RÉPLIQUE DU PAPE AUX DÉPUTÉS
Nous acceptons les expressions de gratitude que le Conseil nous adresse, et nous recevons la réponse au discours prononcé en notre nom par le cardinal que nous avons expressément délégué pour l’ouverture des deux Conseils, déclarant C accueillir uniquement dans celles de ses parties qui ne s’éloignent pas de ce qui est prescrit dans le Statut fondamental.
Si le Pontife prie, bénit et pardonne, il a, d’autre part, le devoir de lier et de délier ; et si, comme prince, en vue de mieux protéger et consolider la chose publique, il appelle les deux Conseils à lui prêter assistance, le prince-prêtre a besoin d'une liberté telle que rien ne paralyse son action dans tous les intérêts de la religion et de l'État ; et cette liberté, qui lui est nécessaire, reste intacte si on laisse intactes, comme on le doit, la Constitution et la loi sur le Conseil des ministres, que nous avons spontanément accordées.
Si chaque jour s’accroissent les désirs de grandeur pour la nation italienne, il est nécessaire que le monde entier le sache bien, le moyen pour y parvenir ne peut être de notre part la guerre. Notre nom a été béni par toute la terre pour les premières paroles de paix qui sont sorties de notre bouche ; il n’en serait pas de même assurément si nous faisions entendre des paroles de guerre. El ce n’est pas sans un vif sentiment de surprise que nous avons entendu sur ce sujet, de la part du Conseil, des considérations en opposition avec nos déclarations publiques, et cela dans le moment même où nous avons entrepris des négociations de paix. L’union entre les princes, la bonne harmonie entre les peuples de la Péninsule, peuvent seules nous conduire à la félicité que nous désirons tous. Cette nécessité de la concorde fait que nous devons embrasser également tous les princes d’Italie, parce que de cet embrassement paternel
peut naître cette harmonie qui conduira à l’accomplissement des vœux publics.
Le respect des droits et des lois de l’Église et la conviction dont vous êtes assurément pénétrés que la grandeur de nos États en particulier prend son origine dans l’indépendance du Souverain-Pontife, feront que, sans aucun doute, dans vos délibérations, vous respecterez toujours les limites tracées par nous dans te Statut. Qu’ainsi surtout s’exprime la gratitude que nous vous demandons pour les larges institutions que nous avons accordées.
Nous ne pouvons que vous encourager de toute notre âme dans vos nobles intentions de vous occuper de nos affaires intérieures. L’industrie et le commerce doivent être relevés; et c’est notre principal désir, c'est sans aucun doute aussi le vôtre, que d’alléger les charges de nos sujets. L’ordre public réclame d’importantes mesures, et il est indispensable que le ministère commence d’y consacrer ses pensées et ses soins. L’administration publique des finances appelle de sérieuses et promptes dispositions. Après qu’auront été réglées ces questions vitales, le gouvernement vous proposera pour les municipes les améliorations qui paraîtront le plus utiles et le plus conformes aux besoins présents.
C’est à t' Eglise et à ses apôtres que notre Divin Maître a attribué le droit et le devoir d'enseigner.
Soyez unis avec nous, avec le Haut Conseil, avecJ\'ous et avec nos ministres. Ayez toujours en mémoire que Rome est grande, non point par sa domination temporelle, mais principalement parce qu’elle est le siège de la religion catholique. Nous voudrions que cette vérité fût gravée, non pas seulement sur le marbre, mais dans les cœurs de tous ceux qui participent à l’administration publique, afin que chacun respectant notre suprématie universelle, le champ se trouvât fermé à de certaines théories restrictives comme aux ambitions des partis. Si, comme nous le croyons, vous êtes pénétrés de cette vérité, vous serez entre les mains de Dieu de nobles instruments, chargés d’apporter à Rome et à l’État ces vrais et solides avantages entre lesquels le pre-
raier et le plus précieux sera d’étouffer le germe des défiances, d'éteindre le foyer des haines de parti.
Ainsi le Pape (qui avait préparé sa réplique sans le concours des ministres) déclarait recevoir l’adresse des députés comme la réponse au discours d’ouverture prononcé par le cardinal Altieri, affectant ainsi de ne tenir aucun compte du discours ministériel auquel cependant se référaient principalement les paroles des députés. 11 rappelait, pour en commander l’application avec la môme rigueur que celle du Statut, le Motu proprio sur le Conseil des ministres, qui ne parlait point de disjonction dans les affaires extérieures. 11 citait, pour protester contre elle, la formule restreinte des attributions pontificales donnée par Mamiani : le Pontife prie, bénit et pardonne. 11 invoquait avec énergie la limite du Statut contre de trop vastes aspirations de liberté, et violait implicitement ce môme Statut en réclamant pour le souverain la même liberté d’action dans les affaires de la religion et dans celles de l’État. Par une confusion semblable, il alléguait l’enthousiasme qu’avait excité la clémence du Pontife pour justifier les répugnances du prince à intervenir dans la guerre coutre l’Autriche. 11 revendiquait pour l’Église le privilège exclusif de l’enseignement. 11 mettait ses ministres en demeure de s’occuper de l’ordre public, leur reprochant ainsi implicitement de l’avoir négligé, et terminait en invitant les députés à la concorde avec ce môme ministère qu’il haïssait et censurait.
