PROTESTATION OU PAPE CONTRE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE
(14 février 1849.)
La série non interrompue des attentats commis contre la souveraineté temporelle des États de l’Église, attentats préparés par l'aveuglement de plusieurs, et exécutés par ceux
dont la malice et la ruse avaient, de longue date, prédisposé la docilité des aveugles, ayant atteint le dernier degré de félonie par un décret de la soi-disant Assemblée constituante romaine, en date du 9 février courant, où l’on déclare la Papauté déchue de droit et de fait du gouvernement temporel de l’État pontifical, pour ériger un prétendu gouvernement de démocratie pure, sous le nom de République romaine. Nous inet dans la nécessité d'élever de nouveau la voix contre un acte qui se présente à la face du inonde avec les caractères multiples de l’injustice, de l’ingratitude, de la folie et de l’impiété. Entouré du Sacré- Collége et en votre présence, dignes représentants des puissances et des gouvernements amis du Saint-Siège, Nous protestons de la manière la plus solennelle contre cet acte, et Nous en dénonçons la nullité comme Nous l’avons fait pour les actes précédents. Vous fûtes, Messieurs, témoins des événements à jamais déplorables des joui nées des 15 et 16 novembre dernier, et, avec Nous, vous les avez déplorés et condamnés. Vous avez fortifié Notre esprit dans ces jours funestes; vous Nous avez suivi sur celte terre où Nous a guidé la main de Dieu, qui élève et abaisse, mais n’abandonne jamais celui qui se confie en Sa toutepuissance ; en ce moment encore vous Nous entourez d une noble assistance; c’est pourquoi Nous Nous tournons vers vous, afin que vous vouliez bien redire Nos sentiments et Nos protestations à vos cours et à vos gouvernements.
Les sujets pontificaux étant précipités par les manoeuvres toujours plus audacieuses de cette faction, ennemie funeste de la société humaine, dans l'abîme le plus profond de toutes les misères, Nous, comme Prince temporel et plus encore comme Chef et Pontife de la Religion catholique, Nous exprimons les plaintes et les supplications de la plus grande partie d’entre eux, qui demande de voir briser les chaînes dont ils sont chargés. Nous demandons en môme temps que l’on maintienne au Saint-Siège le droit sacré de la domination temporelle dont il est depuis tant de siècles le possesseur légitime et universellement re-
connu, droit qui, dans l’ordre présent de la Providence, est rendu nécessaire et indispensable pour le libre exercice de l’Apostolat catholique de ce Saint-Siège. L’intérêt si vif qui s’est manifesté dans l’univers entier en faveur de Notre cause est une preuve éclatante qu’elle est la cause de la justice; c’est pourquoi Nous n’oserions même pas douter qu’elle ne soit accueillie avec toute sympathie et une bienveillance entière par les respectables nations dont vous êtes les représentants.
Le 18, la note suivante, cri furieux de haine et de guerre, fut adressée à toutes les puissances par le cardinal Antonclli :
NOTE DD CARDINAL ANTONELLI. (18 février 1819.)
Sa Sainteté, dès les premiers jours de son Pontificat, n'a eu rien autre chose en vue que de prodiguer des bienfaits à ses sujets, selon les temps, et en pourvoyant à leur plus grand bien. Aussi, après avoir prononcé les paroles du pardon sur ceux qui, à cause des délits politiques, étaient exilés ou se trouvaient en prison, après avoir érigé la Consulte d’État et institué le Conseil des ministres, ayant sous l’impérieuse nécessité des circonstances accordé l’institution de la garde civique, une nouvelle loi pour une honnête liberté de presse, et enlin un Statut fondamental pour les États de la sainte Église , Sa Sainteté avait bien droit à la reconnaissance que des sujets doivent à un prince qui ne les regardait que comme des fils et ne leur promettait qu’un règne d’amour. Mais bien différent fut le retour qu’Elle reçut en échange de tant déboutés et d une si prodigue condescendance. A la suite de courtes démonstrations d’applaudissements, démonstrationsdirigéesparceuxquiavaientdéjàdans le cœur les plus coupables intentions (et que le Saint-Père s’efforça de faire cesser par tous les moyens que lui suggérait
son cœur paternel) , bientôt II recueillit le fruit amer de l’ingratitude. Poussé par la violence effrénée d’une faction à entrer en guerre contre l’Autriche, Il se trouva contraint de prononcer une allocution dans le Consistoire du 29 avril de l’année écoulée, allocution où II déclara au inonde entier que son devoir et sa conscience ne pouvaient consentir à cette guerre. C’est alorsque les machinations préparées d’avance éclatèrent en atteintes ouvertes portées à l’exercice de son plein et libre pouvoir, en le forçant à diviser le ministère d’État en ecclésiastique et civil, division qu’il n’a jamais reconnue. Toutefois, le Saint-Père espérait que, plaçant dans les divers ministères des personnes capables et amies de l’ordre, les choses pourraient prendre une meilleure tournure, et qu'il verrait s'arrêter en partie les maux qui menaçaient déjà. Mais un poignard homicide, guidé par la main d’un assassin, brisa, par la mort du ministre Rossi, les espérances que le Saint-Père avait conçues. Ce crime, exalté comme un triomphe, inaugura imprudemment le règne de la tyrannie. Le Qnirinal fut entouré de gens armés : des tentatives d’incendie furent essayées ; des coups de fusil tirés contre les appartements qu’occupait le Souverain-Pontife ; et le Saint-Père eut la douleur de voir un de ses secrétaires tomber victime des agresseurs. Enfin, on voulut forcer le palais par le canon, pendant qu’li refusait d’admettre le ministère qu’on voulait lui imposer.
