LES STSTÈMES SUBJECTIFS DE RÉPARTITION
différent suivant l'âge de Tayant-di^oit. Chez les enfants et les adolescents, il a trait à l'entretien et à l'éducation ; chez les adultes, à l'entretien ; chez les personnes qui sont incapables de travailler pour raison de vieillesse, de maladie et d'invalidité, aux soins divers que réclame leur étal (*). Notre droit actuel nous montre, dans les hospices d'enfants trouvés et d'orphelins, et aussi dans l'assurance contre le chômage, la maladie, les accidents, la vieillesse et l'invalidité, de très modestes commencements d'une réalisation du droit à la vie.
La répartition des objets nécessaires à la satisfaction des besoins primordiaux devrait se régler tout d'abord sur l'état des maisons existantes. Comme l'architecture actuelle repose principalement sur des bases individualistes, il conviendrait au début d'assigner aux personnes mariées un intérieur indépendant (système du ménage séparé), tandis qu'on pourrait réunir dans des appartements communs et à une même table les célibataires des deux sexes (système du ménage commun) (*). Ce n'est que
{*) Cf. Mengor, Das Recht anf den vollen Arbutserirag, 2' éd. (1891), p. 8-11, iFad. franc., Le Droit au produit intégral du travail^ p. 17-21. Le droit au travail, complément ml-socialisle du régime de droit privé acluel, est ici laissé de côté. Cf. op. cit. p. '11-26, trad. franc., p. 21-43; Singor Sieghart, Das Recht auf Arbeit (1895), p. 75-79.
(') Dans les communautés d'Amérique on trouve tantôt le ménage séparé, tantôt le ménage commun; le premier dans les communautés Amana (demeures séparées, repas communs), Harmony et Zoar (demeures et repas séparés) ; le second chez les Shakers et dans la communauté Oneida (demeures et repas communs). La communauté Zoar s'est dissoute en 1898; Oneida s'est transformée en 1881 en une société montée par
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plus tard, à mesure que se développera Tarehitecture socialiste et que se modifieront les mœurs familiales, que ce dernier système pourrait, en raison de ses grands avantages économiques, être progi*essivement développé. II y aurait lieu alors d'utiliser, comme modèle pour les palais de groupes et les palais communaux de TÉtat populaire du travail, les plans d'Owen et de Fourier, ainsi que les constructions des communautés socialistes d'Amérique.
Ce n'est que que quand le droit à la vie de tous les individus aui*a été complètement satisfait que Ton pourra satisfaire les besoins plus délicats des classes supérieures. Cataloguer dans le détail ces besoins serait assurément un problème insoluble au point de vue pratique ; ce qui! faudrait, c'est que les richesses nécessaires à leur satisfaction fussent groupées en quelques catégories générales, à la manière des classes de traitements dans nos hiérarchies de fonctionnaii*es ; il y aurait lieu de faire en sorte d'ailleurs que les desiderata des intéressés pussent être pris en considération. Le caractère démocratique de l'État populaire du travail dépendra du soin avec lequel on veillera à ce que les moyens de satisfaire les besoins des plus haut placés dans la hiérarchie sociale ne dépassent pas trop la mesure des simples besoins primordiaux.
Les conséquences économiques dp système de
actions ; toutes les deux se trouvaient, lors de la suppression de la communauté des biens, dans d'exellentes conditions financières. Cf. Nordhoff, The communistic societies in the United States (1875), p. 32, 88, 89, 111.136, 277 ; Hlnds, American cornmunisties, 1" éd. (1878), p. 51, 109. 121, 131, 134, 2* éd. (190*), p. 118 sqq., 202 sqq.
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répartition actuel et du système de répartition futur peuvent donc être établies à peu près de la manière suivante. Comme notre régime de propriété repose principalement sur la force, il est organisé en somme de telle sorte que les besoins des dirigeants et des possédants soient satisfaits tout^ d^abord, dût la masse des petits et des humbles manquer même des choses les plus nécessaires à une vie humaine. Au contraire dans l'État populaire du travail les besoins plus délicats des plus hauts placés ne devraient être satisfaits qu'après que l'on aurait assuré à tons une vie vraiment humaine. C'est autour de cette réfoi-me fondamentale, la plus importante, il est vrai, à laquelle ait jamais aspiré le genre humain, que se meut depuis un siècle le mouvement social.