L’adresse du Haut-Conseil (prononcée le 17 juillet), et la réplique qu’y fil le Pape, u’offrent pas le môme
intérêt que les précédentes. Le Haut-Conseil, nommé par le P%pe, ne représentait point dans l’organisme politique uu élément qui lui fût hostile. Aussi, d’une part les visées étant moins ambitieuses, de l’autre le langage fut sans amertume.
L’une des premières séances de l’Assemblée romaine avait été consacrée a des interpellations sur le bruit répandu que Venise avait demandé des secours à la France. Le ministre Mamiani avait répondu : que les Vénitiens avaient demandé du secours aux gouvernements italiens en laissant entendre qu’à défaut de ce secours ils se tourneraient vers la France ; et il avait conclu en exprimant l’espérance que la noble Venise saurait supporter tous les malheurs plutôt que d’appeler l’étranger à son aide. Ou le voit, à Rome comme dans la Haute-Italie, le mot d’ordre était : Italia farà da sè. Il faut reconnaître que surtout en ce qui concerne Rome, les souvenirs encore récents de l’occupation d’Ancône étaient une grave raison de défiances, et que les offres de service qui lui venaient du dehors n’étaicut guère de nature à se faire accepter. — On sait quelles étaient sur les affaires d’Italie, les vues du premier gouvernement de la République française. M. de Lamartine s’est chargé de les transmettre à la postérité. Elles se résumaient ainsi : « Conserver, « accroître l’influence légitime de la France sur le Pié- * mont, la Toscane, Rome, Naples ; obtenir pour la « Lombardie et la Vénétie des existences politiques, « constitutionnelles et semi- nationales. » Le gouvernement du général Cavaignac, dont la politique fut timide parce qu’elle se sentait transitoire, chercha la
solution de la question italienne dans une médiation simultanée de la France et de l’Angleterre. Celle-ci s’employait activement aux négociations, jalouse d’empécher l’intervention armée de la France. Les bases d’arrangement proposées étaient les suivantes : la Lombardie demeurerait maîtresse d’clle-mêmc, en prenant à sa charge une partie de la dette publique autrichienne; les ducs auraient une compensation; la Vénétie constituée en principauté sous le gouvernement constitutionnel d’un archiduc autrichien. Dès le 23 mai, le baron Iluinmelauer avait proposé pour le compte de l’Autriche: que la Lombardie fût laissée libre ou de se gouverner elle-même Ou de se réunir à un autre Etat italien, pourvu qu’elle s’obligeât à payer une partie de la dette autrichienne ; les duchés pouvaient s’unir à elle ; la Vénétie eût eu une organisation séparée, avec une armée propre, sous le gouvernement de l’Empereur. Mais de part et d’autre, à Vienne comme en Italie, l’opinion voulait la guerre. Nous avons vu quel fut le dénouement de sa première période.
Cependant la division entre le pouvoir et le ministère romains, plus grave de jour en jour, menaçait d’apporter la dissolution dans le Parlement. Les clubs gagnaient en hardiesse ce que le gouvernement perdait en autorité. L’agitation populaire croissait, différente dans son caractère suivant les diverses régions de l’État. A Rome, la place publique s’irritait contre les rétrogrades. Dans la constitutionnelle Bologne, elle insultait les républicains.
Dans les derniers jours de la lutte avec le Piémont,
Radctzki avait ordonné au prince de Lichtenstein de passer le Pô avec un corps de troupes pour approvisionner Ferrant. Lichtenstein arriva devant celle place le 14 juillet, et força le légat Lovatelli de subvenir, à la charge de la ville, à l’approvisionnement de ses troupes et de celles qui occupaient la citadelle. — Le cardinal Soglia adressa aux puissances, au nom du Saint-Père, une énergique protestation contre cet acte de violence. — Peu de jours après, arriva à Rome la nouvelle du désastre de Custoza. — La fermentation populaire s’accroît; le Conseil des députés envoie une commission présenter au Pape l’instance suivante :
Très-Saint-Père !
Dans les périls de la patrie, le Conseil des députés a recouru à Votre Béatitude, au noin de qui l’Italie s’est levée pour défendre son droit de nationalité, droit consacré par ces divines paroles que vous adressâtes au potentat qui veut appuyer uniquement sur le fer sa domination détestée.
L’indépendance d’un État italien ne peut se regarder comme assurée, si l’Italie tout entière n’est pas indépendante. Pour nous, désormais, il s’agit d’être ou de n’être pas Italiens; pour vous, ô prince, il s’agit de régner sur un peuple libre ou d'obéir avec nous à l’étranger; pour vous. Pontife, il s’agit de défendre le bien de l’Église, dont vous êtes le vénérable chef. Le Conseil des députés veut défendre résolument et jusqu’à toute extrémité les droits de l’Église, du peuple, de la nation. Ayez conliance, Saint-Père, ayez confiance dans les représentants de votre peuple, élus eu vertu de cette loi que vous-même avez sanctionnée; ayez conûance en notre religion, en l'amour que nous vous portons et qui est une religion aussi ; secourez-nous, au nom du ciel, secourez l'Italie!