Ayant dû, par une série de faits épouvantables, comme chacun sait, céder à la violence de la force, le Pontife se vit dans la dure nécessité de s'éloigner de Rome et de l'État Pontifical, afin de recouvrer la liberté qui lui était ravie et dont 11 devait jouir dans le plein usage de sa puissance suprême. Par une disposition de la divine Providence, Il se retira à Gaëte, et, accueilli par l’hospitalité d’un prince éminemment catholique, entouré d’une grande partie du Sacré- Collège et des représentants de toutes les puissances avec lesquelles II est dans des relations amicales, Il ne tarda pas un moment à élever la voix et à proclamer dans l’acte pontifical du 27 novembre dernier les motifs de sa sépara-
lion momentanée d’avec ses sujets, la nullité et l’illégalité de tous les actes émanés du ministère issu de la violence, et à nommer une commission de gouvernement qui devait prendre la direction des affaires publiques durant son absence de ses États.
Sans avoir aucun égard à la manifestation des volontés du Saint-Père, et parvenant par des prétextes mensongers à tromper sur leur valeur la multitude inexpérimentée, les auteurs des violences sacrilèges passèrent à de plus coupables attentats, s’arrogeant les droits qui n’appartiennent qu’au souverain, en instituant un illégitime fantôme de gouvernement, sous le nom de Junte provisoire et suprême d'État. C'est contre ce grave et sacrilège forfait que le Saint-Père a protesté par son acte du 17 décembre dernier, où il déclare que cette Junte d’État n’est autre chose qu’une usurpation du pouvoir souverain et ne peut avoir aucune autorité.
Le Saint-Père espérait que ces protestations rappelleraient ses sujets égarés à leur devoir de fidélité et d'obéissance; mais, au contraire, un nouvel et plus monstrueux acte de félonie patente et de rébellion ouverte vint mettre le comble à son affliction. Ce fut la convocation d’une Assemblée générale nationale des États-Romains, ayant pour but d’établir les nouvelles formes politiques à donner aux États du Saint-Siège. Aussitôt, par un molli proprio du 1" janvier dernier, le Saint-Père protesta contre cet acte, et le condamna comme un énorme et sacrilège attentat commis au préjudice de son indépendance et de sa souveraineté, digne des châtiments décernés par les lois divines et humaines; et II défendit à chacun de ses sujets d’y prendre part, les avertissant que quiconque oserait attenter à la souveraineté , temporelle des Pontifes romains encourrait les censures cl spécialement l’excommunication majeure, peine qu’il déclara être encourue déjà par ceux qui, en quelque manière que ce fût, et sous des prétextes mensongers, avaient violé et usurpé son autorité pontiiicaie.
