CHAPITRE III
DE l'amour du prochain
Celui qui n'aime pas le prochain qu'il voit, comment aimera-t-il Dieu qu'il ne voit pas ? dit saint Jean. La charité envers Dieu et envers le prochain n'étant cju'une seule et même vertu, il est clair que celui qui n'aime pas son prochain, n'aime pas Dieu, que celui qui est imparfait dans l'amour du prochain, l'est aussi avec la même proportion dans l'amour de Dieu. Les âmes qui tendent par état à la perfection, doivent donc tendre à une charité parfaite envers le prochain. « On reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres, » a dit Notre- Seigneur ; sans charité, comment serait-on religieux, quand on ne peut être chrétien? Elevé à l'école du Sauveur, l'Apôtre bien-aimé parle comme lui : Mes petits enfants, dit-il, aimez-vous les uns les autres. C'est le seul refrain qu'il fait entendre dans sa vieillesse ; et quand les fidèles lui reprochent de dire toujours la même parole, il répond : C'est le précepte du Seigneur, et si on l'accomplit, c'est assez.
C'est là aussi ce que doivent dire tous les supérieurs à la suite de Notre-Seigneur et de son disciple bien-aimé. Aussi voit-on quetous les saints,
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en mourant, recommandaient aux âmes chéries, qu'ils laissaient sur la terre , de s'entr'aimer, yainte Monégonde de Chartres s'était retirée à Tours à la fin de sa vie, et elle avait réuni autour d'elle une fervente communauté. Quand elle fut à sa dernière heure, toutes ses filles l'entouraient et, fondant en larmes, elles lui disaient : « Est-ce que vous nous abandonnez entièrement, souvenezvous que vous êtes notre mère ; dites-nous donc à qui vous nous recommandez en nous quittant. Et la sainte leur répondit : « Si la paix règne parmi vous, et si vous continuez à travailler à votre sanctification, Dieu même sera votre protecteur, et dès que vous m'appellerez à votre secours, je me trouverai au milieu de vous. »
Sainte Melchtilde, avant de mourir, dit aux religieuses de Diessen, que ses parents avaient fondées que, ni leurs jeûnes, ni leurs abstinences et leurs veilles, ni leur promptitude à assister aux divins Offices et à obéir, ni l'éclat de leur virginité ne leur assureraient le ciel, si elles n'avaient l'amour mutuel dans le cœur, et ne le faisaient paraitre dans leurs actions.
La charité, en effet, fait de la terre le ciel. Làhaut, c'est l'amour parfait du prochain dans l'amour de Dieu. La haine et la division font de la terre un enfer. Sans la charité, les monastères sont des enfers, a dit saint Jérôme. Tout royaume divisé contre lui-même ne saurait subsister. Quand vous entrez dans une maison dont les pierres et les pièces de bois sont bien unies entre elles, vous entrez sans crainte, dit saint Augustin, Mais si tout est désuni, vous jugez qu'elle menace ruine. Ainsi en est-il d'une communauté. Autant donc pour le bien de sa congrégation, que pour obéir au précepte de Notre-Seigneur, il faut pratiquer l'amour du prochain. Nous allons voir
d'abord de quelle manière, et ensuite nous dirons un mot des diverses œuvres de charité.
Article I. — De quelle manière nous devons aimer le prochain.
Ecoutons notre Maitre, celui que nous voulons suivre en tout, comme notre modèle divin, Jésus- Christ. Voici mon commandement, c'est que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. Or, comment nous a-t-il aimés ? Jusqu'à s'anéantir, jusqu'à souffrir, jusqu'à mourir pour nous. Et, d'après sa parole divine, o?i ne peut donner à ceux qu'on chérit, une plus grande marque d'amour, que de mourir pour eux. L'amour qu'il nous a porté, l'a pénétré tout entier, il a détrempé son esprit et son cœur; il a inspiré ses paroles, ses actions, ses souffrances; ainsi devons-nous nous aimer mutuellement : I" par l'esprit, comme Notre-Seigneur, dont les pensées sont des pensées de paix, et non d'affliction et d'amertume, et 5ui dissimule nos loéchés, semblant n'y pas prenre garde, afin de nous donner le temps d'en faire pénitence. La charité, en effet, ne pense pas mal, dit l'apôtre. Les supérieurs qui sont chargés des autres, peuvent et même doivent soupçonner, afin de prévenir le mal ; mais à ceux qui n'ont pas la charge des autres, Jésus-Christ dit : A^e jugez jjas, afin de n'être pas jugés. Un jugement sans miséricorde attend celui qui ne fait pasm.iséricorde. Le simple soupçon, le simple doute sur l'innocence d'autrui est une faute, s'il est téméraire. Et quel inconvénient y a-t-il à se tromper et à juger méchant celui qui serait bon ?
Charles VI, roi de France, était doux et affable ; il n'ajoutait pas foi aux rapports défavorables qu'on lui faisait sur autrui. « J'aime mieux.
