CHAPITRE XXXII
Voilà la grâce des grâces. Voilà le moyen le plus efficace de nous unir intimement à Dieu, et par conséquent d'arriver à la perfection. Dans l'Eucharistie, nous le savons, Jésus-Christ, le Verbe éternel, le Fils de Dieu fait homme et mort sur la croix pour l'amour de nous, est vraiment
et réellement présent avec son corps, son sang, son âme, sa divinité. Et dans la communion, il nous donne son corps en nourriture et son sang* en breuvage. « 0 Sacrement adorable, s'écrie le Bienheureux Louis de Grenade, que dirai-je de vous? De quelles paroles me servirai-je pour célébrer vos louanges ? Vous êtes ia vie de nos cœurs ; vous êtes le remède de nos plaies ; vous êtes notre consolation dans nos peines, le mémorial de Jésus-Christ, le témoignage de son amour, le legs le plus précieux de son testament, la joie de notre exil, le charbon sacré qui allume le feu de l'amour divin, la source de la grâce, le gage du bonheur éternel et le trésor de la vie des chrétiens.
« Par le moyen de cette Chair sacrée, l'âme est unie à son céleste Epoux ; l'entendement est éclairé ; la volonté est remplie d'amour ; la dévotion s'augmente ; le cœur s'attendrit ; la porte s'ouvre aux larmes; les passions s'assoupissent; notre faiblesse se fortifie et reprend courage pour marcher jusqu'à la montagne de Dieu. » Celui qui mange ma Chair et boit mon Sang ne mourra jjas : mais vivra éternellement.
Les voyez-vous dans le Ciel, ces vierges pures qui suivent l'Agneau partout où il va ? Elles portent sur leur front de blanches couronnes, et des lis éclatants sont en leurs mains. Epouses de l'Agneau sans tâche, apprenez-nous comment vous avez traversé la boue du siècle, sans laisser se ternir le pureté de votre cœur; comment, dans une chair fragile, vous avez porté une âme angélique ! Et vous, vierges de la terre, qui, pour être moins heureuses que les vierges du Ciel, n'en êtes pas moins admirables, dites-nous comment vous vivez, quand, autour de vous, règne par le péché l'empire de la mort ! Comment s'é-
panouitdans votre cœur la fleur de l'aimable vertu, malgré le souffle brûlant du vice! Ah! je connais le secret de votre vie, de votre innocence et de votre beauté : C'est l'Eucharistie ! C'est le froment des Elus ! C'est le Vin qui fait germer les vierges! A la Table sainte, toutes les âmes pures puisent la grâce de l'immortalité.
L'Eucharistie nous délivre du péché véniel, elle nous préserve des péchés mortels. C'est une source d'eau vive qui amortit le feu des passions qui nous consument. Elle nous donne la force de vaincre toutes les attaques des démons; elle fait naître en nous une grande paix intérieure, et une grande disposition à pratiquer les vertus. Enfin la communion répand dans nos âmes l'amour de Dieu, car elle nous approche de ce Cœur qui est venu apporter le feu sur la terre, et qui ne désire rien tant que d'en embraser les âmes. C'est pourquoi sainte Madeleine de Pazzi appelait le jour de la communion : joiir de l'amour; et elle disait qu'après avoir communié, on peut dire, comme Notre-Seigneur, Touf est consommé, c'est-à-dire : Mon Dieu s'étant donné luimême à moi, il n'a plus rien à me donner et je n'ai plus rien à désirer.
S'ils comprennent ces vérités, les hommes peuvent-ils souhaiter autre chose, que de recevoir Jésus-Christ dans la communion, le plus souvent possible ? Toutefois, la communion demande des dispositions dans celui qui la reçoit. La plus essentielle c'est d'être en état de grâce. Qui ne tremble à la pensée de Judas admis dans l'intimité de Notre-Seigneur, et qui fît à la cène une communion sacrilège? 0 mon Sauveur, trouveriez-vous encore des Judas parmi ces âmes que vous avez retirées du monde avec tant d'amour, pour les appeler à votre suite.
