CHAPITRE XXXI
Le moyen le plus efficace de sanctification pour toutes les âmes, ce sont les sacrements ; et un des grands bienfaits de la vie religieuse, c'est de rendre fréquent à ceux qui l'embrasse, l'usage des sacrements. « La fréquentation des sacrements, dit saint Léonard, est pour l'âme religieuse, ce qu'est l'eau pour un jardin. » Avec elle tout fleurit, et sans elle tout se dessèche. On ne peut donc rien faire de plus pratique, de plus salutaire pour les âmes religieuses que de les inviter à recevoir souvent et avec de saintes dispositions le sacrement de Pénitence et la sainte Eucharistie. Parlons d'abord, et d'une manière complète, du sacrement de Pénitence. L'importance du sujet le demande.
Saint Bernard écrivait à la vierge Sophie : « Aimez ce qui vous rend aimable aux yeux du Seigneur; aimez la confession qui vous fait aimer de Dieu; aimez la confession, si vous recherchez la beauté... Votre cœur est-il souillé par le péché, la confession lave les souillures. La confession, quel bel ornement de l'âme! Elle purifie le pécheur et rend le juste plus pur encore. » Elle est le plus grand bienfait que Dieu ait accordé à l'homme couJDable. A ceux dont l'innocence a fait, à travers les tem.pêtes du monde, un triste naufrage, la confession est une planche de salut, à l'aide de laquelle ils peuvent gagner le port de
l'éternité bienheureuse ; et à l'enfant prodigue qui a fui loin de son père et qui a dissipé l'héritage et les dons de la grâce dans de criminels plaisirs, la confession est une porte toujours ouverte, par laquelle il peut rentrer dans la maison paternelle, pour y recevoir le baiser du pardon. « 0 ma sœur bien-aimée, écrivait encore saint Bernard, suivez le conseil que je vous donne. Pendant que Dieu vous en laisse le temps, confessez-vous et pleurez vos péchés. Seriez-vous chargée de crimes, la pénitence vous obtiendra votre pardon. Il n'est point de fautes si graves, que la pénitence ne l'efface. Croyez avec une ferme foi que le pécheur doit espérer obtenir miséricorde par la confession. Tandis qu'il amasse, au contraire, des trésors de colère pour le jour des vengeances divines, celui qui, ayant péché, rejette la pénitence. Quand donc, nous gémissons sous le poids de nos fautes et de notre faiblesse, allons déposer notre fardeau aux pieds du prêtre. Le prêtre est pasteur, il vous conduira, comme par la main, dans le chemin du salut, que seul vous ne sauriez trouver. Le prêtre est juge, mais pour prononcer sur votre tête la sentence du pardon. Il est médecin, pour verser sur les plaies de votre cœur, un baume salutaire. Il est dispensateur des mystères de Dieu, pour vous arroser du sang de Jésus-Christ. Il est père, et c'est de ce nom si doux que vous l'appelez, en vous jetant à ses pieds ; il est père, pour vous bénir, pour compatir à vos infirmités, pour consoler votre âme dans ses tristesses, et la soutenir dans ses défaillances ; sa bonté et son indulgence seront d'autant plus grandes que vos fautes sont plus graves. Le loup, de ses dents meurtrières, serre la gorge de la brebis, qu'il enlève au troupeau, afin que les cris de sa victime n'appellent pas le berger,
et Satan aussi, ferme la bouche de l'âme dont il s'est saisi, afin qu'elle ne découvre pas son malheur à celui qui pourrait la délivrer. Brebis infortunée, crie, fais connaitre par tes gémissements, avec le danger qui te menace, la dent cruelle qui te déchire, et le loup, épouvanté, lâchera sa proie. Il suffît souvent de découvrir avec confiance au ministre du Seigneur les tentations qui nous assaillent, pour les voir s'évanouir sans péril pour nos âmes. « 0 ma sœur, hâtez-vous de îaire connaître vos pensées mauvaises, écrivait saint Bernard. Elle est prompte la guérison d'une âme qui manifeste sa faute. » Remède efficace contre toutes les blessures spirituelles, la confession est aussi pour l'âme juste, le plus puissant préservatif contre le péché.
C'est pourquoi nous devons y revenir fréquemment. La confession de tous les huit jours est loin d'être trop fréquente pour une âme religieuse. Il est même certaines tentations qui peuvent demander qu'elle se présente plus souvent au saint Tribunal; et les Supérieurs ne doivent pas le lui interdire. Pour tous, il y a dans la vie des heures difficiles à traverser. Ceux qui ont l'expérience des âmes le savent. Et à tout prendre, c est un moindre mal d'aller au confessionnal plus souvent qu'il ne faudrait, que d'en être privé dans des moments d'épreuve. Il vaut mieux se confesser avant une chute qu'après ; il est meilleur de la prévenir que de la réparer.
Qu'on n'oublie pas toutefois que le sacrement de pénitence ne produit ses heureux fruits que dans les âmes qui y apportent les dispositions voulues.
Nous allons exposer ces dispositions dans les paragraphes suivants, et nous y ajouterons un paragraphe particulier sur les confesseurs des religieuses.
§ I. De l'examen.
