INTRODUCTION XLI
investissement des positions centrales du pouvoir infiniment plus ample et plus sûr d'aboutir. Il y a eu dans le passé un autre exemple d*une doctrine populaire qui a ainsi refoulé du pouvoir politique et social les tenants d'un autre régime religieux et social : c'est le christianisme. Mais les chrétiens, dit Menger, ont souillé d'une brutalité sanglante leur triomphe (livre IV, ch. ii), et toute la civilisation occidentale jusqu'à l'aube des temps modernes est restée marquée et déformée dans sa mentalité par cette intolérance chrétienne, dont l'habitude se prit au temps de Constantin. Et personne à coup sûr ne contredira à cette pensée. Or, il y a beaucoup encore du vieux' mysticisme de la force brutale dans l'idée que se faisaient de la République sociale les théoriciens de 1848.
Sors de terre, sanglante et belle,
Dans une main le glaive, et dans l'autre la Loi !
a dit d'elle Victor Hugo ; et le glaive est de trop, car la République sociale ne doit pas châtier, mais affranchir.
S'il en est ainsi, et si les socialistes doivent avoir ce souci d'une mentalité sociale à la fois libre, pacifique et juste, parce que l'avenir même de l'œuvre qu'ils veulent fonder portera indélébilement la marque de cet état d'esprit initial, on voit combien grande est la part de l'idéologie (d'autres disent du sentiment) même dans la réalisation d'une plus parfaite civilisation matérielle. M. Menger a beau dire (livre I, ch. viii) qu'il ne pose pas pour condition préalable à lavènement du régime socialiste une régénération du cœur humain, qu'il fait