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disait-il, ne pas croire le mal où il est, que de le croire où il n'est pas. »
Estimons nos frères. Et ne sont-ils pas estimables par leur âme, faite à l'image de Dieu, pour laquelle Jésus a versé son sang, et qui est destinée à l'aimer éternellement ? Le tableau de grand prix, dont le revers est couvert de toiles d'araignées, n'en est pas moins l'œuvre d'un grand maître. Un peu de poussière enlève-t-elle à un diamant sa valeur? Qu'ils sont loin de la charité ceux qui soupçonnent, qui méprisent, qui s'informent de ce qu'on'dit, ou de ce qu'on pense d'eux! Esprits ombrageux et toujours inquiets !...
2° Charité du cœur. Je vous ai aimé, dit le Seigneur, d'un amour éternel; c'est pourquoi, par pitié pour vous, je vous ai attirés à àmoi. Et saint Paul : Revêtez-vous, dit-iL des entrailles de la miséricorde. Le religieux, dit à ce sujet saint Liguori, ne paraît jamais sans son vêtement; la charité, voilà le vêtement dont son cœur est revêtu. La charité est bienveillante; elle n'est pas jalouse, ni colère; elle est désintéressée; elle ne se réjouit point du mal ; elle pleure avec ceux qui pleurent; elle se réjouit du bien. La mère, qui aime son enfant, quelle indulgence n'a-t-elle pas dans son cœur! On trouve tout bien chez ceux qu'on aime avec passion. La charité n'aurait-elle pas le même effet? La charité souffre tout; elle supporte tout. Saint Epiphane, évêque de Salamine, recevait à sa table l'illustre Hilarion, son ami. Celui-ci ayant dit que, depuis qu'il portait l'habit de solitaire, il n'avait mangé quelque chose qui eût eu vie, Epiphane répondit : « Pour moi, depuis que je porte le même habit, je n'ai jamais souffert que quelqu'un se soit endormi ayant dans son cœur quelque chose contre moi, et je ne me suis jamais couché ayant moi-même dans le
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cœur quelque chose contre le prochain. Hilarlon convint sans peine, que la pratique d'Epiphane était meilleure que la sienne. Saint Anastase le Sinaïte raconte d'un religieux, qui avait mené une vie tiède, que, se trouvante sa dernière heure, il avait l'âme remplie de confiance. Ses frères 3ui l'entouraient lui demandent d'où lui vient tant e calme. « Ah! dit-il, si je considérais mes péchés, j'aurais bien lieu de trembler, caries anges m'en ont présenté le tableau, et j'ai dû convenir
3ue jetais bien coupable; mais je leur ai dit que epuis mon entrée en religion, je n'ai jugé personne, je n'ai gardé aucune haine, et que NT-S. avait dit : Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés; pardonnez, et on vous 2:)ardonnera. Alors les anges ont déchiré la liste de mes péchés; c'est pourquoi je meurs en paix » ; et bientôt après il expira.
3° Charité dans les paroles. Ilévitera les discussions et les cjns, avait dit un prophète parlant de Notre-Seigneur; et, en effet, ce divin Sauveur dit même à Judas : Mon ami, -pourquoi êtes-vous venu ? Donc, évitons les paroles contre la charité. « Il est des religieux, dit saint Liguori, dont la langue ne saurait lécher sans écorcher. Ces mauvaises langues devraient être entièrement bannies des cloîtres, ou du moins constamment renfermées dans une prison. » On doit surtout éviter ce défaut à l'égard des membres de la communauté, des confesseurs, des supérieurs.
On rencontre des religieux assez peu discrets pour faire connaître à leurs parents, aux gens du dehors, les petites peines qu'ils ont en communauté, faisant ainsi haïr la vie religieuse, et donnant, en même temps, une pauvre idée de leur vertu. Ces religieux n'ont pas l'esprit de famille qui fait la joie des communautés ferventes. Ils montrent par là qu'ils tiennent peu à l'honneur
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de leur communauté, puisqu'ils donnent lieu de colporter à travers le monde, à son grand détriment, les épreuves dont elle souffre. On doit même garder une entière discrétion sur les travers, les infirmités, les peines de famille de ses frères en religion. Qu'on craigne surtout de ruiner l'autorité et l'esprit d'obéissance envers les supérieurs et envers leurs décisions. L'esprit de critique, est, après l'immoralité, le plus grand des maux. Plaise au ciel qu'il soit à jamais banni de ces demeures paisibles, où se réfugient la soumission et le respect bannis de notre société moderne.
