‹ L'Etat religieuxChapitre 66 sur 98 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Unîbon nombre de religieux sont prêtres; ils ont le bonheur de monter tous les jours au Saint Autel; tous les autres assistent tous les jours au Saint Sacrifice. Quelle grâce! Quel honneur à rendre à ce Dieu dont le nom est grand au ciel et sur la terre ; mais dont les merveilles de la Création font moins éclater la gloire que le sacrifice pur, qui lui est partout offert. Partout, parmi les païens eux-mêmes, l'homme a senti le besoin de reconnaître que Dieu est le maître de la vie et de la mort, et de prendre une créature vivante, de la détruire devant lui, comme pour lui dire par là hautement, que tout ce qui a vie lui doit l'existence. Ceux qui n'offrent aucun sacrifice à Dieu sont donc pires que les infidèles. Toutefois, les sacrifices aes infidèles et des Juifs eux-mêmes, qui immolaient des taureaux et des agneaux, étaient incapables de rendre à Dieu l'honneur qu'il mérite.

Aussi le Fils de Dieu est-il venu sur la terre; il a pris un corps et une âme comme nous et il a dit à son Père : Les victimes jusqu'ici ne vous ont pas été agréables, je viens les remplacer. Et

il s'est offert lui-même sur la croix, et par ce seul sacrifice il a rendu à son Père toute la gloire qu'il mérite ; il a apaisé sa justice irritée, et mérité pour nous toutes les grâces. Toutefois, il n'a pas suffi à l'amour que le divin Sauveur portait à son Père et aux âmes, d'offrir ;ce sacrifice une seule fois et dans un seul lieu du monde ; il a voulu qu'il s'offrit dans tous les lieux et dans tous les temps, et c'est pour cela qu'il a institué le sacrifice de la messe. Nous allons en dire l'excellence et les effets, et indiquer la manière d'y assister.

Article I". — Excellence du sacrifice de la messe.

Jésus offrit lui-même à la cène son corps et son sang qui furent consommés par la communion des apôtres, et il leur ordonna de perpétuer ce sacrifice. Faites ceci, leur dit-il, en mémoire de moi. Et depuis lors, par l'ordre de Notre-Seigneur, les prêtres disent la messe et renouvellent ce sacrifice, qui n'est autre que celui du Calvaire. Cest à Dieu qu'il est offert. Le sacrifice est un acte parfait d'adoration, c'est Dieu lui-même et Dieu seul qui en est nécessairement l'objet. On peut faire célébrer la messe en l'honneur des saints pour remercier le Seigneur des grâces qu'il leur a faites et s'assurer leur intercession ; mais ce serait un acte d'idolâtrie que d'offrir le sacrifice de la messe aux saints, même à la sainte Vierge. C'est un Dieu qui s'offrit lui-même sur le Calvaire, c'est lui qui s'offre sur l'autel par le ministère des prêtres. C'est sa i;nain qu'il faut considérer invisiblement étendue, comme le remarque saint Jean Chrysostôme. Il convenait pour apaiser la justice divine que nous eussions un prêtre saint, innocent, qui n'eût pas besoin d'of-

frir pour lui des victimes : or, il n'y a que Jésus- Christ dans ces conditions. Aussi remarquez que leprêtre, dans les paroles de la consécration, dit: Ceci est mon corps^ il parle donc au nom de Jésus- Christ dont il tient la place. Un prêtre tel que Jésus-Christ, n'offrit-il qu'un agneau comme Abel, son offrande serait agréée de Dieu.

Mais c'est un Dieu qui est offert. La victime par laquelle nous avons été réconciliés avec le Père est immolée chaque jour sur l'autel, comme dit l'Eglise dans le concile de Trente. Cette victime, c'est Jésus-Christ qui offre son corps, son âme, son sang; il s'offre tout entier pour nous,' et cela autant de fois que la messe se célèbre dans tout l'univers. Quand nous célébrons la naissance de Jésus-Christ, il ne nait pas réellement, nous fêtons le souvenir de sa naissance; mais la messe n'est pas un simple souvenir, une simple représentation du sacrifice du Calvaire, c'est le même sacrifice offert d'une manière non sanglante. C'est la même victime offerte au même Dieu par le même prêtre. Nous devons donc aller à la messe avec les mêmes sentiments qui animaient saint Jean, allant au Calvaire.

Article II. — Les effets du saint sacrifice.

Ils sont aussi Jes mêmes sur l'autel que sur la croix. On trouve dans chaque messe tout le fruit qu'a opéré Jésus en croix, dit saint Thomas. La messe est donc un trésor immense, on y trouve de quoi rendre à Dieu tout ce que nous lui devons. Or nous devons à Dieu l'adoration pour sa majesté infinie; l'action de grâces pour ses bienfaits; l'expiation, pour nos péchés qui l'ont offensé; la demande des grâces qui nous sont nécessai-

res ; or, la messe nous fournit de quoi payer toutes nos dettes.

