CHAPITRE XVIII
Pas de règles, ni de constitutions qui ne prescrivent des prières régulières aux religieux quels gu'ils soient. Et certes, sans la prière on ne peut être chrétien, comment serait-on religieux? Tout homme est obligé «le prier. Dieu l'ordonne. Deinandez, ditNotre-Seigneur, cherchez, frappez; il nous fait les plus belles promesses pour nous exciter à remplir ce devoir : Tout ce que vous demanderez à mon Père enraon nom, il vous V accordera. Les saints docteurs nous font comprendre la nécessité de la prière, par les comparaisons les plus frappantes. Ils nous disent que la prière est le pain de l'âme, la clef du ciel, que l'âme sans la prière est comme le poisson sans eau. Quiconque ne prie pas assidûment, est mort, dit saint Jean Chrysostôme.
Notre- Seigneur et les saints nous apprennent à prier par leurs exemples. Que faisait Jésus dans le sein de sa Mère, à Bethléem, à Nazareth, dans sa vie publique, au Calvaire? Il priait. Que fait-il au ciel etdansle tabernacle? Il y vit perpétuellement pour intercéder pour nous. La vie, de Marie a été la copie de celle du Sauveur. Et dès que
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Jésus et Marie ont répandu cet esprit de grâce et de prière, les déserts se peuplent ; Saint Antoine, le matin, se plaint au soleil de ce qu'il vient trop tôt le distraire de sa prière de toute la nuit. La prière monte sur le trône avec un saint Louis, qui passait les nuits entières à prier la veille de certaines fêtes; elle s'assied au foyer domestique avec une sainte Monique; elle anime la solitude des forêts avec un saint Félix de Cantalice, qui, en gardant ses troupeaux, priait de longues heures devant une croix gravée par lui sur l'écorced'un arbre. Pour aller au ciel, il faut prendre le chemin qu'ont pris les saints.
Nous avons besoin de prier, car ordinairement sans la prière point de salut. Toute créature demande à sa manière ce qui lui manque. Le grain appelle l'humidité et la chaleur; la tige, le soleil ; la fleur, la rosée; la plante desséchée, la pluie ; le mendiant s'adresse à tous ceux qui passent; l'enfant demande sans cesse. Chaque être a un élément en dehors duquel il meurt. L'oiseau a l'air, l'ange a Dieu. L'homme, qui tient le milieu entre l'animal et l'ange, a besoin d'air et d'aliment comme le premier, il a besoin de Dieu comme le second. Celui qui refuserait de se nourrir, ferait un crime ; celui qui refuserait de prier ne serait pas moins coupable, il tuerait en lui la vie surnaturelle que la prière entretient. Car sans la grâce, sansun secours surnaturel de Dieu, nous ne pouvons rien, ni croire, ni espérer, ni aimer Dieu, pas même avoir une bonne pensée, pas même prononcer le nom de Jésus d'une manière méritoire pour le ciel. Nous sommes comme l'enfant qui vient de naître, qui ne peut ni se tenir debout ni faire un pas sans le secours de sa mère ; comme le malade qui ne peut se soulever sans le secours d'une main charitable. Or le
le moyen d'obtenir la grâce, c'est la prière : Sans 77101 vous ne pouvez rien, a dit Jésus ; demandez et vous recevrez. Dans le cours ordinaire de la Providence, si vous ne demandez pas, vous ne recevrez pas.
Aussi peut-on dire, avec saint Liguori, que tous les saints qui sont au ciel n'y sont que parce qu'ils ont prié, et que les réprouvés qui sont en enfer n'y sont que parce qu'ils n'ont pas prié. Comprenons par là combien il importe pour des âmes religieuses de s'appliquer à la prière.
Nous sommes surtout obligés de prier quand de grands malheurs nous menacent. Qu'avonsnous à faire alors pour les conjurer, sinon de tourner nos regards vers le ciel, d'où nous vient toujours le secours? C'est aussi un devoir grave de prier dans les tentations opiniâtres.