C'est médire que de révéler des défauts, de les exagérer, de prêter des intentions mauvaises, de ne pas s'associer aux justes éloges qu'on donne à autrui, ou d'en rabattre le plus possible. Mettez à vos oreilles une /taie d'épines et n'écoutez pas la /anfifueînec/iante, dit le Saint-Esprit. Partout où se trouvait sainte Thérèse, ses sœurs se croyaient en sûreté, elle les défendait, au besoin. Sainte Claire de Rimini avait, par mégarde, prononcé à l'égard d'une personne une parole, qui n'était pas assez polie. Dans sa douleur, elle rentre dans sa cellule, et, prenant des tenailles, elle se tint la langue hors de la bouche pendant un temps si considérable, qu'elle la mit toute en sang, et qu'elle fut ensuite plusieurs jours sans pouvoir parler.
Point de rapport contre la charité. Le Seigneur déteste celui qui sème la, discorde entre les frères. Avez-vous entendu une parole contre le prochain, ensevelissez-la dans votre cœur comme dans un tombeau. Les traits d'esprit piquants blessent parfois, d'une manière cruelle, le cœur d'un frère et d'une sœur. Pas de disputes ; mieux vaut céder que de l'emporter. Mieux vaut une once de cha-
rite que cent charretées de raisons, disait le cardinal Bellarmin. Donc, si quelqu'un parle, que ce soit comme lu i')a.r oie de Dieu. Pas un mot répréhensible. dit saint Paul. Une réponse douce updise la colère.
Saint Macaire l'Ancien allaitun jour de Scétée à la montagne de Nitrie. Il était précédé d'un de ses disciples qui marchait devant lui aune assez longue distance. Le disciple, ayant rencontré un prêtre des idoles qui portait un bâton à la main, et courait comme dans les bacchanales : Où courstu ainsi , démon, lui demanda-t-il? Le païen, furieux, frappe si rudementle moine, qu'illelaisse à demi-mort, puis se remet à courir. Il rencontre saint Macaire , qui n'avait pas vu ce qui s'était passé et qui, saluant avec bonté cet homme, le plaint de la fatigue qu'il se donne. Touché de cette compassion, cet idolâtre dit à Macaire : « Au moins, vous n'êtes pas comme ce moine qui m'a mal parlé ; aussi je l'ai laissé à demi-mort. » Macaire lui fait voir que la peine qu'il prend pour ses faux dieux ne lui servira de rien, et l'idolâtre tombe à ses pieds, en lui disant qu'il ne le quittera pas qu'il ne l'ait fait moine. Tous deux vont relever le pauvre frère, et le remportent au monastère. Le prêtre des idoles, sincèrement converti, se fait moine ; et sa conversion en détermine plusieurs autres.
Evitons les bizarreries de caractère. Il est des personnes qui, selon l'expression d'un Saint Père, « se réjouissent pour un écu, et s'attristent pour une obole. Faits à l'image et à la ressemblance de Dieu, par suite de nos défauts, nous jouons plusieurs rôles ; et , de même qu'au théâtre on voit le même personnage reproduire tantôt la force d'Hercule, tantôt la mollesse de Vénus, tantôt le tremblement de Cybèlc, ainsi, nous-mêmes, nous
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faisons autant de personnages différents que nous avons de défauts.» Ces bizarreries sont de nature à rendre la vie dure à ceux qui vivent avec nous.
i" Charité dans les actions. Notre-Seigneur a passé en faisant le bien; et saint Paul a pu dire : Je me suis fait tout à tous. Que chacun cherche à jylaire à son prochain, afin de l'édifier. Il est certaines manières, certains gestes, certains regards, qui blessent plus profondément que les paroles dures. Il faut donc éviter tous les mauvais procédés, et, de plus, remplir, à l'égard du prochain, tous les devoirs de la charité.
Il ne s'agit pas, dit saint Jean, d'aimer en paroles et de bouche seidement; il faut aimer en œuvre et en vérité , d'abord ses frères et sœurs en religion, qui ne doivent faire avec nous qu'un cœur et qu'une âme. — Sainte Thérèse cherchait toutes les occasions d'exercer quelque charité à l'égard de ses sœurs ; et lorsqu'elle n'avait pas pu le faire durant le jour, elle tâchait de le faire pendant la nuit, ne fut-ce qu'en sortant de sacellule pouréclairer celles qui passaient dans l'obscurité. Sainte Madeleine de Pazzi, quand il y avait quelque travail extraordinaire, s'offrait toujours à le faire toute seule ; elle aidait, en outre, ses sœurs dans tous les emplois pénibles, aussi, disait-on qu'elle travaillait plus que quatre sœurs converses. Elle se trouvait plus heureuse quand elle assistait le prochain, que quand elle était en contemplation. Quand je suis en oraison, disait-elle, c'est Dieu qui m'aide, et quand je secours le prochain, c'est moi qui aide Dieu.
Madame Louise de France, devenue maitresse des novices au Carmel de Saint-Denis , buvait elle-même une partie d'une potion amère,pour déterminer une de ses novices malades, à prendre l'autre. Elle se levait la nuit pour consoler une
sœur affligée qu'elle avait oublié de visiter pendant le jour. — Elle acceptait d'éveiller une sœur du voile blanc à deux heures du matin, afin de lui épargner la crainte de ne pas se lever à temps pour sonner l'office.
