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L IDEE D EGALITE

La Révolution française a été dominée par l'idée d'égalité bien plus que par celles de liberté et de fraternité. Toutefois, conformément à son caractère essentiellement politique, elle n'est pas allée au-delà de ce que Ton appelle l'égalité devant la loi, par où on entendait surtout alors la suppression des privilèges fiscaux et judiciaires et l'accession de tous aux fonctions publiques. Les cercles dirigeants de la Révolution française n'ont jamais songé à pilacer les citoyens sur un pied d'égalité par rapport aux institutions du droit civil, et en particulier de la propriété, bien que divers hommes éminents aient assez souvent émis, avant et pendant la Révolution, des idées à demi-socialistes (*). L'égalité devant la loi a

(M Brissot de Warville, Sur la propriété et le vol (1780), édition de Bruxelles de 1872, p. 63. Marat, Les chaînes de l'esclavage (publié d'abord, en 1774, en anglais), édition de 1833, p. 78 sqq. et en particulier le Plan de ygislation criminelle (1787) dans l'édilion de 1790, p. 18-27. Robespierre, dans Le Défenseur de la Constitution, n°4 (1792), dans les Œuores complètes publ. par Laponneraye, t. I (1840), p. 388. et son discours du 24 avril 1793 à la Convention, Œuvres, 1. 111 (1840), p. 351-360. Saint- Just, Fragments sur les institutions républicaines, p. 58-60, 70-71 de l'édition originale (An III).

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passé sous cette forme tronquée dans la constitution de beaucoup d'États.

C'est contre cette caricature de l'égalité que se tourna, dans les derniers temps de la Révolution française, la conjuration des Égaux, menée par Babeuf. Elle visait à T égalité de fait, c'est-à-dire à l'égalité dans l'éducation, les travaux et les jouissances de tous les citoyens (*). Depuis cette époque l'égalité économique est restée dans le socialisme un idéal puissant et très répandu, qui ne mérite nullement le dédain où le tenait Saint-Simon, lequel l'appelait en raillant l'égalité turque (^). A vrai dire, il est hors de doute que cet idéal, ainsi que les autres Çns dernières des aspirations humaines, ne pourra jamais être réalisé que d'une manière faiblement approximative.

En fait, l'égalité économique complète ne serait concevable que dans la société anarchiste. Dans l'État populaire du travail il se trouvera au contraire toujours des antagonismes qui rendront impossible une égalité économique effective de tous les citoyens. Il faut y compter au premier rang l'antagonisme des dirigeants et des dirigés, ou, si l'on veut, des administrateurs et des administrés, antagonisme qui se manifestera dans l'État populaire du travail avec bien plus d'acuité que dans la société présente, parce que son activité s'étendra à tout le domaine économique. Or, l'expérience de tous les temps nous enseigne que les dirigeants ont toujours utilisé leur

(*) Cf. plu9 haut p. 36, note 1.

(3) Sainl-Siraon, Du système industriel, t. II (1821), dans les Œuores, t. VI (1869;, p. 17. Voir plus haut, p. 38, note i.

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puissance supérieure pour s'assurer une condition économique privilégiée.

De môme, en second lieu, les différences d'éducation et de savoir demeureront encore dans l'Etat populaire du travail une source abondante d'inégalité économique. Sans doute les savants n'ont jamais affiché, en face de la société, des prétentions économiques égales à celles des souverains ; néanmoins la supériorité de savoir et de capacités constituera dans toute forme d'État une force qai doit nécessairement conduire à une condition économique privilégiée. C'est pourquoi les socialistes qui, comme Sylvain Maréchal (*), le compagnon de Babeuf, tiennent avant tout à la réalisation de l'égalité économique, ont jugé nécessaire, dans leur idéal de société, de reléguer au second plan, voire même de condamner les études supérieures; ils ne se doutaient pas que l'entretien des populations si denses des États européens exige l'accomplissement, dans la science et dans la technique, d'incessknts progrès qui, pour la plupart, ne peuvent émaner que de spécialistes. Mais le champ immense et chaque jour plus étendu des sciences spéciales, et le prodigieux travail de préparation que nécessitent de notre temps les sciences physiques, les disciplines techniques et même les sciences morales, font de prime abord apparaître comme une chimère l'idée que l'individu puisse pratiquer la science,

(*) Buonarroti, Conspiration pour Végalilé^ t. I (1828), p. llo, note; 281, sqq. ; 286, sqq. Se sont de même prononcés poar une éducation égale de tous les citoyens : Proudhon, Idée générale de la révolution au XII* siècle (1851). p. 316-319; Bebel, Die Frau und der Sozialismus, 2o« édit. (1895), p. 357-360.