Lorsque ces protestations et ces condamnations si solennelles Turent connues du parti anarchique, il lit tous les efforts possibles pour en empêcher la divulgation ; il soumit à des peines ceux qui osaieut les faire connaître au peuple et qui ne secondaient pas ses détestables vues. Toutefois, à la honte d’une si odieuse violence, la majorité des sujets demeura fidèle h son souverain, et s’exposa aux sacrifices et au péril même de la vie, plutôt que de manquer à ses devoirs de sujet et de catholique. De plus en plus exaspéré en voyant ses desseins avortés, ce même parti multiplia de mille manières la violence et la terreur, sans avoir égard ni à la condition, ni à la dignité, ni au rang ; mais voulant consommer jusqu’au bout l’œuvre de sa félonie, il eut recours aux plus viles et plus misérables trames. Passant ainsi d’excès eu excès, abusant des bienfaits et des coucessions du Pontife, et spécialement convertissant la liberté de la presse en une ignoble licence ; après les plus impies malversations destinées à solder leurs complices, et à repousser les hommes d'honneur et de conscience; après tant de meurtres commis sous leur égide'; après avoir répandu partout la rébellion, l’immoralité, l’irréligion ; après avoir séduit une jeunesse imprudente ; ne respectant ni les lieux sacrés, ni les asiles de la paix et de la retraite, ni même les écoles d’enseiguement public, et les convertissant en casernes à l'usage de la milice la plus indisciplinée, ramas de réfugiés et de scélérats des pays étrangers ; ces malheureux ont voulu réduire la capitale du monde catholique, le siège des Pontifes, à n’êlre qu’un repaire d’impiété, en détruisant, s’il était possible, l’idée même de la souveraineté de Celui que la divine Providence a placé au gouvernement de l’Église universelle, et qui, pour exercer librement cette autorité qui lui appartient sur tout l’univers catholique, jouit d’un État comme patrimoine de l’Église.
A la vue de cette désolation et de ces ruines, le Saint- Père n’a pas pu ne pas demeurer profondément affligé, en même temps qu’il était touché des cris de ses fidèles sujets,
qui réclamaient son aide et son secours pour être délivrés de la plus atroce tyrannie.
Sa Sainteté, comme on le sait, peu de temps après son arrivée à Gaëte, éleva la voix le à décembre dernier, et s’adressa à tous les souverains avec qui 11 est en relation, en leur faisant part de son éloignement de sa capitale et de l’État pontitical, des causes qui l’avaient déterminé, et invoqua leur protection pour la défense des domaines du Saint-Siège. Il a la douce satisfaction de déclarer qu’il a. reçu les plus affectueuses réponses, et que tous les souverains l’ont assuré qu’ils prenaient la part la plus vive à ses afflictions et à sa situation pénible, lui témoignaient les plus favorables dispositions et lui exprimaient en même temps les sentiments les plus profonds de dévouement et d’attachement.
Dans l’expectative de si heureuses cl de si généreuses dispositions, et pendant que S. M. la reine d’Espagne, avec tant de sollicitude, provoquait un congrès des puissances catholiques pour arrêter les moyens les plus prompts de rétablir le Saint-Père dans ses États et dans sa pleine liberté et indépendance, proposition à laquelle avaient adhéré les diverses puissances catholiques et pour laquelle on attendait l’adhésion des autres , il est triste de dire que les affaires de l'État pontifical sont demeurées en proie à un incendie dévastateur et livrées à un parti subversif de toute institution sociale, lequel, sous de spécieux prétextes de nationalité et d’iudépendance, n'a rien négligé pour atteindre le comble de l’iniquité. Le décret soi-disant fondamental, émané le 9 courant de l’Assemblée constituante romaine, est un acte qui respire en tout la plus noire trahison et la plus abominable impiété. Il déclare particulièrement la Papauté déchue de fait et de droit du gouvernement temporel de l'État Romain, il proclame une République, et un autre décret ordonne la destruction des insignes du Saint-Père. Sa Sainteté, en voyant ainsi outragée sa suprême dignité de Pontife et de souverain, a protesté à la face de toutes les puissances, de toutes les nations, et de
tous et de chacun des catholiques du monde entier, contre cet excès d’irréligion, contre un crime si violent de spoliation de ses droits imprescriptibles et sacrés. Si cet attentat n’est pas suiviv d’une prompte réparation, le secours n’arriverait que quand les États de l’Église, en proie aujourd’hui à leurs plus acharnés ennemis, seraient complètement réduits en cendres.
C’est pourquoi le Saint-Père, ayant épuisé tous les moyens qui étaient en son pouvoir, poussé par le devoir qui le presse, en face de tout le monde catholique, de conserver dans son intégrité le patrimoine de l’Église et la souveraineté qui y est annexée comme indispensable pour maintenir sa pleine liberté et indépendance de Chef suprême de cette Église ; touché d’ailleurs des gémissements des gens de bien qui réclament hautement aide et secours et qui ne peuvent supporter plus longtemps un joug de fer et une main tyrannique ; le Saint-Père se tourne de nouveau vers ces mêmes puissances, et spécialement vers celles qui sont catholiques, et qui, avec une si grande générosité de cœur, et d’une façon non équivoque, ont manifesté leur volonté arrêtée de défendre sa cause, tenant pour certain qu’elles voudront concourir avec la plus vive sollicitude, par leur intervention morale, à le rétablir sur son siège et dans la capitale de ces domaines qui lui ont été constitués pour maintenir sa pleine liberté et indépendance, et qui sont garantis d’ailleurs par tous les traités qui forment la base du droit public européen.