Nous croyons nécessaire d’appeler sous les armes un eer-
tain nombre de volontaires, de mobiliser les gardes civiques, de rassembler sous les drapeaux de Votre Sainteté une légion étrangère, de pourvoir le Trésor de ressources extraordinaires. Nous sommes déterminés à tout sacrifice, parce que nous voulons sauver à tout prix, à vous le pouvoir et la gloire, à l’Italie l'indépendance, à tous l’honneur. Nous voulons aussi sauver l’État des discordes intestines et des funestes bouleversements qui nous menacent, si nous ne savons pas diriger l’enthousiasme populaire et si votre autorité ne vient pas en aide à la nôtre.
Très-Saint-Père, écoutez la voix de vos dévots fils ; prince, ne souffrez pas que la mémoire du désastre de l’armée italienne pèse sur notre conscience comme un remords.
A ce langage le Pape répondait :
Le Saint-Siège a eu toujours à cœur de défendre les droits de sa domination temporelle C’est Notre volonté que les confins de l’État soient défendus
On le voit, le malentendu se continuait. Les sujets parlaient d’indépendance, de droits du peuple, de nationalité, et déjà ils étaient unitaires sans le savoir. Le souverain pensait à l’intégrité de ses domaines et aux prérogatives de sa couronne.
Les événements de Fcrrare et de Custoza avaient porté le dernier coup au ministère, depuis si longtemps chancelant. Le Pape congédia des ministres trop révolutionnaires à son gré, et que la situation ne pouvait manquer de rendre plus révolutionnaires encore. La présidence du nouveau cabinet fut donnée au comte Odoardo Fabbri, vieillard septuagénaire, connu pour son libéralisme modéré et son dévouement au Pon-
life. — Dès la première nouvelle du désastre de Custoza, le Conseil des députés avait volé à l’unanimité la mobilisation de douze mille gardes nationaux, l’organisation d’une légion étrangère de douze mille hommes, et un subside de quatre millions de piastres, affecté au département de la guerre. Mais le mauvais vouloir du Pape et l’indécision du nouveau ministère paralysèrent les résultats espérés de ces mesures.
Cependant, les protestations du gouvernement pontifical n’avaient point arrêté la marche des Autrichiens. Le 8 août, le corps du général Welden arrive devant Bologne. Quelques Croates en franchissent les portes et une rixe s’élève entre eux et les citoyens. Welden frappe la ville d’une contribution de 1 00,000 piastres. Le peuple massacre les porteurs des conditions du général. La lutte s’engage (9 août), et après quatre heures de combat, les Autrichiens sont forcés de battre en retraite. Le 10 août, les populations des campagnes accourant au secours de la ville, le général Welden est forcé d’évacuer le territoire.
Bologne, victorieuse grâce à l’héroïsme de ses habitants et au concours des bandes de volontaires et des corps francs qui, après le désastre de Custoza, s’étaient répandus dans toutes les provinces italiennes, Bologne se trouvait, parl’entrainementdes circonstances, constituée sous une sorte de gouvernement populaire armé. Une telle situation prêtait aux abus. La rapine et la vengeance désolaient la ville et ses environs. Le gouvernement envoya, pour rétablir l’ordre, un commissariat extraordinaire, composé du cardinal Amat et de deux assesseurs, et assisté de M. Farini, représentant
délégué du Conseil des ministres. Servi par la division qui se mit entre les bandes armées, ce commissariat parvint à ramener quelque sécurité dans la ville. Mais la campagne demeura , longtemps encore , livrée à toutes les violences du brigandage.
Cependant, la confusion allait croissant au centre politique. l.e Parlement demandait que la guerre fût déclarée à l’Autriche; le prince destituait les ministres qui semblaient trop dociles aux inspirations du Parlement. Le 20 août, le Pape prorogea les Conseils jusqu’au 15 novembre, espérant sans doute conquérir pour son gouvernement plus de force et de liberté d’action. Mais le comte I'abbri reconnaissait lui-même son insuffisance, et le 16 septembre, un nouveau cabinet fut constitué sous lu présidence du comte Pcllegrino Rossi.
Le temps que dura le ministère du comte Rossi étant la période durant laquelle le mouvement des États- Romains se combina le plus activement avec ceux des autres provinces italiennes, il convient d’examiner rapidement à quelle situation celles-ci avaient été amenées par le cours naturel des choses et par les événements de la guerre.
Le miuistère piémontais, présidé par le marquis Alfieri (1), avait accepté l’armistice simplement comme un fait militaire qui ne préjugeait en rien les décisions de la politique, et accueilli la médiation offerte par la France et par l’Angleterre. L’Autriche aurait préféré n’avoir affaire qu’au Piémont ; mais, pressée par les
(I) Et ensuite par le général Perrone.
énergiques instances du général Cavaignac , elle consentit à la médiation proposée, en se réservant toutefois d’en accepter ou d’en rejeter les bases. Elle voulait, avant tout, gagner du temps, espérant sans doute dans la contre-rçvolution , dont les premiers symptômes se manifestaient en France. Elle cherchait à calmer par des promesses, aussi menteuses dans leur intention qu’absurdes dans leur forme, la fermentation nouvelle qu’excitait dans les provinces impériales le retour d’un régime odieux : « C’est notre souverain vouloir, disait l’empereur, que les habitants du royaume Lombard-Vénitien aient une Constitution en rapport avec leur nationalité respective et les besoins du pays, en même temps qu’avec leur réunion à l’Empire autrichien. »
Pressé par les vœux populaires, par les nécessités financières, par la dissolution qui se propageait rapidement dans l’armée, le ministère piémontais témoignait, pour activer les négociations, le désir de recommencer une guerre dont il n’espérait aucuns bons résultats. Mais le peuple la voulait. On savait que le roi ne la désirait pas moins; enfermé dans la solitude de son palais, il dévorait en silence l’humiliation de sa défaite, et songeait de nouveau à tenter le sort des armes, dût-il mettre sur son front le bonnet rouge. Gênes, la cité républicaine, était en proie à de continuelles et sanglantes agitations. La Lombardie tentait des mouvements que châtiaient de nouvelles exactions et de nouvelles vengeances. La France, préoccupée de ses destinées intérieures et de l’élection prochaine qui devait consolider la république ou bien ouvrir les pers-
pectives nouvelles de l’Empire, laissait le Piémont à peu près seul en face de l’Autriche, tandis que la révolte qui grondait à Vienne semblait offrir aux partisans de la guerre une excellente occasion de recommencer les hostilités.