Mais il ne faut pas borner sa charité à l'égard des membres de sa famille religieuse. Le cœur de Notre-Seigneur a embrassé tous les hommes dans son amour. Les vieillards, les malades, les enfants, les étrangers, toutes les âmes sont l'objet de la charité d'une âme religieuse qui a compris la perfection de son état.
Toutes les œuvres qui tendent à faire du bien aux autres, lui sont chères; et elle s'y applique avec zèle , si elles lui sont confiées ; mais il faut dire quelques mots de ces diverses œuvres.
Article II. — Des oeuvres de charité.
Elles sont multiples , comme les infirmités humaines qu'il faut soulager. L'homme peut souffrir ou dans son corps ou dans son âme. De là les œuvres de charité corporelle, et les œuvres de charité spirituelle. Nous en parlerons dans les deux paragraphes suivants.
§ l. Œuvres de charité corporelle.
Elles sont contenues dans le vers suivant :
Visito, poto, cibo, redimo, tego, colligo, condo.
Enumérons-les au moins. La visite des prisonniers, des malades surtout, est une grande œuvre. 11 y a des religieux et des religieus^es surtout, qui s'en occupent avec bénédiction. Hélas ! le nombre de morts sans secours religieux , augmente tous les jours dans nos villes , et jusque dans nos
campagnes. Qu'il faudrait que sainte Christine, l'admirable, ressuscitât encore une fois. On connaît l'histoire cette sainte :
C'était une humble bergère de Saint-Trond, qui vécut et mourut saintement après avoir édifié par son esprit de prière. Au jour de ses funérailles, elle ressuscita à la vue de tous les assistants. Dieu avait renvoyé sur la terre son âme bienheureuse, afin qu'elle travaillât à la conversion des pécheurs. Dès lors, pénétrée de sa mission, la sainte s'éloigna du monde, et n'eut de commerce avec les hommes, qu'autant que la charité le demandait pour assister les indigents, convertir les pécheurs et surtout assister les mourants. Elle allait trouver les malades ; et, éclairée intérieurement d'une lumière surnaturelle, elle leur mettait souvent devant les yeux leurs fautes les plus secrètes, leurs crimes les plus cachés. Elle leur fiarlait ensuite, avec un ton si vif et si inspiré, de a mort malheureuse du pécheur , du jugement de Dieu, de la sévérité inexorable de sa justice, et surtout des souffrances incompréhensibles de l'enfer, que les malheureux pécheurs, saisis d'angoisse et terrifiés, demandaient un confesseur avec une ardente'impatience, afin de lui faire l'aveu des fautes de leur vie entière.
Une autre faveur inappréciable que la sainte obtenait d'ordinaire aux mourants qu'elle assistait, c'était d'être préservés des angoisses effrayantes de l'agonie. En effet, elle leur mettait dans l'âme tant de consolation et de courage, qu'ils voyaient approcher le moment suprême , avec une entière tranquillité, et se reposaient avec une pleine confiance, sur la miséricorde infinie de Dieu.
Heureuxlesreligieux qui exerceront autour des malades une aussi salutaire influence! Qu'ils aient
soin de ne pas tarder de leurprocurer la visite du prêtre. Des délais malencontreux peuvent précipiter une pauvre âme dans l'enfer. C'est ce qui se voit, hélas ! tous les jours : et, après qu'un moribond a reçu les sacrements, il faut, avant qu'il rende le dernier soupir, appeler encore le ministre de Dieu, pour qu'il lui donne une dernière absolution à l'heure suprême. Nous connaissons des pays catholiques, où aucun malade ne veut mourir sans qu'un prêtre soit à ses côtés ; où toutes les familles regarderaient comme un malheur l'absence du prêtre, à ce moment redoutable. Pourquoi ne le comprend-on plus parmi nous ? C'est que la foi va diminuant, et la raison même s'émousse par suite. On ne comprend plus ce que c'est que l'éternité, et, sous prétexte d'épargner à un moribond une mauvaise nuit, on le laisse tomber pour toujours dans les brasiers de l'enfer.
Mais si le prêtre ne peut être là au moment de l'agonie, raison de plus pour que le religieux qui veille le mourant l'assiste et lui fasse produire les actes de foi, d'espérance , de charité parfaite et de contrition qui lui ouvriront le ciel (1).