C'est alors encore que l'obligation de prier est urgente. La nuit, cheminant sans armes dans une forêt, vous êtes saisi par un voleur vigoureux et armé ; impossible de vous défendre. Quelle ressource vous reste-t-il? de crier, d'appeler du secours. Sans cela vous êtes perdu. Le démon est ce brigand plus rusé et plus fort que vous. Appelez donc au secours Dieu, la Vierge, les saints, par de courtes invocations, sans cela vous êtes défait.
A peine les Hébreux eurent-ils traversé la mer Rouge, qu'ils furent attaqués par les Amalécites, peuple nombreux et vaillant. Moïse ordonna à Josué de choisir des soldats et de les combattre. Pour lui, il se rendit sur la montagne avec Aaron et Hur. Quand Moïse priait en levant les mains au ciel, Israël triomphait dans le combat; et quand il abaissait ses mains, Israël était vaincu. Et comme les mains de Moïse ne pouvaient plus se tenir levées, Aaron et Hur les lui soutenaient.
La défaite d'Amalec fut complète. Le démon sera toujours vaincu si nous prions.
C'est à l'article de la mort surtout que nous aurons à recourir à la prière, pour échapper à ce moment suprême aux assauts de l'ennemi du salut, qui tentera tout pour nous perdre. Donc alors prions avec confiance; et si nous le faisons, quelle qu'ait été notre vie, la grâce nous assistera et nous obtiendrons ce don inestimable de la persévérance finale.
Il serait superflu de rappeler à des âmes religieuses la parole de Notre-Dame de la Salette. Il faut bien faire la prière, soir et matin. C'est souvent dans la journée que le son de la cloche ramène les religieux à la prière. Il est donc plus pratique de leur rappeler la parole deNotre- Seigneur.
Il faut toujours prier, a-t-il dit, et ne jamais se désister de la prière. Ce n'est pas une obligation rigoureuse, quand on n'est pas tenté; mais c'est un conseil salutaire. Nous respirons sans cesse, la prière est la respiration de l'âme. Il fait si bon du reste s'entretenir avec Dieu ! Un voyageur raconte que, parmi les Japciiais idolâtres, il en est qui font vœu d'invoquer leurs faux dieux des millions de fois par jour, prosternés contre terre et frappant le pavé de leur front. Mais il n'est pas nécessaire de se prosterner, il suffit d'élever souvent son cœur à Dieu le long du jour, quand l'heure sonne, dans les tentations, au commencement de ses actions, le soir avant de s'endormir, la nuit quand on s'éveille. On dit alors du cœur sinon des lèvres: Mon Jésus miséricorde! Mon Dieu et mon tout, Seigneur ayez pitié de moi, ou encore Jésus, Marie, Joseph. Heureuses les âmes qui savent ainsi se familiariser avec la prière ! Saint Liguori a écrit : « Quant à moi, pour
dire vrai, je n'ai jamais plus de consolation et d'assurance de mon salut que lorsque je prie. Je
Çense qu'il en est de même des autres fidèles, ous les autres signes de salut sont incertains, et peuvent nous tromper; mais que Dieu exauce quiconque le prie avec confiance, c'est une vérité certaine et infaillible, comme il est certain que Dieu ne peut manquer à ses promesses. »
Il faut toutefois pour être exaucé prier avec les dispositions voulues. Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dit le Saint-Esprit. Nous demandons étant mal disposés. Le pauvre pécheur a un plus pressant besoin de prières que personne. En demandant sincèrement à Dieu sa conversion, il l'obtiendra. Mais le péché est un poids qui l'entraine loin de Dieu, un nuage qui voile aux yeux de son âme la lumière divine. Qu'il se hâte donc de sortir de son triste état, s'il veut obtenir de grandes faveurs. Si je trouve l'iniquité dans mon cœur, disait David, Dieu ne m'exaucera pas. (Ps. Lxv, 17). Plus nous serons purs de toute faute, plus facilement nous serons exaucés.