A travers toutes ces inspirations contradictoires, le ministère cherchait péniblement sa voie, dénonçant aux puissances étrangères la guerre prochaine, la déclarant impossible aux Chambres piémontaises. Insuffisant aux circonstances, ce ministère des deux programmes tomba sous les attaques réitérées et éloquentes de MM. Brofferio et Gioberti.
Ce dernier fut chargé de la composition du nouveau cabinet.
En Toscane, les revers de l’armée piémontaise ' avaient produit une grande émotion. Au cabinet Ridolfi, accusé de mollesse, avait succédé, sous la présidence de M. Capponi, un ministère nouveau, mais dont la politique non moins irrésolue était peu faite pour calmer le mécontement populaire. Bientôt il éclata en désordres dans la patriotique et turbulente Livourne.
Le P. Gavazzi , barnabitc célèbre en Italie par ses prédications politiques, débarqua dans cette ville pour se rendre de là à Bologne, son pays natal. Le gouvernement donna ordre qu’on lui refusât le passage sur le territoire toscan. Cette défense maladroite procura un triomphe au P. Gavazzi, et une députation populaire voulut l’accompagner jusqu’à la frontière. Mais elle fut dispersée à Signa par la force armée, à laquelle s’étaient réunies quelques bandes de paysans ,
et le moine Tut ignominieusement conduit par les carabiniers hors du territoire. A cette nouvelle, le peuple de Livourne se soulève. Une commission gouvernementale, élue par le club livournais, est adjointe au gonfalonier Michel d’Angelo. Des députés sont envoyés à Florence, et en rapportent de la part du gouvernement des paroles de conciliation et des promesses libérales. Le calme se rétablit. Mais le lendemain, les chefs de la garde civique font imprudemment distribuer à leurs compagnies des armes et des munitions. Le peuple, déjà peu sympathique à cette milice; dont il était exclu, veut s’emparer des armes. La garde résiste, et plusieurs coups de feu tuent ou blessent quelques hommes du peuple. La colère populaire éclate alors, terrible. En peu d’instants la garde civique est chassée de tous ses postes, et le peuple est maître de la ville. Quelques citoyens généreux, entre autres deux prêtres, MM. Zacchi et Meloni, parviennent à calmer les fureurs de vengeance, et le soir la réconciliation semblait assurée. Mais des officiers de la garde civique, réfugiés à Florence, y avaient porté la terreur. Le gouvernement nomme un commissaire investi de pouvoirs extraordinaires, pour aller, avec des troupes, rétablir l’ordre à Livourne. A cette nouvelle, le peuple se rassemble de nouveau sur la place publique comme aux temps orageux des Communes. Un des membres de la commission du gouvernement, Vincenzo Malenchini, se rend en mission à Florence, et revient avec la promesse du gouvernement de coopérer à la guerre de l’indépendance, à la condition que le commissaire Cipriani soit, admis dans la ville. La condition
est acceptée, et quelques jours se passent plus tranquilles. Mais le 2 septembre, une proclamation de Cipriani défend toute assemblée populaire; un nouveau soulèvement éclate, et après une lutte sanglante, les troupes rendent la forteresse et Clpriani est contraint de se retirer.
À ce moment, M. Guerrazzi arrive de Florence. Le ministère envoie comme gouverneurà Livourne M. Montanclli, avec mission de tenter une conciliation devenue la seule ressource, car le camp formé à Fisc était en pleine dissolution. Grâce à la popularité et aux efforts de ces deux hommes, la tranquillité se rétablit enfin. Mais Livourne, orgueilleuse des concessions obtenues, demeura comme un État dans l’État, comme une république démocratique gouvernée nominalement et de loin par un prince sans pouvoir.
Un tel résultat avait déconsidéré le ministère Capponi auprès du parti conservateur. Les lenteurs apportées à la création de la ligue italienne, lenteurs qui n’étaient pas uniquement de son fait, et dont la principale cause était dans des préoccupations d’autonomie et de rivalité que n’avaient pu vaincre les malheurs de la patrie commune (1), achevèrent de le discréditer auprès du parti libéral. 11 dut donner sa démission.