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eatome ti'aiVailfiÉccessoirej à côté d*un travail manuel (théorie de Bebel), ou que renseignement scienti-* fique puisse être mené de front avec l'éducation pratique et professionnelle (théorie de Proudhon)*

Le troisième facteur qui conduit nécessairement à l'inégalité économique est la différence ei^istant^ au point de vue de la quantité et de la qualité, dans le travail des différents citoyens. Si Ton estime qu'après rétablissement du socialisme le sentiment de la fraternité remplacera les ressorts égoïstes d'aujourd'hui, on peut assurément écarter cette cause d'illégalité économique ; mais si l'on ne croit pas à cette miraculeuse action du socialisme (*), il faudra bien considérer comme indispensable une certaine proportionnalité entre le travail et le salaire.

Enfin, on ne doit pas oublier, en quatrième lieu, que le mouvement social actuel émane essentiellement des ouvriers industriels, et de ceux qui sont, au point de vue intellectuel comme au point de vue matériel, les premiers de leur classe. Or, de môme que les révolutions bourgeoises du xviii* et du XIX* siècle se sont terminées à l'avantage surtout de la haute bourgeoisie, le mouvement socialiste, qui n'est lui aussi qu'un déplacement de forces, sera particulièrement favorable aux éléments les plus influents de la classe ouvrière.

A supposer même qu'en une heure d'enthousiasme on décrète l'égalité économique de tous les citoyens, ces quatre facteurs ne tarderaient pas à ramener l'inégalité économique dans l'État populaire du travail. Il faut donc se représenter celui-ci

(*) Voir plus haut, livre I, ch. viii.

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comme une organisation hiérarcliiqne, mais comme une organisation hiérarchique purement laïque, et non pas, ainsi que le voulaient les Saint-Simoniens, théocratique (*). Nous po.uvons le concevoir sur le type des grandes entreprises de chemin de fer et de navigation de notre temps, qui ne visent que des buts purement économiques et travaillent pourtant avec une remarquable sûreté et une étonnante précision. L'armée et le corps de fonctionnaires de l'État moderne, qui sont de même organisés d'une manière hiérarchique, ne sauraient être pris comme exemples, parce que ces organismes reposent essentiellement sur le patriotisme, Tamour de la gloire militaire et d'autres sentiments semblables conditionnés comme eux par les circonstances historiques, et qui, dans l'Etat populaire du travail, n'auront plus aucune sorte d'importance.

Une organisation hiérarchique ainsi conçue permet une solution rationnelle de deux questions importantes. A qui, dans l'État populaire du travail, doivent revenir les objets de consommation produits par la nature en petite quantité ? Et qui doit, chose plus importante encore, effectuer les nombreux travaux répugnants et malsains qui seront nécessaires, même dans un système de production uniquement soucieux de l'intérêt du peuple ? Fourier et son école eurent l'idée étrange de charger des travaux répugnants, dans chaque communauté socialiste (ou phalange), un groupe d'enfants de goûts mal-

Ci) Eaposilion de la Doctrine Saint-Simonienne (1828- 1830), daDS les Œuvres, t. XLII (1877), p. 326 sqq., 406 sqq.

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propres qui tiendraient à honneur d'eflTectuer ces travaux (*). Dans une société organisée hiérarchiquement ces questions ne soulèyeraient pas de difficulté insurmontable, d'autant que les individus seraient loin d'être rivés à leur rang hiérarchique, dans l'État populaire du travail, comme dans la société présente (*).

Mais ce n'est pas seulement pour la répartition des travaux répugnants et malsains qu'une organisation hiérarchique de la société est fort importante, c'est encore pour toute l'activité matérielle et intellectuelle. Il ne faut pas oublier que dans l'État populaire du travail bien des illusions disparaîtront qui aujourd'hui sont pour les hommes de puissants ressorts d'action. Si donc l'établissement de l'égalité économique de tous devait supprimer la possibilité qu'a chacun aujourd'hui d'améliorer sa condition, il y aurait lieu de redouter que la masse ne tombât dans un quiétisme complet, et que l'État populaire du travail ne dégénérât lui-même en un État d'engrais et de mangeaille. Ce danger est écarté de la manière la plus efficace par une organisation hiérarchique telle qu'il y soit infiniment plus facile que dans la société actuelle de s'élever à un rang supérieur.

Ces considérations essentielles n'ont jamais été méconnues. Au nombre des socialistes qui se prononcent pour l'inégalité économique il faut compter non seulement Saint-Simon, mais son école, qui

(M Fourier, Le nouveau monde industriel (1829), p. 243 sqq., dans les Œuvres, t. VI, 3« éd. (1848), p. 214 sqq. ; Renaud, Solidarité (1842), 6' éd. (1877), p. 7779.

