‹ L'été à BadeChapitre 19 sur 46 · WINDECK · texte numérisé non relu

WINDECK

leur avait présenté ses deux fils-, et dit d'une voix solennelle : « Ma noble et digne épouse, dont Dieu garde F âme! s'est trompée en donnant le jour à mes deux fils. C'est à moi de réparer son erreur et de remettre chacun à sa vraie place. Wulfrand a été créé pour de paisibles occupations; il se consacrera donc à l'étude des sciences et au service de la sainte Eglise. Rétablissant l'ordre malicieusement interverti par la nature, j'institue et déclare ici mon fils Eberlin l'aîné de ma maison, et vous ordonne à tous de le reconnaître comme tel, lorsqu'après moi il prendra possession de mon titre, de mon épée, de mes terres et de mon château. »

Peu de temps après avoir fait ce testament oratoire , le vieux seigneur quitta la vie, et son fils Eberlin lui succéda sans contestation, car Wulfrand n'était pas d'humeur assez belliqueuse pour revendiquer son droit de primogéniture, et d'ailleurs nul ne l'eût soutenu dans sa querelle ; mais, si le courage et la force lui manquèrent en cette occasion, le diable n'y perdit rien. Wulfrand avait l'âme aussi laide que le corps. Après avoir courbé la tête* sous l'autorité paternelle et devant le dédain des vassaux qui échappaient à son autorité, trop lâche pour une révolte ouverte il compta sur les perfides ressources de son esprit pour se venger tôt ou tard de l'injure qui le rejetait dans une condition subalterne. Et d'abord il refusa positivement d'embrasser l'état ecclésiastique, qui convenait peu à ses goûts dissolus et aux inquiètes espérances de son ambition. Quant à l'étude des sciences, il n'y voulut mordre en aucune façon ; tout ce que put faire le révérend docteur Grésilius, une des lumières de l'époque, ce fut d'apprendre à cet élève indocile l'art de lire couramment; mais Wulfrand négligea toujours la pratique de cet art, dont il possédait la théorie. $

Cependant le baron Eberlin, ayant atteint sa vingtième année, pensa au mariage. En ce temps-là, pour faire face aux incertitudes d'un avenir semé de périls et de batailles, il était convenable de se marier jeune et de se donner de bonne heure un héritier. Or, un beau matin, Eberlin monta à cheval, et il arriva le soir chez le comte Ulrich de Flœrsheim. qui avait trois filles parfaitement belles. Le comte le reçut à merveille, et Eberlin,

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allant droit au but, expliqua nettement et en peu de mots le dessein qui l'amenait.

« Votre demande m'honore, dit le sire de Flœrsheim ; choisissez donc entre mes trois filles.

— Je serais dans un grand embarras si mon choix n'était fait d'avance, répondit Eberlin. Je rends une égale justice au mérite de vos trois filles, Berthe, Gisèle et Odille; mais j'ai vu Odille au dernier carrousel de Francfort, et depuis lors mon cœur lui appartient.

— Eh bien ! reprit le comte, Odille sera votre épouse. »

Les noces du jeune baron furent célébrées avec magnificence au château de Windeck. Les fêtes se prolongèrent pendant huit jours, et l'on lit de telles bombances que. trois personnes, après avoir pris part à ces splendides galas, périrent d'indigestion; ce qui fut regardé comme d'un bon augure, puisque l'accident venait de trop de prospérité.

Seul entre tous, Wulfrand apporta au mariage de son frère un #cœur envieux et ulcéré. Il voyait avec un déplaisir mortel ce bonheur pour lequel il n'était pas fait : car les douceurs de l'hymen n'allaient pas plus à sa taille que l'armure d'un guerrier. À cette époque, où chacun devait payer de sa personne, un bossu excitait le mépris, et il n'était fille de bonne maison qui n'eût préféré le cloître à un époux tel que Wulfrand.

A peine un mois s'était-il écoulé depuis le mariage d'Eberlin, lorsqu'un de ses parents réclama l'appui de son bras dans une guerre qui venait de se déclarer en Hongrie. Le jeune baron sentit son cœur tressaillir aux idées de gloire qui troublaient sa paisible félicité. Le bonheur ne pouvait endormir sa vaillance. Odille fit vainement éclater sa douleur ; vainement elle employa les plus douces prières pour Retenir son époux :

« Le devoir me défend d'hésiter, répondit le baron de Windeck. Mon cousin et moi, nous avons juré de nous aider et secourir en toute occasion; je ne puis manquer à cette promesse sacrée. »

Gela dit, Eberlin revêtit son armure et partit, escorté de deux cents lances.

Tandis que la jeune épouse s'abandonnait à la tristesse et

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