Après de longs jours d’agitation dans le peuple, d’hésitation chez le prince, celui-ci, entraîné dans la
(1) Il faut voir & ce tujet de» instruction» en date du 22 septembre 18.'t8, adressées par M. Giorgini, ministre des affaires étrangères à Florence, au marquis Ridolfl, chargé d’affaire» de Toscane à Vienne. (La Farina, Stori» d'ilatia , t. IV, p. 169 et Suiv.)
voie démocratique par l’affaiblissement du parti modéré, qui avait été la suite des échecs de Charles- Albert, et encouragé d’ailleurs par le caractère conciliant de M. Montanelli, lui confia le soin de composer un ministère. M. Montanelli y appela tout d’abord M. Guerrazzi. Ce choix fut peu sympathique au grandduc, qui dut, en signant celte nomination, sentir se réveiller en lui les terreurs de la couronne.
La tâche du uouveau ministère était difficile. Le parti modéré ou constitutionnel lui refusa son concours, et, dans plus d’une circonstance, lui suscita de graves embarras. D’un autre côté, les ministres ne pouvaient espérer un appui bien solide dans le parti démocratique, parti sans force, il faut bien le dire, et non pas sans violence. Ils se trouvaient donc forcés de sévir contre leurs amis, sans aucun espoir de ramener à eux leurs ennemis.
Une telle situation ne pouvait guère se prolonger. M. Montanelli crut y avoir trouvé un remède en élargissant le terrain des débats politiques, en poussant énergiquement la réalisation de son projet d’une Constituante italienne. Pensée généreuse, en ce qu’elle tendait à établir entre les divers Etats italiens une solidarité jusque-là absente, mais pensée hâtive et incomplète dans sa conception, impolitique dans les circonstances où elle se produisait; — hâtive, car elle eût eu besoin, pour sa réalisation, que cette communauté d’intérêts qu’elle voulait créer entre les peuples existât en tendance dans les gouvernements avec lesquels il fallait compter, ou tout au moins qu’aucunes défiances n’empêcliassent celte tendance de se produire ; or, on trouve
partout dans les documents diplomatiques italiens de cette époque (1) la trace irrécusable des suspicions et des jalousies réciproques ; — incomplète, car un projet aussi contraire aux traditions du passé n’ayant pu naître armé de toutes pièces, la plupart des hommes qui le soutenaient, soit dans le ministère toscan, soit dans les autres conseils de l’Italie, l’entendaient d’une manière différente; et de cette incertitude dans le but résultait dans l’action un défaut d’ensemble périlleux, surtout en ces temps de révolution où mieux vaut suivre résolument une voie mauvaise que d’errer par les bons chemins ; — impolitique, car une telle entreprise, pour s’accomplir contre toutes les résistances qu’elle devait soulever, avait besoin d’une force matérielle et ne pouvait compter ni sur celle de la révolution ni sur celle des princes ; — elle ne pouvait rien attendre de la révolution, parce que les peuples italiens, livrés à leurs déchirements locaux, étaient impuissants à un effort commun ; parce qu’aucun secours ne pouvait leur venir du dehors, et particulièrement de la France, auxiliaire nécessaire de
(1) On peut voir les traces regrettables (au moins quant au succès de la révolution de 1 82(8) des rivalités italiennes, dans le document que nous avons déjà cité (Instructions du ministère Capponi au marquis Ridolfl, 22 septembre 1868); dans la relation, publiée plus tard par M. Guerrazzi, d'un entretien entre le grand-duc et lui, où se trahissent les inquiétudes du priuce au sujet des vues d’agrandissement du Piémont ; dans un écrit du comte Rossi, publié dans la Gazelle de Home (7 septembre 1848), et qui révèle une violente animosité de la part du gouvernement romain contre le Piémont, au moment même où se poursuivaient les négociations relatives à la ligue italienne. (Nous donnons plus loin cet écrit.) De son côté, le Piémont, par riutcrinédiaire de son envoyé, M. Roselliui, déclarait au gouvernement toscan n’adopter le projet d’une constituante italienne qu’à la condition que son mandat serait limité, qu'elle serait tenue d’avance de reconnaître les princes régnants et de consacrer la formation d’un royaume de la Hauto-ltalie.
toute révolution en Italie; la France, en effet, remontait déjà le courant de la révolution, et le général Cavaignac, en sauvant Paris des terribles dangers d’une émeute triomphante, avait du même coup, par une conséquence fatale, ranimé les forces de la réaction rassurée; — elle ne devait rien attendre des princes, à qui elle révélait les dangers de leur générosité ou de leur faiblesse ; si, en effet, la convocation de la Constituante leur eût été imposée dès l’abord et comme la première des concessions, ils eussent pu la subir peutêtre sous la pression populaire, et sans voir clairement oü elle les conduisait; mais la leur demander comme surcroît ù des innovations antérieures, c’était leur démontrer à la fois le péril et l’inutilité de ces innovations; c’était éveiller chez eux une hostilité inévitable et, en infirmant d’avance les concessions forcées de l'avenir, compromettre les concessions volontaires du passé.
Ainsi, le projet d’une Constituante italienne ne pouvait, en une telle situation, avoir d’autre résultat que d’aliéner les princes au mouvement en leur inspirant la terreur de ses conséquences, et d’égarer les efforts des peuples en les détournant, pour un but impossible et éloigné, du but possible et immédiat, l’expulsion des Autrichiens.
 Naples, après la dissolution du Parlement, prononcée le 19 mai 1868, de nouvelles élections avaient eu lieu le 15 juin, et, par une protestation significative contre les actes de la couronne, avaient renvoyé à leur siège presque tons les députés de la Chambre dissoute. Mais le roi, enorgueilli de son triste succès du
15 mai, traita le nouveau Parlement avec le plus profond mépris, et alla jusqu’à refuser d’entendre sa réponse an discours de la couronne.
