‹ L'état socialiste;Chapitre 26 sur 121 · XLII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLII INTRODUCTION

appel seulement à des mobiles sur lesquels une expérience historique déjà longue démontre qu'on peut compter. Encore parmi ces mobiles faut-il faire un choix ; et il en est de puissants qu'il faut se garder de faire jouer. Le christianisme a triomphé, quand il a fait appel aux instincts de persécution et de cruauté. Toutefois il a étoufle lui-même par là les germes de renouveau moral qui auraient pu éclore par lui. « Celles-là parmi les dynasties, dit encore Menger, sont arrivées à l'apogée de leur éclat, qui ont parachevé et élargi leurs moyens politiques, militaires et économiques de domination, sans souci de la culture de leurs peuples » (livre IV, ch. i). Mais n'en déplaise à Menger, ce n'est pas là un exemple que puisse imiter la démocratie.

Il ne faut pas que soit étouffée, fût-ce pour faciliter son triomphe momentané, la force rénovatrice durable de Tidée socialiste ; et il ne faut pas que sa victoire coûte rien à la civilisation. Nous espérons au contraire du socialisme qu'il fera, comme l'a dit Jaurès, « en même temps qu'une révolution, maté-' rialiste dans les intérêts, une révolution idéaliste dans les consciences Q) ». Il n'est pas seulement une sorte de vaste manuel Roret sur la meilleure exploitation des ressources naturelles. Il est une vue nouvelle et intégrale sur les destinées de la civilisation, une estimation nouvelle du sens et de la valeur de toute vie humaine et de toute vie individuelle dans l'humanité. 11 est, lui aussi, selon la parole de Nietzsche, une transçaluation de toutes

(M Jaurès, Action socialiste^ 1899, l" série, p. 181.

INTRODUCTION XLin

les çaleurs ; et Anton Menger a raison de conclure : « Il faut que toute la vie de l'esprit, la philosophie, le droit, la morale, Tart et la littérature s'emplissent d'esprit socialiste » (livre IV, ch. vi).La socialisation des moyens de production ne doit offrir que les possibilités matérielles de cette haute et intensive culture intellectuelle et sentimentale, dont, à vrai dire, l'idéal môme reste à dégager des travaux épars des grands socialistes et des besoins profonds de la foule qui déjà sent tressaillir en elle cette vie nouvelle (*). Cela seulement serait le socialisme intégral»

Le livre d'Anton Menger n'est pas et ne peut pas être le livre de la civilisation nouvelle. Car cette civilisation suscitera bien des livres dont aucun ne la résumera. Mais il est beau que son livre, tout pénétré de la philosophie maussade et réaliste de la force, ouvre cependant, en finissant, cet horizon où rayonne la lumière limpide d'un nouvel idéal de culture intégrale.

11 lui naîtra des adversaires théoriques et politiques. A la place da la sociologie trop systématique et exclusive qu'il reproche avec raison à d'autres, il met un historisme trop empirique et imprécis ; et rhistorisme aussi est un système. Il peut aveugler. Il y a des mesures qui furent applicables aux temps d'autrefois, et qui ne le seraient plus aujourd'hui. En ce sens, un ouvrage qui offre en effet cette

(*) Voir un très suggestif essai de David Koigen, Die Kulkiranschaiiung des Snzialisinus. Préface d'Edouard Bernsteio. 1903.

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