‹ L'état socialiste;Chapitre 21 sur 121 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

pensée de conservatisme monarchique, mais parce que le danger d'une réaction, et le danger plus grand de la catastrophe économique, qui résulterait d'un échec de la tentative socialiste, enfin les embûches des partis hostiles lui paraissent motiver cette sévérité jacobine (livre III, ch, v). Devant de tels périls, le préjugé des principes libéraux serait, on peut l'accorder, une duperie criminelle. Il reste à savoir si Menger use des garanties les plus capables d'asseoir ce gouvernement jacobin.

Son pouvoir législatif et gouvernemental est constitué, comme il l'est, dans les États parlementaires de l'Europe moderne (livre III, ch. m, iv). Il n'y manque ni le président qui peut être un monarque constitutionnel, ni les deux Chambres. Il est singulier, mais il est logique, qu'il veuille, par une mesure saint-simonienne qui fut chère aux intellectuels français du xix® siècle jusqu'à^ Renan, instituer une Chambre haute composée seulement de capacités éminentes. Il ne dit pas par quel mode de suffrage, de cooptation ou de nomination il choisirait ainsi « les meilleurs » (livre III, ch. iv). On peut craindre qu'une aristocratie intellectuelle ne soit ni moins arrogante ni moins préoccupée qu'une autre de ses privilèges. La capacité technique ne suffit pas à garantir le désintéressement de la pensée. Sans doute le postulat de Saint-Simon et des Saint-Simoniens démocrates, de Blanqui, de Lassalle, de Liebknecht, et, dans le cas présent, de Menger (livre III, ch. ix), est,que la science est l'alliée de la classe ouvrière. Menacée elle-même pendant longtemps par des puissances conservatrices qui n'ont cessé de méditer une contre-attaque, la science ne sera assurée de

Page 1