La première que nous devons acquitter, c'est d'honorer Dieu. Tout inférieur doit des hommages à son supérieur ; et plus le supérieur est élevé en dignité, plus les hommages qu'il mérite doivent être profonds. A un Dieu infini en grandeur, il faut donc des hommages infinis. Mais comment lui payer un tel tribut, quand les anges et tous les hommes en sont incapables? Il a fallu que le Fils de Dieu descendît du ciel, se fit l'un de nous en quelque sorte et se mit à notre place. Il l'a fait, et, sur l'autel comme au Calvaire, il s'anéantit devant son Père. C'est un Dieu qui honore un Dieu et qui l'adore autant qu'il en est digne. Et devant ces hommages et ces anéantissements de Jésus-Christ qui ont une valeur infinie, tous ceux des anges et des hommes s'effacent, comme les étoiles quand brille le soleil. Une sainte âme, toute embrasée d'amour de Dieu, disait : Je voudrais avoir autant de langues pour vous bénir, ô mon Dieu, qu'il y a de feuilles sur les arbres, de gouttes d'eau dans la mer. Le Seigneur luirépondit: Consolez-vous; par une messe que vous entendrez, vous me rendrez toute la gloire que vous souhaitez et infiniment plus encore.

Notre seconde dette envers Dieu est celle de la. reconnaissance. Le plus petit des bienfaits de Dieu nous étant accordé par un Etre infini, et avec un amour infini, mérite une reconnaissance infinie. Mais que de grandes faveurs dans l'ordre de la nature et de la grâce nous avons reçues ! Serons-nous donc impuissants à les reconnaître?

Rassurez-vous... : Que rendrai- je au Seigneur, disait David, i)0ur toutes les faveurs quHl m'a faites ? Je prendrai entre les mains le calice du

salut. Dans la messe, Jésus lui-même offre ses actions de grâces à son Père. Le mot Eucharistie ne signifie pas autre chose qu'action de grâces. La vénérable sœur Françoise Farnèse, se voyant accablée des dons de Dieu, se désolait de ne pouvoir les lui rendre. La sainte Vierge déposa entre ses mains l'Enfant-Jésus : Prenez, lui dit-elle ; avec lui vous satisferez à toutes vos obligations. Par la messe nous rendons à Dieu, Jésus qu'il nous a donné, et même nous le lui rendons à chaque messe, tandis qu'il ne nous l'a donné qu'une fois par l'incarnation.

Notre troisième dette est celle de Vexpiation pour nos péchés. Toutes nos pénitences, en y joignant celles de tous les martyrs, de tous les saints, seraient impuissantes à satisfaire pour un seul péché mortel. Jésus, à l'autel, offre son sang versé, son corps, victime livrée pour nous. Il applique la valeur infinie de ses expiations du Calvaire à ceux qui célèbrent, ou qui font célébrer la messe, et à ceux qui y assistent. La messe remet les péchés véniels à ceux qui l'entendent avec des sentiments de contrition; elle les préserve du péché mortel ; elle satisfait à Dieu pour les peines temporelles dues aux péchés déjà pardonnés ; elle obtient à ceux qui sont en état de péché mortel la grâce du repentir ; elle apaise la justice divine irritée par les péchés des hommes. D'où vient que Dieu, qui punissait avec tant de rigueur, dans l'ancienne loi, des fautes légères comme celles d'Oza et des Bethsamites, supporte tant de blasphèmes et de corruption ? Alphonse d'Albuquerque, ce grand conquérant des Indes, se voyant avec son armée en péril de faire naufrage, prit entre ses mains un enfant qui se trouvait sur le vaisseau et l'élevant vers le ciel : « Seigneur, dit-il, nous sommes pécheurs et

méritons la mort, mais cet enfant est innocent ; pour l'amour de lui, pardonnez aux coupables. » La mer se calma aussitôt. Comment Dieu ne s'apaiserait-il pas quand le prêtre élève la sainte hostie entre le ciel et la terre ? 0 pécheur, venez à la messe, si vous voulez que Dieu ne vous écrase pas de ses foudres.

