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QUELQUES EXEMPLES OFFERTS AUX SUPÉRIEURS

Saint Ignace. — Au témoignage de ses hisloriens, il aimait si sincèrement ses religieux, il les regardait d'un œil si affable, qu'il semblait tout composé de charité et de tendresse. Il les estimait tous beaucoup, et en parlait toujours avec éloge ; d'où il résultait , qull ne soupçonnait pas aisément le mal, et qu'il n'était point trop crédule aux rapports.^

Jamais il ne traita personne avec dureté ; jamais il ne se permit une dénomination flétrissante. A voir

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ses attentions et sa sollicitude, chacun s'imaginait être le meilleui' ami de son Supérieur, ne soupçonnant pas qu'un autre pût être aimé plus ou même autant que lui.

Pour l'aborder et être bien venu auprès de lui, il n'était nécessaire ni de choisir le moment favorable, ni d'avoir recours à quelque expédient. A toute heure, qu'il se portât bien, ou qu'il fût malade, il était accessible, dans la peine comme dans la joie, dans le revers comme dans le succès. Il écoutait toujours jusqu'au bout, avec patience et sans interrompre. «Tous mes religieux m'édifient, dit-il un jour : je ne suis scandalisé que de moi-même. » Son salut était si gracieux, sa parole si bienveillante, non-seulement quand il faisait appeler, mais quand il était rencontré inopinément, qu'on jugeait aisément qu'il portait tous ses enfants dans son cœur. Volontiers il accompagnait ceux qui partaient pour un long voyage. Volontiers aussi il allait prendre les hôtes ou les nouveaux venus dans leur chambre, pour les conduire au réfectoire et les placer près de lui. . . Assez souvent, quand il mangeait avec la communauté, il était le dernier à finir son repas ; et si quelqu'un arrivait après les autres, il poussait la délicatesse jusqu'à s'occuper à un petit morceau de pain, pour lui ôter la honte de manger seul.

Lui demandait-on une chose qu'il ne pût accorder, il la refusait, mais en donnant la cause de son refus, si la prudence le permettait. Accordait-il, il laissait voir les motifs pour lesquels il aurait été en droit de refuser.

Avant de confier un emploi de quelque difficulté, il avertissait le sujet de se recueillir devant Dieu et de considérer : 1° s'il était prêt à accomplir tout ce qui lui serait ordonné ; 2° s'il avait plus d'inclination pour un emploi que pour un autre ; 3° dans le cas où le Supérieur lui laisserait le choix entre deux emplois, lequel il préférerait à l'autre. Comme il connaissait les forces spirituelles et corporelles de chacun, il ne donnait à chacun que la charge proportionnée à ses forces, n'excédant jamais et demeurant même un

peu au-dessous. Dans ses Constitutions, il recommande aux Supérieurs la même conduite.

Si Jamais le gouvernement ne fut plus paternel, jamais aussi obéissance ne fut plus filiale. Ij'amour qu'il avait pour les siens lui conciliait l'amour ; cette affection réciproque n'était en aucune façon altérée par les réprimandes et les corrections qu'il était parfois obligé de faire.

Pour resserrer entre ses disciples dispersés les nœuds de la charité fraternelle et leur faire goûter autant que possible les douceurs de la vie de famille, il exigeait que les Supérieurs et les inférieurs lui écrivissent de longues et fréquentes lettres sur leur situation, leurs travaux, leurs succès ; puis il en tirait des copies, ou en faisait des extraits qu'il envoyait à toutes les maisons de la Compagnie. On sait que ces Correspondances faisaient les délices de saint François Xavier dans les Indes.

Saint François de Sales. — Cette parole peint son âme tout entière : Il n'y a presque que Dieu et moi qui aimions les pauvres pécheurs. Aux Supérieurs

âui se plaignaient de leurs inférieurs et voulaient éserter le poste, il disait: « Et vous, ne faites-"vous point de fautes, ou n'en ferez-vous point ? Quand vous en ferez, voulez-vous qu'on vous mette en prison ou qu'on vous chasse ? La religion n'est pas composée de personnes parfaites, mais de personnes qui tendent à la perfection. Votre heureux naturel vous affranchit des faiblesses humaines, mais ignorez-vous combien on a de la peine à être vertueux ? » Quand on lui reprochait son excessive douceur et sa prédilection marquée pour les pécheurs : « L'esprit de douceur, répondait- il, est le véritable esprit de Dieu, l'esprit de souffrances, l'esprit du crucifix. Pour reprendre comme il faut, on doit user d'amour et de douceur; on n'attire pas les colombes en leur jetant des pierres mais du grain : on ne gâte rien par la douceur, non plus qu'avec le sucre, ou si Ton fait une faute, c'est une heureuse faute ! Pourquoi Dieu se nomme -t-il le Dieu des miséricordes ? Pourquoi le Saint-Esprit ne se fait-il voir qu'en forme de colom-