Une quantité donnée de biens, et une journée de travail donnée : tel est le principe du système subjectif de répartition par l'autorité publique ; la raideur incontestablement inhérente à ce système s'atténuera par l'extension progressive du domaine de la repartition autonome. De même que les biens destinés à la satisfaction des besoins ne seront pas les mêmes pour les classes supérieures et pour les classes inférieures, de même la journée de travail ne sera pas la même dans toutes les professions. L'État populaire du travail ne saurait se dispenser de laisser en cette matière une grande latitude, s'il veut atteindre certaines fins indispensables, comme d'assurer l'accomplissement des travaux désagréables et malsains.
Des raisons pratiques conduiraient toutefois à s'écarter de ce type général de répartition des biens
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par rÉtat, et à s'en écarter en deux sens différents. Tout d abord, dans TÉtat populaire du travail, aussi bien qu'aujourd'hui, l'individu se verra en présence de diverses obligations auxquelles il devra satisfaire à l'aide des richesses qui lui seraient distribuées. Par exemple, pour fournir à la société future les mêmes garanties que donne aujourd'hui le droit privé, il faudrait admettre un devoir d'entretien de la part des parents vis-à-vis de leurs enfants (*). De même l'accomplissement d'actes illicites devrait entraîner pour leur auteur des obligations de dédommagement de diverses natures (*). Or, ces obligations ne pourraient être remplies que par une augmentation de la durée du travail ou par une diminution de la quantité de biens revenant à l'individu, sans toutefois que celle-ci puisse tomber sensiblement au-dessous de la mesure du nécessaire.
En second lieu, il y a lieu de se demander si l'État populaire du travail peiit permettre à l'individu qui en fait la demande de travailler pendant une durée supérieure à celle que fixent les prescriptions générales, afin de satisfaire avec le produit du travail supplémentaire des besoins plus délicats ou plus étendus. Certains socialistes veulent accorder à l'individu toute liberté en ce sens. C'est ainsi que Weitling demande que la société soit tenue de fournir à chacun de ses membres, pour une journée de travail de six heures par exemple, tous les biens et tous les services nécessaires et utiles ; mais que chacun soit autorisé
(*) Voir plus bas, livre II, ch. xni-xiv.
P) Voir plus bas, livre II, cb. ix.
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à se procurer aussi par un certain nombre d'heures supplémentaires les produits et services purement agréables(*). Certes, l'organisa tion sociale de l'avenir introduira, comme la vie dans, les hôtels et pensions de famille d'aujourd'hui, une grande uniformité dans les besoins et les goûts ; mais il faudra qu'elle permette jusqu'à un certain point à l'individu de satisfaire, par un travail accru, des besoins accrus. Toutefois l'administration de l'État populaire du travail ne devra jamais oublier qu'une consommation trop raffinée peut devenir presque aussi funeste à son caractère démocratique que Test dans notre société actuelle l'accumulation de la propriété foncière et capitaliste.
Le système de répartition subjective qui vient d'être exposé doit être considéré comme celui auquel conduit évidemment le mouvement social actuel. En effet, il offre des avantages très considérables aussi bien pour la période de transition que pour la suite. Pendant la période de transition, il permet à l'État populaire du travail, non seulement de ne pas rompre immédiatement avec les habitudes de travail et de consommation de la population, mais encore de maintenir les prix en argent des choses et des services, tels qu'ils résultent de l'histoire économique, et de ne leur faire subir que les changements commandés par les altérations survenues dans le rapport des forces sociales en présence.
Mais le maintien des prix en argent permettrait d'éviter une transformation générale de la valeur
(*) Weitling, Garantien der Harmonie und Freiheil (1842), 3* éd. (1849), p. 173 sqq. Voir aussi Pecqueur, La République de Dieu (1845), p. 274; Renard, Le régime socialiste (1898), p. 33 ; Vandervelde, Le collectivisme (1900), p. 202, 203.
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des choses et des services, telle qu elle se produirait nécessairement si la valeur de toutes les choses utiles devait être mesurée par un nouvel étalon de valeur, par exemple, par la quantité de travail moyen qui y aurait été employée (bons de travail) (').
