‹ L'étatromain depuis 1815 jusqu'a nos jours avec des notes et documents historiques Jules AmiguesChapitre 20 sur 57 · C. Arviellini; F. Galeotti; L. \1 abian i · texte numérisé non relu

C. Arviellini; F. Galeotti; L. \1 abian i

P. Stehisim ; P. Campello.

Ce décret, que le prince Corsini avait refusé de signer, portait les signatures réuuies des deux autres membres de la Junte et des ministres. 11 n’y avait donc plus en réalité, ni Parlement, ni Junte, ni ministère ; mais une sorte de gouvernement provisoire qui, par l’entrainement des circonstances, s’était constitué de lui-môme. Rome applaudissait; les provinces laissaient faire. Le parti constitutionnel y était, nous l’avous dit, peu sympathique au gouvernement clérical, et ceux de ses membres qui voulurent tenter auprès de la cour de Gaëte des démarches de conciliation y furent mal accueillis. Quant au parti clérical absolu, il avait su autrefois, contre des rébellions sans force, employer le poignard des assassins; contre la vengeance puissante

et armée, il ne savait que courber la tête, trop ému de terreur pour oser encore conspirer. L’autorité publique avait passé aux mains du parti révolutionnaire. Des clubs avaient été établis dans tout l’État qui correspondaient entre eux et avec ceux de Toscane, et qui recevaient leurs inspirations d’un Comité des clubs italiens, résidant à Rome. Tandis que se préparaient les élections à la Constituante, arriva de Gaëte le monitoire suivant :

monitoire db gaete. (1er janvier 1849.)

Dans cette demeure pacifique où ii a plu à la divine Providence de Nous conduire, afin que Nous pussions manifester en toute liberté Nos sentiments et Nos volontés, Nous attendions, espérant qu’éclaterait le remords de Nos fils égarés pour les sacrilèges et les crimes (1) commis contre les personnes à Nous attachées, parmi lesquelles les unes ont été tuées, les autres outragées de la manière la plus barbare, ainsi que pour les sacrilèges et les crimes consommés dans Notre résidence et contre Notre personne même. Et cependant Nous n’avons reçu jusqu’à présent qu’une stérile invitation de retourner dans Notre capitale, sans qu’on ait même prononcé une parole de condamnation contre les attentats que Nous venons de rappeler et sans la moindre garantie qui puisse Nous donner quelque assurance contre les fourberies et les violences de cette bande de forcenés

(1) Le ton emphatique de ce document fait justice, & lui seul, des imputations qu'il renferme. L'histoire doit le reconnaître, néanmoins : il y avait dès lors dans les provinces des assassinats assez fréquents ; crimess purement individuels. Inexcusables, mais inévitables représailles des odieux abus commis ou tolérés par les gouvernants du régime tombé. A Rome, sauf quelques faits de violence isolés, il n'y eut rien de plus que cette agitation populaire, inséparable des grandes crises politiques. Pour apprécier exactement le degré de créance que méritent les doléances pontificales, il faut considérer que la cour de Gaéto était encombrée d’agents politiques (ecclésiastiques pour la plupart), démissionnaires ou destitués.

dont le despotisme barbare tyrannise encore Rome et l’État de l’Église. Nous attendions, espérant que les protestations et les décrets émanés de Nous rappelleraient à leurs devoirs de fidèles sujets ceux qui, dans la capitale même de Nos États, ont ces devoirs en mépris et les foulent aux pieds. Mais, au lieu de ce retour, un nouvel acte, plus monstrueux encore, d’hypocrite félonie et de véritable rébellion, audacieusement commis par eux, est venu combler la mesure de Notre douleur et exciter en même temps Notre juste indignation, comme il contristera l’Église universelle. Nous voulons parler de cet acte détestable sous tous les rapports, de ce décret du 20 décembre dernier, par lequel on a prétendu ordonner la convocation d’une soi-disant assemblée générale nationale de l’État-Romain, dans le but de déterminer de nouvelles formes politiques à établir dans les Étals-Pontificaux. Entassant ainsi iniquité sur iniquité, les auteurs et fauteurs de l’anarchie démagogique s’efforcent de détruire l’autorité temporelle du Pontife romain sur les domaines de la Sainte Église, en supposant et en cherchant à faire croire que son souverain pouvoir est sujet à controverse et dépend du caprice des factions, tout irréfragablement fondé qu’il soit sur les droits les plus antiques et les plus solides, et bien qu’il soit vénéré, reconnu et défendu par toutes les nations. Nous épargnerons à Notre dignité l’humiliation d’insister sur tout ce que renferme de monstrueux cet acte abominable et par l’absurdité de son origine, et par l’illégalité des formes, et par l'impiété du but ; mais il appartient certes à l’autorité apostolique dont, quoique indigne, Nous sommes investi, et à la responsabilité qui Nous lie par les serments les plus sacrés devant le Tout-Puissant, non-seulement de protester, comme Nous le faisons, de la manière la plus énergique et la plus efficace contre cet acte, mais encore de le condamner à la face de l’univers, comme un attentat énorme et sacrilège commis au préjudice de Notre indépendance et de Notre souveraineté, attentat qui mériteles châtiments portés par les lois divines aussi bien que par les lois humaines.