(*y Voir plus bas, livre II, chap. vu.

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donne comme principe suprême de répartition la formule célèbre : « de chacun selon sa capacité, à chacun selon ses œuvres » (*). Fourier et son école se placent à un point de vue semblable ; ils déclarent expressément qu'une grande inégalité des for^ tunes est indispensable dans l'organisation sociale qu ils proposent (*). Après eux, beaucoup d'autres socialistes se sont de même prononcés pour Tinégalité économique dans l'Etat de l'avenir.

Sont partisans, au contraire, de l'égalité économique, non seulement ceux qui, comme Babeuf et son école, la réclament immédiatement, mais encore les écrivains qui font du besoin des individus le principe suprême de la répartition des biens ('). En fait, les défenseurs de l'égalité économique songent toujours à cette répartition selon les besoins, vu qu'une distribution des objets de consommation et des services qui serait entièrement égale entre tous les individus, et ne tiendrait compte ni du sexe, ni de l'âge, ni de la santé, est évidemment inconcevable.

(*) Voir le manifeste publié Immédiatement après la Révolution do Juillet par Bazard et Enfantin, Notices Mstoriques, t. Il (1865), p. 228, 229. et aussi VExposilion de la doctrine Saint'Simonienne (1828-1830), dans \es Œuvres, t. XLI (1877), p. 437.

(*/ Fourier, Le nouveau monde industriel et sociétaire (1829), p. 7, 135, 364 sqq., dans les Œuvres, t. VI, 3» éd. (1848), p. 4,5, 115, 3(K) sqq. Considérant, Destinée sociale, t. I (I837\ p. 355-368. Voir aussi sur cette question Bebel, Die Frau, ^« éd. (1855), p. 367 et plus haut r. 38, note 1.

(*) Cf. Menger, Das Recht auf den vollen Arbeiterlrag (1886), 2« éd. (189.1), p. 8. Trad. franc. Le droit au produit intégral du travail, p. 18.

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Si donc Ton tient pour indispensable une organisation hiérarchique de l'État populaire du travail, la question se pose de savoir d'après quels critères les citoyens seront rangés dans les différentes conditions. Dans la société présente, la solution de cette question si importante pour la destinée de chacun dépend presque exclusivement du hasard de la naissance et de la possession. Nous voyons quotidiennement dans notre société des personnes remarquablement douées qui tournent la manivelle ou conduisent la charrue, tandis que dans les familles riches on gaspille assez souvent en vain peine et argent pour l'éducation d'enfants incapables. Aussi les Saint-Simonienô se sont-ils à bon droit élevés contre tous les privilèges de la naissance, comme étant le vice profond de notre organisation sociale. Etant donné que dans l'État populaire du travail les différences, qui sont du domaine de la possession disparaîtront, ce sont surtout les facteurs suivants qui décideront de la répartition des conditions sociales entre les citoyens.

lo La profession des parents. — Elle mérite d'être prise en considération, parce que les enfants sont tout naturellement préparés par l'éducation qu'ils reçoivent à la profession de leurs parents ; mais, d'autre part, l'histoire de plus d'un peuple oriental l'atteste, un trop grand attachement à ce principe peut conduire à la séparation radicale des professions et à la formation de castes. Dans l'État populaire du travail, la répartition de la population entre les villes et les campagnes et le classement des individus dans les différentes positions seront dirigés par la considération de la situation des

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parents. Mais ce facteur ne doit pas intervenir pour les postes supérieurs, pour les fonctions, de direction, parce qu'alors on verrait naitre infailliblement une noblesse administrative, qui ramènei'ait bientôt rÉtat populaire du travail dans les voies de l'État individualiste de la force.

2° Culture intellectuelle supérieure, — La culture intellectuelle et son attestation par des examens, des travaux scientifiques et d'autres épreuves, constituent une raison et un moyen de choix qui conviennent tout particulièrement dans une société démocratique ; une activité intellectuelle énergique témoigne en effet de dons naturels rares, que même les moins bien doués tiennent en estime. Toutefois la supériorité dans le savoir doit servir de facteur de différenciation surtout pendant la jeunesse ; il faut en tenir moins de compte plus tai-d, quand l'individu a fait ses preuves dans la vie pratique. Encore moins doit-on, avec Platon, Gampanella, le Saint- Simonisme et Auguste Comte (*), conférer aux savants et aux prêtres de la science la direction de l'État populaire du travail, parce que le succès dans la direction des États dépend principalement de l'énergie et de la constance du caractère, et que même un haut degré de culture et de savoir ne suffisent pas à en garantir la présence chez un individu donné.

