‹ L'état socialiste;Chapitre 11 sur 121 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

puisse fonder et maintenir darant des siècles un régime de droit » (livre IV, eh. i), la première préoccupation d'une démocratie soucieuse de modifier le régime social ne doit-elle pas être de s emparer du commandement de Tarmée et de la police, et plus généralement du pouvoir politique ? Gomment laisserait- elle aux mains de l'adversaire une organisation et un outillage qui, du propre aveu de Menger, suffiraient à enrayer pour des siècles le mouvement démocratique ? Si la forme de TEtat, plus encore que le régime de droit, ne fait que traduire l'état des forces en présence ; si la charte constitutionnelle n'est que la trêve provisoire par laquelle les partis s'assurent et démarquent les positions conquises, comment la démocratie se désintéresserai t-eile- des litiges qui touchent à la forme du gouvernement politique ?

Mais il ne manque pas chez Menger lui-même de passages où il reconnaît l'importance de la gestion politique de l'État. Non seulement les révolutions politiques ont été souvent, au dire de Menger, « accompagnées » d'un bouleversement violent du régime de la propriété (livre II, ch. m), et il n'est plus exact alors de dire qu'elles n'ont remué que r « écume » superficielle du courant social. Mais, ajoute Menger, « aujourd'hui même l'Etat influence le régime éconoiQique beaucoup plus qu'il n'en est influencé ». « Encore au xix© siècle, dit Menger, la jalousie des familles de Habsbourg, de Hohenzollern et Bonaparte, c'està-dire un simple facteur politique, est apparu comme un mobile infiniment plus puissant de la transformation historique, que toutes les modifications concomitantes du régime économique »

XVI INTRODUCTIOif

(livre V, ch. i). Comment alors ne serait-il pas naturel que « le socialisme d'aujourd'hui attende sa réalisation de l'État » ? (livre IV, ch. i). Le mouvement social présent est « une conquête du pouvoir par les classes déshéritées ». 11 a beau être difficile de discerner le moment où le pouvoir social accru d'une classe exige aussi l'accroissement de son pouvoir politique, on conçoit, comme le dit Menger, que « le prolétariat de tous les pays ait toujours attaché plus d'importance à ce. développement en son pouvoir qu'à la simple conquête des richesses économiques » (livre IV, ch. vi).

Anton Menger parle à plusieurs reprises d'une « démocratie purement politique », à laquelle il n'attache, pour sa part, qu'une médiocre importance. C'est là probablement une locution vide. Elle l'est d'autant plus que les « droits politiques », au dire de Menger, ne se conquièrent que par le « pouvoir social » (livre IV, ch. vi). Il n'est pas exact que les révolutions politiques aient seulement pour but ou pour eflet de faire passer le pouvoir d'une coterie à une autre. Les familles de Habsbourg, de Hohenzollem, ou Bonaparte n'ont pas eu ce prodigieux ascendant que leur attribue, avec Anton Menger, une certaine déclamation démocratique. Il faut voir derrière elles les puissances sociales dont ces dynasties étaient mandataires. Karl Marx a essayé de prouver que le second Empire français ne s'est constitué et soutenu qu'avec l'aide des masses paysannes, contre les masses ouvrières; la bourgeoisie, quoique désirieuse d'un sauveur, n'était déjà plus capable d'imposer le sauveur de son choix,

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