Le 3 août, lorsqu’arriva la nouvelle du désastre de Custoza, le ministère, sommé de s’expliquer sur ses intentions au sujet de la guerre de l’indépendance, refusa, par l’organe de M. Bozzelli, le plus impopulaire de ses membres, d’entrer dans cette discussion. L’opposition constitutionnelle attaqua alors le ministère par d’autres côtés. Elle dévoila les procédés barbares employés par le gouvernement dans la compression de la révolte des Calabres, et l’odieuse impunité dont jouissait à Naples le prêtre Peluso, assassin du député Carducci, la réorganisation de la garde civique, composée en ce moment d’environ deux mille hommes, tous anciens gardes de sûreté, soudoyés par la cour. Les ministres n’opposaient à ces interpellations qu’un silence dédaigneux on de grossières injures. Ils refusaient de parailrc à la Chambre, contestaient la validité des élections, laissaient impunis les excès commis par la soldatesque sur les hommes d’opinions libérales. Le journal le Héraut, sous l’inspiration ou la protection du pouvoir, publiait d’incroyables articles contre le parti et les députés constitutionnels, et déclarait sans détour que « l’armée était à bout de patience. » Le ministère eut pourtant la pudeur de ne pas renouveler un 15 mai, qui sans doute eût été plus sanglant encore que le premier. Le 5 septembre, le ministre Ruggiero déclara le Parlement prorogé jusqu’au 30 novembre.
Les députés se retirèrent sans résistance. Mais un engagement eut lieu dans les rues de la ville entre deux
bandes populaires, l’une dévouée à la cour, l’autre au Parlement. Les troupes arrivèrent, fusillèrent quel • ques hommes de ce dernier parti, et tout rentra dans l’ordre. Le dépôt de la constitution demeurait confié aux seules rnaius de Ferdinand IL
Le Parlement prorogé et l’insurrection des Calabres vaincue, le roi, libre désormais de toute préoccupation à l’intérieur, put tourner toutes ses forces contre la Sicile.
Mais la citadelle de Messine, située sur une langue de terre qui s’avance dans le déLroit, et séparée ainsi de la ville par un bras de mer de cent cinquante mètres à peiue de largeur, était restée au pouvoir des troupes napolitaines ; et depuis le mois de mars, la ville et la citadelle n’avaient cessé d’échanger un feu meurtrier, destiné, de la part des habitants, à soutenir l’exécution de leurs travaux de défense; de la part des Napolitains, à les empêcher ou à les détruire.
Le 13 août, à l’ancien cabinet, présidé par Mariano Stabile, avait succédé un nouveau ministère, dont la présidence fut donnée au marquis de Torrearsa, avec le portefeuille des affaires étrangères. A peine constituée, la nouvelle administration eut à communiquer au Parlement les tristes nouvelles des revers de l’armée piémontaise et de la conclusion de l’armistice. Dès lors, il était aisé de pressentir, de la part du duc de Gênes, le refus de la couronne de Sicile, et, de la part du roi de Naples, la reprise des hostilités contre ses sujets rebelles. En effet, le 30 août arriva l’avis que l’expédition dirigée contre l’ile était prèle à partir de Naples. La ville de Païenne accueillit cette nouvelle
par des chants de fête et des illuminations. Le 3 septembre, les troupes napolitaines, commandées par le général Filangieri, débarquaient à la pointe orientale de l’ile,
La garde nationale et le peuple de Messine, secondés par quelques bataillons de troupes régulières, soutinrent pendant quatre jours les efforts des assiégeants. Le 6 septembre, de nouvelles troupes arrivèrent de Naples, et les défenseurs de la ville, après avoir inutilement tenté de s’opposer à leur débarquement, accablés par la pluie des bombes et des grenades, suffoqués par la fumée et les flammes qui s’élevaient de toutes parts de la ville incendiée, durent abandonner des positions désormais impossibles à défendre.
Dans l’après-midi, M. Piraino, commissaire du gouvernement sicilien, se transporta à bord du bateau à vapeur anglais le Gladiateur et ensuite du vaisseau français f Hercule , en vue d’obtenir, par l’entremise des deux commandants, la suspension des hostilités pendant vingt-quatre heures. Ceux-ci écrivirent au général Filangieri : « Au nom du Dieu de miséricor de, nous vous supplions d’accorder une trêve pour éviter l’effusion du sang qui a déjà trop coulé, et pour établir les bases d’une capitulation. » Filangieri voulait une soumission immédiate, l^es autorités siciliennes répondirent * que nul n’oserait proposer au peuple, en quelque état qu’il fût réduit, de se soumettre à Ferdinand IL» Toutes négociations furent rompues.
Le lendemain 7, le bombardement recommença. Mais la ville avait perdu une partie de ses défenseurs, en outre de ceux qui avaient péri. Un bataillon de vo-
lontaires palermitains, envoyé sur les hauteurs pour prendre l’ennemi à revers, avait désobéi à ses chefs et repris la route de Païenne (1). Les Messinois défendirent le terrain pied à pied ; mais il leur fallut enfin céder devant le nombre. Lorsque les Napolitains furent maîtres de la ville, elle était à demi ruinée. Des quartiers tout entiers ne formaient plus qu’une immense fournaise où se consumaient des monceaux de cadavres. Des cruautés inouïes furent commises, horribles représailles des fureurs exercées, dit-on, par quelques Messinois sur des prisonniers napolitains (2). Les restes de la population de Messine se réfugièrent, partie dans les montagnes, vers la direction de Catane, partie à Païenne, où les habitants les accueillirent comme des frères.
