux admirent sa beauté. Il a si bien su me captiver de son amour, que je ne puis penser à d'autres qu'à lui. Personne ne le sert qu'il ne soit comblé de richesses. Sa bonté m'a marquée de son sceau, et m'a ornée de joyaux inestimables. Les malades sont guéris par le parfum qui s'exhale de sa personne, et les morts reviennent à la vie au son de sa voix. Quand je l'aime, je suis chaste ; quand je m'approche de lui, je suis pure ; je demeure vierge. » Et la sainte repoussait avec horreur les espérances et les présents qui lui étaient offerts. 0 âmes religieuses, la mort plutôt que d'être infidèles. Formez la résolution de mourir plutôt que de vous séparer de votre Epoux divin, et renouvelez-la au moins tous les ans, avec vos vœux, au jour anniversaire de votre profession. C'est tous les jours que saint François-Xavier renouvelait ses vœux, et il avait coutume de dire qu'il n'y a pas de meilleur préservatif contre les attaques de Satan.

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