Nous demandons mal. Mal prier et espérer être exaucé, c'est faire comme un homme qui moud du blé gâté, comptant en retirer une farine excellente . Nous prions sans attention. Combien récitent des prières sans prier ? Comment Dieu peut-il nous écouter, si nous ne nous écoutons pas nousmêmes? Sainte Catherine de Sienne, pour avoir fait attention, durant sa prière, à son frère qui passait près d'elle, était inconsolable; mais beaucoup ne font aucun effort pour repousser les distractions. Nous prions sans humilité: et Dieu résiste aux superbes, mais la prière de celui qui s'humilie pénètre les nuages ; et il ne se retirera pas que le. Très-Haut n'ait jeté sur lui les yeux de
sa miséricorde. Ainsi fut exaucé le publicain. Nous prions sa.ns confiance : et Dieu n'a promis d'accorder que ce qu'on lui demanderait avec confiance; mais si nous lui demandons dans les conditions voulues, il a promis de tout accorder. Lorsque la Vérité promet, qui oserait craindre d'être trompé? Sans doute, à cause de nos misères, nous ne méritons pas d'être exaucés; mais saint Thomas nous assure que notre prière, pour obtenir des grâces, ne s'appuie pas sur nos misères, mais sur la miséricorde divine. Oinnis qui petit accipit : Quiconque demande reçoit, pourvu qu'il demande par Notre-Seigneur. (Luc. XI, 9.) Nous prions sans dévotion; la prière sans ferveur, sans amour de Dieu est comme de l'encens que l'on met dans un encensoir sans feu, elle ne répand pas devant Dieu, un parfum bien agréable. Nous demandons sans persévérance. Dieu tarde quelquefois de nous exaucer, pour nous faire apprécier et désirer ses faveurs. C'est la persévérance qui le fléchit. Notre-Seigneur nous exprime cette vérité par une parabole. Un homme va demander du pain, durant la nuit, à son ami qui refuse d'abora de lui en donner, mais qui s y décide enfin, pour l'empêcher de heurter toujours sa porte.
Enfin 710US denianaons des choses qui sont funestes. Dieu ne peut pas nous accorder ce qui nous perdrait. Il y voit plus loin que nous. Le médecin connaît mieux ce qu'il faut au malade que le malade lui-même. Quel est l'homme qui, lorsque son fils lui demande du pain, lui donnerait une pierre., ou un scorpion., s'il demande un poisson ? Si vous qui êtes méchants, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants; à plus forte raison votre Père qui est dans le ciel donnera de véritables faveurs à ceux qui le prient. (Matth. vu, 7.) Une
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mère retire des mains de son enfant le couteau qui peut le blesser. Dieu nous donne mieux que ce que nous demandons, quand nous le prions de nous accorder ce qui pourrait nous nuire. On peut sans doute lui demander des grâces temporelles, mais à la condition qu'elles serviront à notre salut. Si ensuite nous ne les obtenons pas, remercions Dieu de nous les avoir refusées, parce qu'il prévoyait l'abus que nous en ferions. Nous pouvons demander sans réserve les grâces spirituelles nécessaires à notre salut, comme l'amour de Dieu, la contrition de nos péchés, la pratique des vertus. Nous les obtiendrons sûrement; mais quand on demande pour les autres, il n'est pas toujours sûr qu'ils profiteront des grâces que nous leur aurons obtenues, car la grâce n'enlève pas la liberté. S'ils ne se convertissent pas lorsque nous avons prié pour eux comme il faut, c'est par leur faute et non par défaut de grâce. Donc, demandes et vous recevrez la grâce; cherchez Dieu et vous le trouverez; frappez: à la porte de la clémence divine et elle vous sera ouverte, en attendant que s'ouvre pour vous le ciel !