Nous sommes convaincu qu’à la réception de cette impudente invitation, vous aurez été saisis d’une sainte indignation, et que vous aurez repoussé bien loin de vous une provocation si indigne et si criminelle. Néanmoins, afin qu’aucun de vous ne puisse dire avoir été égaré par des séductions fallacieuses et par la prédication des doctrines subversives, ni avoir ignoré ce que trament les ennemis de tout ordre, de toute loi, de tout droit, de toute véritable liberté et de votre félicité môme. Nous voulons aujourd’hui de nouveau élever et répandre Notre voix de telle sorte qu’elle vous donne parfaite connaissance de l’ordre absolu par lequel Nous vous défendons, quels que soient d’ailleurs votre rang et votre condition, de prendre aucune part aux réunions qu’on oserait faire pour l’élection des individus à envoyer à l’assemblée condamnée. En même temps, Nous vous rappelons que cette défense absolue que Nous vous signifions est sanctionnée par les décrets de Nos Prédécesseurs et des Conciles, et spécialement du Très-saint Concile de Trente [Sess. xxn, c. xi de Refor.), dans lesquels l’Église, à diverses reprises, a fulminé ses censures, et principalement l’excommunication majeure qu’encourt, sans, qu’il soit besoin d’aucune déclaration, quiconque ose se rendre coupable d’un attentat quel qu’il soit contre la souveraineté temporelle des Souverains-Pontifes romains, comme Nous déclarons que l’ont déjà malheureusement encourue tous ceux qui ont contribué à l’acte susdit et aux actes précédents accomplis au détriment de la même souveraineté, ou qui, de quelque autre manière et sous de faux prétextes, ont troublé, violé et usurpé Notre autorité. Mais si Nous Nous sentons obligé par devoir de conscience de préserver et de défendre le sacré dépôt du patrimoine de l’Épouse de Jésus-Christ confié à Nos soins, et d’employer pour cela le glaive d’une juste sévérité que Dieu même. Notre juge, Nous a donné pour cet usage, Nous ne pouvons pas cependant oublier jamais que Nous tenons sur la terre la place de Celui qui, même dans l’exercice de sa justice, ne laisse pas d’user de miséricorde.

Élevant donc Nos mains au Ciel, en Lui remettant et Lui recommandant de nouveau cette juste cause, qui est Sa cansebien plus que la Nôtre, et eu Nous déclarant de nouveau tout prêt, avec l’aide de Sa grâce puissante, à boire jusqu’à la lie, pour la défense et la gloire de l’Église catholique, le calice des persécutions que Lui-méme a voulu boire le premier pour le salut de cette Église, Nous ne cesserons pas de Le supplier et de Le conjurer afin qu’il daigne dans Sa bonté eiaucer les ardentes prières que Nous Lui adressons le jour et la nuit pour la conversion et le salut des égarés. Aucun jour certainement ne se lèvera pour Nous plus joyeux que le jour où il Nous sera donné de voir rentrer dans le bercail du Seigneur ceux de Nos fils d’où Nous viennent aujourd’hui tant de tribulations et d’amertumes. L’espérance de voir bientôt cet heureux jour est fortifiée en Nous par la pensée de l’universalité des prières qui, unies aux Nôtres, montent des lèvres et du cœur de tous les fidèles du monde catholique au Trône de la divine Miséricorde, et qui sans cesse la pressent et lui font violence pour qu’elle change le cœur des pécheurs et les ramène dans les voies de la vérité et de la justice.

Donné & GaOte, le 1" janvier 1849.

Pios Papa Nonus.

Le parti constitutionnel lui-même accueillit avec regret ce nionitoire, qui ne disait pas un mot du Statut. La conciliation devenait désormais plus que difficile, quel que pût être le zèle des médiateurs.

