CHAPITRE XX
MÉTHODE d'oraison
Cette méthode comprend la préparation, le corps de l'oraison, et la conclusion.
1° La préparation. Avant l'oraison, préparez votre âme, dit le Saint-Esprit, et ne soyez pas comme un homme qui tente Dieu. Si des religieux qui font la méditation tous les jours en retirent peu de fruit, on peut affirmer que leur manque de pré-
paration à ce saint exercice en est une des principales causes.
Il y a la préparation éloignée qui consiste à vivre toujours dans la fuite du péché, la mortification des passions et la garde des sens. « Vous voulez faire oraison, écrivait saint Athanase à une vierge, vivez comme une âme qui est admise à converser avec Dieu. » L'âme qui est en état de péché mortel sent comme un poids qui, l'entrainant loin de Dieu, l'empêche de s'élever au-dessus d'elle-même et des créatures, pour s'entretenir avec le Créateur. Une âme dissipée, légère, immortifiée, qui veut tout voir, tout entendre, tout savoir, est presque incapable du recueillement que demande l'oraison. Elle est comparable à un chemin sur lequel on jette en vain la semence, parce que les oiseaux du Ciel viennent aussitôt l'emporter. L'habitude de la vigilance sur nos yeux, sur nos oreilles, sur notre langue, et sur tous nos sens, nous rend faciles le silence et la séparation des Créatures que réclame l'oraison.
La préparation 2Jroc/iame consiste à prévoir dès la veille, le sujet sur lequel on doit méditer, le fruit pratique que l'on veut retirer de la méditation, le lendemain, la résolution qu'on a besoin d'y prendre.
La préparation immédiate consiste à se mettre en présence de Dieu, au moment où l'on commence l'oraison, à lui demander ses lumières en invoquant l'assistance de la Sainte Vierge, de saint Joseph, de l'Ange gardien, et des saints dont on veut imiter les vertus ou qui ont excellé dans la pratique de l'oraison.
2° Le corps de l'oraison. Pour y employer utilement son temps, ce qui est de la plus haute importance, on peut user de divers moyens. Le
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plus facile, c'est de se servir du livre, sur lequel on a lu la veille, les divers points de sa méditation. Sainte Thérèse dans l'oraison était comme un soldat sans armes, quand elle n'avait pas son livre : elle fît oraison avec un livre pendant dixsept ans. En lisant, imitez la colombe qui prend une g-orgée d'eau dans son bec et puis regarde le ciel pour l'avaler ; saint Eloi faisait la méditation avec un livre, mais souvent il interrompait sa lecture et arrosait le livre de ses larmes : le roi avait beau l'appeler, il continuait son oraison jusqu'à ce que l'heure de la quitter fût venue. On lit donc quelques lignes, on recueille la pensée qu'elles expriment, comme si elle tombait de la bouche de Notre-Seigneur lui-même; puis, fermant les yeux, ou les fixant sur le crucifix ou la statiie de Marie, on se pénètre de la vérité et on la savoure à loisir. Après avoir ruminé cette nourriture spirituelle, et exprimé tout le suc de salut qu'elle renferme , on lit un second passage , sur lequel on réfléchit de la même manière.
Ce n'est point assez d'accepter la vérité, il la faut aimer; il faut que, dans l'oraison, le cœur surtout agisse, adore, prie, bénisse, loue la majesté de Dieu. Après avoir goûté la seconde pensée, on passe à une troisième, et ainsi de suite jusqu'à la fin de la méditation.
Si on ne peut se servir d'un livre, il faut se rappeler les divers points de la méditation tels qu'on les a préparés la veille, et sur chacun d'eux réfléchir, goûter la vérité, prendre des résolutions, prier comme nous l'avons indiqué déjà.
On peut aussi prendre utilement pour sujet de méditation les formules de prières qu'on sait par cœur, le Notre-Père, par exemple. On s'arrêtera sur chaque mot pour en pénétrer le sens et
en nourrir son âme. Afin d'être clair, entrons dans quelques développements.
Notre-Père... Nous avons tous le même Père, qui est Dieu : nous devons l'aimer plus que notre père et que notre mère de la terre, à cause de ses bienfaits et de ses perfections infinies. Puisqu'il est notre Père à tous, nous sommes tous frères, et nous devons vivre dans l'union et la paix, nous aimant les uns les autres. Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur, et j'aime tous les hommes pour l'amour de vous ! Après ces premiers mots : Notre Père, on passe aux suivants : Qui êtes aux deux. Notre Père est au ciel, c'est-à-dire dans la gloire, dans le bonheur; c'est là qu'il nous appelle, c'est de là qu'il nous protège. Vous qui êtes aux cieux notre Père , veillez sur moi du séjour de votre gloire, et faites qu'un jour je sois auprès de vous! On fait ainsi sur chaque mot du Pater ou de tout autre prière, les réflexions qu'inspire l'esprit de foi.