La même loi qui ordonne de se confesser ordonne de s'examiner au moins sur les fautes graves, à moins
3ue l'on n'ait sur la conscience que quelques fautes ont on se souvienne distinctement. Comment s'accuser des péchés que Ton ne connaît pas, et comment les connaître sans examen? L'obligation de s'examiner sur les fautes graves est telle, que si, en la négligeant gravement, on oubliait, ou si on risquait d'oublier des fautes mortelles, on ne ferait pas une bonne confession. L'examen des fautes vénielles est utile sans être nécessaire. « Ne vous troublez point, dit saint François de Sales, de ce que vous ne remarquez pas toutes vos petites chutes pour vous en confesser; car comme vous tombez souvent sans vous en apercevoir, de même vous vous relevez aussi sans vous en apercevoir ; » c'est-à-dire par les actes d'amour et d'autres actes pieux que les âmes ferventes ont l'habitude de faire. L'examen des fautes mortelles doit être diligent et sérieux, mais paisible; pourquoi se mettre inutilement l'esprit à la torture? On fait ce que l'on peut, et puis on se tient tranquille. S'il reste encore quelque embarras deconscience, on ledit au confesseur, qui est toujours heureux d'aider son pénitent à s'examiner.
§ IL De la contrition.
Il ne sufïît pas que le chasseur découvre le gibier, il faut qu'il l'abatte. C'est la contrition qui abat et tue le péché que l'examen a découvert. La contrition, c'est la douleur et la détestation des péchés commis, jointe au ferme propos, à la résolution sincère de ne plus en commettre à l'avenir. — Rien ne peut remplacer la contrition. Sans elle l'examen, la confession elle-même serait de nulle valeur devant Dieu. Si vous ne faites pénitence (au moins par le repentir), a dit Notre-Seigneur, vous périrez tous. On peut dire que l'on n'a pas péché, dit saint Augustin ; mais il faut
être plus que barbare pour prétendre, qu'après avoir péché, on peut obtenir le pardon sans contrition. En efïet, le pécheur s'esl éloigné de Dieu en aimant le mal, il ne peut donc se rapprocher de Dieu qu'en détestant le mal qu'il a commis. Donc, point de bonne confession sans la contrition, n'accusât-on même que des fautes légères. La contrition doit, en pratique, précéder l'absolution. Il faut donc avoir soin de s'y exciter et d'en produire les actes avant d'entrer au confessionnal; mais quand l'acte a été fait sincèrement avec l'intention de recevoir le sacrement, peu avant d'entrer au confessionnal, il n'est pas nécessaire de le refaire en recevant l'absolution.
On trouve des âmes religieuses qui, s'étant présentées au saint Tribunal, sans s'être excitées à la contrition, s'en excusent en disant qu'elles n'en ont pas eu le temps. Cette excuse n'est pas acceptable. Quand on prévoit qu'on doit se confesser dans la journée, on peut s'exciter à la contrition en se levant, en s'habillant, en assistant à la messe. Pourvu qu'on le fasse en vue de recevoir l'absolution, cela suffit, à la condition pourtant qu'on n'ait pas ruiné sa contrition, en faisant de nouveaux péchés avant de se présenter au saint Tribunal.
Pour être capable de nous obtenir miséricorde, la contrition doit être dans le cœur. Les Juifs, pour marquer leur repentir, déchiraient leurs vêtements, et le prophète Joël leur disait : Déchirez votre cœur et non vos vêtements, par le repentir de vos fautes. Le cœur est le vrai coupable : c'est donc lui qui doit faire pénitence. Sans le regret du cœur, les manifestations de contrition ne seraient qu'hypocrisie; mais, quand ils partent du cœur , les gémissements, les pleurs sont très salutaires. Saint Pierre, après son triple reniement, pleura le reste de sa vie; et ses larmes, à force de couler, formèrent deux sillons sur ses joues.
La contrition doit nécessairement être surnaturelle, c'est-à-dire produite en nous par la grâce, sans laquelle nous ne pouvons rien. Il faut donc demander la contrition à Dieu, qui seul peut la donner. De plus, la contrition doit être produite en nous par des motifs
surnaturels, c'est-à-dire, par des motifs que la foi nous suggère.
Se repentir d'avoir frappé quelqu'un, parce que, en le frappant , on s'est démis un bras , c'est un regret naturel que Dieu n'accepte pas. Il faut se repentir d'avoir otfensé Dieu, et par des vues plus élevées que celles de la terre.
Mgr de la Mothe , évéque d'Amiens, se préparait à la confession en faisant trois stations : l'une en enfer, l'autre au Ciel et la troisième au Calvaire. Rien n'est plus salutaire que cette pratique. Avant de nous confesser, considérons en esprit cet abîme où les réprouvés , privés à jamais de Dieu, font entendre des cris de rage et de désespoir, tourmentés qu'ils sont par les flammes ; hélas ! nos péchés nous ont mérité le même supplice. Puis , transportons-nous au ciel , ce séjour où il n'y a plus ni tristesse , ni larmes ; mais, où tous les biens sont réunis. Là, l'âme possède Dieu qu'elle voit face à face , et sans voile; elle trouve en lui tout trésor et tout bonheur. Hélas ! toute faute grave nous a fermé ce lieu de rafraîchissement , de lumière et de paix. Enfin, mettons-nous en face du crucifix, de Notre-Seigneur agonisant sur la croix, les pieds et les mains percéj;, la tête couronnée d'épines, et demandons-lui qui l'a réduit en cet état. Ce sont nos péchés. Oh ! déplorons-les amèrement. La contrition puisée dans la considération de l'enfer mérité , du ciel perdu , des souffrances endurées pour nous par Notre-Seigneur, est sainte ; et avec un commencement d'amour de Dieu, elle suffit, unie à la confession et à l'absolution, poumons obtenir le pardon de nos péchés. Mais cependant, elle n'est point parfaite encore; et on l'appelle contrition imparfaite ou attrition ; car l'âme regrette d'avoir offensé Dieu plutôt par intérêt pour elle-même, par amour d'elle-même, que par amour de Dieu. Donc, même en recevant le sacrement de pénitence . il est bon, bien que cela ne soit pas nécessaire , de s'exciter à la contrition parfaite. Pour recevoir le pardon de ses péchés, sans recevoir le sacrement de pénitence, la contrition parfaite est rigoureusement nécessaire. Elle est donc la
seule planche de salut pour ceux qui, étant en danger de mort et en état de péché mortel, ne peuvent pas se confesser. Et comme tous^ un jour, nous pouvons nous trouver dans une situation si périlleuse pour le salut, tous doivent connaître en quoi consiste la contrition parfaite.
