SANCTIFICA.TION DES ACTIONS
ciel ; et quand on lui en demandait la raison : J'ajuste mon coup, répondait-il, afin de ne pas le manquer. Ainsi font les chasseurs. Ajustons nos œuvres de la même manière, afin qu'elles aillent droit à Dieu.
Toutefois, l'offrande faite le matin suffit rigoureusement tant qu'elle n'est pas rétractée par une faute grave commise durant le jour. Vous partez le matin vers la ville voisine. Il n'est pas nécessaire de dire à chaque pas : Je vais à la ville ; vous y arriverez sans cela. Ainsi, lorsque vous vous êtes mis en route le matin du côté du paradis, par l'offrande de vos actions à Dieu, étant en état de grâce, tout ce que vous faites de bon et même d'indifférent, comme le travail, les repas, le sommeil, tout est méritoire et digne du paradis, alors même que vous n'y penseriez pas ensuite.
Que si on avait le malheur de tomber ce même jour, dans une faute grave, l'offrande du matin serait rétractée et annulée, il faudrait donc se réconcilier avec Dieu et la renouveler ensuite. Qu'on se garde aussi, après avoir offert ses actions à Dieu, de les faire ensuite avec une intention mauvaise. Une intention mauvaise ruine le mérite de nos œuvres, fussent-elles extérieurement bonnes. Quel acte de charité de veiller un malade, d'adoucir ses douleurs, de lui rendre toutes sortes de services ! Mais si on le fait uniquement par un sordide intérêt, pour se faire donner son héritage, on ressemble à un vautour qui s'apprête à dévorer un cadavre.
Mais si nous évitons ce double écueil, le péché et l'intention perverse, par l'offrande que nous faisons à Dieu de nos actions, les plus humbles d'entre elles deviennent d'un éclat merveilleux aux yeux du Seigneur et elles ont plus de valeur
devant lui, que les victoires des conquérants. C'est ce que comprenait le maréchal de Luxembourg lui-même. Tandis qu'il était étendu sur son lit de mort, un visiteur, pour le distraire, crut devoir lui rappeler ses anciennes victoires. Ah ! Monsieur, répondit le maréchal, à l'heure où je me trouve, un verre d'eau donné pour l'amour de Dieu, est plus précieux que plusieurs victoires remportées sur les ennemis.
Que si, ne se contentant pas d'un mérite vulgaire, on veut donner à ses actions toute leur perfection, on renouvellera fréquemment l'offrande faite le matin, et on s'appliquera à les faire comme la Sainte Vierge, comme Notre-Seigneur, lui-même, les feraient à notre place. Qui pourra dire à quelle hauteur de sainteté, s'élèveraient des âmes religieuses qui, ayant toujours sous les yeux ces modèles divins, s'appliqueraient à penser, à parler, à agir, à souffrir comme Notre- Seigneur et sa sainte Mère? Ah! ne perdons pas de temps. Nous qui ne nous amassons point de trésors sur la terre, ayons soin, du moins, de nous en amasser dans le ciel, commençons dès notre réveil ; défions-nous de ces démons dont parlait saint Nil, et dont toute l'occupation est de recueillir le matin nos prealières affections. Tournons donc aussitôt notre cœur vers Dieu par l'amour, et au premier signal levons-nous, comme si le feu tenait à notre lit, selon la recommandation de sainte Thérèse. Il n'est pas nécessaire de recommander la modestie à des âmes consacrées à Dieu ; mais saint Léonard leur conseille d'asperger d'eau bénite et de baiser avec respect leurs vêtements en les mettant.
La paysanne, ajoute-t-il, quand elle va à l'eau, tricote ou file, parce qu'elle est pauvre. Nous sommes pauvres de mérites, ne perdons pas le
temps que nous mettons à nous vêtir, et prions en le faisant.
Une journée ainsi commencée prépare la sanctification de tous les exercices qui la rempliront et dont nous avons à parler.