Venise seule résistait encore, protégée par ses lagunes. Plus que tout autre pays d’Italie, elle avait eu à souffrir de la domination étrangère ; et, grâce à des souffrances également ressenties par tous ses citoyens, elle n’avait été agitée dès le commencement de la lutte par aucune de ces divisions qui affaiblirent si malheureusement ailleurs l’essor des populations italiennes. Ses hommes d'État, servis par les conditions géographiques du pays, l’avaient protégée avec une grande fermeté, parfois même avec quelque mépris de la liberté et de la justice, contre les inspirations de ceux qui demandaient à la révolution autre chose que l’indépendance.
(1) Il faut lire, à ce sujet, dans La Farina, Is lettre de lord Temple à lord Palmerston (décembre 1840), et surtout la relation secrète adressée par le consul anglais de Messine à lord Temple (14 décembre 1840).
(2) La Masa, Dévolution Sicilienne.
Dès que la nouvelle de l’armistice de Milan fut venue ôter aux Vénitiens toute espérance dans le secours du Piémont, ils proclamèrent de nouveau la république, en conférant le pouvoir dictatorial à un triumvirat, composé de Maniu, Graziani et Cavedalis, sous la présidence du premier.
Le nouveau gouvernement prit aussitôt d’énergiques mesures pour subvenir aux nécessités nouvelles, et le dévouement de la population ne lui fit pas défaut. Les dépenses s’élevaient à trois millions de francs par mois; les revenus ordinaires ne dépassaient pas
200.000 francs. Les Chambres piémonlaises votèrent à Venise un subside mensuel de 600,000 francs, généreuse détermination qui demeura stérile par le malheur des temps. Un emprunt national de dix millions, ouvert dans toute l’Italie, avec hypothèque sur le palais ducal et les nouvelles procuraties, produisit à peine
500.000 francs. Les dons patriotiques en argent, en nature, en obligations à échéance, furent la principale ressource avec laquelle le gouvernement put faire face à une situation si difficile. D’après un compte rendu officiel, les prêts et les dons faits par les habitants de la ville dépassèrent le chiffre de vingt millions.
Désormais les destinées de Venise étaient séparées de celles de la Lombardie et du reste de l’Italie; et les efforts du gouvernement vénitien tendaient uniquement à la reconstitution de la république de Saint-Marc, ou au moins à obtenir pour Venise le litre de ville libre de l’Empire. Aussi, le nom de Maniu, si populaire en France, est-il demeuré moins sympathique dans la
mémoire d’un grand nombre d’Italiens. Peut-être l’Italie, préoccupée d'unité, ne tient-elle pas assez compte des exigences des temps; peut-être est-elle injuste à ne pas reconnaître que l’affranchissement de la Vénétie eût été une précieuse garantie pour l’avenir de l’indépendance italienne, la seule dans tous les cas sur laquelle on pût, dès ce moment, fonder sérieusement quelque espérance.
En meme temps qu’il se préparait à une énergique résistance, le gouvernement vénitien poursuivait auprès des deux gouvernements de France et d’Angleterre la demande de secours armés, ou au moins d'une intervention pacifique. M. de Beaumont, alors ambassadeur de France à Londres, s’efforçait dans un noble langage d’entraîner les sympathies indécises de l’Angleterre : * Avant tout, disait-il dans une note du 29
* août 1848, il faut absolument que toute hostilité « contre Venise soit suspendue. Si l’on perd du temps, « Venise tombe, et alors le gouvernement français se
* trouve dans cette douloureuse situation, inacceptable « pour lui, d’avoir refusé à Venise un secours militaire « et de n’avoir pas su lui assurer l’appui efficace de sa « médiation pacifique. » L’Angleterre hésitait, défiante de l’intervention française en Italie. L’Autriche mettait à profit ces lenteurs. Enfin, le gouvernement français ayant donné l’ordre d’embarquer à Toulon trois mille soldats destinés à secourir Venise, la diplomatie impériale s’empressa d’accepter cette médiation, qui devait être d’un si mince secours à l’indépendance italienne.
Tel était l’état des choses, lorsque, le 1 1 octobre, le
pouvoir dictatorial convoqua l’assemblée de la cité et de la province de Venise, afin qu’elle constituât un pouvoir nouveau, si elle jugeait que la patrie eût traversé les périls en vue desquels avait été créée la dictature. L’assemblée décida, à la majorité de cent cinq voix contre treize, que la dictature serait maintenue, et que les négociations politiques seraient dirigées par les dictateurs, sauf la ratification de rassemblée.
Comme on le voit, au moment où le comte Rossi prenait à Rome la direction des affaires, la cause des libertés italiennes était déjà gravement compromise, grâce surtout à l’isolement des efforts. Nous verrons quelles tentatives furent faites pour les grouper.