C'est celle qui est produite en nous par Tamour parfait de Dieu. L'âme considère les perfections infinies de Dieu que la foi lui fait connaître, et cette considération la porte à dire à Dieu : 0 771071 Dieu, parce que vous êtes infiniment parfait, je vous aime plus que tout, et pour Vamour de vous je me rejoens bien de vous avoir offensé, et je vous promets de ne plus le faire. Cet acte d'amour parfait de Dieu accompagné du regret de l'avoir offensé, inspiré par ce même amour, efface tous les péchés, même avant la confession, quand il est accompagné de la résolution de se confesser et d'éviter toute faute grave. Aussi cet acte devrait-il être familier à tous les chrétiens. Il faudrait le produire du fond du cœur^ dès qu'on a eu le malheur d'offenser Dieu, le soir avant d'aller prendre son repos, et surtout dans les dangers de mort que l'on peut courir. Quel malheur, si en le négligeant pendant la vie, on se rendait incapable, par oubli ou ignorance, de le produire à la mort ; pour lors cen serait fait du salut, si on était en état de péché mortel.
La contrition doit de plus être souveraine. Ce qui ne signifie pas qu'on doive avoir une douleur plus sensible du péché que de tout un autre mal, parce que la perte de Dieu que nous ne voyons pas nous frappe moins que celles des biens terrestres. La contrition nécessaire n'est pas dans le sentiment, mais dans la volonté. C'est donc bien à tort que des âmes qui ont le péché en horreur se tourmentent de ce qu'elles ne sentent pas le repentir de leur faute. Mais nous devons estimer que la perte de Dieu est la plus grande de toutes, la déplorer avec une grande douleur et être bien déterminé, quoi qu'il arrive, à ne plus pécher, au moins mortellement. Sans cela il n'y a point de pardon. Qui voudrait sacrifier son âme, le ciel, son Dieu, pour se procurer les vils intérêts et les malheureux plaisirs de ce monde?
La contrition doit être universelle, c'est-à-dire qu'elle doit s'étendre à tous les péchés mortels : non pas qu'il soit nécessaire de faire un acte de contrition sur chacun d'eux; mais on doit les détester tous en général, sans en aimer aucun. Celui qui reste attaclié à un seul péché grave, quand même il détesterait tous les autres, ne peut obtenir le pardon d'aucun. Il aime ce que Dieu abhorre, il aime le mal; il ne peut donc être l'ami de Dieu qui a tout mal en horreur. L'oiseau ne fût-il enchaîné que par un pied n'en serait pas moins esclave. Si on a commis des péchés mortels et des péchés véniels, il n'est pas absolument nécessaire d'avoir la contrition des péchés véniels pour faire une bonne confession; il sufïit de se repentir de tous les péchés mortels. Toutefois, on ne reçoit pas le pardon des véniels, si Ton ne s'en repent pas. Si Ton ne confesse que des péchés véniels, pour que la confession soit bien faite, il faut au moins se repentir de Tun d'eux. Sainte Thérèse qui n'avait jamais péché mortellement a pourtant écrit : « Je ne saurais jamais assez donner de larmes à ma triste vie. » Si on n'avait la contrition d'aucun péché véniel, quand on n'accuse que des fautes légères, la confession serait au moins nulle, ce qui est un grand malheur. C'est pourquoi il est très important que les religieux, qui ne font jamais de fautes graves, s'excitent avant chaque confession à la contrition d'une faute plus sérieuse de la vie passée et l'accusent à la fin de la confession.
Il en est qui s'excitent ainsi à la contrition d'une faute passée, mais ne s'en accusent pas ; cela ne sufïit point. Toutefois, il n'est pas nécessaire de confesser avec détail ce qui a déjà été dit dans les confessions bien faites, il suffit d'indiquer la vertu ou le commandement contre lequel on a péché sérieusement. Si la contrition manquait d'une seule des qualités que nous venons d'énumérer, elle ne serait point véritable ; et par conséquent elle ne nous réconcilierait pas avec Dieu. Il est une autre qualité de la contrition, qui n'est pas indispensable, mais qui est pourtant très salutaire. Il est à désirer que la contrition soit durable et persévérante dans l'âme. C'était là celle de David. Mon péché est toujours devant mes yeux, di-
sait-il; jour et nuit, mes larmes sont ma nourriture. C'est pendant trente ans que Madeleine pleura ses égarements. Si nous retombons si facilement, c'est parce que nous ne nourrissons pas assez habituellement dans nos cœurs la douleur de nos péchés passés.
