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CHAPITRE VIII

Le lis fleurit entre les épines. C'est en l'entourant des épines de la vigilance , du travail, et de la mortification des sens, qu'on fait fleurir en soi la virginité. — Saint Dominique, sur le point de mourir, en disant adieu à ses frères en religion, leur confia son secret :

« La miséricorde divine m'a gardé jusqu'à ce jour lachastetéquej'aieu à mon berceau. C'est là un grand bénéfice; mais il faut s avoir faire le s dépenses nécessaires pour se le procurer. Il faut des veilles, des prières, la fuite de toute familiarité avec les personnes d'un autre sexe.

« Que personne nexpose sa vertu au péril, car la chasteté parfaite est comme la vie qui peut facilement se perdre et qu'on ne peut recouvrer. »

1° Le premier degré de vigilance est le plus nécessaire pour s'épargner les chutes ; c'est la fuite des occasions. Cette doctrine s'applique à tous, mais surtout à ceux qui seraient déjà tombés.

Si dans certaines maisons, dans certaines compagnies, dans certaines visites faites ou reçues,

à propos de certaines lectures, on avait eu le malheur de faire de fréquentes chutes, on serait tenu, sous peine de faute grave, d'éviter de s'engager volontairement dans ces occasions. Celui cnii aime le danger y périra , dit le Saint-Esprit. C'est exposer son âme, son salut éternel, que de ne pas fuir de semblables périls, quand on peut les éviter. Et certes, si c'est une faute grave de risquer inutilement la vie du corps, comment serait-on innocent en exposant volontairement celle de l'âme ? .Ye craignez pas, a dit le Sauveur, celui ciui î^euf tuer le corps ; mais celui qui peut perdre l âme et le corps en enfer. Je vous le dis, en vérité, c'est celui-là qu'il faut craindre.

Quand on est jeté malgré soi dans ces périls, il faut avoir soin de dire à ses supérieurs qu'on est exposé à se perdre dans la maison où on se trouve, dans l'emploi que l'on exerce , et ils se feront un devoir de nous écarter du danger. Et c'est là, en effet, pour eux un grand devoir.

Les entrevues tête à tête avec les personnes de différent sexe, seraient-elles même saintes, voilà une des plus dangereuses occasions. Samson, David, Salomon n'y tinrent pas. Saint Martin envoya annoncer sa visite à une vierge qui vivait saintement dans la solitude. Mais elle le fît prier de ne pas lui faire cet honneur, lui disant qu'elle s'était fait une loi de ne voir aucun homme et que le refus qu'elle osait lui faire lui donnerait le droit de fermer sa porte à tout le monde. Saint Martin admira cette réponse et accepta la collation qu'elle lui fît porter. Que tout le monde sache, dit Sulpice-Sévère, qu'une jeune fille refusa de voir saint Martin, lui qui guérissait tous ceux qui le voyaient. .

On connaît ce trait de la vie de saint Thomas :

Ses frères l'avaient emprisonné dans une tour

afin de l'empêcher d'entrer en religion, et ils eurent l'impudence d'introduire auprès de lui une infâme courtisane qui tentait tout pour le séduire. Thomas s'arma d'un tison embrasé pour chasser cette vile créature ; puis tomba à genoux pour remercier Dieu de sa victoire. Deux anges lui ceignirent les reins et depuis lors il fut à l'abri de toute tentation.