Donner à manger et à boire à ceux qui ont faim et soif, vêtir ceux qui sont nus; voilà des œuvres qui sont agréables à celui qui a promis de ne pas laisser sans récompense , un verre d'eau froide donné en son nom. Combien de religieux et de religieuses dirigent des orphelinats, et y font, avec dévouement, toutes ces œuvres à la fois. Ces saints
(1) Il faut que tous les religieux qui s'occupent des malades, soit dans les hôpitaux, soit à domicile, s'instruisent parfaitement de la manière d'assister les mourants. Nous avons publié, dans ce but, une petite Méthode que nous voudrions voir dans toutes les familles et entre les mains de tous les gardes-malades; prix, 30 centimes la douzaine.
asiles deviennent aujourd'hui plus nécessaires que jamais; car les méchanls s'emparent des orphelins pour les perdre , si les maisons religieuses ne leur sont pas aussitôt ouvertes. Nous savons que les ressources l'ont souvent défaut; mais, puisque les ennemis de Dieu s'ingénient à s'en créer, pour l'entretien des orphelins et des enfants abandonnés , ne faudrait-il pas que la charité chrétienne ne se laissât pas vaincre par la malice des suppôts de Satan ? — Du moins, que les pauvres qui demandent l'aumône ne soient jamais rebutés à la porte des couvents. Si vous avez beaucoup, donnez beaucoup , disait Tobie à son fils ; si vous avez peu, donnez peu; mais donnez de bon cœur. Surtout, jamais de plainte ni de parole dure. Qu'il est beau de voir à la porte de certains couvents , le religieux chargé des aumônes apporter aux amis de Jésus, les restes des repas de la communauté, et, avant de les distribuer, faire une prière avecles pauvres.
Saint Pascal Baylon, portier d'un couvent de Franciscains, mettait en réserve sa portion de nourriture pour la donner aux pauvres ; et quand il n'avait plus rien à leur distribuer , il allait au jardin chercher quelques fleurs pour les leur offrir.
Qui n'admirerait le dévouement des petites Sœurs des pauvres, qui consacrent leur vie à mendier pour les vieillards sans abri qu'elles recueillent ; et qui ne prennent leur repas, qu'après qu'ils sont eux-mêmes rassasiés. Et les petites sœurs de l'Assomption, qui vont elles-mêmes, de leurs délicates mains, soigner à domicile , les enfants, les femmes malades des pauvres ouvriers, faire leur ménage, et cela gratuitement. Comment oublier les sœurs de Saint- Vincent-de- Paul, qu'on a vues sur tous les champs de bataille,
avec nos soldats, et dans un si grand nombre de nos hôpitaux , tant que l'impiété ne les en a pas chassées. Que d'autres congrégations que nous ne nommons pas, n'ont pas moins de dévouement! Il n'y a que votre amour, ô Jésus, qui puisse inspirer de telles merveilles. C'est vous qui avez dit, que vous regardiez comme fait à vous-même, tout ce qu'on faisait au plus petit de ceux qui croient en vous. C'est vous que les âmes religieuses visitent dans les hôpitaux, dans les prisons, et dans les réduits des pauvres ; c'est vous qu'elles voient dans les orphelins qui leur sont confiés. C'est votre grâce qui les soutient ; et vous seul, pouvez être leur récompense. Ce n'est pas du monde qu'elles l'attendent. Ce monde pervers les traque et les persécute ; et il est, hélas ! la victime de sa propre fureur. « Attaquer la religion qui provoque la charité , a dit l'académicien Maxime Ducamp, et supprimer les associations qui l'exercent, c'est marcner vers la barbarie. »
Les œuvres qui ont pour but la rédemption des captifs, ne sont plus guère en usage aujourd'hui ; mais que d'âmes sont sous les fers de Satan et attendent leur délivrance ; nous en parlerons plus loin.
Enfin , c'est encore une œuvre de charité que d'ensevelir les morts. L'Eglise veut que nous entourions de respect ces restes mortels d'une âme immortelle, jusqu'à ce qu'elle les dépose . après les avoir bénits, dans une terre sainte, où ils attendront la résurrection. Tobie laissait son repas et s'exposait même à la mort, pour donner la sépulture aux corps de ceux de sa nation; aussi, l'ange Raphaël lui dit-il : Lorsque vous priiez avec des larmes, et que vous laissiez là votre repas, et que vous cachiez les morts pendant le jour , afin de les ensevelir pendant la nuit, j'ai offert votre prière au
Seigneur. Tout l'iiomme est grand , quand on le considère avec les yeux de la foi ; mais, autant son âme l'emporte sur le corps, autantles œuvres de la charité spirituelle, l'emportent surcellesde la charité corporelle. Aussi, devons-nous après avoir parlé de celles-ci, ne pas oublier celles-là.
§ II. Des œuvres de charité spirituelle.
Elles se résument aussi dans les mots consule, carpe, cloce, sola.re, remitte, fer, ora.
