XL INTRODUCTION
par la constatation trop réitérée d'une complicité des Églises avec les minorités d'oppression, se laisseront arrêter dans leur mouvement vers l'entière démocratie, par une timidité comme celle qui les a paralysées plus d'une fois. Un insuccès partiel sur un point n'arrêtera plus la révolution comme en 1848 et en 1871. L'obligation scolaire universalisée a rendu tout le prolétariat des deux mondes capable de concevoir l'idéal socialiste. L'obligation militaire, générale sur le continent, compose de prolétaires les deux tiers des armées vouées à la défense de l'ordre. Or jamais dans l'histoire un ordre politique et social ne s'est maintenu longtemps, quand il a dû confier sa défense à ceux qui étaient intéressés à Je combattre (livre IV, ch. i).
Mais justement parce que la révolution sociale est certaine, inévitable, il la faut pacifique. On voit à présent les raisons qui font que Menger souhaite à la future démocratie socialiste un gouvernement fort. Il la veut si visiblement triomphante que nul n'essaiera une résistance dont il faudrait avoir raison par la force. L'œuvre de justice et de libération ne saurait se réaliser avec du sang. Et peut-être y a-t-il là un oubli. Menger oublie que toutes les révolutions violentes tentées jusqu'ici par la démocratie ont été, comme Ta dit Liebknecht, des révolutions défensives. Si la démocratie a versé du sang, c'a été surtout le sien propre, héroïquement. Mais il est vrai de dire que celte tactique désespérée de l'émeute, imposée un temps par des^ nécessités cruelles, est vieillie aujourd'hui ; et le prolétariat y renonce à mesure que l'organisation de ses forces économiques et politiques lui rend possible un