‹ L'été à BadeChapitre 14 sur 46 · G. P K VOS · texte numérisé non relu

G. P K VOS

Les archéologues , qui ne sont jamais embarrassés et qui ne doutent de rien, ont traduit ainsi ces lettres énigmatiques :

« En l'honneur de la maison divine de l'empereur, au dieu Mercure, voué par Curius, marchand, pour le rétablissement de sa santé. »

On pourrait aisément composer, avec les mêmes lettres, une douzaine de formules tout aussi raisonnables. Mais ne chicanons pas les savants et saluons Y ex-voto de Curius le marchand, — digne marchand qui payait à Mercure ce qu'il devait à Esculape. *

En allant au grand Stauffenberg, on passe par un endroit sauvage, nommé la Chaire-du-Diable, en vertu d'une légende qui vaut, pour le moins, tous les commentaires des archéologues.

Si la chronique dit vrai, Satan vint prêcher dans ce lieu. Peutêtre, en ce temps-là déjà, le diable se sentait assez vieux pour se faire ermite. Or donc, l'endroit lui paraissant favorable, il s'y établit et se fit construire par son architecte une superbe chaire taillée dans le roc et suspendue au sommet de la montagne, en sorte que de là il planait sur une grande étendue de pays ; et comme il avait la voix forte et bien timbrée, on pouvait aisément l'entendre de deux lieues à la ronde.

D'abord quelques rares auditeurs vinrent s'asseoir sur les gradins veloutés de mousse que l'architecte infernal avait disposés autour de la chaire. Mais bientôt le bruit se répandit que le prédicateur avait une grande éloquence et que sa doctrine était fort séduisante. La foule alors accourut à ses sermons, et je vous laisse à penser quels ravages produisirent les théories de l'enfer, développées avec talent et avidement recueillies par des auditeurs de bonne foi. Bientôt les habitants de la contrée affichèrent les principes les plus vicieux et vécurent ouvertement dans la pratique des sept péchés capitaux. Mais le ciel, prenant en pitié leur égarement, envoya un bon ange qui vint s'établir sur une montagne voisine, élevant autel contre autel et chaire contre chaire. Sa douce et sainte parole était aussi vibrante que la voix diabolique. Éclairés par l'esprit de Dieu, les auditeurs se retournèrent du côté de l'ange, et se laissèrent ainsi ramener au bien. Alors Satan, voyant qu'il avait perdu ses peines et qu'il en était pour ses frais d'éloquence, entra dans une violente fureur; il brisa sa chaire, et, entraînant avec lui d'énormes masses de rochers, il se précipita dans les entrailles de la terre ; — mais, comme on le pense bien, cette chute ne s'effectua pas sans laisser de traces, et les observateurs quelque peu clairvoyants peuvent distingue^ à

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