L'état de grâce et la résolution de ne plus pécher suffisent pour communier tous les huit jours et même plus souvent, si le confesseur le jugeait utile pour des motifs particuliers, par exemple^pour préserver de lourdes chutes une âme qui serait tentée; mais en règle générale, la communion fréquente, c'est-à-dire, celle qui se fait plusieurs fois par semaine, demande que l'âme ne soit plus attachée à rien de déréglé ; qu'elle évite les péchés véniels de propos délibérés, et s'efforce de mortifier ses passions et son propre esprit.
Lorsqu une âme est parvenue à un degré notable de perfection, continue saintLiguori, qu'elle vaque longtemps à l'oraison, qu'elle a surmonté la plupart de ses inclinations mauvaises, elle peut communier tous les jours. Si quelqu'un, dit saint Thomas, sait par expérience que la communion quotidienne augmente en lui la ferveur de l'amour divin, sans diminuer son respect pour le sacrement, il doit communier tous les jours. Mais c'est au confesseur à régler les communions des âmes religieuses, comme nous le dirons plus loin.
Pour elles, qu'elles acceptent docilement ladécision de leur père spirituel, et se préparent de tout cœur à faire saintement les communions qui leur sont permises. « Pour exciter dans votre cœur la dévotion actuelle, dit saint François de Sales, longtemps avant le jour où vous devez communier, appelez de tous vos vœux le moment qui doit vous unir au Bien-Aimé de votre âme. A la veille de la communion, commencez à vous y préparer par plusieurs aspirations et élans d'amour, vous retirant un peu de meilleure heure afin de pouvoir aussi vous lever plus matin; si la nuit vous vous réveillez, remplissez soudain votre cœur et votre bouche de quelques
paroles odorantes, parle moyen desquelles votre âme soit parfumée pour recevoir l'Epoux, lequel veillant pendant que vous dormez, se prépare à vous apporter mille grâces et faveurs, si de votre part vous êtes disposé aies recevoir. Le matin, levez-vous avec une grande joie pour le bonheur que vous espérez et comportez-vous en sorte que l'on connaisse en toutes vos actions que Dieu est avec vous. »
Entendez avec le plus grand recueillement et la plus grande ferveur la messe où vous devez communier; étaliez à la table sainte, le cœur rempli d'amour.
Le temps qui suit la communion, disait sainte Madeleine de Pazzi, est le plus précieux que nous ayons en cette vie ; c'est le moment le plus opportun pour traiter avec Dieu et pour nous enflammer de son saint amour. Ne perdons pas une occasion si favorable pour négocier , disait sainte Thérèse. La divine majesté n'a pas coutume de mal payer le séjour qu'elle fait dans l'hôtellerie de notre âme, lorsqu'elle y reçoit bon accueil. Beaucoup d'auteurs graves pensent que le sacrement produit la grâce, tant que les espèces sacramentelles ne sont pas altérées. Bien des religieux communient souvent et en retirent peu de fruits, parce qu'ils s'entretiennent peu avec Notre-Seigneur. « Quand vous communiez, dit saint Liguori, si vous n'êtes pas contraint à faire quelque chose pour remplir un devoir d'obéissance ou de charité, tâchez de vous entretenir avec Jésus-Christ au moins pendant une demiheure. Je dis : au moins ; car il serait convenable d'y employer une heure entière. Ne manquez point alors de produire des actes fervents de bon accueil, de remerciement, d'amour, de contrition, d'offrande de vous-même et de ce qui vous appar^
tient ; mais occupez-vous surtout à demander des grâces à Notre-Seigneur, et spécialement la persévérance et son saint amour. C'est là le bon négoce dont parle sainte Thérèse. Si votre esprit se trouve aride et distrait , servez-vous de quelque livre qui vous suggère des affections dévotes envers Dieu. Durant tout le reste delà journée, vous devez continuer de vous tenir plus recueilli en Dieu. Saint Louis de Gonzague, après la communion consacrait trois jours à rendre grâces à Jésus-Christ. Si vous avez le bonheur de communier plus souvent, vous n'en devez pas être moins recueilli; au contraire, plus le Seigneur vous visite fréquemment, plus vous devez avoir soin de rester uni à lui. »