(*) Platon, De republ,, V, p. 473 G. CàmpaneWa, CivilassoUs (1623), dans les Quaestiones super secinida parie philosophiae realis (1637), p. 147, 149, Irad. franc, par Ville^ardelle, La Ciié dii So/ei7 (1840), 71, 72; Exposition de la doctrine Sainl- Simonienne (1828-1830), dans les Œuvres, l. XLÏI (1877), p. 33q, 338 sqq. ; Auguste Comte, Système de politique positive, t. IV (1854), p. 252 sqq.. 307 sqq.

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3° L'élection par les concitojrens. — L'élection aux postes de direction fournit jusqu'à un cei'tain point la garantie — ^ chose de grande importance dans un État démocratique — que Félu sait comment il faut agir avec les masses ; par contre, l'expérience enseigne qu'elle constitue une prime à la démagogie. Dans les États individualistes d'aujourd'hui, quand ils possèdent une constitution libre, l'élection des personnalités dirigeantes a une importance de plus en plus grande, parce que, en fait, il s'agit ici par excellence de l'influence politique sur les Hiasses. Dans l'État populaire du travail, les postes supérieurs d'un caractère essentiellement politique pourront aussi, sans aucun inconvénient, être pourvus par voie d'élection ; par contre, dans une semblable société, presque exclusivement économique, la plupart des fonctions de direction ne peuvent être bien remplies que par des hommes possédant des connaissances et des capacités techniques dont l'élection serait le pire moyen d'assurer la présence chez les titulaires.

4*" La nomination par une autorité supérieure. — La nomination est plus favorable que Téleetîon à une appréciation exacte de la capacité professionnelle des candidats; par contre, il y a le danger que la faveur ou l'intérêt personnel de celui qui nomme ne soient ici prépondérants. Dans les communautés où l'intérêt des plus hauts représentants de l'autorité l'emporte sur toutes les autres considérations, comme par exemple dans notre État militaire et aristocratique et dans l'Église catholique, les postes de directeurs sont pourvus au moyen de nominations.

Dans l'État populaire du travail, ce serait un des

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principaux devoirs de la politique pratique de délimiter exactement les domaines de l'élection et de la nomination, et d'assurer de cette manière aussi bien le respect des principes démocratiques que la présence chez les chefs des capacités spéciales requises par leurs fonctions.

5*» Le tirage au sort, — Le tirage au sort a joué un rôle très considérable, comme moyen de nommer aux fonctions publiques, dans les républiques démcfbratiques de Fantiquité, surtout à Athènes. La raison en est que ces républiques démocratiques étaient en fait, par suite de l'esclavage, des aristocraties très fermées et limitées, dont les membres se trouvaient infiniment plus près les uns les autres, au point de vue de la culture et de la capacité politique, que ne le sont les classes supérieures et les classes inférieures de notre société. Après rétablissement de rÉtat populaire du travail, les dift'érences intellectuelles et économiques qui existent entre ces classes persisteront pendant des générations \. aus&i le sort ne pourra-t-il guère être employé comme un. moyen d'assigner aux citoyens les postes supérieurs ou inférieurs que dans un avenir lointain, quand elles auront disparu.

Pour résumer ce qui précède, la formation de l'organisation hiérarchique dans l'État populaire du travail se présente à nous à peu près de la manière suivante. La répartition des citoyens entre les différentes professions tiendrait compte d'une manière générale de la profession des parents ; mais il faudrait autant que possible prendre en considération les désirs individuels qui iraient en un autre sens.

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Pour entrer dans les carrières supérieui'es, il faudrait avoir témoigné pendant les années d'études d'une activité intellectuelle énergique ; quant à Tavancement, il se ferait, suivant les professions, par voie d'élection ou de nomination. A la suite d^une évolution plus ou moins longue, quand l'esprit démocratique aurait pénétré non seulement la vie politique, mais encore la vie intellectuelle et la vie économique, on pourrait recourir aussi, pour la constitution de l'organisme économique, au tirage au sort.

Mais ajoutons que même si l'on considère l'inégalité économique comme nécessaire dans l'Etat populaire du travail, cette inégalité ne rappellera jamais, même de très loin, la terrible acuité de l'antagonisme qui existe actuellement entre ïa richesse et la pauvreté. Dans les sociétés démocratiques d'aujourd'hui, la différence de situation économique entre fonctionnaires supérieurs et fonctionnaires infétîeurs est déjà loin d'être aussi accusée que c^e que l'on observe dans notre État militaire et aristocratique. Dans une société démocratique sans propriété foncière et capitaliste, telle que sera l'État populaire du travail, les différences économiques ne seront que tout juste assez grandes pour stimuler l'émulation des citoyens, elles ne le seront pas assez pour faire naître chez les moins fortunés la haine, ni l'envie.

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