LA LECTURE SPIRITUELLE
n'a mis de saintes pensées dans l'âme par de bonnes lectures, elle ne rendra rien de bon dans l'oraison. En effet, les bonnes pensées, comme les plantes salutaires, ne poussent point sans qu'on les sème; les mauvaises seules germent ainsi d'elles-mêmes.
Les bonnes lectures éclairent l'esprit. La parole de Dieu prêchée illumine les yeux de l'âme. Un bon livre est un prédicateur que l'on peut toujours entendre, et il peut être plus remarquable que ceux que l'on entend ordinairement. Il peut être un grand docteur, un saint, un directeur incomparable. Il ne ménage pas nos défauts, il nous expose la vérité dans toute sa pureté, et nous n'osons pas nous en plaindre. C'est un miroir fidèle, où nous découvrons les taclies qui défigurent notre âme, un flambeau qui nous découvre le chemin du ciel. C'est un ami sincère, et l'Esprit-Saint nous dit que celui qui le trouve, trouve un trésor. C'est Dieu même parlant à l'âme, selon la parole de saint Jérôme, « Dans la
{)rière, dit ce Père, nous parlons à Dieu, et dans a lecture, c'est Dieu qui nous parle. » Aussi, que d'âmes ont été éclairées par cette divine lumière. La lecture touche aussi le cœur et le détermine à embrasser le bien que l'intelligence a découvert. Comment tant d'hommes sont-ils passés d'une vie mondaine ou coupable à une vie sainte? Souvent par la lecture spirituelle. C'est à elle que nous devons saint Antoine, saint Augustin, saint Ignace de Loyola, et tant d'autres. Le bienheureux Jean Colombino s'impatientait de ce que le repas n'était pas prêt à temps; sa femme lui dit de lire en attendant. Il prit alors de mauvaise humeur un livre spirituel qui se trouvait sous sa main, le lut et se convertit. Le gouverneur du Caucase, le général de Nicolaï, demanda un jour
à un de ses amis de Paris une caisse de livres. On y glissa un livre que M^' Dupanloup venait de publier sur la vraie et solide piété. Quelques mois après, le général venait en France, faisait une retraite sous la direction de l'Evêque et s'enfermait dans une cellule de la Grande-Chartreuse. Les saints eux-mêmes ont trouvé dans les lectures spirituelles un secours puissant pour avancer dans la vertu. Saint Dominique baisait tendrement ses livres de piété, et les serrait avec amour sur son cœur, en disant : Ces livres me donnent le lait qui me nourrit. Aussi saint Philippe deNéri consacrait-il tous les instants qu'il avait de libres à la lecture spirituelle.
Désireux de procurer ces mêmes avantages aux âmes, les saints leur ont conseillé avec la plus grande instance la lecture spirituelle : « Appliquez-vous à la lecture, » disait saint Paul à son disciple Timothée. Et, après lui, tous les saints docteurs ont répété cette recommandation. Tous les fondateurs d'ordres religieux ont fait' de la lecture un point de règle parmi leurs disciples ; et toutes les âmes qui ont à cœur de se sanctifier dans le monde, s'adonnent à la lecture spirituelle. Saint Grégoire parle d'un pauvre nommé Servolus, qui vivait à Rome des aumônes des fidèles, car étant infirme, il ne pouvait pas travailler. Il partageait avec les autres le peu qu'il recevait, et s'en réservait une partie pour se procurer des li- A'res de piété. Comme il ne savait pas lire, il demandait comme une grande charité qu'on lui fit une bonne lecture. Cette pratique lui fît acquérir une grande patience et une admirable connaissance des choses divines. Lorsqu'il fut près de mourir, il pria ses amis de lui continuer ses chères lectures; mais, avant d'expirer, il les interrompit en disant : « Taisez-vous, nentendez-vous