§ III. Du ferme propos.
La contrition suppose le ferme propos et la résolution énergique de ne plus pécher. Sans ferme propos, point de contrition, et par conséquent point de pardon. Aurait-il une vraie douleur d'avoir désobéi à son père, l'enfant qui lui demanderait pardon, ajoutant qu'à la première occasion, il lui désobéira de nouveau? Loin de lui pardonner, le père ne sera-t-il pas justement indigné de ce repentir dérisoire? Ayons donc soin, avant d'entrer au saint Tribunal, en nous excitant à la contrition, de penser à l'avenir, et de nous déterminer énergiquement, non par une demivolonté, qui ne sutBt pas; mais par une résolution ferme, à ne plus pécher au moins mortellement, et si nous n'accusons que des péchés véniels, à nous corriger au moins de l'un d'entre eux.
Quelles sont les qualités du ferme propos? — Il doit être intérieur, surnaturel, souverain et universel comme la contrition, et dans le même sens. On raconte d'un grand capitaine que s'étant confessé une première fois, il fit des promesses à son confesseur. Celui-ci lui ayant demandé, plus tard, s'il y avait été fidèle : « Je n'ai jamais manqué de parole aux hommes, répondit-il ; comment en manquerais-je à Dieu? » C'est admirable. Heureux ceux dont le ferme propos est efTicace de cette sorte ! Malheur, au contraire, à ceux qui, aussitôt après une confession, retombent sans résistance ! C'est une preuve que leur résolution manquait d'une qualité essentielle, la fermeté, l'efficacité. Quand la volonté de l'homme est bien affermie dans la haine du mal, elle ne se dément pas si vite ; et si elle change aussitôt, c'est souvent une preuve qu'elle n'était pas vraiment décidée à éviter le péché.
Toutefois, tant que l'homme est en ce monde, il est sujet à faillir. La rechute, quand elle a lieu assez longtemps après la confession, ne prouve pas que le ferme propos n'a pas été efficace, surtout si elle a été précédée d'une vraie résistance aux tentations. L'efïicacité du ferme propos consiste donc à être, au moment où l'on se confesse, résolu de se corriger, au moins des habitudes graves. Il ne suffît pas de dire : Je voudrais ne plus pécher, il faut dire : Je veux fermement, avec la grâce de Dieu. Et ici qu'on n'écoute pas le démon qui cherche à persuader qu'on ne pourra pas vivre sans certains péchés favoris. La vérité est que ce qui fait le malheur de l'homme, en ce monde et en l'autre, c'est le péché. Malheur donc à ceux qui ne veulent pas renoncer à des habitudes vicieuses ou qui ne sont pas dans l'intention de faire une pénitence grave que le confesseur leur impose pour des fautes mortelles! Ils ne peuventrecevoir leur pardon. L'omission volontaire d'une pénitence grave imposée pour des péchés mortels, est une faute grave; mais elle ne rend pas la confession mauvaise, si, au moment où le confesseur a imposé cette pénitence, on avait l'intention de l'accomplir.
L'efficacité du ferme propos suppose la résolution d'éviter les occasions prochaines et volontaires du péché mortel, et de prendre les moyens de se corriger. Voudrait-il guérir le malade qui refuserait d'employer les remèdes nécessaires ?
§ IV. De la confession.
Outre la contrition et le ferme propos d'éviter le péché ou 'd'accomplir la pénitence, il est nécessaire de confesser ses fautes au moins mortelles pour en recevoir le pardon. La qualité essentielle de la confession, c'est la sincérité et la franchise.il faut dire ses fautes graves sans exagération, ni dissimulation. L'accusation des péchés véniels est utile ; mais elle n'est pas nécessaire.
La franchise sur les fautes sérieuses est si nécessaire que, sans elle, la confession serait un sacrilège,
n'omît-on l'accusation que d'une seule faute grave. Le concile de Trente déclare anathème à quiconque oserait prétendre qu'il n'est pas nécessaire de droit divin de dire tous ses péchés même secrets, ainsi que les circonstances qui changent l'espèce du péché. Il faut donc accuser : 1° les espèces de péché grave. Il ne suffit donc pas de dire : J'ai péché, ni : J'ai fait beaucoup de fautes graves, ni même : J'ai fait beaucoup de péchés contre telle vertu. Il faut dire quel péché on a fait, si c'est un blasphème ou un parjure, si c'est un péché de pensée ou un péché de parole, ou un péché d'action. 2° Le nombre des péchés. Diminuer volontairement, ne serait-ce que d'une faute grave, le nombre des péchés mortels, c'est faire un sacrilège. Quand on ne peut pas dire le nombre précis, il faut dire le nombre approximatif, en y ajoutant le mot : environ. Si on ne peut même donner le nombre approximatif on dit : J'ai eu cette mauvaise habitude pendant tant d'années, et je succombais tant de fois par jour, par semaine, par mois ou par an. 3° Les circonstances qui changent l'espèce du péché ; par exemple, si on a frappé son père, il ne sufïit pas de dire : J'ai frappé un homme. Quand Thomme qu'on a frappé est le père de celui qui le maltraite, c'est une circonstance qui change Tespèce du péché et qui doit être accusée en confession. Si par une timidité excessive, on ne se sentait pas le courage de dire ses péchés, on pourrait les écrire tels qu'on les connaît et remettre au confesseur le billet en lui disant : Je m'accusedespéchésquejevous ai écrits. Saint Liguori lui-même indique cette méthode. Si on ne savait pas écrire, il faudraitdire à son confesseur avec confiance : Mon père, j'ai une peine que je ne sais ni n'ose pas déclarer, veuillez m'aider.
