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chap. IX, x). C'est pourquoi il ne croit à aucune des panacées par lesquelles des socialistes, disposés à penser que la justice peut être abandonnée à l'arbitraire individuel, ont cru régénérer la société, en laissant subsister dans leur forme les contrats anciens. Aucune retouche au contrat de salaire n'en éliminera l'inégalité foncière qui existe entre les parties contractantes. Nul système de bons de travail n'aura raison de la résistance de ceux qui, sans travailler, détiennent la terre et ses produits ; et on espère vainement alors établir des contrats de vente équitables. Aucun crédit gratuit n'est possible. Dçnc il est évident que ceux qui prêtent moyennant fermage, loyer ou intérêt ont liberté pour tout l'avenir de prélever le plus ruineux impôt sur le travail productif. Le contrat de société lui-même, le plus équitable de tous, en ce qu'il permet dans beaucoup de cas une répartition individuelle des bénéfices au prorata des charges, n'empêche pas que les sociétaires concluent avec les non-sociétaires et avec d'autres sociétés de nouveaux contrats de salaire, de vente, de location ou de crédit, où reparaît l'iniquité habituelle, en sorte que les sociétaires soat eux aussi exploiteurs ou exploités. Ces divers régimes de fédéralisme sociétaire, par où beaucoup de socialistes ont crû pouvoir résoudre la question sociale, Menger les croit donc impuissants eux aussi. « La situation occupée par les capitalistes et les propriétaires fonciers dans notre société est trop forte pour être ébranlée par les effets d'une seule espèce de contrats, et notre droit privé ne pourra jamais être détruit par des outils qu'on lui emprunterait à lui-même » (livre II, chap. x).
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Cette conclusion est bien dans la logique d'un système qui tend à socialiser le droit privé jusqu'à le confondre avec le droit public. Il n'est pas douteux non plus que par le régime du contrat privé, la vie économique, de la collectivité ne se trouve disséminée en une multiplicité de centres épars, où se décide lentement et sans entente générale la mise en œuvre des efforts. A coup sûr, c'est là un mécanisme à frottement dur et à rendement médiocre. Ainsi au moyen- âge la vie judiciaire, politique et militaire de la nation émanait dune multitude de centres dispersés ; et toute action collective supposait une entente difficilement élaborée entre des ayants-droit qui,avant de travailler à l'intérêt public, prélevaient leur tribut individuel. L'objection la plus gra^e contre notre régime social, c'est qu'il fait durer, dans l'ordre économique, cette dispersion des forces ; et le mot de « féodalité financière » désigne une réalité. La probabilité la plus forte en faveur du régime socialiste à venir, c'est l'évidente supériorité d'une organisation centralisée, qui ferait disparaître la hiérarchie disparate et encombrante des détenteurs actuels du pouvoir économique.
Menger croit donc à une réduction croissante du régime contractuel, par lequel la société présente assure encore la plupart de ses travaux et de ses échanges. Il croit à l'extension graduelle d'un régime qui assignerait impérativement les travaux et les produits, comme il arrive déjà dans de grandes administrations. Et nous ne contestons pas la possibilité pratique d'un tel régime. Il est très probable que de certains vServices publics, comme celui des transports terrestres et maritimes, l'exploitation des
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usines, des grandes industries, et la gestion des grands entrepôts de produits agricoles et manufacturés ne tolèrent pas une autre discipline. Cependant Menger semble abuser un peu de la comparaison qu'il fait de la centralisation économique à venir avec la centralisation judiciaire, administrative, politique et militaire qui a fait la force des grands États modernes. Il en abuse, en ce qu'il ne la prolonge pas assez. Car il faut dire que cette centralisation, réelle en ce qu elle subordonne tous les rouages à un moteur central, s'est compliquée d'une décentralisation qui plaçait un ressort autonome dans cbacun de ces rouages eux-mêmes. Une parcelle de pouvoir judiciaire, administratif, politique et militaire est attribuée à chaque citoyen dans les États qui connaissent les institutions du jury, le selfgopernment communal et départemental, le suffrage universel et la nation armées Et l'esprit de l'évolution démocratique, sinon la réalité constitutionnelle présente, est que ce soit le pouvoir central qui apparaisse comme une délégation du droit, dont la source est dans les individus.
Ainsi doit-il en être dans l'ordre économique. Une part du pouvoir économique doit appartenir aux plus humbles. En ce sens la liberté de contracter apparaît comme un droit de l'homme. Et il est seulement vrai que l'esprit de la collectivité doit être présent à tous les contrats, pour les rendre équi.tables. A ce compte il se peut bien que les contrats les plus parfaits soient ceux qui lient l'individu à la collectivité. Elle seule peut garantir à tous le droit fondamental, qui est de vivre. Cependant cette part même d'assignation autoritaire, qu'il faut au bon
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fonctionnement des affaires, doit être consentie^ et êti'e ainsi l'objet d'un contrat tacite. Mais surtout l'heure n'étant pas proche, et ne devant peut-être arriver jamais, où la totalité des moyens de production sera socialisée, force est bien de laisser aux individus le pouvoir de contracter. Dans ces contrats l'Etat doit intervenir toutefois, et l'on n'imagine pas une autre action, outre le droit de résiliation qui dès maintenant est garanti en cas d'abus, si ce n'est une tarification sociale,dont les bases même à vrai dire ne sont pas encore jetées. Dillicile besogne, dit Menger ; « transvaluation qui à elle seule signifierait une révolution économique prodigieuse avec tous ses conflits et ses troubles » (livre II, chap vil). Mais aucune révolution n'est de trop, quand il s'agit de faire triompher la justice ; et sans la justice le droit à l'existence même est compromis. Il faut considérer enfin, si l'on veut procéder avec ce rigoureux respect des faits, qui est la méthode même de Menger, que, devant l'impossibilité presque certaine de réaliser d'un seul coup la république sociale sur tout le territoire national, le procédé le plus sûr est encore de la réaliser en petit dans des sociétés coopératives de consommation, munies de leurs propres ateliers de production, et progressivement fédérées entre elles jusqu'à comprendre, s'il se peut, tous les travailleurs de la nation et tout le territoire national. Ainsi la République sociale naîtrait du libre contrat, loin d'avoir intérêt à la détruire.