La quatrième dette, cest celle de /a prière. Nous n'avons rien, nous attendons tout de Dieu pour nous et pour les autres, et comment oser demander quand nous avons été si ingrats et quand nous avons tant abusé des dons de Dieu ? Jésus demande pour nous. Il a demandé pour nous et il a tout obtenu au Calvaire, où il pria avec un cri puissant et fut exaucé, comme le dit saint Paul : il s'offre à l'autel dans le même but. Quelle consolation ! Si une âme sainte sur la terre prie pour nous, notre confiance renait! Si nous étions sûrs que plusieurs saints priassent du haut du ciel pour nous, quelle confiance ! quelle joie ! Ah! c'est Jésus lui-même qui prie pour nous, c'est lui qui donne. Il obtient tout, d abord jjour nous : penda.nt la, vie ; grâces spirituelles, grâces temporelles. Jésus s'immole pour nous. Dieu peut-il nous refuser quelque chose quand nous lui offrons son Fils? Ne devient-il pas notre débiteur? Ne lui offrons-nous pas plus que nous lui demandons ? Aussi nous donne-t-il par la vertu du saint sacrifice, même ce que nous ne lui demandons pas. Il obtient tout pour l'heure de la mort. Il n'y a pas de moyen plus efficace que la messe pour obtenir la persévérance finale, dit saint Léonard de Port-Maurice.

Il obtient tout pour les autres, d'abord pour les vivants; une seule messe, par sa valeur intrinsèque, suffirait pour mériter la conversion de tous les hérétiques, de tous les infidèles, de tous les

mauvais chrétiens, {)our fermer les portes de l'enfer à tous les pécheurs. « En entendant ou en célébrant une seule messe, à envisager l'action en elle-même, on peut mériter plus que celui qui consacrerait toutes ses richesses aux pauvres, qui s'en irait en pèlerinage jusqu'au Dout du monde. Que n'imitez-vous les anges, qui, lorsqu'on célèbre la messe, descendent par troupes de leur céleste demeure, pour intercéder plus efficacement en noire faveur? »

Le saint sacrifice n'est pas moins efficace pour les âmes du purgatoire. Saint Grégoire rapporte qu'une femme, ayant perdu son mari et le croyant mort, faisait souvent célébrer la messe pour lui. Son mari était prisonnier et chargé de lourdes chaines. Délivre de sa captivité, il apprit à sa femme que toutes les fois qu'elle faisait célébrer la messe pour lui, ses chaînes tombaient miraculeusement. Les âc^es du purgatoire, dit saint Léonard après saint Jérôme, ne sentent pas leurs tourments pendant qu'on dit la messe pour elles, et à chaque messe qui se célèbre, plusieurs d'entre elles s'envolent au paradis. Aussi le vénérable Jean d'Avila s'entendant, à son heure dernière, demander ce qu'il désirait le plus après sa mort : « Des messes, dit-il, des messes ! »

Saint Pierre Damien, dans son enfance, gardant ses troupeaux, trouva une pièce de monnaie; malgré son extrême pauvreté, il la remit à un prêtre, le priant de dire la messe pour ses parents défunts. Sa piété filiale fut bénie du ciel. Plus tard Pierre devint prêtre, évêque, cardinal et un grand saint.

Si nous comprenons ces vérités, oserons-nous nous laisser aller à la tiédeur et à la routine en célébrant, ou en entendant la sainte messe? Ne profiterons-nous pas de ce moment solennel pour

nous tenir prosterné en esprit aux pieds de la croix, comme Madeleine, et pour recueillir avec un indicible amour les gouttes de sang du Sauveur, pour nous laver, nous abreuver d'amour, nous retremper dans la pratique de toutes les vertus ? N'aurons-nous pas à cœur de suivre une méthode qui nous aide à bien entendre la messe ?

Article III. — Méthodes pour entendre la messe.

Parmi ces méthodes, la plus facile c'est de suivre dans un livre les belles prières de la liturgie.

La deuxième, c'est de méditer. Un bon religieux avait coutume de dire que, pendant la messe, il ne lisait que trois lettres : la première noire, il pensait à ses péchés et en demandait

f)ardon à Dieu ; la deuxième rouge, il méditait sur a passion de Notre-Seigneur J.-C; la troisième, blanche comme l'hostie, il faisait la communion spirituelle.

La troisième est de payer à Dieu nos quatre dettes envers lui, en divisant la messe en quatre parties. Depuis le commencementjusqu'àl'Evangile, adorer Dieu et le louer. Depuis l'Evangile jusqu'à l'élévation, remercier Dieu de ses bienfaits. Depuis l'élévation jusqu'à la communion, demander pardon de ses péchés. Depuis la communion jusqu'à la fin, faire la communion spirirituelle, et demander toutes les grâces dont nous avons besoin.

Quelles provisions de dons célestes fait, pour toute sa journée, une âme religieuse qui dit ou entend saintement la messe. Ah ! ne nous en privons pas par notre négligence et notre tiédeur.

Page 1