Et puisque l’Autriche, la France, l’Espagne et le royaume des Deux-Siciles se trouvent par leur position géographique en situation de pouvoir promptement concourir par leurs armes à rétablir dans les domaines du Saint-Siège l'ordre troublé par une horde de sectaires, le Saint-Père, se (ianlà l’intérêt religieux de ces puissances, tilles de l’Église, demande avec une entière assurance leur intervention armée pour délivrer principalement l’Étal du Saint-Siège de la faction des misérables qui y exercent par toutes sortes de crimes le plus atroce despotisme.
De celte manière seule, l’ordre pourra être restauré dans les Étals de l’Église et le Saint-Père rétabli dans le libre exercice de sa suprême autorité, ainsi que l’exigent impérieusement son auguste et sacré caractère, les iutérêtsde l’Église universelle et la paix des peuples ; c'est ainsi qu’il pourra conserver ce patrimoine qu’il a reçu à son avènement au Pontificat pour le transmettre dans son intégrité à ses successeurs.
Sa cause est celle de l’ordre et du Catholicisme. C’est pourquoi le Saint-Père a la confiance que, tandis que toutes les puissances avec lesquelles II entretient des relations amicales, et qui, dans les diverses phases de la situation où Il a été réduit par un parti de factieux, lui ont manifesté le plus vif intérêt, donneront leur appui moral à l'intervention armée que la gravité des circonstances l’oblige à invoquer, les quatre puissances ci-dessus nommées n'hésiteront pas un moment à lui prêter la coopération qu'il requiert d’elles, rendant ainsi un immense service à l’ordre public et à la Religion.
Le soussigné, Cardinal pro-secrélaire d’État de Sa Sainteté, réclame de Votre Excellence qu’elle ait l’obligeance de porter la présente note, le plus promptement possible, à la connaissance de son gouvernement, et dans la confiance du bienveillant accueil qui l'attend, il a l’honneur de Vous confirmer ses sentiments de considération distinguée.
G. Card. Antonelu.
Gaëte, le 18 février 1849.
La situation devenait d’heure en heure plus menaçante pour le Gouvernement romain. 11 en soutint les difticultés, sinon avec une habileté et une modération constantes, au moins avec une certaine grandeur.
L’état des finances romaines était déplorable. Le Gouvernement du Priuce avait légué à celui du peuple
une situation difficile, et qu’avaient aggravée, comme il arrive dans toute crise politique, les nécessités accrues et la confiance diminuée. La confiscation des biens ecclésiastiques fut décrétée. Mais c’était là une ressource d’une réalisation laborieuse. Une avance de 1,300,000 écus, faite par la Banque romaine, qui fut autorisée à émettre des billets pour pareille somme, et un emprunt forcé, fondé sur le revenu, donnèrent les moyens de parer aux nécessités les plus pressantes.
11 n’y avait pas d’armée. La plus grande partie des Suisses, une fois payés de l’arriéré de leur solde, avaient refusé de reprendre du service. On organisa en corps réguliers les légions éparses et les diverses bandes de volontaires, et la république parvint à se donner une armée de trente-six mille hommes. Parmi eux était la fameuse légion de Garibaldi.
Au dehors, tous les gouvernements refusaient de reconnaître la nouvelle république. Florence répugnait à partager sa fortune. Le Pape appelait à son aide les armes étrangères.
Ce fut dans ces circonstances que Mazzini arriva à Rome, venant de Toscane, où il avait sans grand succès prêché au profit de la république cette unification qui aujourd’hui s’opère au profit de la monarchie.