Quelle désastreuse efficacité a pour le mal un mauvais conseil ! que d'âmes ont été jetées par là hors de la voie du salut! Les bons conseils donnés àpropos, ont aussi pour le bien une influence merveilleuse. Et que de fois les religieux de tout sexe et de tous instituts ont l'occasion d'en donner, non-seulement à leurs frères et sœurs en religion ; mais encore aux enfants, aux malades qu'ils visitent, aux parents des uns et des autres, à tous ceux avec qui ils sont en rapport. Sans doute, il ne faut pas être importun; mais si l'apôtre saint Pierre dit à tous les fidèles : Si quelqu'un parle, que ses paroles soient comme des joaroles de Dieu ; on ne peut pas être surpris de trouver sur les lèvres des âmes religieuses le langage de la foi. N'aurait-on pas même lieu d'être surpris, si on ne trouvait dans leurs conversations rien de capable d'élever les âmes vers Dieu ?
Reprendre celui qui fait le mal, c'est aussi une œuvre de zèle obligatoire pour tous les chrétiens, quand il y a lieu d'espérer qu'une correction sera utile. Dans ce cas, les religieux y sont tenus au moins autant que les simples fidèles. Ici encore, nous avons à présenter les exemples de sainte Christine l'admirable.
18lj l'état religieux
Elle connaissait à peine le sommeil. Presque toutes ses nuits se passaient en prières ou en mortifications expiatoires. Elle marchait d'ordinaire la tête inclinée et les regards baissés. On l'entendait très souvent pousser des soujDirs qui brisaient le cœur, et des flots de larmes amères coulaient presque continuellement de ses yeux ; ses vêtements étaient pauvres et misérables ; sa demeure la plus habituelle était dans les lieux écartés et solitaires. Elle livrait son corps à des tourments qui font frémir. Elle demandait l'aumône aux pécheurs les plus endurcis, afin de les ramener à Dieu. A ce moyen, elle joignait les avertissements, et cela avec tant de larmes et de soupirs, qu'on ne pouvait résistera ses instances. Les plus misérables d'entre les pécheurs avaient la plus grande part dans son assistance. Apprenait-elle qu'un d'entre eux était atteint d'une maladie mortelle, elle redoublait à l'instant ses prières et ses œuvres de pénitence, ses jeûnes et ses abstinences, ses expiations et ses tortures ; et offrait tout à Dieu pour cette âme, afin d'obtenir une grâce signalée de conversion.
Remarquons en passant que la correction est un des plus sérieux devoirs des supérieurs et de tous ceux qui ont la direction de 1 enfance dans les pensionnats et les écoles.
L enseignement est aussi une grande œuvre. Les ennemis de Dieu le savent bien; aussi tentent-ils tout pour la soustraire aux congrégations; et par là, ils nous font comprendre quel soin il faut y apporter, quand nous en sommes chargés.
Madame de Sainte-Beuve, fondatrice des Ursulines de Paris, demandait à un père Jésuite comment on pourrait renouveler le cuite de Dieu qui allait en s'afiaiblissant. Il lui répondit : Si une belle pomme était à moitié pourrie, il n'y aurait
qu'à en sortir les pépins, à les planter en bonne terre, à les cultiver avec soin et ils produiraient des arbres capables de porter de beaux fruits. Il faut donc soustraire l'enfance à la corruption, et la placer dans des écoles où elle soit à l'abri de la corruption du siècle.
Une jeune fille (un jeune homme) qui, dans l'âge des illusions, de là jeunesse et de la beauté, se consacre comme religieux à l'instruction des enfants et au service des malades, montre, dit Balrnès, plus de grandeur d'âme, que tous les conquérants de l'univers ; Voltaire lui-même a parlé dans le même sens.
« Peut-être n'est-il rien de plus grand sur la terre, dit-il. que le sacrifice que fait un sexe délicat, de la beauté, de la jeunesse, de la haute naissance pour soulager dans les hôpitaux ce ramas de toutes les misères humaines , dont la vue est si humiliante pour l'orgueil humain et si révoltante pour notre délicatesse. Les peuples séparés de la communion romaine n'ont imité qu'imparfaitement une charité si généreuse. »
Mais qu'on ne l'oublie pas, ce qu'il y a de plus important dans l'enseignement, c est de donner à l'enfance et à la jeunesse une instruction religieuse solide, et de la former aux vertus chrétiennes et à la piété! Il faudrait tout un volume pour traiter de cette partie capitale, essentielle de l'éducation (Ij.
Bornons-nous à dire qu'un enfant, qu'un jeune homme, qu'une jeune personne qui ne prient pas,
(1) Nous en avons parlé assez longuement dans notre livre intitulé La Mère selon le cœur de Dieu; dont nous venons de publier la 4"" édition. Ceux qui s'occupent d'éducation le liraient avec fruit; et surtout ils feront œuvre de zèle en le faisant arriver anix mères des enfants qu'ils élèvent. (Voir notre catalogue à la fin de ce livre.)
qui ne fréquentent pas les sacrements, ne peuvent manquer d'être le jouet du démon et cte leurs passions; et que dès lors, tout ce que l'on fait pour les porter à Dieu, est paralysé. Il faut donc que tous ceux qui s'occupent de l'enfance et de la jeunesse leur inspirent le goût et la pratique de la prière et de la réception fréquente des sacrements de Pénitence d'abord, et après la première communion, de la sainte Eucharistie.