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be ? Pourquoi le Verbe incarné se fait-il appeler Agneau? Me voulez-vous empêcher d'apprendre la leçon (lue Dieu m'a donnée ? 8ïl avait eu quelque chose cle mieux à m'enseigner, m'aurait-il dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ? » A qui ferez-vous miséricorde, si ce n'est aux pécheurs? Dieu me les adresse pour les guérir et les retirer de l'abime, voulez-vous que je m'oppose à ses desseins ? Il leur a donné son sang, pourrais-je leur refuser mes larmes ? J'aime mieux les convertir que les punir, les envoyer au confessionnal qu'en prison, au purgatoire qu'en enfer. Ces loups se changeront en agneaux, et deviendront de plus grands saints que nous. »

Quand il était importuné par la multitude de ceux qui recouraient à lui, il les acueillait avec bonté. « Toutes ces personnes qui arrivent coup sur coup, disait-il, sont des enfants qui courent dans le sein cfe leur père. Jamais une poule ne se fâche quand ses poussins se jettent tous à la fois sous ses ailes ; au contraire elle les étend le plus qu'elle peut, afin de les couvrir tous. Il me semble que mon cœur se dilate à mesure que le nombre de ces bonnes gens s'accroît. »

« Pour bien gouverner, disait-il encore, il faut avoir un cœur de père ou de mère, ou tous les deux ensemble : avec cela, on a des paroles douces, unvisageagréable, des regards tendres, une conversation suave, et l'on est enclin à pardonner. Il faut tout faire pour le prochain, hors se damner. Je suis tout-puissant, ie fais ce que je veux, parce que je n'attends des hommes que ce qu'ils peuvent me donner dans leur faiblesse, sinon de suite, dans un mois, dans un an, peu à peu. » (1)

Sainte Melchtilde, cousine de l'empereur Frédéric Barberousse, entra au couvent dès l'âge de .5 ans et y vécut comme un ange. Elle, qui n'avait jamais désobéi, ayant été élue supérieure du couvent que ses parents avaient fondé, eut besoin de se faire comman-

(1) Nous avons emprunté ces exemples au R. P. Valuy.

der en vertu de l'obéissance d'accepter cette charge. Sa conduite fut alors une règle vivante ; on la trou7 vait toujours la première à la prière, la plus ardente à se mortifier, la plus exacte au silence, la plus ponctuelle à tous les exercices. Jusque-là, elle avait beaucoup jeûné et prié ; mais elle trouvait quelle n'avait encore rien fait et que sa nouvelle charge l'obligeait à redoubler tous ses exercices. Elle devint une autre Marie, sœur de Moïse, pour précéder le peuple de Dieu dans le chant des cantiques.

Saint Thibaud de Marly avait été dans le monde un gentilhomme admiré. Personne n'était plus habile que lui à monter à cheval, ou à lutter dans les tournois. Il e.ntra au monastère des Vaux de Gernay et en devint abbé.

Thibaud ne crut pas que Tabbé dût avoir d'autres droits et privilèges que d'être l'exemple do sa maison et de surpasser autant les autres religieux dans toutes les vertus domestiques, qu'il les surpassait en dignité. Son humilité était si prodigieuse, qu'il n'y avait point d'emploi dans le monastère, quelque vil qu'il fut, auquel il ne s'abaissât avec joie. Il se chargeait souvent d'allumer les lampes de l'église, du dortoir et de l'infirmerie ; il chantait au chœur, à son tour, les répons qu'on fait ordinairement chanter aux plus jeunes clercs. Il ne faisait point de difficulté de servir d'aide aux maçons et de porter des pierres et du mortier sur ses "épaules, pour avancer les bâtiments de son couvent. Enfin il était si pauvrement vêtu, qu'il l'emportait en cela sur le dernier des frères convers. Ces pratiques d'humilité furent connues dans l'ordre de Giteaux ; les abbés lui en firent un reproche au chapitre général où sa qualité l'obligea de se trouver; mais il leur ferma aussitôt la bouche, en disant qu'ils ne le reprendraient pas et ne trouveraient pas à redire à sa conduite, s'il était venu bien monté et qu'ils lui vissent un habit précieux et éclatant.

Grégoire X, qui aimait beaucoup F. Gilles, un des premiers compagnons de saint François, lui demanda un jour des conseils pour sa conduite. Le Bienheu-

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reux lui répondit qu'il devait avoir constamment les deux yeux ouverts, le droit pour regarder le ciel et contempler les choses éternelles, qui doivent être la règle de nos actions, et le gauche pour mettre ordre aux choses terrestres confiées à sa vigilance.

