LE VIEUX CHATEAU DE BADE
Hermann V, qui agrandit ses possessions en y ajoutant ies quatre villes de Durlach, Ettlingen, Sinsheim et Eppingen. — Hermann VI et Rodolphe Ier régnèrent ensuite tous deux ensemble ; mais Hermann ayant obtenu, par son mariage avec la duchesse Gertrude, la régence du duché d'Autriche, alla s'établir dans ce pays, où il eut pour successeur son unique fils Frédéric, ce touchant modèle du dévouement à l'amitié.
Nous trouvons ici, dans l'histoire de la maison de Bade, une page pleine d'un doux et tendre intérêt. Le jeune prince Frédéric, dépouillé de son héritage, avait été conduit par sa mère à la cour de Bavière, où il rencontra le jeune Conradin, victime comme lui d'une odieuse spoliation. Attirés l'un vers l'autre par la conformité de l'âge, des sentiments et du malheur, les deux nobles jeunes gens se lièrent d'une étroite amitié. Ils grandirent ensemble dans l'espérance d'une meilleure fortune. Dès qu'il se sentit assez fort pour tenir une épée, Conradin résolut de tenter la fortune des armes ; il avait de nombreux partisans qui l'appelaient à la conquête de ses Etats usurpés ; pouvait-il hésiter ? — Je t'accompagnerai, lui dit Frédéric de Bade.
Et tous deux s'arrachèrent aux bras de leurs mères éplorées.
— Pauvres enfants ! ils partent, le cœur plein de courage et de confiance. Conradin, à qui on a volé trois couronnes, veut ressaisir d'abord le royaume de Naples, que lui a pris son oncle Maînfroi, et que le duc d'Anjou a dérobé au ravisseur. A peine les jeunes princes ont-ils franchi les Abruzzes, que l'ennemi vient leur présenter la bataille dans la plaine de Tagliacozzo. Ce fut une. grande et terrible journée, où la ruse triompha de l'audace, où le bon droit fut vaincu par la fraude. Les deux jeunes princes, Frédéric de Bade et Conradin, tombèrent entre les mains du vainqueur, qui les fit condamner à mort, sans pitié pour leur âge ;
— ils n'avaient que dix-sept ans !
L'échafaud se dressa pour ces deux nobles et belles têtes. — Les deux jeunes princes marchèrent à la mort comme ils avaient marché au combat.
Frédéric de Bade fut frappé le premier. Avant de se livrer au bourreau, il embrassa son ami et lui dit adieu d'une voix ferme et d'un front serein ; puis, s'avançant vers le billot fatal, le malheu-
reux enfant cessa de contraindre l'émotion qu'il avait vou$fi cacher à son ami par une dernière délicatesse de son dévouement sublime. Il leva au ciel un regard mouillé de larmes et dit en soupirant ces seuls mots: ((Pauvre mère! » Puis il se mit à genoux et mourut.
Conradin ramassa la tête que le glaive du bourreau venait de faire tomber, il la baisa avec respect, et, donnant un libre cours à sa douleur, il se reprocha par d'amères paroles le tort d'avoir fait partager son infortune à cet ami généreux qui, sans lui, aurait eu de longs jours.
La fin malheureuse du jeune Frédéric laissa Rodolphe continuer seul la race des margraves de Bade. Ses quatre fils régnèrent successivement. Ce fut d'abord Rodolphe II, puis Rodolphe III, puis enfin le margrave Hess o, dont le fils, Rodolphe Hesso, héritier du margraviat, étant mort sans enfant mâle, laissa la couronne de Rade à son oncle lier m an n VII. Celui-ci eut pour successeur Frédéric II, Rodolphe IV et Hermann VIII, qui augmentèrent le domaine de Rade. Telle fut aussi la principale gloire des margraves Hermann IX, Rodolphe IV, Rodolphe V, Frédéric III, Rodolphe VI et Rodolphe VII, jusqu'à Rernard Ier, qui fut à la fois un grand capitaine et un habile législateur.
Déjà, plusieurs fois avant l'avènement de ce prince, les États de Bade avaient été démembrés par la tendresse paternelle des margraves, qui voulaient constituer à chacun de leurs fils un domaine princier. Pour prévenir de ruineuses divisions, Rernard fit une loi d'hérédité d'après laquelle il ne devait jamais y avoir que deux parts et deux lignes régnantes. A défaut d'héritier mâle dans une branche, l'autre devait succéder. Tout en prenant ces mesures conservatrices, Rernard soutenait ses intérêts au dehors : il réduisait, au congrès de Haguenau, les prétentions de Strasbourg ; il contraignait l'empereur Wenceslas à reconnaître son droit sur le péage du Rhin ; il combattait le duc Frédéric d'Autriche, et prêtait le secours de ses armes au duc Charles de Lorraine; — puis, après une carrière si bien remplie, il laissait à son fils Jacques Ier des États agrandis et florissants.
Jacques eut pour successeur Charles Ier, qui enleva l'Ortenau à la domination de Strasbourg. Un des frères de ce prince, Ber-