Les parents n'ont pas le souci de préparer leurà petits enfants à la confession, et cependant c'est un devoir grave de faire confesser ces enfants dès qu'ils sont en état d'offenser Dieu, lors même qu'ils auraient moins de sept ans. II faut donc que les instituteurs religieux, suppléant à la négligence des pères et des mères, instruisent dès lors ces petits enfants de ce qu'ils doivent savoir pour recevoir le sacrement de pénitence avec fruit.
Souvent ils croient avoir tout fait quand ils ont mis dans la bouche de l'enfant les formules d'avant et d'après la confession : Bénissez-moi, mon Père, etc. C'est bien là le moins nécessaire. Ce qu'il faut que l'enfant sache à tout prix ce sont les principaux mystères de la foi et les dispositions à apporter à la confession. Rien ne demande plus de précision de doctrine (1).
Il est clair que les pasteurs des âmes ont droit de compter sur le zèle des congrégations religieuses, pour faire apprendre le catéchisme aux enfants.
^1) Aussi pour venir en aide aux instituteurs et aux institutrices qui n'ont pas fait leur théologie, avons-nous publié Une méthode pour préparer les enfants au sacrement de pénitence. Ceux qui la liront pourront juger si la méthode qu'ils ont suivie eux-mêmes, était suffisante. (Voir le catalogue.)
Il ne servirait de rien de jeter dans de jeunes cœurs les semences du bien, si on n'empêchait par une vigilance attentive, l'homme ennemi d'y semer l'ivraie. Il n'y a plus d'enfants aujourd'hui. Tout le monde le sait. Il faut donc surveiller ces petits êtres dont on a la charge, et le jour et la nuit. Il faut surveiller leurs gestes, leurs paroles, les billets qu'ils s'écrivent les uns aux autres, la manière dont ils tiennent leurs mains, leurs pieds ; il faut éviter de les laisser deux ensemble ; ne les quitter ni dans leurs récréations, ni dans leurs salles d'étude ou de classe. Quel malheur si, pendant une absence de leurs maitres ou de leurs maîtresses, ils en venaient à offenser Dieu gravement ! Ces devoirs sont assujétissants sans doute mais n'oublions pas la promesse que Dieu nous fait dans les saints Livres : Ceux qui enseigneront la, justice à plusieu7's (il s'agit de la justice, non des sciences profanes), brilleront comme des étoiles dans les perpétuelles éternités.
Saint François de Sales recommandait instamment à M"^ de Chantai de ne pas laisser coucher ses petites filles ensemble, et de fournir à chacune d'elles un petit lit séparé. Est-il besoin de donner le même conseil à des religieux?... Il est évident qu'il y aurait un péril pour la vertu de leurs pensionnaires, s'ils ne fournissaient pas un lit à chacun d'eux, et cela lors même que ces enfants seraient frères ou sœurs.
Saint Paul nous recommande en outre de pleurer avec ceux qui pleurent, de partager leur tristesse afin de les consoler. C'est le moyen de relever une âme abattue, de rendre courage à celui que le désespoir allait perdre. Ne nous
E rivons pas dans l'occasion de verser le aume des consolations célestes sur des âmes
meurtries par les coups de l'adversité, ou parles attaques de rennemi du salut.
Il n'est pas besoin de parler du pardon des offenses aux âmes qui ont pour époux celui qui, du haut de la croix, a dit à son Père en parlant de ses bourreaux: Moi Père^2Jardonnez-leur,ils ne savent ce qu'ils font. Si un religieuxosait garder rancune pour une offense reçue, on devrait lui dire avec un poète satirique :
Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des dévots ?
Les gens du monde ne seraient-ils pas scandalisés s'ils s'apercevaient que des religieux savent, comme les autres, se souvenir des torts que l'on a eus envers eux, et faire sentir qu'ils ne les oublient point? Qui donc donnera l'exemple du pardon des injures, si les religieux ne pardonnentpas? Si vous n aimez que ceuxqui vous aiment, quelle i^écompense aurez-vous ? a dit Notre-Seigneur. Est-ce c^ue les païens ne le font pas ? Des âmes qui tendent à la perfection n'auraierit-elles rien de plus que les infidèles? Pour lors, elles ne seraient pas même chrétiennes.
Mais voici pour elles une œuvre de charité, qu'il importe le plus de leur recommander. C'est le support des défauts du prochain. Portez les fardeaux les uns des autres, a dit l'apôtre, et vous accomplirez ainsi la loi de Jésus-Christ. Qui n'a ses défauts? Ne nous étonnons point, par conséquent, d'en trouver chez autrui. Le plus malheureux est celui qui en a de plus grands. Il est donc bien plus à plaindre qu'à blânier. Si un membre de la communauté avait une infirmité du corps, le rebuteriez-vous? Pourquoi donc ne pas supporter ses infirmités spirituelles ?