L’Espagne et Naples proposaient un congrès. L’Angleterre désapprouvait tout projet d’intervention armée. L’Autriche continuait ses intrigues avec la cour de Rome. Le nouveau gouvernement de la République française attendait les événements, auscultait l’opinion, et, investi du soin d’accomplir la contre-révolu-

tion, il la laissait discrètement préparer par ses propres ennemis. Sans prendre encore ouvertement aucun parti dans la question romaine, il offrait au Pape l’hospitalité française, et lui faisait pressentir son intention d’intervenir pour maintenir l’influence française au cas où l’Autriche entrerait en armes dans les États-Pontificaux. La Russie hétérodoxe déclarait dans une note « que Sa Sainteté le Pape Pie IX trouverait dans Sa Majesté l’Empereur un concours loyal à son rétablissement dans les pouvoirs temporel et spirituel.» — Le gouvernement toscan s’applaudissait de la division entre le Pape et le peuple romain, qui lui semblait devoir favoriser son projet d’une Constituante italienne; mais, sans doute dans la crainte de ces traditions d’autonomie locale si vivaces en Italie, M. Montanelli, qui admettait la déchéance du Pape, n’admettait pas l’établissement d’une république romaine; et, obéissant à quelque inspiration secrète de ces mêmes traditions qu’il redoutait chez autrui, il proposait que la présidence de la 1 Constituante Toscane-Romaine fût attribuée à Léopold IL Ministre républicain dévoué à un intérêt monarchique, esprit honnête et distingué, politique médiocre, il songeait à détrôner le Pape et voulait donner la présidence de l’assemblée qui eût consacré sa déchéance à un prince qui s'effrayait des censures de l’Église. — En Piémont, le nouveau président du Conseil, M. Gioberti, esprit de transaction, qui avait été élevé dans le sein de l’Église, méditait de sauver à la fois le pouvoir temporel du Pape et les institutions constitutionnelles ; il offrait au Pontife la médiation du Piémont, et, tout en le pressant de souscrire à la Con-

fédération italienne « qui seule pouvait lui rendre l'affection de son peuple et ce pouvoir moral qui ne dépend pas de la force matérielle, » il lui offrait de le ramener à Rome avec une escorte piémontaise qui formerait la garnison de la ville, et serait investie du soin de concilier les droits constitutionnels du peuple et les intérêts spirituels de l’Église. Mais ce n’était pas au Piémont qu’était réservée la gloire de mettre en pratique cette solution. Le Pape tenait en suspicion le roi Charles-Albert qui, pour soutenir la guerre de l’indépendance, avait dû pactiser avec la révolution. Le cardinal Antonelli détestait Gioberti, dont les efforts conciliants « empêchaient les choses de tourner au pire. » Le comte Martini, envoyé par le Piémont à (’.aëte en remplacement du marquis Pareto, se voyait refuser l’audience du Pape, et n’y était enfin admis que pour s’entendre dire par Pie IX t qu’il préférerait les Autrichiens aux Italiens, si les premiers soutenaient son autorité et que les seconds lui fussent hostiles. » — Venise se montrait médiocrement sympathique, dans la querelle romaine, à la cause du peuple. Son envoyé à Rome, Castcllani, écrivait : « L’Assemblée convoquée • à Rome sous le nom de Constituante Italienne, « étant composée des représentants de pays qui sont « en révolution intérieure contre la monarchie, bien « qu’elle dise se réunir pour la même cause que Ve- « nise défend, se trouve néanmoins, par le mandat ■ illimité que l’on veut donner à ses représentants, « revêtir vis-à-vis de l’opinion publique un autre ca- « ractèrc. Si donc Venise y adhérait et que, les mou- « vements de Toscane et de Rouiague venant à être

« comprimés par la force, l’Assemblée fût dissoute, ■ Venise resterait compromise pour une cause qui « n’est pas exactement celle pour laquelle elle lutte. » On le voit, la foi républicaine manquait à ceux-là mêmes qui représentaient les héros de l’indépendance. — L’envoyé de Sicile, le P. Ventura, demeurait en bons termes avec le gouvernement de Rome; mais obéissait comme prélat aux ordres du Pape et refusait le mandat de député à la Constituante.

En même temps que le Piémont négociait avec Gaëte, il poursuivait auprès des ministres toscans et romains la conclusion d’une convention qui lui assurât le concours des deux pays dans la reprise future des hostilités. Le gouvernement toscan, après quelques difficultés, s’était engagé à livrer passage aux troupes piémontaises. A Rome, l’envoyé piémontais Berghini avait obtenu les conditions suivantes :

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