‹ L'Etat religieuxChapitre 36 sur 98 · LAMOUR DE DIEU · texte numérisé non relu

LAMOUR DE DIEU

âme ; mais encore au péché véniel et à la tiédeur, qui sont comme de la cendre jetée sur cette divine flamme pour en amortir l'action. Toutefois, comme saint Liguori le remarque à ce sujet, si nous faisons quelque chute, relevons-nous aussitôt sans nous décourager, par un acte d'amour de Dieu. Cet acte, en effet, a la vertu d'effacer non-seulement tout péché A^éniel, mais même, s'il est accompagné du désir de se confesser, tout péché mortel.

3° Le détachement des créatures et de soimême. Le Bienheureux Louis de Grenade parle d'une sainte âme qui, ayant lu que saint François d'Assise avaitpassé une nuit entière à faire à Dieu cette prière : « Seig7ieur^ que je vous conna.isse et que je me connaisse, » s'arma d'une rude discipline, et, pendant de longues heures, se flagellait en répétant sans cesse : « Seio-neur, donnez-moi l'amour et la haine. » Elle demandait par là l'amour de Dieu et la haine d'elle-même. Le Bienheureux Louis de Grenade remarque qu'en effet, toute la vie chrétienne est là. On ne peut

Eoint puiser d'eau dans un vase plein de sable, e Saint Amour n'entre pas dans un cœurrempli par les choses de la terre. Malheur, disait saint Augustin, à qui divise son cœur et en fait une part pour Dieu et l'autre pour le démon. Le Seigneur, irrité, se retire, et le démon possède tout. Faisons donc à Dieu l'offrande de notre cœur tout entier, et quand le démon se présente, disons-lui comme Agnès à celui qui voulait l'épouser : « Retire-toi. tu veux empoisonner mon cœur ; j'ai un autre amant qui t'a prévenu et qui est maitre de mes affections . » — Quand sainte Thérèse eut brisé toute attache humaine, Notre- Seigneur lui dit : Maintenant, Thérèse, tu es toute à moi, et je suis tout à toi.

QuandJésus est tout à une âme qui l'aime, qu'il est facile à cette âme de se détacher de tout !

Saint Vincent de Paul avait converti le comte de Rougemont, duelliste fameux, qui s'appliqua, après son retour à Dieu, à la pratique des bonnes œuvres. Saint Vincent de Paul lui-même raconte qu'un jour que ce gentilhomme allant en voyage, repassait dans son esprit ce à quoi il avait renoncé pour Dieu, et examinait s'il n'y avait pas encore quelque chose à quoi il tint en ce monde, quand ses yeux se portèrent sur son épée. « Pourquoi la portes-tu, se dit-il à lui-même ? mais comment la quitter, cette épée qui t'a tiré de mille périls? Si on t'attaquait tu serais perdu sans elle. D'autre part, il peut t'arriver quelque rixe, où tu n'auras pas la force de ne pas t'en servir et tu risqueras d'offenser Dieu. Je ne trouve que cette épéequim'embarrasse,oh!jene seraiplus silâche que de la porter. Sur ce, il descend de cheval, et brise son épée contre un rocher. Cet acte de détachement, rompant cette dernière chaine de fer qui le tenait captif, jamais le comte de Rougemont n'eut depuis aucune attache terrestre : il ne tenait qu'à Dieu seul.

4" C'est dans la communion et l'oraison que l'âme se donne toute à Dieu : aussi saint Liguori dit aux âmes qui veulent grandir dans le saint amour : « Ayez à cœur, avec la permission de votre directeur, de communier fréquemment et de vous livrer beaucoup à l'oraison mentale. i> A l'aide de ces moyens, nous établirons l'amour divin dans nos âmes.

Article III. — Manière pratique d exercer l'amour de Dieu.

Saint Laurent Justinien est le maitre qui va nous l'enseigner. Elle consiste à penser volon-

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tiers à Dieu, à donner et à souffrir volontiers pour lui. D'abord, kj^ensey^ volontiers'à Dieu, non d'une manière spéculative, mais d'une manière pratique, en faisant souvent des actes d'amour pour lui. C'est par des actes répétés que s'acquiert une habitude, et qu'on en vient à faire facilement ces mêmes actes. Ainsi en est-il pour tous ceux

âui exercent un art, ou un métier quelconque, ''abord ils sont maladroits dans la manière de se servir de leurs instruments ; mais par l'exercice, ils en viennent à les manier lestement et avec aisance. En pensant souvent à Dieu, avec des sentiments d amour, on en vient à faire de cet amour sa joie et sa vie. Notre-Seigneur dit un jour à sainte Catherine de Sienne : « Ma fille, ne pense qu'à moi ; si tu le fais, je penserai sans cesse à toi. »

Or, ces sentiments de divine charité sont de plusieurs sortes : tantôt l'âme s'élance vers son Bien-Aimé, et désire s'unir à lui en disant : Mon Dieu, mon âme a soif de vous ; mon Dieu et mon tout ! C'est l'am.our aspiratif. Tantôt elle se réjouit des amabilités de Dieu, de la gloire dont il jouit, ainsi qu'un enfant se réjouit du bonheur et de la gloire de son père. C'est l'amour de corn.plaisance. D'autres fois, l'âme s'attriste de voir que Dieu a souffert, pour elle de ce qu'elle l'a offensé et de ce que les hommes l'offensent encore ; et comme David, elle lui dit : Mes yeux versent des torrents de larmes parce que les hommes ne gardent pas votre loi. C'est l'amour douloureux. Ou bien l'âme lui dit qu'elle le préfère atout le reste. Et certes, comment avoir de la peine à tenir un tel langage !