Une dame pieuse d'Alexandrie demanda à saint Athanase de lui donner une pauvre veuve qu'elle
pût nourrir chez elle, par charité. Saint Athanasc lui en fît choisir une cfu plus heureux caractère, qui ne cessait de témoigner de toute façon sa reconnaissance à sa bienfaitrice. Celle-ci, trouvant que sa bonne œuvre n'a\ait pas assez de mérite dans ces conditions, s'en plaignit à saint Athanase qui ordonna de lui en donner une d'une humeur chagrine et colère. Cette dernière fut plus facile à trouver que l'autre. La pieuse dame la reçut avec bonté ; mais bientôt sa nouvelle protégée laissa voir ce qu'elle était. C'étaient des plaintes, des murmures et même des coups quelquefois. Lapieusedame remercia néanmoins saint Athanase et persévéra dans cet admirable exercice de charité durant quatre ans, après lesquels elle alla au ciel recevoir sa récompense. Imitons-la.
Ce frère, cette sœur, dit-on. ne me font pas souffrir par infirmité, mais par malice. Et qu'en savons-nous? Qui peut lire au fond de leur cœur? Quand on ne peut excuser les actions, il faut du moins excuser les intentions, dont Dieu seul est témoin et juge. Mais supposons qu'où mette de la malice à vous exercer, la malice n'est-elle pas la plus grande des infirmités, et le malheur de celui qui en est atteint, ne doit-il pas exciter votre compassion? Du reste nos vrais amis sont ceux qui nous donnent l'occasion de pratiquer la patience, l'humilité, la charité et, par conséquent, de gagner le ciel.
Mais, ajoute-t-on, ce frère, cette sœur qui devraient m'être un secours, me sont plutôt une charge^ et me laissent toute la besogne. Et tant mieuxpour vous, vous en aurez plus de mérite. Le chasseur, selon l'expression de saint Jean Ciirysostôme, se plaint-il de ce que les autres chasseurs lui ont laissé tout le gibier ? Se plaint-on de ce
que ceux qui ont passé avant soi par le chemin, n'aient pas ramassé toutes les pièces d'or qui s'y trouvent semées? Le ciel vaut plus que gibier et pièces d'or ; soyons fiers d'en avoir plus que notre part.
Enfin, la prière, voilà l'œuvre de charité et de zèle par excellence. C'est à la manière dont un religieux prie pour ses frères en religion, pour les pécheurs, pour les défunts, qu'il peut connaître s'il les aime sincèrement. C'est la prière qui appelle la miséricorde divine, sur les pauvres, sur les malades que nous assistons, sur la communauté dont nous sommes membres, sur les enfants que nous élevons, sur les pécheurs que nous désirons voir revenir à Dieu, sur les parents que nous avons quittés, sur les morts que nous pleurons et en particulier, sur ceux de notre famille religieuse, qu'il ne faut jamais oublier. « Mes soeurs, disait à ses religieuses, la bienheureuse Marie-Madeleine de Pazzi, nous aurons à rendre compte à Dieu pour tant d'âmes perdues;- si nous les avions chaudement recommandées à Dieu, elles ne se seraient peut-être pas damnées. » Sainte Thérèse par sa prière, convertit autant d'âmes que saint François-Xavier. Prions; non seulement pour la conversion des pécheurs et le salut des mourants ; mais encore pour les âmes du purgatoire; sainte Christine souffrit pour elles les tortures les plus effrayantes ; ce qui la soutenait dans ces supplices, et la remplissait d'une ardeur toujours nouvelle, c'est que Dieu permettait à chaque âme délivrée de venir remercier la Sainte. Les souffrances les plus terribles, dépassant toute imagination, ne lui semblaient plus rien après avoir vu ces âmes rayonnantes de la gloire céleste, plongées dans l'enivrement de leur bonheur éternel.
LES VOEUX WKj
Oh ! que d'occasions de pratiquer la charité, sont offertes tous les jours aux âmes religieuses ! Si elles étaient attentives à en profiter, quels trésors de grâce et de gloire elles pourraient acquérir. Leur vie serait tissue d'actes d'amour de Dieu et du prochain. Est-il rien de plus noble, de plus consolant même que de s'oublier soi-même pour l'honneur de Dieu et l'utilité de ses frères? N'estce pas là retracer les exemples de Notre-Seigneur et des Saints? 0 charité, qui semblés en ces jours où l'iniquité abonde, te refroidir en plusieurs; quand un monde pervers te bannit, va chercher aans les monastères un asile. Là, tu seras accueillie avec faveur, par des âmes qui comprennent que le dévouement c'est la vie, que l'égoïsme, c'est la mort.