« Rome était un terrain plus favorable pour Maz- « zini (1), pour son mysticisme révolutionnaire; il y
(1) J’extrais du livre de M. Farini, lo Slalo Romano, les notes qui suivent sur M. Mazzini (t. III, p. 270 et suiv.J. Bien que j'aie évité autant que possible dans ces rapides esquisses do toucher aux personnalités, surtout à celles vivantes encore, j’ai cru devoir m’arrêter quelques instants sur celle de I llumine qui s’est fait l'apôtre et est devenu en quelque sorte l’incarnatiou de l’unité itulienne. Et qu'il ne soit permis de le dire ici, quelque ju-
« était appelé par ses destins de chef de secte, par ime
* multitude émue, abandonnée hier à tous les orgueils
* de la caste et de la tradition, aujourd’hui au hasard, « aux audaces des expérimentateurs. Il n’existe pas « historiquement d’ État-Romain ; il existe un État, apa- « nage de l’Église, que l’on appelle Pontifical, agréga-
* tion de municipes féodaux ou républicains, dont « chacun conserve ses traditions et ses vanités, sinon « ses gloires, contrairement à l’État qui n’en a point, i C’est en vain que certains ecclésiastiques tentent de « confondre la tradition de leur Seigneurie avec la «domination merveilleuse et sainte de l’Église éter-
gemcnt que l’on porte sur le caractère et le talent de M. lUazzini, on doit a’étonner que l'Italie, aux jours de sa fortune, laisse dans l'exil, seul entre tous, celui de ses fils qui l'a le plus ardemment servie, et néglige ainsi ou le devoir d'Iionorer un grand citoyen, ou la gloire d'absoudre un grand coupable. S'il faut voir dans cet oubli un calcul politique, une concession à de certaines exigences étrangères, c'est là une de ces tristes habiletés dont no peuvent s’honorer que ceux qui en souffrent.
Quant à l'opinion de M. Farini sur M Mazzini, je ne veux ni la confirmer ni la combattre. Je la donne simplement comme le jugement d'un homme de parti sur un homme de parti. Car M. Farini, politique modéré, a été, à son heure, un Apre partisan. Je n’en veux pour preuve que ces quelques lignes dans lesquelles il apostrophe, A la fin de son deuxième volume, les hommes qui, dans le mouvement tomain, se laissèrent entraîner au delA des idées constitutionnelles par le courant républicain :
o J’honore toutes les convictions sincères; j’honore tout parti, tout « homme qui est franc, qui est ferme dans ses convictions sincères. J'Iio- « nore et je respecte l’adversaire politique qui, franchement et loyalement, « lutte pour son parti contre mon parti. Je méprise et je déteste toutes les « hypocrisies. Y a-t-iï des républicains? Sont-ils mazziniens? Je les com- « bals et Je les combattrai fermement, franchement, parce que dans ma » conscience je crois leur parti funeste A la concorde italienne, funeste A la « liberté civile, funeste à l’indépendance. Je les combats et je loscombat- « trai ; mais s’ils sont francs, ouverts, s’ils emploient des moyens honnêtes, « je les honore, je les respecte »
Le mal est qu’entre partis contraires on est rarement d’accord sur l'honnêteté des moyens.
«... Eux A gauche, nous A droite : eux pour la République, nous pour « les monarchies constitutionnelles : eux pour ï unité de l'Ilnlie , nous pour a la fédération. L’esprit, la parole, le bras, tout A notre parti ; chacun
« nelle. C’est en vain qu’ils s’efforcent de constituer un « État, du moment qu’ils renient la nation, mère et « substance de tout État. Ils tiennent par les armes un « fief, et comme si ce üef était chose suspendue dans
* l’espace et non partie de la terre italienne, ils consi- « dèrent comme traîtres à l’Église ceux qui se sentent « fils de l’Italie. C’est un fief singulier, qui n’est ni une « monarchie, ni une république, et qui n’est plus une » pure théocratie. Il n’y a là tradition ni de roi, ni de
• classe, ni de caste ; car la caste dominante n’a point « de constitution fixe, et se modifie sans cesse pour eon- « server le pouvoir ; il n’y a rien de plus que tradition
« pour le sien. Les républicains, les mazziniens, voulurent la révolution, lia « voulurent la république! Mais du moins ils l’avaient toujours voulue. Ils « ont été et sont encore un grand malin ur pour l’Italie, un des plus grands « après celui de la domination étrangère. Mais il y en a un autre aussi grand
• et plus honteux. Je veux parler de ces hommes qui sont avec tous les par- « tis, de ces libéraux qui ne savent pas choisir leur drapeau, de ces vils
• serviteurs de tous les gouvernements, et pour désigner par une parole « proverbiale leur turpitude vulgaire, des jésuites politiques. Dans la vieille
• société païenne toute dépravation avait un autel ; ces hommes ont un en- « censoir pour tous les partis : aujourd’hui avec le Pape, demain avec le a Cercle populaire : aujourd'hui ministres des princes constitutionnels, de- « main ministres républicains. Je vous dirai qui vous êtes. Messieurs : vous « êtes des ministres de dépravation ; vous dépravez les consciences, vous « décturagez les honnêtes gens, vous outragez la vertu, vous déguisez le « vice et la lâcheté, l’ambition et la cupidité sous le manteau du saint « amour de la patrie. Je vous dirai qui vous êtes : vous êtes des ministres « de destruction ; vous préparez cette destruction que la révolution inces-
• santo a opérée en France, la destruction de la conscience politique, cette « destruction qui a été plus funeste à la noble France que toutes celles « opérées par l’échafaud. Vous vous glorifiez de servir le pays, la nation, « la patrie, et non le prince, non les dynasties, non les républiques? Pure
• hypocrisie, turpitude classique qui peut tromper les simples, mais ne sau-
« rait faire taire les remords de la conscience. Sous tout gouvernement, « soyons franchement amis et franchement ennemis; on tombe avec les > gouvernements que l’on a servis et défendus; on monte avec son parti a qui triomphe; voilà la morale. Quant à celui qui veut rester toujours a debout, il met lo pied dans la fange etc., etc. >
C'est pourtant dans cette fange des variations politiques qu’ont fleuri telles gloires unitaires, jadis modestes ambitions fédéralistes.