(*) La monnaie constituée par les bons de travail que nous trouvons dans les systèmes socialistes a certainement pour origine celte opinion de Locke, d'Adam Smith, de Ricardo et de beaucoup d'autres économistes anglais, d'après laquelle le travail est la base essentielle de la valeur. Lorsque Robert Owen établit, en 1832, sa banque d'échabge de travail, on payait à chaque déposant, pour les articles qu'il livrait en magasin, non pas de l'argent comptant,mais des bons de travail (labour notes) représentant autant d'heures qu'un ouvrier moyen eût dû en employer k la production de la marchandise livrée. Celte monnaie de travail n'est pas seulement passée dans bien des syf^tèmes socialistes, ceux par exemple de Weitling, Rodberlus, Engels, Bebel, etc., mais encore elle a formé la base des théories de la valeur de Marx et Rodberlus. Cf. Locke, Two treatises ofgovernment (1690), H, 40 ; Adam Smith, An inquiry into the nature and causes of the wealth of nations (1776), liv. I, ch. v; Ricardo, The principles of political economy (1817), ch.i; Owen, Report to the county of Lanark (1821), p. 19 sqq. : le même, Report of the proceedings at the several public meetings held in Dublin (1823), p. 127 sqq. ; Crisis (organe officiel de la banque d'échange de travail d'Owen), t. I (1832-1833), p. 77-80, 108; Gray, The social System (1831), p. 64; le même, Lectures on the nature and use of m'oney (1848), p. 161 sqq; Osiah Warren, Equitable commerce^ a new development of principles, New York (1852), p. 82 sqq., 116 (cf. plus bas, p. 164, note); Weitling, Garantien der Harmonie und Freiheit (1843), 3* éd. (1849), p. 180 sqq. ; Rodberlus, Ueber den Normalarbeitstag (1871), dans les Kleine Schriflen éditées par Moritz Wirlh (1890), p. 342 sqq.; le même, Das Kapital (1884), p. 149 sqq. ; Schâffle, Die Quintessenz des Sozialismus (1875), p. 42- 48 (trad. franc. La Quintessence du. Socialisme) ; Engels. Berrn Eugen Diihring*s Umwàlzung der Wissenschaft{\Sn), p. 250 sqq.; Bebel, Die Frau, 25' éd. (1895), p. 361 sqq.; trad.
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Or, une pareille transformation générale des valeurs constituerait une révolution économique immense avec toutes les dissensions et tous les désordres qui en sont inséprarables, sans que cette transformation dût procurer des avantages considérables à une société fondée sur le droit à la vie.
En second lieu, si le socialisme de groupe et le socialisme communal était réalisé d* abord, le maintien des prix en argent faciliterait considérablement la transition à la nouvelle organisation sociale, parce qu'en ce cas le droit privé et le régime des prix déterminé par lui devraient subsister entre les différents groupes et les différentes communes (*). Si en outre le régime du droit privé et le régime du droit socialiste devaient pendant longtemps subsister côte à côte (*), il serait absolument indispensable d'avoir un étalon commun des valeurs ~ l'argent. Entre les membres socialistes de l'État populaire du travail le paiement^u comptant serait naturellement remplacé par des virements de banque.
Mais, même après l'établissement du régime définitif, notre système de répartition aurait l'avantage de résoudre entièrement le problème de la répartition; une partie des valeurs créées devrait être employée à la capitalisation, tout le reste, à la distribution entre les' citoyens. L'État populaire du travail' pourrait en outre, s'il conservait les prix en
Menger, Vas Recht auf dm vollen Arbeitsertrag, p. 94-96, trad. franc. Le Droit au produit intégral du travail^ p. 122- 124. Voir plus bas, p. 148 et p. 163165.
(>) Voir plus bas, livre III, ch. v et vi.
(*) Voir plus bas, livre IV, ch. iv et v.
i46 PHOPRiÉré Et Famille dans l^ktat socialiste
aident tels qu'ils résaltent de la tradition, eiitrepi*endi^ peu à peu avec une grande circouspection les .changements nécessaires, alors que la fixatioD des valeurs d'après le travail moyen employé à la production des richesses serait continuellement exposée, en raison des incessantes transformations techniques, à de nouvelles révolutions.