CULTURE ET SCIENCE
qu'ils arrêtent tout net leurs investigations, critiques devant les portes des riches et des puissants. En Angleterre, les rapports de puissance sont inverses, de sorte qu'une attaque contre la divinité est beaucoup plus dangereuse qu'une attaque contre le roi.
On connaît le diction anglais : saçoir etpouçoir ne font qu'un. On pourrait dire avec non moins de raison : le pouvoir et la science ne font qu'un. En fait, on ne peut guère exagérer Tinfluence de la puissance sur les éléments fondamentaux du savoir humain. A vrai dire, cette influence se mani* feste moins par le fait que les savants et les observateurs affirmeraient des faits inexacts, que par une façon générale de penser et de présenter les choses que je voudrais appeler la vérité unilatérale. Celleci consiste à placer au premier plan les faits favorables à un intérêt personnel ou à un intérêt de parti, et à taire entièrement ou du moins à reléguer à l'arrière-plan les faits défavorables.
Or^ la vérité unilatérale est dans le domaine de la science un ennemi infiniment plus dangereux que le mensonge. Ainsi on ne peut guère étudier la nature véritable de la monarchie que sur des dynasties disparues, et Fon aura de la peine à entendre l'entière vérité sur une communauté religieuse d'un autre qu'un adversaire.
Mais tous ces inconvénients ne réapparaîtrontils pas sous le régime de l'État populaire du travail? Assurément cette forme d'État déterminera elle aussi des rapports de puissance dont la réaction sur la science est inévitable. Mais comme l'État populaire du travail est orienté, par le principe même de son organisation, non dans le