« d’archives. Ni gloire militaire, ni gloire civile, ni co- « des; ce qu’on appelle l’État est une négation de toute « gloire de ce monde, un monument de parchemins
< qu’une Bulle pontificale peut transformer à toute « heure. Rome, en tant qu’Ètat, est un désert; il n’y t faut chercher ni ces patriotiques affections qui, après ( l’amour de Dieu, sont les plus sacrées ; ni cette civi- « lisation dont le Christianisme est la base et l’essence « même. Rome est universelle ; c’est pourquoi elle
< n’est point une patrie. Il y a un territoire de saint « Pierre, fait avec des lambeaux de l’antique républi- « que, de l’ancien et moderne empire ; une Marche,
■ plusieurs Marches ; tel ou tel duché conquis par des « Papes guerriers ou par des neveux sanguinaires ; des « souvenirs de fiefs, de républiques, de crimes, de pri-
< viléges; nuis souvenirs, nuis signes d’une civilisation « qui se renouvelle successivement. Aussi cette pro- « vince qu’on appelle l’État-Romain appartient-elle au « premier qui y descend en armes. Et qu’a-t-elle, en ef- « fet, pour sa défense? Ce n’est pas la tradition politi- « que; ce ne sont pas les soldats, que couvre d’une « proverbiale ignominie le nom seul de soldats du Pape.
« Elle a l’Église avec ses censures; les clercs racoleurs « et guides de soldats étrangers. C’est l’empire clérit cal; mais ce n’est pas un État; ce n’est pas l’Empire « romain ; ce n’est pas un royaume italien ; dans ccr- « tains cas, on ne dit pas même : l’État pontifical; on * dit : l’État de l’Église. Telle est la seigneurie ccclésias- « tique : sans histoire, sans gouvernement civil et sans « armes. Pie IX l’avait détruite (et elle est restée dé- « truite) le jour où, dans un sentiment généreux, il vou-
« lut créer un État selon la civilisation moderne , le « jour où il parla de patrie, d’Italie, de nation, d’in- « dépendance, de ligue italienne, où il bénit toutes ces « choses sacrées. Ensuite les coupables écarts d’une « fausse liberté, les envies et la cupidité cléricales, les « perfidies étrangères, le forcèrent de reprendre la « tradition de la classe qu’il avait détrônée ; mais le « changement opéré par lui avait passé dans les idées, « dans les sentiments, dans l’opinion publique. Trois « millions de neutres se sentirent Italiens; ils voulut rent et veulent toujours appartenir à un État italien « civilisé. Les clercs en fuite, il n’y avait pas de mo- « narque. Mazzini arriva ; et à ces populations animées « de l’esprit italien, aspirant à une patrie, à une gloire, a à une civilisation, il dit : * J’ai trouvé dans les rui- « nés de la grandeur romaine et dans la tradition ponti- « ficalc elle-même, l’idée régénératrice. Romains, vous « fûtes grands; je vous consacre Italiens fl): vouscon- « quîtes le monde avec les aigles, les âmes avec le « La bar u ni; voici l’aigle et le Labarum nouveaux: « Dieu et le peuple (2). Rome est la tète et le cœur de « l’Italie; la cité créée pour être éternelle, centre pré- « destiné de l’unité du monde, renait aujourd’hui ; et « avec elle, l’Italie et l’Europe. » C’était le temps où « de Gaëte arrivaient à Rome protestations, censures, « menaces européennes; les gouvernants pontificaux « étaient tous en fuite, les cléricaux déconcertés et « avilis : les sanfédistes se tenaient coi, attendant * du secours; les constitutionnels n’avaient pas de
(1) Il y a dans le toile : romanamen/c im/inni.