Serait-ce beaucoup que de dire à un grand roi qu'on l'aime plus que la paille et le foin ? Or, toute créature devant Dieu est moins que le brin

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d'herbe que nous foulons aux pieds, par rapport à un roi. C'est là l'amour de préférence. Ou enfin l'âme désire à son Dieu toutes sortes de bien ; elle voudrait qu'il fût aimé de toutes les créatures. Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, dit-elle. G' est V amour de bienveillance. Ces actes intérieurs sont très utiles ; mais, pour montrer leur sincérité, il faut en venir aux œuvres. Rien n'est fort comme l'amour : quoi de timide comme la poule ? donnez-lui des poussins et un cœur de mère pour eux, elle ne reculera pas devant des hommes armés. Qu'en serait-il donc si nous mettions l'amour de Dieu dans nos cœurs ?

Pour aimer, il faut donner volontiers pour Dieu. Saint Pambon, voyant un jour une comédienne qui s'évertuait à s'attirer l'admiration des spectateurs, se mit à pleurer; et comme on lui demandait la cause de ses larmes : « Je pleure, dit-il, l'état malheureux de cette femme, et ma négligence; car je fais moins pour plaire à Dieu, qu'elle pour plaire aux hommes. Donc, donnons volontiers pour Dieu, de nos biens par l'aumône; de nos plaisirs en nous les refusant; de notre propre volonté et de notre amour-propre en y renonçant • de notre personne en travaillant à la gloire de Dieu.

Enfin, il faut souffrir volontiers pour Dieu.

Le bois le plus propre à exciter la flamme de la charité, dit saint François de Sales, c'est le bois de la croix. Donc, souffrons volontiers pour Dieu les privations, les maladies, les mépris, les aridités spirituelles, etc.

La B. Angèle de Foligno disait que les biens temporels, les richesses, les honneurs ne sont que les miettes de pain, qui tombent de la table de Dieu; mais que les croix sont les mets délicats de cette table sacrée, et que pour cela ils sont ré-

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serves aux favoris. Elle assurait que ceux qui souffraient beaucoup sont admis à cette table auprès de Jésus; et sont nourris des mêmes mets que lui. Et pour obtenir des croix, elle fit un fervent pèlerinage de 4U lieues.

Ou souffrir ou mourir, disait sainte Thérèse. Toujours souffrir, jamais mourir, disait sainte Madeleine de Pazzi, digne fille d'une telle mère. Saint Léonard veut qu'on ajoute cette autre devise à celles de ces ^^aintes âmes : Souffrir et aimer. Saint Ignace d'Antioche avait compris que l'amour se témoigne par les souffrances. Saisi parles persécuteurs, il écrivait : « On me conduit à Rome, pour être dévoré par les bêtes : je suis déjà livré à des soldats inhumains semblables aux lions et aux léopards. C'est là ce qui fait ma joie; j'ai enfin le bonheur de souffrir pour Jésus- Christ. Je commence àêtre son disciple, puisqu'il m'est donné de me sacrifier pour lui. » Trajan le fit comparaitre devant lui, et lui demanda qui il était : Je suis Ignace, dit-il, et on m'appelle Théophore parce que je porte dans mon cœur Jésus- Christ, vrai Fils de Dieu. Et quand on lança contre lui les deux lions qui devaient le dévorer, à genoux, dans un élan d'amour, il répétait le saint nom de Jésus.

Saint Benoit Labre à une femme qui lui demandait comment U faut aimer Dieu, donna une réponse qui résume tout ce que nous venons de dire. « Il faudrait, dit-il, avoir trois cœurs en un seul ; le premier, de feu pour le bon Dieu; le second, de chair pour le prochain, et surtout pour les pécheurs ; le troisième, de bronze pour nousmêmes. » Heureux ceux qui, comprenant l'obligation d'aimer Dieu, prendront les moyens d'acquérir le trésor ineffable de l'amour divin , et produiront avec ardeur les actes qu'inspire la

charité. Ils souffriront peut-être en ce monde, mais en aimant. Et quand on aime, on n'a pas de peine ; ou, si on en a, c'est une peine que l'on aime. Ils mourront en aimant, et ils jouiront et vivront au ciel de l'amour éternel.

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