CHAPITRE X
DE l'obéissance, SON EXCELLENCE, SES AVANTAGES
Venez, suivez-moi. C'est Jésus qui nous appelle et nous invite à aller à lui. Venez, que les âmes qui l'aiment volent après lui. Suivez-moi. Dans ces paroles du Sauveur se trouve exprimé le conseil de l'obéissance : tel est l'enseignement des théologiens et de toute la tradition catholique.
Suivez-moi, c'est-à-dire livrez-vous à moi pour faire toujours ma volonté, et vous aurez un trésor dans le ciel. Suivre Jésus, c'est aller loin dans la voie de l'obéissance. La volonté de son Père n'a-t-elle pas été en tout sa loi ? Dès le premier instant de son Incarnation il dit à son Père: Voici que je viens pour faire votre volonté, mon Dieu. Je le veux, et votre loi est ait milieu de mon cœur. A Nazareth, il était soumis à Marie et à Joseph, lui le créateur de toutes choses. C'est là l'histoire de trente années de sa vie. Apprends, terre, à te soumettre, dit saint Bernard à ce sujet; poussière, apprends à obéir.
Plus tard Notre-Seigneur dira : Je fais toujours ce qui plaît à mon Père; ma nourriture est de faire sa volonté. Je sacrifie ma vie, j'ai reçu cet ordre de mon Père. Et au calvaire, il offre ses pieds et ses mains aux bourreaux. Il ne meurt que quand il a épuisé les volontés de son Père céleste et peut dire : Tout est consommé. Il offre alors sa prière avec un grand cri et des larmes, et il est exaucé à cause du respect qu'il a pour les volontés de son Père. Suivez-moi, nous dit-il.
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Notre-Seigneur veut qu'avec lui nous nous sacrifiions. Ce n'est donc pas assez d'avoir renoncé à nos biens par la pauvreté, d'avoir immolé notre corps parla chasteté? non, ce n'est pas assez. Si c'est déjà un acte méritoire d'avoir renoncé à ce que l'on a, c'est bien autrement glorieux de renoncer à ce que l'on est. Que sont les biens extérieurs et les plaisirs du corps comparés à l'âme, la merveille du monde et le chef-d'œuvre des mains divines ! Livrer tout le reste et réserver , son âme, et dans l'âme ce quelle a de plus précieux, la volonté, la liberté, c'est mettre de la rapine dans l'holocauste, c'est un sacrifice bien incomplet ; et puisque Dieu a tout sacrifié pour nous, sacrifions tout pour l'amour de lui ; et s'il le faut, comme lui devenons obéissants jusqu'à la mort et la mort delà croix. Quelle plus grande gloire que de lui ressembler, et de réparer par là le mauvais usage que nous avons fait de notre liberté !
Madame de la Vallière, qui avait été la favorite de Louis XIV, revenue de ses égarements, se fit carmélite. En entrant au couvent, elle se jeta aux pieds de sa supérieure, en lui disant : Ma mère, j'ai fait un si mauvais usage de ma volonté que je la remets en vos mains, pour ne jamais la reprendre. Elle passa trente-cinq ans au Carmel dans la plus admirable pénitence.
En réparant le passé, l'obéissance rend impeccable pour l'avenir. Le péché n'est qu'une désobéissance. L'obéissant ne peut s'égarer ; son supérieur peut se tromper en lui commandant; lui , fait un acte saint en obéissant , même quand il serait douteux que la chose commandée fût mauvaise. L'obéissant donne à Dieu ce qu'il a de plus précieux. Dieu n'est pas avare et ne se laisse pas vaincre en générosité. Aussi
l'homme obéissant racontera des victoires ; il triomphe du démon, celui qui a triomphé de sa propre volonté. Satan ne peut nous nuire si nous ne le voulons. Celui qui a livré sa volonté à Dieu n'est pas près de la donner à Satan. La grâce accompagne du reste toujours l'homme obéissant. S'il est en danger, Dieu, qui l'y a mis par obéissance, doit à sa sagesse de l'en délivrer : Si Dieu est pour nous qui sera contre nous ?
Placide, jeune homme des premières familles de Rome, confié comme saint Maur aux soins de saint Benoit, tomba, en puisant de l'eau, dans un lac très profond et il allait se noyer, Benoît ordonne au jeune Maur d'aller à son secours. Maur aussitôt court au secours de Placide. Il fallait pour cela risquer sa vie, mais il n'hésite pas. Et, ô prodige! les eaux deviennent sous ses pas solides comme un roc, et il n'a pas de peine à ramener au rivage le jeune Placide.
' L'obéissance est la vraie pierre philosephale qui change tout en or : les plus petites choses deviennent par elle des actes d'une vertu excellente. Quel repos dans une âme qui peut se dire : Je fais toujours ce qui plaît à mon Père! Oh! quelle douceur dans ce seul mot : la volonté de Dieu ! s'écriait sainte Madeleine de Pazzi. Et elle trouvait tant de bonheur à obéir, qu'elle craignait de perdre, par cet attrait si senti, le mérite de l'obéissance. Quelle sécurité à la mort que d'avoir toujours obéi : et celui qui a fait la volonté de Dieu sur la terre, a toutes les garanties de la faire avec les anges dans le ciel.
Le désobéissant se prive lui-même de tous les précieux avantages que nous venons d'énumérer, et il est la désolation de ses supérieurs, le scandale de ses frères, la ruine de sa communauté; tandis que l'obéissant fait la consolation de
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ceux qui ont autorité sur lui, l'édification de tous et la prospérité de sa communauté, qui n'a point de plus ferme appui que l'obéissance.
Donc écoutons le conseil de Notre-Seigneur; et quand il nous dit : Suivez-moi, disons-lui avec saint Pierre : Maître, je vous suivrai partout où vous irez, jusqu'au calvaire, s'il le faut, jusqu'à la mort ; car si je vais jusque-là à votre suite, à votre suite aussi je monterai au ciel un jour.