(2) C’est la devise mauinienne.
a drapeau. Les Romains voulaient un signe de rallie- « ment. Mazzini l'apportait. Bien plus que ses commis-
• saires, l’opiniâtre aveuglement de la cour de Gaëte « lui avait ouvert la voie sacrée qui mène au Capitole.
« Le 6 mars, Mazzini, à qui l’Assemblée avait dé- « cerné le titre de citoyen romain, fut accueilli dans « son sein. Invité à s’asseoir à la droite du président, « il prononça les paroles suivantes :
t Les applaudissements et les marques d’affection que « je reçois de vous, ô mes collègues, c’est vous qui devriez « les recevoir de moi; carie peu de bien que j’ai, non pas « fait, mais tenté de faire, c’est de Rome que j’en ai reçu « l’inspiration. Rome fut toujours pour moi une sorte de « talisman; tout jeune j’étudiais l’histoire d'Italie, et je « trouvais que, tandis que dans toutes les autres histoires, « les nations naissaient, croissaient, jouaient un rôle dans i le monde, et tombaient pour ne plus remonter à leur « premier degré de puissance, une seule cité avait reçu de « Dieu le privilège de mourir et de ressusciter plus grande i pour accomplir dans le monde une mission plus haute « que la première. Je voyais d’abord la Rome des ernpe- « reurs surgir et s’étendre par la conquête des contins de
• l’Afrique aux confins de l’Asie ; je voyais Rome tomber
t sous les coups des barbares
« ; je la voyais se relever, et après
« les avoir chassés, rapporter vivant du fond de son sé-
• pulcre le germe de la civilisation ; et, plus grande, cont quérante non plus par les armes, mais par la parole, elle « venait, par l'organe des papes, renouveler sa haute mis- « sion. Et je disais en mon cœur : il est impossible qu’une < cité, qui seule au monde a eu deux grandes existences, i et la seconde plus grande que la première, n’en ait pas
• une troisième. Après la Rome qui agit sur le monde par « la force des armes, après la Rome qui agit par la puis-
« sancc de la parole, viendra, me disais-je, la Rome qui « agira par la vertu de l’exemple : après la Rome des em- « pereurs, après la Rome des papes, viendra la Rome du « peuple. Ne me saluez pas d’applaudissements; réjouisi sons-nous ensemble. Je ne puis vous rien promettre en « ce qui me concerne, si ce n’est mon concours dans tout « ce que vous ferez pour le bien de l’Italie et de Rome.
« Peut-être aurons-nous à traverser de grandes crises ;
« peut-être aurons-nous à livrer une sainte bataille 5 l’u- « nique ennemi qui nous menace, l’Autriche. Nous la li-
• vrcrons, et nous serons vainqueurs. J’espère, avec l'aide « de Dieu, que les étrangers ne pourront plus dire ce qu’au- « jourd’hui encore, en parlant de ce qui nous touche, ré- ■ pètent beaucoup d’entre eux : que la flamme qui brille à t Rome est un feu follet, une lueur qui erre parmi les loin- « bes; il faudra que le monde y reconnaisse une lumière
• éternelle, splendide et pure comme celle des étoiles de < notre ciel. »
« C’était là le langage, c’était la formule accoutumée t de Mazzini : la Rome du peuple qui succède à la « Rome des Pontifes et à la Rome des Césars, pour « unir et délivrer l’Italie en même temps que renou- « vclcr l’humanité ! Formule vague et presque mys- « tique, comme sont toutes celles de Mazzini. Car il ne « faut pas croire que, ni en religion, ni en économie, « ni en politique, Mazzini ait un système bien défini ; « il n’a de volonté ferme, ou pour mieux dire obsti- « née, que sur ce seul point : que l’Italie doit devenir « un État unique avec Rome pour capitale, et cela au « moyen d’une révolution, d’une guerre, d’un gouver- « nement populaire. En théologie, il est déiste, pan- « théiste, rationaliste tour à tour, ou un peu tout cela « à la fois; il semble chrétien, mais on ne saurait dire
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* s’il est catholique, protestant, ou de quelle secte : « il a semblé pendant un temps qu’il copiât en tout bail inclinais, autre esprit sans aucun système. Républi- « cain, Alazzini ne l’a pas été toujours ou n’a pas lou- « jours paru l’étre : assurément il ne l’était pas ou ne « le paraissait pas lorsqu'on 1832, il invoquait Charles* « Albert comme un libérateur : s'il était républicain, « il caressait un étrange rêve de république, lors- « qu’en 1 8/i7 il engageait Pie IX à avoir foi, et le croyait « propre à toute entreprise nationale ou même liiima- « nilaire. A une certaine époque, il écrivit contre les
