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LA VALLÉE DE LA MOURG

Passant dans la Meuse, les radeaux du Rhin vont jusqu'à Dordrecht, où se termine leur navigation. Une partie du bois destiné à la construction maritime est transportée en Angleterre, en Espagne et en Portugal ; mais la Hollande garde toujours les plus beaux sapins de la Mourg.

Aussi, dans la Forêt-Noire, a-t-on coutume de dire d'un beau sapin :

c( C'est un hollandais. »

Telle est la destinée de ces arbres : — coupés à la racine et tombés sur le sol, ils se relèvent bientôt pour une existence nouvelle. Ils s'en vont courir le monde. Après avoir vécu un siècle plantés en terre, ils vivent encore de longues années plantés sur un navire ; après avoir résisté aux ouragans de la montagne, ils luttent contre les tempêtes de l'Océan.

Les intrépides promeneurs, remontant la Mourg, iront à Forbach par un chemin escarpé, bordé de précipices et couronné de sapins séculaires. Là, les eaux de la Mourg deviennent un impétueux torrent qui se précipite avec fracas et s'ouvre violemment un passage entre les rochers amoncelés. Forbach est l'arsenal de la vallée de la Mourg. Les ouvriers de ce village travaillent le fer et fabriquent les armes pacifiques de l'agriculture et de l'industrie. C'est là que les laboureurs, les bûcherons et les charpentiers du pays viennent se fournir des instruments nécessaires à leurs travaux. Non loin de Forbach se trouve la frontière du Wurtemberg, qu'on franchit pour visiter la verrerie de Schwarzenberg et les ruines du château de Kœnigswart ; puis, en revenant du côté de Gernsbach, on s'arrête à Wildbad, petit bain wurtembergeois, et au village de Loffenau, où l'on va voir le Moulin du diable et de curieuses cavernes.

C'est là une assez longue excursion. Dans une première promenade à la vallée de la Mourg, ordinairement, on ne dépasse pas Eberstein. En quittant Gernsbach, on suit le cours de la rivière pour se rendre à la Favorite en passant par la petite ville de Kuppenheim, ancienne capitale de l'Oosgau, bien déchue de sa grandeur d'autrefois. On trouve de ce côté Gaggenau, le château de Rothenfels et l'Amalienberg , qui sont cités parmi les points les plus intéressants de la vallée. , .

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m L'ÉTÉ A BADE.

Rothenfels est une ancienne propriété de l'église de Spire. Dans le onzième siècle, ce domaine fut dérobé et envahi de vive force par un certain Werinhard, qui s'empressa d'y construire une forteresse pour garder sa conquête; mais l'empereur Henri le Barbu, protecteur de l'église, fit appréhender au corps l'usurpateur de Rothenfels, et ne le lâcha qu'après avoir exigé de lui le serment qu'il rendrait les terres, démolirait la forteresse, et ne se déchausserait qu'après avoir accompli ce double engagement., Werinhard tint scrupuleusement sa promesse , et il n'ôta ses bottes qu'après que la dernière pierre du château eut été enlevée, et l'évêque de Spire remis en possession de son domaine. — Aujourd'hui les habitants de Rothenfels fabriquent des ouvrages de menuiserie aussi renommés que les instruments aratoires de Forbach.

Un pauvre paysan tyrolien, cultivateur habile, laborieux et opiniâtre, fît d'une montagne stérile, âpre et pierreuse, le fertile et riant Amalienberg ; il ouvrit aux^ habitants 4de la vallée une source de richesses par l'impulsion qu'il jsut donner à l'agriculture et à l'industrie. Il avait nommé sa montagne Amalienberg, par reconnaissance pour une noble princesse qui avait favorisé ses travaux. Cet homme utile méritait d'être honoré. L'électeur Charles-Frédéric lui a fait élever, en face de l'Amalienberg, un monument qui conserve le nom d'Antoine Rindeschwender, et atteste la reconnaissance du pays.

La Favorite est le plus charmant joyau' [de la couronne de Rade. Cette délicieuse résidence ^fut [construite par [la princesse Sibylle-Auguste de Lauenbourg, épouse du] margrave Louis- Guillaume, d'héroïque mémoire. Devenue veuve, la princesse Sibylle n'imita pas la pieuse Irmengarde, fondatrice du couvent, de Lichtenthal : au lieu de fonder une sainte retraite, elle créa la Favorite; mais elle sut, dans cette riante habitation, cultiver le souvenir de son époux tout aussi bien qu'elle l'eût fait dans un monastère.

Les appartements du château renferment une précieuse collection de portraits, parmi lesquels le prince Louis et la princesse Sibylle sont reproduits soixant ; fois, à diverses époques de leur ^ie et sous différents costumes.

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