La contrition, la confession, le désir de satisfaire à Dieu par la pénitence accomplie sont comme la matière essentielle du sacrement de pénitence et sont aussi les dispositions que le pécheur qui obtient sa grâce doit nécessairement avoir.
Si, dans les confessions précédentes, on avait par ignorance ou oubli, manqué de ces dispositions ce ne serait point une raison de se décourager. Il est un
moyen facile de réparer les confessions mal faites, c'est la confession générale de tous ses péchés de la vie ou la revue, c'est-à-dire l'accusation de tous les péchés commis depuis l'époque où l'on a commencé a mal faire ses confessions. Une confession générale est aussi facile et ne prend pas plus de temps qu'une confession ordinaire, et avec l'aide d'un bon confesseur, on peut la faire bien et avec un grand profit spirituel, surtout dans un temps de retraite ou de jubilé.
Si les dispositions du pénitent sont la matière essentielle du sacrement ae pénitence, les paroles de l'absolution que le prêtre prononce en sont la forme nécessaire. L'absolution est la sentence, du pardon pour les âmes bien disposées. Mais craignons que le démon ne nous ferme la bouche dans l'accusation des fautes certainement graves.
§ V. Réponses aux objections de la. fausse honte.
Saint Liguori redoutant, pour les âmes religieuses elles-mêmes, le grand malheur du sacrilège commis en cachant en confession des fautes certainement graves, prend la peine de réfuter les prétextes sous lesquels le démon cherche à leur inspirer une fausse honte. Voici ces prétextes :
1° J'ai honte de dire ce péché ? — N'auriez-vous pas honte de le voir révélé non pas seulement devant votre confesseur, mais devant tous les hommes au tribunal de Dieu ? Aimez-vous mieux l'enfer qu'une légère humiliation? Et puis est-il vrai qu'il y ait de la honte à dire vos fautes ? C'est le démon qui vous le fait croire. Saint Liguori parle d'une pécheresse nommée Adélaïde qui, résolue de changer de vie, allait se confesser. — Ou vas-tu donc, lui dit le démon? — Vilaine bête, répondit-elle^ je vais me confondre et toi aussi. Faites comme elle, et sachez que de dire ses fautes, c'est une gloire d'autant plus grande qu'elles sont plus sérieuses. Si vous ne le comprenez pas, et si vous voulez taire vos péchés, cessez de vous confesser, et ne profanez pas le sang de Notre-Seigneur.
2° Que dira mon confesseur? — Ce que dit Notre- Seigneur de Madeleine et de la femme adultère. Votre confesseur trouvera que vous avez été faible et que vous devenez généreux en réparant vos faiblesses. " Z" Il me grondera ? — Le prêtre n'a-t-il donc point à vos yeux de charité ? Gronderiez-vous quelqu'un qui vous ferait 1 aveu de grandes misères ? Personne ne donne autant de consolation au prêtre que les pénitents qui accusent de grandes fautes, surtout s'ils n'ont jamais osé les dire; car les confesseurs voient dans ces aveux un signe extraordinaire de contrition.
4° J'attends qu'il vienne un confesseur étranger ? — La mort pourrait bien ne pas l'attendre. Combien ont eu cette espérance et sont maintenant damnés ?
5° Je n'ai pas confiance à 7non confesseur ? — Ditesmoi : si vous vous étiez démis un membre, et que vous n'eussiez pas confiance au médecin qui est à votre portée, n'auriez-vous pas recours à lui plutôt que de rester longtemps en cet état ? Mais enfin, si vous ne voulez pas vous adresser à votre confesseur, allez à un autre, ou priez qu'on vous le procure, plutôt que de cacher vos fautes.
6° Mon confesseur en sera affligé ? — Erreur. Mais serait-ce vrai, voudriez-vous, pour ne pas déplaire à votre confesseur, faire un sacrilège et vous damner ? Quand vous serez en enfer, votre confesseur vous en retirera-t-il ?
7° Et si on laissait soupçonner mon péché à d'autres ? — Quelle folie que de croire un confesseur capable d'un crime si grave et inouï ! Votre confesseur oublie vos fautes aussitôt que vous les lui avez dites. Il aurait bien à faire sll fallait se souvenir de tout ce qu'il entend.
8° Mon péché est trop grand? — C'est le mot de Caïn. Combien ont péché plus que vous et reçu leur pardon : témoins le Ijon larron, saint Augustin^ sainte Marie Egyptienne et tant d'autres ! Le démon vous exagère votre faute, afin que vous ne la confessiez pas ; mais votre confesseur a cent fois entendu des péchés plus énormes que les vôtres. Donc rejetez cette vipère que vous avez dans la conscience, elle vous
tourmenterait jusqu'à la mort et dans réternité même. A peine aurez-vous percé cet abcès que vous serez soulagé et consolé.