De petits présents, des lettres plus ou moins tendres reçues des personnes d'un autre sexe ou à elles adressées, des compliments, des flatteries échangés amollissent les âmes et préparent les chutes. Un grand capitaine avait coutume de dire qu'il n'y a point de ville si forte qu'elle ne se rendît, si on pouvait l'attaquer avec une artillerie d'argent. Point de vertu si éprouvée qu'elle ne cède àdesprésents, à des flatteries. Les entrevues, même avec un confesseur ou directeur hors du confessionnal, à la sacristie, au presbytère, ne conviennent pas à une vierge. Qu'on ne fasse jamais connaître à un confesseur l'affection même involontaire que l'on peut avoir pour lui, et que l'on attende pour ces sortes d"aveu un confesseur extraordinaire. Ne pas dire au saint tribunal des inutilités, ne pas se faire plaindre ni vanter par le confesseur, ne lui faire aucun compliment. Saint Liguori ne veut pas qu'on s'occupe de sa cuisine ni de sa lingerie. Avec beaucoup de menu fil, dit à ce sujet saint Léonard, on peut faire un gros câble, et former un attachement, sinon mortel, du moins fort dangereux. Qu'on n'introduise jamais ailleurs qu'au parloir, les personnes d'un autre sexe. Qu'il est facile de ruiner la réputation d'un prêtre avec la sienne propre !

Les amitiés avec les femmes du monde, parentes des élèves, anciennes élèves mariées et venant faire des confidences à leurs maîtresses d'autrefois,

anciennes compagnes engagées dans le mariage, présentent aussi des dangers à une religieuse : « La compagnie des femmes engagées dans le mariage n est pas faite pour vous, écrivait saint Bernard à sa sœur. Si vous ne l'évitez pas, elle vous sera un sujet de tentation. Vous apprendrez ce que le mari dit à sa femme, ce que celle-ci lui répond. Ces paroles frivoles sont remplies de venin . . . Une femme mondaine, c'est l'instrument du démon, elle chante à vos oreilles les charmes des plaisirs d'un moment, et elle vous ouvre le chemin de l'enfer. Les chants d'un monstre, appelé la sirène, sont d'une mélodie suave. Ceux qui voyagent sur mer, en prêtant l'oreille à ses doux accords, vont se précipiter contre les écueils. Les paroles des femmes mondaines sont aussi perfiaes que le chant des sirènes. Redoutezles autant que le sifflement des serpents.» N'at-on pas vu sainte Thérèse, qui nous valait bien, trouver un péril dans les conversations d'une cousine, qui était simplement légère.

Les parloirs sont quelquefois la ruine de la chasteté. C'est à travers les parioirs que s'échappe l'esprit religieux et qu'entre l'esprit du monde. Saint Vincent de Paul voulait que ses missionnaires fussent comme des apôtres dans les missions, et comme des chartreux dans leur résidence. Toutes les âmes religieuses devraient déployer un zèle apostolique dans leurs emplois, et, en dehors de là, vivre comme des ermites, seules avec Dieu. L'air le plus saint pour un religieux est celui de sa cellule. Donc, ne jamais aller au parloir sans permission, et s'y arrêter le moins possible, et seulement pour faire du bien aux visiteurs.

Malheur à ceux qui remplissent le couvent des nouvelles du monde et le monde des nouvelles

du couvent ! Madeleine de Pazzi évitait de passer par le parloir. Elle le détestait au point qu'elle ne pouvait l'entendre nommer ; et quand elle était obligée de s'y rendre, elle en versait des larmes.

Il est à propos de se faire accompagner par un frère ou une sœur en religion ou du moins par un enfant, quand on reçoit des personnes de différent sexe au parloir. Saint Liguori recommande d'en écarter le plus possible ses propres parents. Il en donne la raison ; les peines qu'ils racontent ne servent qu'à donner des distractions et des inquiétudes; et il ajoute :

