VERTU ET VÛÉU DE CHASTETÉ
en ce monde et la vie éternelle en l'autre. Et il loue ceux qui renoncent au mariage à cause du royaume des cieux. Afin d'exciter par ses exeniples ceux qu'il invite par sa parole, Notre-Seigneur, avec sa divine Mère, lève la bannière delà chasteté, sous laquelle s'enrôleront à leur suite les âmes généreuses. Jésus ne veut sur la terre, autour de sa personne divine, qu'un cortège virginal : Marie, Joseph, Jean-Baptiste,. Teanl'Evangéliste ; et dans le ciel, il ne se fait accompagner que des vierges, qui chantent à sa suite un cantique dont elles seules connaissent les célestes accords et dont la douceur lui est plus agréable que les chants des autres élus. C'est ainsi que Jésus nouspresse de pratiquer le conseil de la chasteté, en comblant de privilèges les âmes qui y sont fidèles.
Vous avez compris le don de Dieu et vous vous êtes rangés autour de lui parle vœu de chasteté. Quel honneur ! Vous êtes devenus des anges dans un corps mortel, avec plus de mérite, par conséquent, que ces esprits bienheureux. Vous êtes devenus semblables à Marie, à Jésus, à Dieu luimême. Vos âmes sont ses épouses, et, quand on l'a dit, il faut garder le silence. Vous êtes la plus belle fleur du jardin de l'Epoux, la gloire de l'Eglise, ses pierres les plus précieuses et son plus bel ornement ! Au milieu des épines du monde s'étale la blancheur du lis de votre pureté, et son parfum embaume ceux que ravit son éclat ! Aussi quelle récompense vous attend!
Dès ce monde, vous jouissez du centuple promis. Dieu dit à la femme : Je miUtiplierai vos tristesses, vous enfanterez dans la douleur et vous serez sous V empire de votre mari. Cette sentence n'est point pour vous, ô vierges, vous n'avez pas à redouter les larmes de la femme. Il faudrait
connaître les peines et les périls dont la vie des époux est tissuc pour apprécier le bonheur de la chasteté. Ah ! si les religieux qui ont des dégoûts de leur vocation, expérimentaient pendant un mois de semblables épreuves, comme ils béniraient Dieu de les avoir appelés à son service ! Le mariag-e terrestre fait cependant participer l'épouse aux biens de l'époux, que ne doit-elle donc pas attendre de Jésus, l'âme pure qui l'a choisi? Quels biens ne doit-il pas lui communiquer ? Que vous refuserait-il, à vous qui lui avez donné votre corps et votre cœur? Il vous comblera de consolations intimes^ de marques d'ineffable amour, si vous êtes fidèles ; il répandra en vous la paix de la conscience. De tous les plaisirs, le plus grand est d'avoir triomphé des plaisirs mêmes, dit saint Cyprien.
Il vous parera d'une beauté surnaturelle. Cette beauté de l'âme pure fait l'admiration des anges eux-mêmes, comme le dit saint Bernard. Que les filles de Babylone dont la gloire est dans la confusion, vous montrent ce qu'elles ont de comparable. Elles se revêtent de pourpre et de lin, sous lesquels elles cachent une conscience en haillons; vous, couverts de pauvres haillons peutêtre, vous l3rillez comme une perle au regard de Dieu. Cette beauté de l'âme sainte n'est qu'un reflet de la beauté divine. Une eau pure reflète le soleil ; 'ainsi l'âme pure retrace l'image de Dieu. La santé du corps lui-même est souvent le fruit et la récompense de la pureté de l'âme. Voilà le centuple en ce monde, en attendant une sainte mort et une place à part dans le ciel. Sainte Hyacinthe Mariscotti, Clarisse de Viterbe, à la fin de sa carrière, apprenant que les plus célèbres médecins de la ville conféraient sur les moyens de la sauver : « Remerciez-les de
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leur bonne volonté, dit-elle, mais dites-leur ([ue demain je serai dans le ciel auprès de mon Fiancé. » Puis elle se confessa plusieurs fois, et murmura : « Jésus, Fiancé de mon âme, venez à mon secours. Je remets mon âme entre vos mains » ; et elle s'endormit dans le Seigneur. O vertu de chasteté, qui ne serait ravi de vous avoir voué sa vie!
Malheur toutefois à ceux qui, après avoir fait ce vœu le transgressent. Ils étaient vêtus de pourpre comme les rois, et ils ont embrassé la fange. Comment l'or pur s'est-il obscurci? Comment cet éclat a-t-il disparu ? Par la violation du vœu qui condamne: i°le désir de s'engager dans lemariage. Embrasser l'état du mariage avec le vœu solennel de chasteté, c'est un crime, et le mariage est nul. Si on n'a fait que le vœu simple de chasteté, comme toutes les religieuses de France, la Savoie et Nice exceptées, c'est un crime, mais le mariage est valide. Désirer de commettre un crime, c'est une faute grave. Le seul désir du mariage est donc une faute grave pour une personne consacrée à Dieu, si ses vœux sont perpétuels, et même dans le cas où elle n'aurait que des vœux temporaires, si elle avait l'intention d'exécuter ce désir pendant la teneur ou la durée de ses vœux. Quel outrage c'est faire à Notre-Seigneur que de lui préférer un mortel ! Qu'une telle con- Quite est loin de celle des saints !
Sainte Domitille, nièce de l'empereur Aurélien, disait à ceux qui lui conseillaient d'épouser un des. grands seigneurs de l'empire : « Si l'on offrait à une jeune fille, d'un côté un monarque, de l'autre un pâtre, lequel devrait-elle choisir? Renoncer au Roi du ciel pour épouser un homme, fût-il Aurélien, serait donc une folie. » Cette folie est le partage des âmes religieuses qui conserveraient
des regrets d'avoir choisi Dieu, ou des désirs d'être un jour infidèles.
2" Le vœu de chasteté interdit tout acteextériew ou intérieur qui serait contraire à la vertu de pureté. Les péchés contre cette vertu sont tous des péchés contre le vœu. On sait que toute faute volontaire contre la chasteté, même de pensée, est un péché mortel pour les gens du monde qui n'ont point fait de vœu. Mais quand on a fait le vœu, le péché est doublement grave, ou il renferme deux malices distinctes dont chacune est grave. Pour l'âme religieuse, une pensée, un désir, une parole, une action volontaires, contraires à la pureté, sont un péché mortel contre le sixième ou le neuvième commandement, et de plus un péché mortel de perfidie, parce qu'ils violent un vœu en matière grave. Je dis volontaires, car il est des âmes perpétuellement tentées, et qui prennent des tentations pour des fautes. Elles ont le mal en horreur. Qu'elles se rassurent donc et obéissent à leur confesseur, méprisant les pensées et les tentations qu'elles éprouvent malgré elles. Au lieu de se tourmenter des imaginations mauvaises ou de certains désordres involontaires qui leur surviennent malgré elles, elles devraient se tenir en paix, quand elles y résistent. Chaque fois, en effet, qu'elles les repoussent elles font un acte méritoire. Catherine de Sienne était obsédée par les imaginations les plus horribles. Elle luttait avec énergie, mais elle était désolée de ses pensées abominables. N.-S. se montra ensuite à elle : 0 monbonMaitre, lui dit-elle, où étiez-vous quand j'étais ainsi tentée ? J'étais près de toi, lui répondit-il, et je me réjouissais de tes victoires.
La tentation vaincue est donc un sujet de mérite.
Les péchés extérieurs des personnes consa-