Dites au moins à votre confesseur : Mon Père, j'ai une peine que je n'ose pas dire, et il fera lui-même sortir ce monstre de sa tanuière; et avec une sainte confession, vos sacrilèges seront réparés et vous pourrez devenir un grand saint. Le Père Paul Segneri raconte qu'une religieuse fit un tel etïort sur elle-même, pour dire certaines fautes commises dans son enfance, quelle s'évanouit aussitôt après les avoir confessées. Mais Dieu la récompensa par de si grandes grâces, qu'elle vécut et mourut en odeur de sainteté.
§ VI. Des doutes.
Ce qui précède a été dit pour les âmes qui auraient sur la conscience une faute grave certaine. Pour celles-là, cacher cette faute en confession, ce serait une vraie profanation du sacrement ; mais ce cas est heureusement rare. Il est plus ordinaire de trouver dans les âmes religieuses des doutes qui les troublent, sur certains péchés, sur certaines tentations auxquelles elles craignent d'avoir consenti, sur certaines confessions qu'elles ont peur d'avoir mal faites. Dans ces doutes, saint Liguori leur défend d'en parler en confession, si elles sont scrupuleuses. 6i elles ne le sont pas, il leur conseille d'en parler, afin d'avoir la paix et de s'humilier; mais elles peuvent aussi, en sûreté de conscience, suivre les règles suivantes :
« C'est un sentiment très probable, leur dit le saint Docteur, qu'on n'est pas obligé de confesser les péchés graves quand ils sont douteux, ou quand on doute s'ils ont été commis avec une pleine connaissance, ou avec un consentement parfait et délibéré. Si Ton n'a que ces doutes-là sur la conscience, en s'excitant à la contrition, on peut communier en paix; on n'est pas strictement obligé de les accuser en confession; mais si on était à l'article de la mort, on serait tenu d'avoir la contrition parfaite ou de se con-
fesser avec l'attrition de quelque autre péché, sans être obligé pourtant de dire ces doutes.
« En outre, poursuit saint Liguori, plusieurs théologiens très gi-aves^ disent avec beaucoup de raison, que les personnes qui ont mené pendant longtemps une vie spiintuelle, lorsqu'elles doutent d'avoir commis ou non quelque péché grave, peuvent être certaines de n'avoir pas perdu la grâce de Dieu ; car il est moralement impossible, qu'une volonté affermie dans les bons propos, change tout à coup, et consente à un péché mortel, sans le connaître clairement, attendu que le péché mortel est un monstre si horrible^ qu'il ne peut entrer dans une âme qui l'a eu longtemps en horreur, sans se faire connaître clairement. Quand le péché mortel a été certainement commis, et qu'on doute s'il a été confessé ou non, alors si on n'a pas de raisons de juger que le péché a été déclaré, on doit certainement le confesser; mais, quand il y a raison ou présomption fondée que le péché a été autrefois confessé, c'est un sentiment commun, qu'on n'est plus obligé de le confesser. De là, les docteurs, aussi communément, infèrent qu'une personne qui a fait ses confessions générales ou particulières avec le soin requis, si ensuite elle vient à douter d'avoir cfmis quelque péché, ou quelque circonstance, elle n'est pas tenue à s'en accuser de nouveau ; car elle peut prudemment croire qu'elle a fait ce qu'elle devait.
Il est des personnes qui s'imaginent qu'elles sont obligées de dire certaines misères, parce qu'elles éprouvent de la honte à les dire, le saint docteur les rassure : « On éprouve de la honte à dire certaines actions naturelles, cependant on n'est pas obligé pour cela de les dire. »
§ VII. Des scrupules.
Le scrupule est une crainte vaine de pécher, qui n'a aucun fondement raisonnable. Au commencement de la conversion, les scrupules sont une grâce; car ils purifient l'âme, la rendent humble et défiante d'ellemême. Ils sont, au dire de saint François de Sales, un
présage certain d'une future pureté de conscience. Mais aux personnes qui se sont données depuis longtemps à Dieu et qui veulent tendre à la perfection, les scrupules sont fort nuisibles. Qu'on remarque bien, toutefois, que ce n'est pas être scrupuleux que de ne vouloir pas perdre son temps au parloir, de refuser de parler en temps de silence, d'avoir en horreur les plus petites fautes. C'est là simplement la délicatesse de conscience que doit avoir tout bon religieux. Reprocher aux autres cette sainte réserve, comme un scrupule, c'est une injustice dont risquent de se rendre coupables certaines consciences relâchées, afin de se justifier par là.
C'est au confesseur à discerner les scrupules. Les âmes qui en sont atteintes elles-mêmes ne connaissent pas leur mal, elles prennent pour fondées leurs craintes les plus chimériques. Aucun fou ne se croit fou, dit saint Liguori. Mais quand ces âmes ont cherché à se faire connaître à leur guide spirituel, elles n'ont plus qu'à obéir et à s'en rapporter à ses décisions. L'obéissance ne peut les égarer, lors même que leur confesseur se tromperait ; elles doivent donc chasser, quand il le leur a ordonné, les craintes d'avoir nianqué de contrition, d'avoir mal fait leur confession, de mal faire leur communion , de faire des fautes en tout, quand on les a rassurées. Dieu ne leur demandera pas compte d'avoir obéi ; et lors même qu'arrêtées par Tobéissance, elles laisseraient sans les accuser plusieurs fautes vraiment graves, ces fautes leur seront pardonnées sans qu'elles les accusent. Donc l'obéissance, l'obéissance aveugle, la confiance en Dieu et à ceux qu'il a chargés de nous conduire. Sans cela, le scrupule peut conduire au suicide et à la folie, ou du moins au découragement, au dégoût des prati-
âues pieuses, au relâchement, ou aune perte de temps ésolante. C'est donc, non seulement permis d'agir contre ses scrupules, quand le guide que Dieu nous a donné l'ordonne, mais c'est un devoir. Je dis le guide que Dieu nous a donné, car au témoignage de saint Liguori, il ne convient pas qu'une personne scrupuleuse parle de ses doutes à des Pères spirituels autres queson propre confesseur, fussent-ils saints et savants.
