LA PRÉSENCE DE DIEU
entretiendriez sans effort de lui, de vous, des autres. Ce n'est pas plus difficile et c'est plus doux avec Notre-Seigneur.
Cette pratique suppose l'application à Dieu de l'esprit et du cœur. A]jplication de l'esprit. On peut se représenter Notre-Seigneur à côté de soi comme si on le voyait, mais sans trop grande tension d'esprit; on peut aussi se représenter, ce qui est plus vrai. Dieu qui remplit tout de son immensité ; ou encore, on voit Dieu dans les créatures auxquelles Dieu donne tout ce quelles ont de perfection et qui, toutes, nous parlent de lui ; ou enfin on se figure Dieu au-dedans de soi; car notre âme est son temple. C'est ainsi que Catherine de Sienne bâtissait dans son âme comme un sanctuaire intime, dans lequel elle voyait Dieu. Un beau crucifix qu'on tient devant soi, de saintes images qu'on regarde souvent, aident beaucoup l'intelligence à penser à Dieu.
L'application du cœur se fait par des oraisons jaculatoires fréquentes, en renouvelant, dans les occupations capables de distraire , l'intention de tout faire pour Dieu, en prenant quelques instants dans le cours de ses travaux pour s'unir à Notre- Seigneur. Heureuses les âmes qui pourront dire avec David : Mes yeux sont toujours tournés vers le Seigneur ; qui penseront toujours à Celui qui ne les oublie jamais et ne cesse de répandre sur elles des faveurs ! « Si on persévérait une année, dit saint Léonard après sainte Thérèse, dans cet exercice, on se trouverait à la fin de l'année au comble de la perfection sans s'en douter. »
Sainte Rose de Lima, écrit l'auteur de sa vie, se tenait tellement unie à Dieu, qu'elle ne perdait pas de vue un instant sa divine présence. En travaillant, en prenant ses repas, en lisant, en se promenant, dans le jardin comme dans l'église, dans
les places publiques comme dans sa chambre, elle voyait cette Majesté tout aimable que les anges adorent. Cette occupation de ses puissances intérieures avait lieu sans une abstraction notable de ses sens. Ainsi, tout en parlant à Dieu au-dedans d'elle-même, elle réglait les affaires domestiques , répondait à propos aux questions qu'on lui faisait, conversait d'une manière facile, et agissait avec la dextérité , l'attention et la promptitude que mettent à leurs opérations extérieures ceux qui ne pensent pas à autre chose qu'à ce qu'ils font.
Une plante, une fleur , un brin d'herbe, un insecte, une pierre, un morceau de bois sec, suffisaient pour élever son esprit à Dieu et embraser son cœur. Dans le carême de 1617, qui fut la dernière année de la vie de cette sainte, un petit oiseau venait chaque soir, après le coucher du soleil, se percher sur un arbre, devant la fenêtre de sa chambre, et chantait d'une voix sonore, comme pour l'inviter à en faire autant. Rose, docile à cette aimable invitation, fît en vers un charmant cantique pour provoquer son petit chantre des airs, ou répondre à ses provocations. Et tous les soirs, pendant une heure entière , Rose et le petit oiseau alternaient leurs chants de louange à leur Créateur. L'oiseau s'envolait ensuite pour revenir le lendemain. La Sainte, affligée de sa retraite, disait : Mon petit oiseau me quitte, mon chantre s'envole ! Qu'il soit béni àjamais, le Dieu qui est toujours avec moi.