* théories que l’on appelle socialistes ; puis, les temps « ayant changé, il changea de thèse et se rapprocha « des socialistes de toute nation. Je crois Mazzini un « homme médiocre en toutes choses ; mais c’est un gé- « nie d’opiniâtreté : orgueilleux à l’excès, avec des ap- « parcnccs d’humilité et de modestie ; honnête, libéral « et I on, tendrement dévoué à ses amis, il a une puis- « saille faculté de charme. Esprit obstiné au milieu de « la mollesse universelle des esprits modernes; vertus « que font ressortir les vices de ceux qui l'entourent ; «parole facile, imagée* caressante; idées extraordi- « nai rcs, qui semblent sublimes aux ignorants; inditl- « gence pour les erreurs, pour les scélératesses même « des siens, et patronage zélé de ceux qui lui sont
* fidèles; usages et façons démocratiques; culte idolâtre « du peuple qu’il place sur la terre et dans le ciel à côté « de Dieu : telles sont, si je ne m’abuse, les causes de « sa puissance. Ajoutez â cela une formule simple, par « laquelle sont éblouis les simples, qui croient que le « simple est facile ; tandis qu’il en est tout autrement:
« l’organisme des sociétés est compliqué comme celui t de l’homme et de l’humanité; et, en politique, ces <■ formules sont bonnes qui s’adaptent aux transforma- « tions organiques des sociétés humaines, à chaque « instant et suivant chaque mode de leur civilisation; « et non point celles qui veulent forcer l’histoire, le
• temps, les mœurs, la nature. Mazzini parle beaucoup « d’apostolat et de sacerdoce, et en vérité il a une na- « turc de prêtre plutôt que d’homme d’Élat; comme t les prêtres, il ne voit en Italie que sa propre caste ; « il veut contraindre le monde à entrer dans le cercle « de son idée éternelle, exclusive, immuable. Que lui « importent à lui les douleurs de l’humanité? Tous « ceux qui ont été tourmentés, tous ceux qui sont morts < en Mazzini sont des martyrs. Ils ne sont pas inscrits « sur le livre des libres citoyens de l’Italie, mais le « martyrologe de la foi mazzinienne les venge! Que sont « les années et les siècles pour l’idée éternelle? Mazzini « sait qu’il doit triompher. Il semble qu’il le sache de « Dieu lui-même : il parle en inspiré, en saint; il blas- « phème et prie; il bénit et lance l’anathème : il est
* prince, il est apôtre, il est prêtre. Les clercs dispa- « rus, il est chez lui à Rome. »
L’un des premiers actes de Mazzini fut de proposer que des commissaires fussent envoyés pour ['unification de la Toscane. Mais les efforts de ces commissaires demeurèrent stériles. L’Assemblée romaine avait décidé que de nouveaux comices seraient appelés pour former l’Assemblée italienne. Ces comices ne devaient jamais s’ouvrir !
Cependant, les provinces étaient désolées par les as-
sassinats politiques, tradition funeste des sectes anciennes. Ancône, Sinigaglia, Imola, étaient chaque jour ensanglantées. La propriété n’y était pas plus sûre que les personnes.
Par les soins du ministère et le dévouement du gouverneur de Ravenne Laderchi, la squadraccia, bande de sicaires féroces, fut arrêtée d’un seul coup à Imola. — Rome était tranquille.
Malgré le mauvais étal des finances, le Gouvernement envoya à Venise un secours de cent mille écus, et pour remédier à la détresse du trésor, l’Assemblée décréta l’émission d’un million d’écus de monnaie rognée, c’est-à-dire n’ayant que quatre dixièmes de sa valeur nominale.
Cependant, l’annonce que le Piémont allait recommencer la guerre semblait avoir rendu plus traitable la cauiarilla réactionnaire de Gaële. M. Mercier, envoyé de France, allait de la cour à la capitale, tentant auprès de tous la conciliation, et cherchant surtout à rallier le parti constitutionnel ; car les diplomates français, tout en prévoyant une restauration, espéraient encore sauver le Statut. — Vers la môme époque, M. Valerio venait de la part du ministère piémontais annoncer à Rome la reprise des hostilités. L’Assemblée et la population accueillirent cette nouvelle avec enthousiasme. Les dames romaines qui, ce jour-là, se trouvaient présentes à la séance du Parlement, jetaient dans la salle leurs ornements précieux en offrande à la patrie. Le 22 mars, l’Assemblée adressa cette proclamation aux populations de la république :