Le comte Rossi, à qui la révolution de février avait fait perdre sa charge d’ambassadeur de France à Rome, était resté depuis lors dans sa première patrie, mais sans se mêler autrement que par ses conseils aux choses de la politique. C’était un esprit distingué, mais absolu; un caractère élevé, mais impérieux : qualités précieuses en ces temps où la direction des affaires publiques appartient aux formes monarchiques et à l’initiative personnelle ; mais peu faites pour ces époques où les peuples veulent intervenir eux-mêmes dans la gestion de leurs intérêts. Aussi, suspect au parti rétrograde à cause de ses opinions libérales, il ne tarda pas à s’attirer, par ses mesures répressives, une impopularité qui devait faire de lui la victime expiatoire des haiues de parti.
Les négociations sur le projet de ligue italienne étaient demeurées à peu près interrompues pendant le cours de la guerre. Cependant, le ministère Casati
avait envoyé à Rome, pour les reprendre, l’illustre abbé Rosmini, espérant que son caractère religieux faciliterait un arrangement avec la Cour pontificale. En effet, Rosmini avait fait accepter par le Pape le projet de confédération dont voici le texte :
Au nom de la Sainte et Indivisible Trinité :
Dès le temps où les trois gouvernements de Rome, Turin et Florence formèrent la ligue douanière, ils conçurent la pensée de constituer une ligue politique, qui fût comme le lien actif de la nationalité italienne, et pût donner à l 'Italie cette unité de forces qui est nécessaire à la défense intérieure et extérieure et au développement régulier et pro~ gressifde la prospérité nationale. Ce résultat ne pouvant être atteint d’une manière complète et définitive si la ligue indiquée ne prend la forme d’une confédération d’États, les trois gouvernements sus-énoncés, constants dans la volonté de mener à fin leur projet et de proclamer à la face de l'Italie et de l’Europe l’existence de ladite confédération, ont désigné comme leurs plénipotentiaires chargés d’en établir les premières bases :
Sa Sainteté, M
S. M. le roi de Sardaigne, M
S. A. I. et R. le grand-duc de Toscane, M
lesquels, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs, etc. , ont rédigé d’un commun accord les présents articles, qui recevront force de traité formel après la ratification des hautes parties contractantes :
art. 1er. — 11 est établi entre les États de l’Église, le roi de Sardaigne et le grand-duc de Toscane une Confédération perpétuelle, ayant pour objet de garantir, par l’unité de forces et d’action, les territoires de ces mômes Étals, et de
proléger le déreloppement progressif et pacifique des nouvelles libertés el de la prospérité nationale.
abt. ii. — L’auguste et immortel Pontife Pie IX, médiateur et initiateur de la Ligue et de la Confédération, et, après lui ses successeurs, en seront les présidents perpétuels.
art. ni. — Dans le délai d’un mois à dater des ratifications de la présente convention, se réunira à Rome une représentation des trois États confédérés, composée, pour chacun d’eux, de trois membres élus par l'autorité législative, lesquels seront autorisés à discuter et établir la Constitution fédérale.
art. iv. — La Constitution fédérale aura pour but d’organiser un pouvoir central, qui devra être exercé par une Diète permanente siégeant à Rome, et dout les principales attributions seront les suivantes :
(a) Déclarer la guerre et la paix, et tant pour le cas de guerre qu’en temps de paix, décréter pour chacun des États les contingents nécessaires à assurer tant l'indépendance extérieure que la tranquillité intérieure;
(£) Régler le système de douanes de la Confédération, et faire entre les États la juste répartition des recettes et dépenses ;
(c) Diriger les négociations et conclure les traités de commerce et de navigation avec les puissances étrangères ;
(d) Veiller à la concorde et à la bonne intelligence entre les États confédérés, et maintenir leur égalité politique, une médiation perpétuelle étant constituée au sein de la Diète pour toutes les contestations qui pourraient s’élever entre eux ;
(i e ) Pourvoir à l’uniformité du système monétaire, des poids et mesures, de la discipline militaire, des lois commerciales, et se concerter avec chaque gouvernement pour arriver graduellement à la plus grande uniformité possible, même en ce qui concerne les autres parties de la législation politique, civile, pénale et de procédure ;
(/") Ordonner et diriger, avec l’assentiment et le concours de chacun des États, les entreprises d’un avantage général pour la nation.
art. v. — Il sera libre à tous les autres États italiens de s’adjoindre à la présente Confédération.
art. vi. — Le présent traité sera ratifié par les hautes parties contractantes dans le délai d’un mois, ou même plus tôt s’il est possible.
Mais le ministère Casati ayant donné sa démission après l’armistice, le cabinet Alfieri, qui lui succéda, sembla préférer à la ligue une simple alliauce offensive et défensive. Rosmiui ne jugeant pas qu’une telle combinaison pût satisfaire le sentiment public, qui voulait une véritable constitution nationale, résigna ses pouvoirs et fut remplacé à Rome par le conseiller de Ferrari. Le comte Rossi soumit au nouvel envoyé piémontais le projet suivant :
Sa Sainteté, etc., etc.
(Titres des autres parties contractantes);
Ayant mûrement considéré les conditions présentes de l’Italie et la solidarité naturelle d’intéréts qui existe entre les États indépendants de la Péninsule ; voulant en conséquence pourvoir, par un accord commun, à la garantie de leur liberté et de leur indépendance, eu même temps que raffermir l’ordre public et seconder le progrès graduel et régulier de la prospérité et de la civilisation, dont un élément capital est la religion catholique, ont arrêté, comme loi fondamentale de leurs États, les conventions suivantes :