‹ L'état socialiste;Chapitre 22 sur 121 · INTRODUCTION XXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXVII

son indépendance que par le triomphe de la démocratie ; et do même elle travaille pour celte démocratie, parce que seules les masses ne sont pa3 lésées mais servies dans leurs intérêts par les hardiesses de linvestigation scientiflque.Toutefois cette science impersonnelle qui, en eftet, doit éveiller les espérances de la démocratie et les justifiera, n'est pas la science officielle des corporations savantes. Il faut laisser les idées scientifiques chercher leur voie, dans la peine et parmi les résistances de Topinion. Il n'est pas nécessaire d'investir d'un pouvoir les savants. Leur intégrité courrait des dangers à proportion de Timportance acquise par leur fonction sociale. Le problème pour la démoci'atie de recruter un personnel dévoué à ses intérêts, et capable de les servir sans avoir une situation privilégiée, se résoudra d'autre façon. On peut préjuger de cette solution par la sélection d'hommes remarquables, et doués du plus haut sens politique, que les tradeunions anglaises savent faire pour occuper leurs secrétariats.

Mais ce qui étonne, c'est qu'Anton Menger songe à limiter les attributions de contrôle qu'il revendique pour les assemblées législatives. En principe il semble qu'on ne puisse, dans son hypothèse, trop étendre le pouvoir de ces deux Chambres dont Tune réunirait les intelligences les plus hautes du pays et dont l'autre serait la plus forte émanation de la volonté populaire. Menger veut cependant soustraire au contrôle parlementaire les ministères économiques du pays, sauf à constituer une hiérarchie de tribunaux administratifs, où serait porté le contentieux de chaque r^sort. 11 ne soumettrait aucon-

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tpôle des Chambres que les ministères de TExécutif. Il lui paraît qu'une ingérence hâtive des Chambres serait nuisible à la gestion des ministères d*où dépend la prospérité matérielle de tout le pays. Une Chambre pourrait renverser le ministère de Tintérieur, de la guerre, de la marine et de la justice. Elle n'aurait pas. le droit de renverser le ministère des postes, de l'agriculture et du commerce (livre III, ch. iv). Projet ingénieux, plutôt que nécessaire et utile. On ne voit pas pourquoi les Chambres auraient le droit de désorganiser la défense nationale ou la justice, tandis que l'exploitation agricole ou industrielle demanderait plus de ménagements. Et comment oublier que les Chambres ont la délégation de la souveraineté ? Or, on ne limite pas la souveraineté, Menger lui-même l'a dit. Aucune loi n'empêchera jamais le Parlement d'un État démocratique de contrôler tout son fonctionnarisme, parce qu'au premier conflit il déferait cette loi. Et dans un régime où les autorités économiques commanderaient à des millions de travailleurs, leur force serait si grande, la rébellion possible d'un service public important serait si désastreuse, que le contrôle souverain des Chambres apparaît comme la seule possibilité de la soumettre.

Déjà ce contrôle, par la force des choses, sera lointain. L'ordre du jour des Chambres dans la plujjart des pays parlementaires est si chargé que les lois, élaborées à titre d'indication pure, ont besoin, pour l'ordinaire, d'être complétées par un règlement d'administration publique. « C'est la prérogative de la couronne qui nous sauve », a dit un socialiste démocrate, Sidney Webb, de l'Angleterre, où

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