« Si l'attachement aux parents n'était pas très nuisible, N.-S. ne nous aurait pas tant recommandé de nous en détacher. Mais pourquoi cet effort pour nous séparer d'eux ? C'est parce que, dans 1 affaire du salut, les religieux n'ont pas de pires ennemis que leurs parents ; car ce sont leurs parents qui s'opposent le plus à leur bien spirituel. Saint Chartes Borromée lui-même, qui était si détaché de ses parents, avouait que lorsqu'il allait chez eux, il en revenait moins fervent et moins attaché aux choses de Dieu. De là vient que tous les Maîtres de la vie spirituelle ne font qu'exhorter ceux qui veulent marcher dans les voies de la perfection, à fuir leurs parents, à ne pas se mêler de leurs affaires et à ne pas même vouloir savoir de leurs nouvelles quand ils sont éloignés. » Que nous sommes loin, de nos jours, de goûter cette doctrine, et c'est une preuve de plus de notre affaiblissement moral ; car l'Evangile n'a pas changé, sans doute nous ne devons pas cesser d'aimer nos parents et de le leur témoigner par la prière ; mais qu'est-il besoin de vouloir les avoir toujours à côté de soi, d'écrire lettres sur lettres pour les appeler, de se préoccuper de ce qu'on ne les voit pas venir. Comment,

dans ces conditions, pouvoir être intimement uni à Dieu, demande saint Liguori ? Saint François Xavier, en partant pour les Indes, se priva d'aller dire adieu à sa mère qu'il ne devait plus revoir. Sainte Jeanne de Chantai franchit le corps de son fils qui lui offrait une barrière, lorsqu'elle quittait le monde pour se rendre au couvent. C'est 1 héroïsme du détachement. Ne craignons pas de nous élever à ces hauteurs. Nous avons plus à perdre que les saints dans nos rapports avec nos familles.

Si on veut écarter les visites du dehors, il faut avoir soin d'éviter d'en faire, sauf celles qu'imposent la charité et les convenances : encore est-il bon de se faire accompagner. « Que les vierges ne sortent jamais seules, écrivait saint Jérôme à Démétriade, jamais sans leur mère. Souvent l'épervier sépare la colombe de ses compagnes pour la saisir ensuite et la déchirer. La brebis malade s'éloigne du troupeau et devient la pâture du loup. » Dans les communautés d'hommes les plus régulières, un religieux ne fait jamais de visites sans être accompagné.

Qu'on n'écrive jamais à des personnes de différent sexe à l'insu de ses supérieurs. Malheur à qui se chargerait de faire passer des lettres suspectes, ou d'introduire dans un couvent des personnes qui y viendraient avec de mauvaises intentions ! Saint Léonard de Port-Maurice raconte que des portières ayant refusé à une sœur de faire passer une lettre qui n'avait pas été vue, la sacristine s'en chargea, à force d'instances. Elle appela le servant de messe et lui fit passer la lettre par le tour. Celui-ci, après avoir pris la lettre, ferma le tour si violemment que la main de la sacristine fut coupée, et elle mourut quelques joursaprès dans d'horribles convulsions. « Si vous

recevez de quelqu'un une lettre où vous apercevez quelques mots affectueux, déchirez-la aussitôt ou jetez-la au feu, et ne répondez pas. Si cependant une réponse est nécessaire, à cause de quelque affaire urgente, faites-la brièvement, en termes graves, sans montrer que vous avez fait attention aux sentiments exprimés. Et si, ensuite, la même personne vous appelait, refusez absolument d'y aller, » dit saint Liguori.

2° Le travail. Cent démons sont à la poursuite d'une âme oisive ; un seul attaque celle qui est active. L'épée dont on ne se sert pas, se rouille ; la teigne ronge les vêtements qu'on ne porte point ; l'eau qui ne coule pas se corrompt et devient l'asile de reptiles immondes. Que le démon ne nous trouve jamais oisifs. Un religieux doit être dans sa cellule toujours actif comme une abeille dans sa ruche. « Il y en a qui n'y font que des toiles d'araignées, dit saint Léonard, des ouvrages futiles pour être offerts en cadeaux. » Quelle puérilité ! Dieu demande de nous un travail sérieux et utile qui expie nos péchés passés et nous préserve de la rechute. Sachons donc agir dans les tentations ou du moins nous distraire, ne pas rester seul dans l'apathie. Dans la nuit, prions, évitons de prolonger le sommeil au-delà du nécessaire et pratiquons la mortification. Mais ce dernier point demande que nous lui consacrions tout un chapitre.

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