Ainsi doivent faire tous les Supérieurs.

La Mère Emilie de Rodât, fondatrice des sœurs de la Sainte Famille de Villefranche deRouergue, quand elle manquait des fonds nécessaires pour une oeuvre ou une construction entreprise, adoptait une ou deux orphelines de plus, afin d'attirer sur elle les bénédictions de la Providence. Quel bel exemple de cette confiance que doivent avoir en Dieu tous ceux qui entrepi'ennent quelque chose pour sa gloire !

Saint Bonaventure visitait un des couvents de son ordre dont il était général. Un jeune frère, qui désirait fort lui confier ses peines, désespérant de pouvoir lui parler à cause de la foule qui se pressait autour de lui , prit le parti d'aller l'attendre sur le chemin, quand il quitterait le couvent. C'est ce qu'il fit. Saint Bonaventure voyant que ce frère avait besoin de lui, se sépara de la compagnie, s'assit par terre auprès de cet humble religieux, qui put l'entretenir tout à l'aise et recevoir toutes les consolations dont il était avide. Gela prit du temps ; et les autres religieux qui attendaient murmuraient. Le Saint s'en aperçut et leur dit : « Ne savez-vous pas que je suis le ministre et le serviteur, et que ce bon religieux est le maitre? »

L'ordre que venait de fonder saint Camille de Lellis était toujours dans la misère, il avait même des dettes considérables. Les frères étaient dans la plus grande inquiétude. « Mes frères, leur disait le saint fondateur, il ne faut jamais douter de la Providence. Rappelez-vous ce que le bon Sauveur disait à Catherine de Sienne. CaUierine, pense à moi et je penserai à toi ; ainsi pensons à lui et à nos pauvres, pour qu'il pense à nous.

Lui est-il si difficile de nous donner un peu de ces biens, dont il a comblé les Juifs et les Turcs? Comme ses créanciers lui disaient : « Père, quand finirez-

vous de nouspayei'? — Ne vous inquiétez pas, répondit-il, Dieu n'est-il pas assez puissant pour envoyer ici demain des sacs d'argent? » La confiance du Saint ne fut pas trompée; car à cette époque mourut le cardinal Mondovi, qui, sur le point de quitter cette vie, prit dans ses mains tremblantes, les mains de Camille et lui dit : « Père, je vous ai aimé dans la vie et dans la mort » ; en effet il légua à son ordre plus de 80.000 francs.

Dans un temps de famine, le Saint faisait tout distribuer aux pauvres ; ses religieux craignaient qu'il ne restât rien pour eux. Il leur répondit que les oiseaux du ciel ne semaient ni ne récoltaient rien, que Dieu saurait bien les nourrir aussi. Ce jour là même, en effet, un boulanger leur apporta du pain, leur promettant de ne pas les en laisser manquer, tant que durerait la famine.

Saint Gaétan, fondant une maison de Théatins à NapleS; le comte d'Oppida voulait lui persuader d'accepter des rentes pour ses religieux. Le Saint sy refusant, le Comte le fit argumenter par . d'autres religieux de mérite. — Veuillez me dire, mes frères, dit Gaétan, quelle assurance vous avez de recevoir annuellement vos rentes? — Nous avons des fermiers.

— Qui vous garantit qu'ils vous payeront ? — Les contrats bien signés, les titres. — Oh! que notre mense est mieux établie que la vôtre, puisqu'elle repose non sur les signatures des hommes, mais sur la parole de Notre-Seigneur : Ne soyez jias inquiets du lendemain, cherchez d'abord le royaume de Dieu. etc.. Le comte lui objectant qu'il ne pouvait vivre ainsi àNaples, bien que cela lui eût réussi à Venise.

— Je crois néanmoins, répondit-il, que le Dieu de Venise est le Dieu de Naples. — Le comte insistant toujours, saint Gaétan sortit avec ses compagnons, ferma les clefs de la maison, les renvoya au fondateur et partit, puisqu'il ne pouvait vivre là dans un entier abandon à la Providence ; mais le comte à cette nouvelle court après le saint et le ramène avec ses compagnons.

Heureuses les communautés qui ont pour les diriger

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des Saints. Toutefois de même que les nations n'ont que le gouvernement qu'elles méritent, ainsi les relii^ieux qui veulent avoir des saints à leur tête doivent le mériter par l'esprit religieux, par la pratique de toutes les vertus et en particulier de l'obéissance, dont nous allons traiter dans le chapitre suivant.

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