Les commandements de Dieu et de l'Eglise peuvent aussi fournir des sujets d'oraison très pratiques. On prend un de ces commandements; on recherche avec attention ce qu'il défend et ce qu'il ordonne : puis on examine à loisir comment on a évité ce que Dieu et l'Eglise nous interdisent, et comment on a observé ce que Dieu et l'Eglise nous commandent. On demande ensuite pardon au Seigneur de notre peu de fidélité à accomplir sa loi. Ce genre d'oraison nous rendra facile l'examen de conscience et nous apprendra à nous connaître nous-mêmes.
C'est une méthode d'oraison simple et salutaire tout à la fois, que de parcourir en esprit les plaies sacrées du Sauveur. On se met au pied de la croix comme Madeleine, et avec elle on cherche à recueillir les gouttes de sang qui coulent du
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corps déchiré de Jésus. On embrasse les pieds percés du divin Maître et on demande pardon des démarches criminelles que l'on a faites, en se rendant dans des compagnies ou dans des lieux dangereux pour l'innocence. Passantensuite aux mains percées par de gros clous, on les adore et on demande pardon de toutes les actions coupables que l'on a eu le malheur de commettre. En considérant la couronne d'épines, on s'excite au repentir de toutes les vanités dont on a chargé sa tête, de toutes les paroles immodestes auxquelles on a prêté l'oreille avec complaisance, de tous les regards qui ont blessé la plus belle des vertus. Enfin, on entre dans ce Cœur adorable qui nous est toujours ouvert; on s'y cache, comme dans un port de salut ; on dit avec un saint Docteur : « Dans ce cœur, je bâtirai ma tente ; car il fait bon y rester toujours. »
On peut aussi, pendant l'oraison, penser aux motifs de la foi, de l'espérance, de la charité et de la contrition, et produire souvent plus de cœur que des lèvres, les actes de ces vertus. Rien ne rapproche plus de Dieu, surtout si on a soin de multiplier les actes d'amour pour lui.
D'autres s'élèvent aux choses spirituelles par la vue des choses matérielles. La création est un grand livre, où il est facile de lire partout, quand on réfléchit, le nom et les grandeurs de Dieu. Sainte Thérèse faisait quelquefois oraison à sa fenêtre ; et saint Paul de la Croix donnait un coup de bâton aux fleurs qu'il rencontrait sur le chemin et leur disait en pleurant : Taisez-vous, vous me reprochez de n'aimer pas assez Dieu qui vous a créées pour moi.
3° La Conclusion. Quelle que soit la méthode que l'on embrasse, l'important est dans le cours
et surtout à la fin de l'oraison : 1) de faire beaucoup d'affections pour Notre-Seigneur et pour la vertu que l'on veut acquérir ; des actes de charité répétés fréquemment sont ce qu'il y a de plus parfait. 2) « Il est extrêmement utile dans l'oraison, dit saint Liguori, et peut être préférable à tout autre chose, de faire de fréquentes prières, en demandant à Dieu avec humilité et confiance ses grâces, les lumières dont on a besoin, la résignation, la persévérance, etc., mais surtout le don du saint amour. » On peut, dans ce but, réciter quelques prières vocales, et les réciter souvent, surtout si l'on se sent très aride.
3) En terminant l'oraison, on doit prendre une résolution particulière, comme d'éviter certaine faute dans laquelle on est tombé plus souvent, ou de mieux pratiquer quelque vertu ; la même résolution doit se renouveler plusieurs fois jusqu'à ce qu'on se soit corrigé de ce défaut ou qu'on ait acquis cette vertu. »
A la fin, « on remercie Dieu des lumières reçues ; on demande au Père éternel, pour l'amour de Jésus et de Marie, la grâce de lui être fidèle. Ne manquez jamais de recommander à Dieu les âmes du purgatoire et les pécheurs. Saint François de Sales nous conseille de ne point quitter l'oraiâon sans y cueillir un bouquet de fleurs pour en savourer la bonne odeur durant le jour, c'est-à-dire sans retenir une ou deux pensées qui ont produit dans notre âme de plus vifs sentiments de dévotion et qui serviront à nous enflammer le reste de la journée. » Après l'oraison, il faut avoir soin de mettre en pratique ses résolutions, dès que l'occasion s'en présente.
Heureuses les âmes qui s'appliqueront à l'oraison , elles finiront par trouver Dieu et par le goûter ! Plus heureuses encore celles qui, par