Eh quoi, seriez-vous obligé, pour avoir la conscience tranquille, d'examiner si le confesseur est savant ou non, s'il est saint ou sil ne l'est pas? Il suffît qu'il soit légitimement approuvé par son Evéque, comme vous devez le supposer. Dès lors, il tient pour vous la place de Dieu. — Mais je ne me suis pas assez expli-
aué. C'est au confesseur à en juger ; et s'il vous dit 'être tranquille, et que vous ne le soyez pas, vous en faites un ignorant ou un sacrilège, et vous n'avez pas le scrupule de ce jugement que vous faites contre lui! Donc, obéissez maigre tout, sans réfléchir à vos peines, les scrupules sont une poix qui s'attache de plus en plus, à mesure qu'on la manie. Contentez-vous de marcher dans Tobscurité, ne dites pas : Si je me damne, qui me tirera de l'enfer? Il n'est pas possible que l'obéissance vous damne; c'est elle qui est le plus sûr chemin du ciel. Il faut se contenter de savoir que l'on fait bien par le directeur spirituel, dit saint François de Sales, sans en rechercher les connaissances et les sentiments, surtout que dans cet état on n'entreprenne jamais une confession générale ; au lieu d'y trouver la paix, on aggraverait son trouble. Quand on a une fluxion aux yeux, plus on se frotte plus on souffre. Il en est de même du scrupule. Pour les fautes courantes, quelque graves que soient leurs tentations, les âmes scrupuleuses, dans tous leurs doutes, doivent croire qu'elles n'ont pas péché mortellement, elles peuvent donc avec un bon acte de contrition, communier en paix, sans qu'il soit besoin de recevoir l'absolution et sans même qu'elles se présentent à leur confesseur. De plus, jamais elles ne pèchent en agissant contre leurs scrupules, quand elles le font par ordre de leur confesseur. Quel grand dommage
Sue de bonnes âmes, qui ont au fond la crainte de •ieu, qui ne redoutent rien tant que d'être privées de sa grâce, qui feraient de si grands progrès dans son amour et acquerraient tant de mérites, rendent ainsi leur vie inutile et malheureuse, en n'obéissant pas à leur guide spirituel, et se fassent ainsile jouet du démon.
Nous aimons à penser que ce que nous venons d'écrire pour elles les rassurera, et que désormais
elles iront à Dieu avec confiance en lui^ et à ceux qu'il a chargés de les guider.
§ VIII. Du Confesseur des religieuses.
Il faut une approbation spéciale de l'Evêque pour entendre les confessions des religieuses cloîtrées, même exemptes^ et cette approbation est requise, d'après plusieurs auteurs, même pour leurs supérieurs réguliers. Bien plus, une religieuse ne peut se confesser à un religieux approuvé pour un autre monastère, s'il n'est approuvé en général pour les religieuses. Une décision de la Sacrée Congrégation du Concile déclare nulle l'absolution, même des péchés véniels^ donnée à une religieuse sans cette approbation spéciale. Puisque les religieuses proprement dites n'existent plus en France, si on excepte la Savoie et le Comté de Nice, il dépend des évêques d'exiger, ou non, cette approbation particulière, pour la confession des religieuses françaises. Plusieurs auteurs soutiennent que l'Evêque ne peut pas empêcher que les curés aient juridiction sur les religieuses à vœux simples, et que par conséquent, l'absolution, que le curé leur donnerait sans une approbation spéciale, serait valide. D'après le droit commun, les religieuses, même à vœux solennels, qui se trouveraient par hasard en dehors de leur monastère, pourraient se confesser à tout prêtre approuvé, lors même qu'il ne serait pas approuvé pour les religieuses. Il en est de même des sœurs qui, dans nos bourgs, font la classe aux enfants, ou soignent les malades, à moins que les Evêques n'aient statué le contraire ; et il n'est pas nécessaire de changer leur Confesseur tous les trois ans.
En règle générale, cependant, d'après le droit, le confesseur des religieuses même à vœux simples doit être changé tous les trois ans; mais il n'est pas besoin de changer le chapelain qui ne fait que dire la messe sans entendre les confessions.
Le confesseur des religieuses est tenu d'entendre leurs confessions toutes les fois qu'elles le font de-
mander, et qu'il ait garde de se conduire en supérieur du monastère ; car il n'a nullement cette autorité. C'est à l'Evéque à désigner, et à approuver les confesseurs des communautés qui leur sont soumises, à moins qu'elles n'aient un induit leur permettant de choisir leur confesseur ; et en règle générale, il ne peut pas leur nommer un régulier pour confesseur ordinaire, sans la permission du baint-Siège. Les Confesseurs des religieuses soumises aux réguliers sont nommés par les prélats réguliers, mais toujours l'approbation doit être donnée par les Evêques.
Ceux qui ont la charge de choisir le confesseur d'un monastère, doivent procurer quatre fois au moins dans l'année, aux religieuses même novices, un confesseur extraordinaire. Ce confesseur, au moins une fois par an, doit être un prêtre séculier, ou au moins un régulier d'un autre ordre que les religieuses. Bien plus on doit donner un confesseur particulier à une religieuse qui le demande pour de vrais besoins de sa conscience, non-seulement à l'article de la mort, mais encore de temps en temps.
Et la Supérieure ne peut ni s'enquérir des raisons de cette demande, ni s'en montrer mécontente, comme le porte un décret du Saint-Siège. Cependant il est dans l'esprit de l'Eglise que les couvents de religieuses n'aient qu'un seul confesseur; chacune d'elles ne doit donc pas sans une vraie raison en demander un particulier; et si elle le faisait sans raison probable, le confesseur qu'elle ferait appeler serait tenu en conscience de ne pas l'entendre; etl'Evêque aurait le droit d'interdire cet abus.
Quand une religieuse a un vrai besoin d'un confesseur extraordinaire particulier, elle doit le demander à sa supérieure qui ne peut lui désigner elle-même un confesseur; mais qui est tenu de lui procurer celui qu'elle demande. Elle peut cependant rappeler à ses inférieures qu'elles ne peuvent faire une telle demande que pour calmer de vraies inquiétudes de leur conscience.
Si les Evêques ne donnaient pas au couvent un confesseur extraordinaire, ou à une religieuse, qui le demande, un confesseur particulier, il faudrait s'a-
dresser à Rome au grand Pénitencier qui doit y pourvoir. L'Evoque ne peut pas toutefois donner un confesseur particulier à une religieuse d'une manière permanente. Il faut pour l'obtenir s'adresser au grand Pénitencier.
Toutes les religieuses sont obligées de se présenter au confesseur extraordinaire; mais elles ne sont pas tenues de se confesser à lui; et pendant qu'il entend les confessions, le confesseur ordinaire ne peut pas entendre les confessions même des novices. D'après une décision de la Sacrée Congrégation des Evéques et Réguliers, c'est lui qui doit encore administrer le viatique et l'Extrême-Onction. Le confesseur ordinaire ne le peut pas sans la permission de l'Evêque. Les religieuses qui vivent en France sous la clôture, ayant les mêmes inconvénients, doivent avoir les mêmes avantages. Bien plus, Benoit XIV conjure les Evêques d'accorder le même privilège à toutes les pieuses congrégations de femmes et même aux pensionnaires.
Que les religieuses n'oublient pas le mot de saint Liguori : «Ce ne sont pas les plus longues confessions qui sont les meilleures. » Le saint Docteur leur recommande pourtant la sincérité. Quand il y a eu action, dit-il, il ne sufîit pas d'accuser de mauvaises pensées ; n'alléguez pas des excuses, c'est la preuve de peu de repentir. Pourquoi passer son temps à exagérer l'occasion de la faute qu'on a commise ; accusez la faute, c'est assez. Laissez là les discours inutiles. A quoi bon raconter au confesseur tous ses déplaisirs et l'entretenir sans fin de ses infirmités? Retranchez ces doléances et cherchez principalement, auprès de votre confesseur, le moyen de vous corriger et d'avancer dans la perfection. — Il y en a qui répètent toujours la même chanson apprise depuis longtemps par cœur. N'est-ce pas là du temps perdu? Ne vaudrait-il pas mieux n'accuser qu'une ou deux fautes plus notables. Sainte Catherine de Bologne disait: « Les religieuses doivent estimer leurs pères spirituels comme leurs grands bienfaiteurs; mais elles doivent se garder de leur témoigner aucune affection. » Elle leur rappelait qu'ayant donné tout leur cœur à
Jésus-Christ, elles ne devaient s'attacher à aucune créature si sainte qu'elle fût. Sainte Thérèse ajoutait cet avis : « Quand la religieuse a dit ses péchés, reçu l'absolution, et demandé, si elle en a besoin, quelque conseil pour le bien de son âme, elle doit se retirer aussitôt; car, dansles entretiens spirituels (lorsqu'ils sont longs), il se glisse facilement quelque affection, qui peut n'être pas mauvaise, mais qui tout au moins, n'est certainement pas bonne. » Et sainte Catherine de Sienne disait en outre : « Non seulement les religieuses ne doivent pas entamer auprès de leur confesseur des entretiens qui ne sont pas nécessaires, mais encore elles doivent interrompre ceux que le confesseur lui-même pourrait entamer. » C'est vraiment ainsi qu'une religieuse se conservera toujours dans le détachement, et qu'elle ne sera point troublée quand son père spirituel lui sera ôté. Cela est dit pour les discours inutiles.
Quand, au contraire, votre confesseur vous parle de choses spirituelles, soyez attentive, à ce qu'il vous dit. Il y en a qui ne pensent qu'à parler ; et si le confesseur leur dit quelque chose, elles y font peu d'attention. D'autres voudraient qu'on les entretînt longtemps. Prenons ce qu'on nous donne, et quand nous avons reçu avec contrition la grâce du pardon, sachons nous en contenter et nous retirer joyeux. La grâce de Notre-Seigneur vaut bien un sermon.